TANCREDE ADNOT  /  CONTRIBUTEUR QI BASKET

Peu de fans de NBA en parlent, et pourtant, c’est un élément incontournable qui a, en réalité, beaucoup pesé dans l’amour que nous avons pour cette ligue. Bien loin des sols froids que nous nous sommes coltiné tous les dimanches, avec ces raquettes poligonales hideuses, les parquets de la NBA étaient flashy, colorés, vivants, glorifiant d’un magnifique logo dans le rond central n’importe quelle franchise. Avouons-le, ces raquettes rectangulaires colorées, on en a tous rêvé, un parquet plein de couleurs, on n’osait même pas y croire. Pourtant aujourd’hui, même les clubs amateurs ont accès à ce genre de mise en valeur.

La NBA a su saisir cet aspect du jeu dans sa stratégie de développement et de différenciation face aux autres ligues dans le monde : un terrain de football n’est que pelouse, une patinoire se couvre de glace, un parquet, c’est immuable, ça se voit, et c’est limité dans son espace. Cet espace, il s’agissait alors de savoir l’utiliser.

La ligue a mis le temps pour comprendre cette opportunité. Un parquet NBA reflète pourtant bien une tendance, une stratégie de la ligue au fil du temps. Petite analyse historique :

LES PREMIERS AGES : TANT QU’ON VOIT LES LIGNES

Dans les premières années de la NBA, le parquet n’est tout simplement pas d’importance particulière. On se contente des lignes du terrain, noires si possible, et aucun signe distinctif. Les raisons d’une telle sobriété sont évidentes : moitié moins d’équipes qu’aujourd’hui, voire encore moins, peu de matchs diffusés, et une tendance des caméras à vouloir se focaliser sur les joueurs plus que sur des plans d’ensemble montrant une salle comble et étouffante, avec des supporters portant tous les mêmes habits pour la plupart…question de bien séance, bref…ce n’était pas la joie.

Ajoutez l’inexistence de la télé couleur, et vous n’avez alors aucune raison de mettre de l’argent dans une coloration coûteuse. Les Celtics ont proposé néanmoins dans leurs années Russel, un simple dégradé verdâtre limitant le terrain, rien de plus. On en restera là pendant les trois premières décennies de la ligue.

ANNÉES70-80 : LA SALLE PLUS QUE L’ÉQUIPE

Avec la fin du noir et blanc, on va commencer à différencier ces parquets. On manque toutefois d’originalité, les couleurs ne correspondent pas particulièrement à celles des équipes. Ainsi les Knicks jouent sur un sublime parquet…noir et jaune.

On privilégie la ville, et la salle surtout. Ainsi, les Knicks, mais aussi les Bulls, les Cavs, les Lakers, disposent de la simple mention de leur salle dans le rond central. Le parquet des Lakers du Forum d’Inglewood sera ainsi rapidement popularisé, par ce jaune très vif, lumineux, accolé au show-time qui durera si longtemps que même Kobe Bryant lui-même y posera ses premières baskets en 1996.

Il y a alors un original : les Bucks avec un design de parquet récupéré depuis. Et puis il y a les avant-gardistes : les Sixers ou les Celtics, ou même les Cavs. Ceux-ci proposent, en toute simplicité, une avancée pourtant majeure dans le visuel de la ligue : la présence du logo d’équipe au centre du parquet. Si Philie se la joue très coloré, les Celtics lancent le modèle le plus classique de parquet NBA : le logo, circulaire, occupe l’espace du rond central, et définissant la couleur du reste du parquet.

Petit à petit les équipes vont se doter de plus en plus de cet outil de mise en valeur, mais aussi la ligue, qui insère petit à petit leurs motifs et logos Playoffs/Finals durant la post-season.

ANNÉES 90 : TOUT CHANGER, PLUS DE COULEURS, PLUS DE MOTIFS, JUSQU’À EXCÈS

A partir de cette décennie, on associe la couleur du parquet, à celle de l’équipe, du logo, du maillot, tout se combine. On a le bleu flashy des Nets, le rouge puissant des Bulls, le bleu/orange des Knicks, le logo s’impose et s’agrandit au centre, comme celui des Hornets, du Heat, qui au départ restaient très discret. Les années 90 sont le tournant majeur et l’installation définitive du parquet comme élément majeur de la communication visuel d’une franchise.

Il y a un autre élément par ailleurs : les salles vieillissent et sont remplacées, rénovée, changées, reconstruites et à partir des années 2000, elles seront fréquemment renommées. Aussi, il y a moins d’histoire dans ces nouvelles structures, il y a moins de prestige. Une fois les Lakers déménagé au Staples Center, le logo de l’équipe trônera au centre du terrain, au contraire de la période au Forum d’Inglewood.

Les années 90 ce sont aussi l’arrivée des effets spéciaux dans les salles, des projecteurs lasers, des lumières éteintes. Dès lors, il est nécessaire que le sol compose avec les animations qui sont proposées. Les noms de salles se décalent sur les bords de terrains, ou derrière les lignes de touche, c’est bien l’image de l’équipe qui doit primer maintenant.

Néanmoins, durant la seconde partie de la décennie, la ligue passe les 50 ans, il est temps de tout rafraichir, de tout changer, radicalement : les Sixers abandonnent les couleurs du drapeau et optent pour la tenue noire et blanche, sur fond de bronze ; les Nets se transforment d’un bleuet inoffensif et d’un rouge brillant au gris clair et bleu foncé ; les Bullets deviennent les Wizards ; le logo simpliste d’Atlanta se transforme en un puissant aigle accrochant la balle de ses griffes ; les Pistons passent au vert ; les Rockets changent leur balle jaune en une planète-ballon autour de laquelle orbitent les fusées, les Wolves préfèrent adopter un ton plus menaçant et sombre, les Warriors passent…au marron/orange. Bref, peu s’en souviennent, mais beaucoup d’équipes ont pris un tournant radical dans leur visuel.

