JÉRÉMY PEGLION  /  FONDATEUR QI BASKET

Dans les franchises qui avancent en sous-marin depuis plusieurs années, il ne fait nul doute que l’on peut placer les Nuggets en symbole. Depuis le départ de Carmelo Anthony, la franchise est retombée dans un total anonymat, même lors de la campagne 2012-2013 où elle réalisait des résultats records. Toutefois, la fin du cycle George Karl, a été fatal au groupe post-Anthony, et la franchise s’est lancée dans une reconstruction express.

Attendue dans les bas fonds de l’ouest, en raison d’un effectif méconnu, la franchise du Colorado est pourtant en train de profiter d’une conférence ouest à deux vitesses, pour prendre un contrôle fragile de la 8eme place, synonyme de post-saison.

Portée par un mélange de vétérans en fin de vingtaine, et de jeunes draftés récemment qui s’annoncent comme solides, la franchise n’en était pas moins dans un flou artistique en raison d’une absence totale de visage, qu’il soit à court terme, ou potentiellement à long terme. Avec Mudiay, Harris, Nurkic, Jokic et Murray, il y avait du talent à revendre, mais définitivement pas un joueur taille patron. Espéré comme un éventuel leader, Emmanuel Mudiay s’est avéré le maillon faible de ces noms choisis à la draft les dernières années, et il y avait de quoi s’inquiéter pour cette reconstruction bancale.

Toutefois, entre une conférence moins dense que par le passé, une équipe de Portland incapable de confirmer, la franchise se trouve face à un dilemme. En effet, elle est comme susmentionné, en lice pour un spot en Playoffs, le tout sublimé par un Nikola Jokic, qui en dépit de son statut de 41eme choix de draft, s’avère être un intérieur XXL depuis qu’on lui a donné les rênes de l’équipe. Devant l’émergence d’un joueur complètement atypique, potentiellement capable de devenir un des visages de la ligue, la franchise doit-elle rester telle quelle et laisser ses talents se développer, où doit-elle accélérer sa reconstruction pour permettre à une partie plus restreinte de son groupe de profiter des joutes de juin, quitte à subir un sweep brutal de la main des Warriors ?

En effet, si l’équipe utilise la densité de son effectif pour accrocher des matchs, elle possède toujours un bilan négatif en raison de diverses lacunes. Tout d’abord, les Nuggets possèdent une défense catastrophique, qu’une attaque de feu peine souvent à compenser. Le mauvais travail des extérieurs est l’une des raisons principales de cette faiblesse, et le seul Gary Harris ne peut compenser les erreurs récurrentes de ses coéquipiers dans le domaine. En plus de cette fâcheuse tendance à laisser des trous d’air en défense, l’équipe manque de sérénité dans les fins de matchs, même lorsqu’ils semblent à l’abris d’un retour. Résultat, ce manque de sang-froid, à faire pâlir le Staple Center et le Madison Square Garden, a largement participé à traîner le groupe vers un bilan de 18-25. Une autre raison de ces perditions récurrentes, trouve aussi son origine dans un poste de meneur catastrophique, porté par un Emmanuel Mudiay qui part favori pour le titre officieux de pire meneur titulaire de la ligue. Incapable de mener l’équipe calmement, dépendant d’une adresse le plus souvent déplorable, il part souvent vers le cercle tête baissée pour se trouver sans solutions autre que des tirs compliqués. Résultat, 37,4% au tir, dont 31,8% derrière l’arc, un scoring en berne et seulement 4,2 passes pour presque 29 minutes de jeu par matchs. Pour le seconder, un Jameer Nelson qui alterne le solide et le mauvais, et pourrait bien commencer à être trop vieux pour la NBA.

mudiay

Si l’ensemble de l’effectif possède des faiblesses indubitables, il est certain qu’une plus-value évidente se situe à la mène, et la franchise va devoir faire un choix. Celui de continuer avec ce groupe, ou celui de se renforcer. Si renforcement il y a, à moins de pouvoir ramener un top player, quel que soit le poste, le dévolu de la franchise devrait se jeter vers le poste 1. Bien évidemment, elle peut faire confiance au potentiel de son très jeune meneur, qui en raison de ses qualités athlétiques et des fulgurances montrées, pourrait bien devenir un titulaire solide. Néanmoins, elle pourrait vouloir battre le fer tant qu’il chauffe (restons modérés), de peur de rater le coche, et dans cette optique (celle qui nous intéresse ici, donc), s’améliorer significativement passerait par une upgrade à ce poste. Cela dit, quelles opportunités la franchise a réellement ?

