JÉRÉMY PEGLION  /  FONDATEUR QI BASKET

Si l’on devait parler de ce début de saison, on dirait qu’elle a été ponctuée par des performances stratosphériques d’Anthony Davis, elles-même ponctuées par de lourdes défaites des Pelicans. Un début inquiétant, pour une équipe qui comptait sur un début d’exercice solide de la part des nombreux cols bleu recrutés autour de la jeune star de New-Orleans. Malheureusement, trop faibles en attaque, ils payaient une addition salée de l’autre côté du terrain, qui devait pourtant être une forteresse. Évidemment, ce début poussif s’expliquait par les nombreuses pertes estivales, les absences de Jrue Holiday au chevet de sa femme, et de Tyreke Evans encore et toujours à l’infirmerie.

Toutefois, la tendance s’est inversée depuis quelques jours. Un changement symbolisé par le retour en forme de Jrue. Le meneur, apporte un enthousiasme, une régularité en attaque et une solide défense, qui catalysent les efforts consentis par l’absence d’un roster, déterminé à ne pas laisser la saison filer. Derrière ce duo Holiday-Davis en grâce, la franchise a retrouvé la voie de la victoire, et si elle n’affiche qu’un bilan de 6 victoires pour 10 défaites (12eme à l’ouest), ce bel enchaînement de 4 succès en cours, redonne l’espoir à une équipe qui joue une saison cruciale, dans la construction de son avenir.

En effet, les Pelicans ont traversé une saison passée chaotique, après avoir retrouvé les Playoffs, il y a 2ans. Construits rapidement, à coup de draft et d’échanges successifs, ils n’ont pas été récompensés, en raison d’un trop grand nombre de joueurs fragiles, sujets à des allers-retours continus à l’infirmerie, à l’image de leur joueur vedette, Anthony Davis, véritable monstre des parquets, mais incapable de jouer une saison pleine. Conscients des limites de cet effectif, les managers n’ont pas retenue Eric Gordon, Ryan Anderson et autres Norris Cole cet été. Une décision logique en vue d’épurer un effectif, en recherche de constance et de fiabilité. Une stratégie leur permettant de disposer de cash-flow l’été prochain pour se relancer définitivement et entourer Unibrow, dont la palette et l’impact en font le potentiel visage de la ligue dans les années à venir.

Pourtant, si cette saison s’annonce compliquée, afficher un visage combattif, accrocheur, voire surprenant sera un élément de poids en vue d’appréhender la prochaine intersaison. Et à ce propos…

Coup d’œil sur la situation de l’équipe

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Déjà débarrassés d’un certains nombre de joueurs talentueux mais fragiles, la franchise pourra aussi choisir de conserver ou non Jrue Holiday et Tyreke Evans. Si le premier devrait faire parti de l’avenir de la franchise s’il ne fait pas de rechute, le second devrait partir, surtout que son entente avec le meneur n’a jamais vraiment été testé depuis 3 ans qu’il a débarqué en Louisiane. Avec son besoin de porter le ballon et ses blessures à répétition, les GM devraient se repaitre de la masse salariale qu’il libèrera pour continuer à remodeler l’effectif.

Parce que si le staff possédait peu de marge manœuvre l’été dernier, celui à venir devrait offrir un peu plus de possibilités en vue de façonner quelque chose de réellement compétitif. Pour y arriver, il sera peut-être nécessaire de réaliser 1 ou 2 mouvements, notamment de joueurs peu utilisés qui pourraient libérer de l’espace pour un contrat important. On peut par exemple citer le Français, Alexis Ajinça, sous-utilisé et dont le départ contre un 2nd tour de draft permettrait de libérer 5M supplémentaire. Une petite somme dans la NBA actuelle, mais suffisante pour ouvrir le champ des possibilités. Car dans une situation idyllique, Jrue Holiday finit enfin un exercice sans pépins physiques, continue de bien jouer, retrouve le niveau qui était le sien et permet à sa franchise de voir l’avenir avec lui, en meneur titulaire. Néanmoins, en vue de se renforcer, elle ne peut se permettre de lui donner un contrat en or massif. D’un part car, comme précédemment évoqué, il est physiquement fragile, d’autre part parce qu’un contrat supérieur à 18M (signé prématurément) handicaperait le salary cap de la franchise, l’amputant d’une marge suffisante pour une quelconque arrivée à même de peser sur les résultats de NO.

