JORDAN BONNARDEL  /  RÉDACTEUR QI BASKET

Lorsqu’on est fan des Los Angeles Lakers, on a l’habitude d’avoir un joueur très fort et emblématique pour porter la franchise. Cette culture de « starification » s’est développée très tôt; et ce dès les premiers titres avec le joueur George Mikan (considéré d’ailleurs comme la première star NBA).

Avec lui les Lakers, à l’époque équipe de Minneapolis, gagnent 5 titres (sur 8 saisons jouées en NBA par le big man) dont le premier threepeat de l’Histoire NBA.

Le départ de ce grand joueur marque la fin du premier âge d’or des Lakers, qui en 1960 déménageront à Los Angeles. Après cela, la recherche d’une nouvelle star semble obligatoire pour la franchise orpheline. Ils trouveront alors le légendaire Jerry West alias The Logoman associé à Elgin Baylor pour porter la Franchise. Malgré de grosses performances et une équipe qui trust le haut du tableau, les titres sont inexistants, le duo de star se heurtant systématiquement aux Celtics de Boston du grand Bill Russel dans les finales disputées (en 1965 et 1966).

Les Lakers vont donc encore assouvir leur besoin de star en recrutant Wilt Chamberlain en 1968 pour essayer de contrer leurs désormais meilleurs ennemis en vert. Malheureusement les années se suivent et se ressemblent, ils rencontreront les Celtics encore 2 fois en finale et s’inclineront, pour ensuite également échouer contre les Knicks de New York en 1970.
La Franchise est alors au bout du gouffre. En effet, depuis son déménagement en Californie elle n’a plus goûté au champagne de la victoire finale. Il va falloir attendre la saison de 1972 pour enfin voir les Lakers (et Jerry West, qui arrêtera sa carrière 2 saisons après) (re)trouver le sommet de la NBA.

Malheureusement c’est une autre période de vaches maigres qui attend les Purple & Gold après ce titre ; et ce malgré le recrutement d’une nouvelle star de l’époque : Kareem Abdul Jabbar. Lorsqu’il reprend les reines de la Franchise en 1975, les Lakers sortent d’une saison sans Playoffs. Il est donc le nouveau « prophète » tant attendu par le public pour briser la malédiction et pour renouer avec les étoiles. Les Lakers vont pourtant s’incliner tour à tour contre les Blazers puis les Sonics (par 2 fois) et devront attendre l’arrivée du « vrai nouveau prodige » en 1980, Magic Johnson, pour pouvoir enfin remporter un nouveau titre de champion NBA. Ils remporteront ensuite les titres de 1982, 1987 et 1988 en enchainant en tout dans cette période 3 finales contre leurs ennemis de toujours : les Celtics.

Puis entre 1989 et 1990 les Lakers perdent leurs 2 stars fétiches (qui prennent leur retraite, pour diverses raisons), qui étaient leurs facteurs majeur de leur domination dans les années 80. Encore une fois ils se retrouvent « abandonnés » et sans étoiles dans leur rang. C’est l’occasion pour les Bulls d’un certain M.J de prendre le pouvoir dans les 90’s et d’enchainer les victoires.
En 1996 ils obtiennent un nouveau duo de Stars : Shaquille O’Neal (via trade) et Kobe Bryant (via la draft). Le premier étant le joueur dominant des années 2000, il est le sauveur providentiel que les Lakers attendaient, le nouveau Franchise Player dont l’équipe Californienne rêvait tant. À l’aide de l’entraineur à succès des Bulls des années 90 (Phil Jackson) et d’un lieutenant de luxe (Kobe Bryant) il donnera 3 nouveaux titres de champion à Los Angeles (et gagna autant de MVP des finales).

La suite on la connaît tous, en 2004 le Shaq est tradé suite à une défaite en finale des Lakers contre les Pistons, et la prise de pouvoir de Kobe sur la Franchise est maintenant totale. Il accomplit la tradition Lakers et devient la nouvelle star incontestée, prêt à porter la Californie sur ses épaules ; c’est ce qu’il fera à partir de 2007 lorsqu’il sera épaulé de bons lieutenants et RP (Gasol, Bynum, Odom etc…) puis lorsque Phil Jackson reviendra pour le coaching. Il gagnera alors 2 nouveaux titres (2009 et 2010) pour l’équipe des maillots violets et dorés.
Suite à cela, les Lakers arriveront à leur ultime tentative d’empilage de stars avec l’arrivée de Nash et Howard en 2012. Le tout ne marchera pas du tout (ou qu’à moitié), comme un symbole de « trop d’étoiles tue les étoiles », obligeant un Kobe vieillissant (et au corps fragile) à porter à bout de talon d’Achille les californiens pour les qualifier en PO. Ce même talon rompu sous le poids de ses efforts et ce avant les joutes d’avril… Écourtant donc l’aventure Lakers dès le premier tour cette année là (face aux Spurs d’un Duncan très souriant).

Cette rupture du talon d’Achille de la dernière grande star en date des Los Angeles Lakers en entraine (pour moi) une tout autre; la rupture de la tradition portée sur « le joueur sauveur », « le prophète » censé « porter » ou même « sauver » les siens.
Ce dernier essaiera tant bien que mal de revenir sur les parquets, pour enfin abdiquer quelques années plus tard, à l’issue de la saison 2015/2016 (transformée en un farewell tour épouvantable, qui entre nous je l’espère, marquera définitivement la fin de cette culture du joueur prophétique), laissant derrière lui une franchise qui a collectionné les picks à la draft et qui est armée de jeunes prometteurs.

La première réaction « inconsciente » de la part du public californien aura été d’essayer de trouver un successeur à leur star retraitée. Randle, Russell, Ingram, Clarkson… Mais ce qu’ils ne voyaient pas, c’est que ces jeunes-là pouvaient jouer en formant un collectif talentueux, en mettant au service de l’équipe chacun de leurs points forts.
Et c’est exactement ce que l’on a vu apparaître en ce début de saison 2016/2017, avec l’arrivée du coach Luke Walton.
C’est un avis personnel, mais je crois dur comme fer au renouveau de la culture Purple & Gold avec un jeu d’entraide permettant à la franchise de ne plus se reposer uniquement sur un seul (ou deux) joueurs stars, et ce afin d’éviter les trous d’air répétitifs et de ne plus connaître une descente aux enfers comme celle qu’elle a connue à partir de 2012 à cause d’une « course aux stars ».

Les statistiques actuelles parlent d’elles-mêmes, aucun joueur ne joue plus de 30 minutes par match en ce début de saison, et ils sont 5 à se partager le scoring, allant de 14 à 15 points par match. Résultat ? Les Lakers retrouvent un bilan positif (4-3, 6ème place à l’Ouest), ce qui n’était plus arrivé depuis 35 mois… Cela correspond évidemment pile à la saison de la rupture du talon d’Achille de Kobe… La véritable rupture, comme expliquée ci-dessus.
Il est encore –bien trop- tôt pour juger ces résultats. Mais on ne peut qu’espérer un changement qui puisse s’inscrire dans la durée. Tous les voyants sont au vert pour cette nouvelle génération, ils ont l’avenir devant eux pour peut être non pas tourner un chapitre, mais bien fermer le livre entier d’une époque révolue. Afin d’écrire leur propre livre.


Et on sera ravis de le faire avec eux.

 


Jordan Bonnardel
Rédacteur pour QI BASKET