Si elle fait confiance à son effectif (ou manque d’opportunités), et décide de terminer l’exercice avant de bouger, elle pourrait être tentée en premier lieu de se tourner vers la free agency, possédant le cap space suffisant pour signer n’importe quel joueur. Toutefois, beaucoup de noms semblent complètement inaccessibles pour une franchise telle que Denver. Aussi, elle pourra se positionner sur Stephen Curry, Chris Paul, Kyle Lowry ou encore Jrue Holiday, dont les signatures vont de l’impossible au quasi-impossible. Du coup, hormis une tentative désespérée pour aller signer Jeff Teague, rien ne semble envisageable, si l’on part du principe que Derrick Rose, ou autre Rajon Rondo, n’apporteront à priori rien de vraiment bon à Denver. Enfin, si George Hill ferait progresser la franchise, il est difficile de voir un vétéran s’engager dans une équipe moins avancée que celle dans laquelle il se trouve, et s’épanouit.

Lorsque vous êtes un petit marché, et que vous ne possédez pas un roster déjà impressionnant, le moyen le plus sûr pour se renforcer rapidement, c’est un échange. Là encore, ce dernier pourrait avoir lieu à des moments différents, en fonction des opportunités et des choix managériaux. Mais dans ce cas, vers qui se tourner ?

En raison des rumeurs actuelles, voici une petit liste de trade potentiels, et leur faisabilité.

Reggie Jackson : Le début de saison décevant à pousser le Piston dans l’engrenage des rumeurs. Pièce maîtresse du système de la franchise l’an passé, il apporterait à Denver une création qui manque terriblement pour encore passer un cap. Défenseur honorable, il renforcerait une secteur offensif déjà brillant. Même si Denver se délestait de pièces importantes, elle encaisserait sans trop de soucis, tant son groupe est dense. Toutefois, difficile d’imaginer Van Gundy se séparer du meneur qu’il a prolongé il y a 2 ans.

Goran Dragic : Désormais âgé de 30 ans, dans une équipe qui lance sa reconstruction, il va sans dire que le meneur est menacé, malgré l’attachement affiché à South Beach. Capable d’apporter dans divers registres, sur jeu rapide ou à la création, de scorer quand les défenses se resserrent, le dragon en à encore sous le capot, et serait une vraie dynamite dans le jeu des Nuggets, tout en apportant un danger supplémentaire derrière l’arc. A même de jouer juste dans les fins de matchs, l’ancien Sun continue de travailler pour être un défenseur solide. Une upgrade indubitable, qui coûterait de la jeunesse, et un tour de draft (ou plus) aux Nuggets. Le problème majeur restant, que les exigences de Pat Riley pourraient freiner les dirigeants du Colorado, parfois frileux à conclure des deals d’envergure.

Ricky Rubio : Du coup, la franchise pourrait voir plus modeste, et moins prisé. Le prodige Espagnol ne deviendra probablement jamais le joueur qu’il aurait du être, en raison de son incapacité à devenir un shooteur capable de sanctionner avec régularité. En plus de cette stagnation, il présente une insécurité en raison de blessures récurrentes. En dépit de ces 2 défauts, il pourrait correspondre aux besoins des Nuggets. Défenseur sous-côté, et formidable meneur balle en main, il est capable s’il retrouve motivation, et confiance de gérer le tempo d’une équipe avec brio. Typiquement un des manques principaux à Denver, qui peut en plus l’entourer de tireurs pour lui donner la marge de manœuvre dont il a besoin. Pris dans un embouteillage à Minesota, la franchise pourrait l’échanger contre des pièces pour entourer ses jeunes ouailles. Surtout que les Nuggets possèdent de quoi apporter de vrais renforts au banc des Timberwolves.

Les Nuggets possèdent donc la possibilité d’opérer des changements, qu’ils soient à la trade deadline, ou cet été. Si ces opportunités ne s’arrêtent pas au seul poste de meneur, qui fut l’objet de ce billet, elle va devoir jauger plus longuement des limites que pourrait avoir la pépite Serbe, avant d’effectuer des changements d’envergure. Toujours est-il que cette émergence croissante, à redonner un cap à une équipe qui en manquait terriblement, et que cette dernière pourrait profiter de renforts dès maintenant, pour retrouver un peu de crédibilité en vue d’une intersaison qui s’annonce importante.