Pour une petite mise en exergue, voici la situation. A ce jour, on attend une masse salariale pour l’été prochain à 102M. Ce qui, potentiellement, laisse 24M de disponible si la situation du roster n’évolue pas d’ici juin prochain. Dans l’idéal, comme susmentionné, la franchise s’abolit de quelques contrats sous-utilisés, tels que ceux d’Ajinça, ou Quincy Pondexter (continuellement blessé), contre des second tours de drafts, leur permettant de couper les joueurs, sans incidence sur leur masse salariale (aucune année n’étant garantie pour des joueurs sélectionnés de la 31eme à 60eme position). Dans ce cas, elle tomberait à 69M, libérant 33M pour des dirigeants, qui entreraient sur le marché des agents libres avec une somme plus qu’honorable à dépenser. Un fait d’autant plus positif que la free agency de 2017 s’annonce très dense (même si ce n’est pas toujours gage de mouvements intempestifs).

En l’état les Pelicans manquent de talents, notamment offensif, et ont besoin d’un renfort de choix pour gagner du gallon. Si Holiday semble faire parti des plans de la franchise, alors il faudra obtenir de ce dernier une certaine patience, le temps de recruter des forces supplémentaires. En effet, la bonne nouvelle pour la franchise, c’est que si elle ne possède pas la possibilité de s’aligner sur des offres extérieurs, elle possède en revanche des Bird Rights sur son contrat expirant. Autrement dit, même si la franchise a déjà rempli son cap salarial, elle sera en droit de le dépasser pour Jrue. Une nouvelle réjouissante, notamment pour le meneur qui peut en plus profiter d’une hausse de 7,5% + celle d’environ 33% consentie par la ligue l’an passé. Une situation qui évidemment, à moyen terme serait catastrophique pour la franchise, mais hé… Il faut bien survivre quand même. Un petit point côté chiffre, qui révèle la tâche difficile qui attend le staff : des négociations qui frôlent l’impossible. On imagine que côté Front Office, on rappellera à l’ex-All Star la patience concernant sa santé et ses tristes problèmes récents, au moment d’envisager l’avenir.

Du coup on fait quoi de l’argent ?

Bon, avant de savoir où dépenser son argent, mieux vaut savoir où on n’a pas besoin d’en dépenser. Histoire de pas se retrouver avec trop de joueurs au même poste (hein Phoenix ?)

En l’état, la franchise possède un Franchise Player au poste 4, un potentiel solide meneur, et un pivot (Omer Asik) qui, s’il n’est pas brillant, représente un rapport qualité prix au poste de pivot. De plus, en signant Solomon Hill a prix d’or (11M/an) compte tenu de ses statistiques à Indiana, la franchise semble lui avoir accordé sa confiance pour tenir la défense extérieure, et donc le poste 3. Ce dernier n’ayant pas le profil d’un sixième homme, il devrait être installé sur ce poste pour les années à venir.

Le problème donc, c’est que les Pelicans ont vraiment besoin d’un poste 2 solide (à moins que Buddy Hield explose), et que si l’été prochain offre du talent en masse, seuls Kentavious Cadwell Pope et J.J Reddick, seront des joueurs à même d’avoir un impact direct sur une équipe, au poste d’arrière. Or KCP, a d’or-et-déjà affiché la volonté de toucher gros, et ce alors qu’il n’a pas la carrure d’un « max player », et, autre mauvaise nouvelle, les Pistons ont la possibilité de s’aligner sur n’importe quelle offre extérieure qu’il accepterait. Reddick, quant à lui, en tant que vétéran, pourrait privilégier des équipes compétitives à court terme. Il n’y a aucune certitude que New-Orleans arrive avec cette étiquette. Bien sûr, il y aura aussi l’éventualité d’un D-Wade free agent… Mais soyons honnête, les Pelicans ne seront pas des prétendants crédibles.

Du coup, on peut se demander, ce que sera une vraie bonne intersaison du côté des Pels ? Doivent-ils attendre ? Doivent-ils chercher à jouer un gros coup, quitte à laisser partir des membres de leur 5 ?

Faut-il tirer un trait sur l’expérience lancée en 2013, en laissant partir Holiday et en tablant sur d’autres meneurs qui seront légion : Chris Paul, Stephen Curry, Kyle Lowry ? Ou le début de saison de Solomon Hill va se confirmer, et auquel cas la solution à trouver sera-t-elle au poste 3, en tentant d’attirer Gordon Hayward, Danilo Gallinari ou Rudy Gay ?

L’autre idée serait de densifier un poste puis de monter un échange durant la prochaine trade deadline. Une solution qui n’est pas sans danger, tant il est difficile de trader  des joueurs, à l’heure où les franchises remplissent rapidement leur salary cap, avec des contrats pas toujours réalistes.

En somme, si les Pelicans sont passés par une phase d’épuration qui semblait nécessaire, ils sont loin d’être sortis du marasme. Bien que l’ensemble ait l’air plus cohérent, il y a désormais un manque cruel de talent, et le contrat de Solomon Hill pourrait bien laisser un goût amer au moment d’entrer en phase de négociation. Un nombre important de questions persistent, et y répondre sera crucial en vue d’aborder l’été 2017 avec une stratégie clairement définie.