JÉRÉMY PEGLION  /  FONDATEUR QI BASKET

Le Magic ne s’est pas contenté de drafter cet été, la franchise Floridienne avait décidé de frapper fort. Première étape, le remplacement d’un coach démissionnaire par son homologue d’Indiana, Frank Vogel, non prolongé après de belles années avec ses Pacers.

Derrière ce dernier, à même de mener un groupe et d’installer une rigueur, la franchise faisait l’acquisition  de Serge Ibaka, avec comme pièce principale de l’échange, Victor Oladipo, relégué sur le banc par l’éclosion d’Evan Fournier. Mieux encore, elle signait Bismack Biyombo, sortant d’une saison très convaincante à Toronto. Un pivot rugueux, défensif, dans l’air du temps de ce qui se fait aujourd’hui en NBA. Avec cette nouvelle raquette, et la présence de Nikola Vucevic, le néo-coach a de quoi construire une défense, à l’image de celle qui avait fait son succès en Indiana.

Toutefois, on ne peut s’empêcher de douter concernant cette équipe. S’est-elle vraiment améliorée ? Ou a-t-elle simplement déplacée le problème ?

Si le début de saison du Magic est calamiteux, on ne peut encore tirer un réel bilan, à l’heure actuelle, de la situation de l’équipe. En revanche, analysons la d’un peu plus prêt.

L’absence de FP

La première grosse faiblesse de cet effectif, c’est l’absence de leader de calibre. Si le talent est bien présent, il n’y a aucun joueur d’exception capable de prendre le jeu à son compte. Pire, malgré de nombreuses années à se construire par la draft, aucun joueur ne semble à même de prendre ce rôle durant l’exercice, ou les exercices à venir. Si Victor Oladipo avait un temps été pressenti pour prendre cette dimension, la confiance qui lui était accordée jusqu’ici, avait pris un coup sous l’ère Scott Skiles avant que les Managers de l’équipe ne l’envoie au Thunder durant l’été.

Cette absence de patron est inquiétante, d’autant qu’Orlando n’a pas un leader offensif à même de prendre le jeu à son compte dans le money time, ce qui risque d’engendrer des défaites dans les matchs disputés.

Une surcharge pour une autre…

Bien que le roster manque d’un leader, elle possède en revanche un vivier de talent. Un vivier tel, qu’on pouvait logiquement s’inquiéter de la surcharge d’extérieurs au Magic. Entre Victor Oladipo, Evan Fournier, Aaron Gordon, Mario Hezonja, il était difficile de ne pas imaginer tous ces jeunes se marcher dessus. En donnant sa préférence au Français sur le poste 2, et à Gordon sur le poste 3, la franchise a remis de l’ordre. Mieux, en utilisant Oladipo pour récupérer Serge Ibaka, les dirigeants complétaient une lacune indubitable du Magic de ces dernières années en ramenant un ailier fort digne de démarrer les matchs.

Cependant, en ne s’arrêtant pas là, et en signant Bismack Biyombo, la question de la légitimité s’est posée. Qui doit démarrer entre le nouveau venu, et Nikola Vucevic ? L’un plus adapté au jeu moderne, l’autre plus talentueux offensivement. Est-ce que ce trio d’intérieur ne va pas se marcher dessus ? Le maintien de Vucevic en tant que titulaire, en raison de son statut, est-il vraiment favorable pour le roster ? Est-ce que les dirigeants vont trancher rapidement en effectuant un trade ?

Une impression générale d’instabilité qui pourrait nuire à l’équipe. Surtout qu’il semble déraisonnable de conserver une telle masse salariale sur le même poste. A fortiori dans une NBA qui se dirige toujours plus vers le jeu extérieur.

Et le tir extérieur ?

Une autre inquiétude à la vue de l’effectif d’Orlando, le shoot. Avec Elfrid Payton, Aaron Gordon aux postes 1 et 3, des pivots ancrés au poste, Ibaka et Fournier capable de dynamiter derrière la ligne, mais souvent inconstants, on a du mal à imaginer les défenses adverses respecter Orlando. Du coup, les défenses pourraient les attendre dans la raquette, cibler les quelques gâchettes dont dispose la franchise et pousser le Magic à s’épuiser pour trouver des solutions offensives.

Un manque de shoot, qui engendrera très souvent un manque de spacing. Une situation compliquée à gérer pour les joueurs qui vont devoir compenser leur manque d’aisance offensive par une grosse activité en défense. Un véritable problème pour une équipe qui pourrait alors lâcher des matchs, fatigués par le surplus d’efforts concédés pour rester à portée de leurs adversaires.

Dans ces conditions, difficile d’imaginer Orlando retrouver les playoffs cette année. Un transfert de Nikola Vucevic, paradoxalement, le joueur le plus talentueux de l’effectif pourrait les sauver. Toutefois, il semble compliqué de trouver des partenaires pour un échange tôt dans la saison. Si la franchise fait un faux départ, il n’est pas impossible de voir le groupe se dessouder, et lâcher peu à peu du terrain sur la concurrence. Un échange pourrait rééquilibrer l’effectif (un renfort de poids au poste 1 ?), mais surtout devrait arriver trop tard pour permettre au Magic de jouer les troubles-fêtes, une nouvelle fois.

 

Jérémy Péglion
Fondateur de QI BASKET