JÉRÉMY PEGLION  /  FONDATEUR QI BASKET

L’été dernier a été marqué par des mouvements en grands nombres au sein de la NBA. Des départs qui ont redessiné la ligue, comme ceux de Kevin Durant et D-Wade, ont fait les gros titres de la presse, ont alimenté les réseaux sociaux. L’autre sujet XXL de l’été, est celui qui a permis, ou causé ces changements selon l’appréciation de ces départs, à savoir la brutale augmentation du cap space pour toutes les équipes NBA. Un bond, stratosphérique qui portait le salary cap de 69M à 94,1M, et qui n’allait forcément pas être sans conséquences, puisque les dollars ont plu sur la grande ligue.

Toutefois, si les stars ont vu une augmentation solide de leurs rétributions, ce sont surtout les joueurs de la zone d’en dessous, qui ont été les plus gâtés. Et si l’on peut se réjouir pour eux, on peut légitimement se demander si les franchises ont vraiment pensé avant de distribuer les contrats, ou si même les GMs ont été pris de court par cette hausse. Parce que disons le, augmenter sa star pour la conserver est indispensable, surtout qu’elles sont difficiles à acquérir, et que, la plupart du temps vous n’en avez pas une poignée dans votre roster… Mais les joueurs de rangs inférieurs, eux, sont légion, et cette augmentation soudaine a de quoi inquiéter.

Pour exemple, prenons le cas Kevin Durant. Lui qui a profité d’une équipe déjà signée avant la free agency pour rejoindre les finalistes, dont les salaires sont devenus dérisoires dans le nouveau cap, n’a pourtant pas connu l’augmentation de salaire la plus flagrante compte tenu de son statut dans la ligue. En effet, en passant de 20 à 26,5M la saison, son revenu a augmenté de 30%, soit moins que l’augmentation de 34% qu’a connu la ligue. Avec ce contrat, il représente désormais 27,6% du cap space des Warriors. Ce qui semble légitime pour l’un des 2 meilleurs joueurs de la ligue.

A l’inverse, l’été n’a pas été avare en cas plus nébuleux, comme celui Ô combien extrême de Portland. Alors bien sûr, je vous entends déjà dire, que c’est normal d’avoir une hausse importante à la sortie de son contrat rookie, mais là, on atteint tout de même des sommets. Comme je l’ai déjà dit, le salaire de KD a augmenté de 30%. Bien. Les Blazers, ont fait dans l’été l’acquisition d’Evan Turner, pour 17M, un ajout qui laissait perplexe en la présence d’Allen Crabbe, attendu en progression. Pourtant, la franchise a décidé de contrer l’offre des Nets sur ce dernier, acceptant une évolution de salaire de … 1056,25% ! Dans un salary cap déjà plein, pour un joueur qui pesait 10 points/match. Un salaire de 18,5M qui correspond à 20% du cap autorisé (bien que Portland a fait exploser ce plafond) qui sont accordés pour Crabbe.

Un autre exemple ahurissant ? Pourquoi pas Boston ? A l’heure où nombre de franchises se battent pour prolonger, ou acquérir un top player, les Celtes jettent leur dévolu sur Al Horford, solide vétéran en provenance d’Atlanta. Pour lui, ce sera un salaire équivalent aux Harden, Durant ou Westbrook, soit une hausse de 120,83% et 27,6% du cap space de sa franchise. Et du côté de Memphis ? Hé bien, ce sera la même chose pour Mike Conley, et puisqu’on en a jamais assez, on renchérit en ajoutant 50% au salaire de Chandler Parsons, qui touche désormais 22,1M par saison (autant qu’Antony Davis !). Doit-on rappeler qu’il a enchaîné les pépins physiques pendant 2 ans ?!

Bref, on pourrait continuer avec d’autres exemples à la pelle, et ce ne serait pas volé de dénoncer la folie de certains GMs, les uns après les autres. Mais avançons.

Le but de cet article, outre la volonté de montrer quelques aberrations salariale, veut soulever une question, à savoir, est-ce que les role player peuvent toucher ce genre d’émoluments sans handicaper à long terme leurs franchises ? Comment, un joueur du calibre modeste d’Allen Crabbe va être échangeable, s’il déçoit ?  Comment une franchise qui donne autant à Al Horford, va pouvoir conserver ses cadres et franchir un cap ?

Cette avalanche de dollars en NBA soulève légitimement des questions, et il se pourrait que les GMs cherchent à descendre les attentes des joueurs (sauf les stars, évidemment), de manière à conserver leur compétitivité, à construire des projets plus solides. Toutefois, ne va-t-on pas assister à une guerre entre 2 philosophies ? Les équipes qui acceptent de jouer le jeu des joueurs, et n’auront aucun mal à garnir leurs effectifs, et celles qui cherchent à la jouer plus fine, et vont donc souffrir de ce nouveau cap. Si la première stratégie offre des garanties, elle rend l’accession au titre possible uniquement si vous possédez déjà les joueurs autour de qui construire, en revanche, elle dirige tout droit vers le ventre mou, et de courtes joutes en Playoffs si vous en êtes dépossédés. La seconde, offre la possibilité de construire, mais peut-on se permettre de refuser ce système, à moins de s’appeler San Antonio et de posséder une image bien particulière ?

En gros, cet été pourrait bien avoir redessiné les règles en NBA, et rendu l’obtention de top players, d’autant plus cruciales, mais surtout leur accession par la draft d’autant plus déterminante. Dans un système où les stars se réunissent, et n’hésitent plus à quitter leur club, le meilleur moyen de s’offrir un run durable, semble être de récupérer le joueur à 19 ans, et de le conserver au moins 7 ans. En revanche, voir une star choisir une ville en difficulté, et prendre le risque que rien ne l’attende, comme un Stoudemire l’avait fait, semble de plus en plus improbable, surtout si des joueurs de devoir, deviennent si cher à acquérir. Est-ce que cette réduction des écarts de salaires, ne nous mènerait pas vers une baisse du nombre de contender ? Espérons que non, mais si la tendance de cet été se poursuit, l’ambition de certaines franchises en prendrait un coup.

Enfin, dernière hypothèse que cela soulève, c’est en cas d’un apaisement rapide. En effet, si les franchises prenaient consciences des risques que la stratégie engagée cet été revêtent, elles pourraient chercher à tempérer les contrats donnés aux lieutenants et role players, et dans ce cas, les franchises qui se sont trop engagées cet été, en délivrant des contrats démesurés, pourraient bien être les grands perdants de cette hausse du cap space. Dans ce cas, nous ne pourrions nous empêcher d’avoir une pensée attristée pour les Blazers & Grizzlies, qui ont pris tous les risques pour rester compétitifs…

Mais à quel prix ?!