JÉRÉMY PEGLION  /  FONDATEUR QI BASKET

Voilà un peu plus de 3 ans, que les Boston Celtics ont mis fin au cycle de leur dernière légende. Nous sommes le 28 juin 2013, et Danny Ainge annonce, en conférence de presse, les départs de Paul Pierce et Kevin Garnett.

Direction Brooklyn pour les champions NBA 2008, alors que Boston voit débarquer en retour une flopée de joueurs destinés à partir dès-que faire se peut. Pour les fans des Celtes, la nouvelle est dure, en premier lieu. Lorsque l’on regarde l’échange, on se dit que la franchise la plus titrée de l’histoire, est partie pour une sacrée période de vache-maigre. Un tanking en règle, organisé en vendant l’âme de la franchise, symbolisée par le vert de toujours, Paul Pierce, parti finir sa carrière du côté des Nets. Forcément, c’est un peu un crève-cœur. Surtout, que le GM de Boston ne fait pas les choses à moitié, en laissant partir son coach, Doc Rivers, et en le remplaçant par un coach rookie : Brad Stevens. Il est vrai, on ne pouvait d’emblée nier le potentiel énorme que la franchise aux allures Irlandaises s’offrait en termes de tours de drafts. 1er tours de drafts 2013, 2014,2016, 2018 et possibilité d’échanger le leur avec celui de Brooklyn en 2017.

Deux franchises qui se mettent une balle dans le pied sur le papier. Une à court termes, l’autre à moyen/long termes. Et puis, dans les mois et années qui suivent, on ne chôme pas non plus dans le staff Celte, puisqu’on continue à échanger des joueurs pour des 1er TDD de top team, ou des 2nd tours de draft. On peut citer par exemple les départs de Marshon Brooks et Jordan Crawford pour Golden State, ou encore celui de Rajon Rondo pour Dallas et un certain Jae Crowder.

Mais voilà, si l’effectif de Boston n’est pas un modèle de stabilité dans cette grande purge façon Danny, le départ de Rondo, marque une première pierre dans l’explosion de cette équipe, aussi inattendue que le rassemblement de stars des Nets sentait le fail.

Du coup, malgré des Playoffs en 2014 et 2015 pour Brooklyn, l’effectif prend complètement l’eau, miné par blessures, les méfaits du temps qui passe, et une difficulté à prendre pleine mesure du roster mis en place.

Pendant ce temps ? Ainge réalise un vrai hold up en récupérant Isaiah Thomas contre une poignée de cacahuètes, la plus grosse s’appelant Marcus Thornton, et Brad Stevens, jeune coach s’affirme tranquillement comme l’un des plus gros espoirs au poste de tacticien. Boston défend dur, joue vite, démontre une énergie et une fraîcheur qui sans briller, génère un réel enthousiasme autour de l’équipe. Résultat ? Bah des Playoffs en 2015 et 2016 pour une équipe à qui on prédisait le fond, tandis que cet été, elle se permettait même de récupérer un joueur solide au poste de pivot, en la personne d’Al Horford. Et sinon, niveau draft, hé bien une flopée de choix, particulièrement cet été où elle récupérait les 3eme, 16eme et 23eme choix (entre autre). Si l’on ajoute les années précédentes, Boston s’est renforcé en jeunes talents.

TOUTEFOIS, peut-on vraiment voir cette reconstruction comme une success story ? Pas vraiment. Voire même, pas du tout, à vrai dire. La raison est simple, l’objectif du GM des Celtics, depuis les départs forcés de Pierce et Garnett, c’est de trouver une nouvelle star. Le joueur sur qui construire, celui qu’on emmène au sommet, ou du moins, qui permette de voir à long terme. Parce que Danny Ainge, c’est ce GM qui ne voit nulle autre objectif que de viser le titre à un moment ou un autre. Pas le genre qui se satisfait de bonnes saisons régulières, en espérant faire une demi-finale de conférence, et donc pour lui, cette reconstruction amorcée en 2013 est censée mener directement vers ce diamant, plus ou moins brut : la star, la superstar, le franchise player quoi. Malheureusement pour lui, qui d’ailleurs n’est pas un fervent adepte de la draft lorsqu’il a le choix, son équipe est incapable de se positionner sur les dossiers qui se sont présentés jusqu’ici, comme par exemple Kevin Love, Jimmy Butler, DeMarcus Cousins, Kevin Durant… Que ce soit via le marché des agents, ou via un échange, Ainge n’arrive pas à mettre la main sur sa nouvelle perle, et, hélas la draft ne semble pas fournir de joueurs à même de transformer la franchise à long terme, en dépit de choix élevés : Marcus Smart, et plus récemment Jaylen Brown.

Danny Ainge, c’est aussi la haine du « ventre mou », précepte qui possède diverses versions, mais dont l’idée générale, est de contenir toutes les équipes trop fortes pour rater les Playoffs, mais trop faibles pour avoir de réelles ambitions en post-saison. Le problème, c’est que Boston répond clairement aux critères du ventre mou depuis 2 ans, et que sans cet homme providentiel, on voit mal ce que l’équipe peut espérer faire mieux. Voir les Celtics faire une grande post-saison, malgré l’arrivée d’Al Horford, relève plutôt du fantasme de fan, qu’autre chose, et Ainge a peut être laissé passer sa plus belle carte cet été.

Pourquoi ? Parce que la franchise possédait du cap space, des tours de drafts en avalanche, et des joueurs avec des contrats très pratiques à mettre dans un éventuel échange. Or chaque année qui passe, rapproche l’échéance du moment où il va falloir prolonger les Isasiah Thomas, Avery Bradley, à leur valeur réelle, c’est à dire celle du nouveau salary cap… et autant dire que l’addition sera salée. Dans le même temps, si la franchise possède le 1er TDD des Nets cette année et l’année prochaine, ils possèderont moins de picks de milieu de 1er tour, dont la valeur a été prouvée cet été. En tout cas, suffisamment pour faire pencher la balance.

Alors, dans les faits, Boston en est où ?

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Côté bonne nouvelle, la franchise devrait posséder environ 26M de disponibles l’été prochain. A savoir, suffisamment pour signer un gros free agent, ou repartir avec plusieurs role player (oui, encore…). En outre, Boston bénéficiera une nouvelle fois du 1er TDD des Nets, qui devrait une fois de plus se situer dans le top 5 et donc offrir à nouveaux 2 solutions pour les Celtics : choisir un jeune prospect ou tenter à nouveau de monter un échange. Il faut bien le dire, cet été pourrait être celui de la dernière chance pour Danny Ainge, dans sa stratégie.

Oui, car comme l’indique les contrats ci-dessus, ce sera la dernière année où elle possèdera Bradley & Thomas à disposition, à bas prix, et donc une forte flexibilité financière. Après cela, les joueurs pourraient partir, ou toucher le pactole, et dans ces conditions, difficile d’aborder le marché en 2018, avec de grosses garanties. Dans l’idéal, la franchise signe le joueur qu’elle attendait cet été, et possède les joueurs suscités, en faisant exploser son salary cap.

En somme, la fenêtre du plan monté par Ainge se referme tranquillement, et si la révélation ne vient pas de l’intérieur, Boston pourrait à nouveau éclater son effectif d’ici un peu plus d’un an…