Les parquets n’ont pas fait exception. Il faut mentionner le pionnier du genre : le parquet du All Star Game 1995. Dans ce parquet, toute la stratégie de la ligue est désormais mise au grand jour : on casse tout, on change tout, on met des couleurs partout, on remplit non pas les raquettes, mais bien les lignes à trois point toutes entières…Houston cède, de manière surprenante à la tentation. Il est effectivement rare qu’un champion en titre change son image la saison suivante, c’est vous dire l’envie de renouvellement qu’il y avait. Les Rockets transforment ainsi leur parquet classique rouge des titres de 94 et 95 en un immense Odyssée spatial bleu et rouge, orné de nuages de fumées, d’une explosion immense au centre du parquet, des petites étoiles çà et là…un grand n’importe quoi. Les Hawks, les Hornets optent pour un bon gros ballon de basket bien visible dans la raquette, avec des lignes à trois points outrageusement colorées en rouge vif ou en bleu ciel (cela dit, le parquet des Hornets présentait une coloration assez agréable et nette à l’œil, on fera l’impasse sur la ruche par contre…), les Raptors et les Grizzlies, fraichement arrivées en NBA, se lancent dans le même concept.

Quelques ovni demeurent pourtant dans la ligue, on se demande encore ce qu’il y a dans le rond central du parquet des Clippers et pourquoi cette raquette verte et rouge en 1997 ? Pourquoi cet immonde bleu ciel de la Gund Arena de Cleveland ? Ou enfin pourquoi les Bucks nous gratifient-ils d’un rond vert qu’on retrouverait encore à la salle Jean Gauvry de Carquefou en D3 aujourd’hui ?

FIN DES ANNÉES 2000 : DÉGARNIR LE TERRAIN

Les années 90 funky passent, et arrivent la décennie suivante qui se veut plus classe, plus simple. On s’est surtout rendu compte que ça sera bien de ne pas surplomber un parquet au point de ne même plus voir les gars qui jouent… Aussi, les années 2000 sont l’opposé des années 90 : on dégarnit ! On commence par des raquettes élégante et fines, colorées sur les bordures uniquement, comme les Suns, les Cavs, les Spurs, les Rockets et plus tard le Thunder. On a aussi tendance à abandonner les colorations extérieures du terrain et laisser les lignes déterminer les bordures, comme à Minnéapolis aussi par exemple. Les Wolves qui optent d’ailleurs aussi pour le dégradé de ligne à trois points. Pour vous faire une idée concrète, si vous allez à la Hoopfactory d’Aubervilliers aujourd’hui, vous serez sur un parquet typiquement années 2000. Pour le reste, c’est assez simple : le logo de l’équipe s’installe définitivement comme la norme au centre du terrain, et la raquette se veut soit simplement colorée auxc bordures comme dit plus-haut (Portland aussi adopte le système) ou bien sur une raquette à double couleur avec les bordures, comme Orlando, Seattle, Minnesota, New Orleans etc…Les parquets sont alors un élément de promotion du charisme de l’équipe locale, par son design peaufiné et sa coloration simple, sobre, mais très efficace.

DEPUIS DEUX ANS : LES PUBS, L’INSPIRATION UNIVERSITAIRE ET LA FIN DES LOGOS DE POST SEASONS.

La dernière tendance s’inscrit en effet dans une certaine inspiration des parquets de la NCAA ou le logo apparaît en très gros au centre, souvent un logo alternatif, comme pour les Spurs, les Cavs, avec des raquettes unicolor, et surtout sans bordure avec l’arrivée de l’universalisation de la raquette FIBA classique. Mais cette tendance est clairement visible aujourd’hui, et s’est définitivement imposée lorsque les Bulls se sont résolus à laisser ce parquet mythique entretenu depuis 1995 pour se mettre à la mode du logo massif s’imposant au centre.

Une modification inattendue est arrivée sur l’ensemble des parquets depuis le début de l’ère Adam Silver : la suppression des logos playoffs et NBA finals qui ne satisfait pas particulièrement les puristes de la ligue. Mais pourquoi supprimer cela ? Pour la même raison que le logo de la ligue a disparu dans le dos des maillots…

On le sait, Silver est surtout là pour le fric et le marketing. Et il sait toucher là où ça fait mal quand il décide de bombarder les parquets de publicités (avant de détruire l’élégance de nos maillots…). Dès lors le nom de la salle revient au premier plan…le Madison Square Garden est désormais le CHASE Madison Square Garden par exemple…les réseaux sociaux étaient autrefois un outil de promotion sur les bords du terrain, mais toujours au service de l’équipe locale. Aujourd’hui, c’est surtout une marque de bière qui se place de plus en plus aux pieds des bancs de remplaçants.

LA DERNIÈRE INNOVATION : LES PARQUETS SPÉCIAUX

Depuis un an, la ligue offre une nouvelle utilisation du parquet. Celui-ci devient modulable, il peut s’adapter à l’évènement, tout comme les maillots. Les Warriors et les Bucks ont lancé l’initiative avec leur parquet spécial rétro ou « fear the dear » pour Milwaukee. Les Kings et les Sixers ont suivi le mouvement. Dans les saisons à venir, on peut s’imaginer pourquoi pas un parquet spécial latina noche, spécial noël, spécial MLK day, ou tout simplement plus de parquets rétros. Certains toutefois, comme les Suns, reviennent à un design très similaire de celui du début des années 2000. On imagine pourquoi pas un retour de la couleur rose du parquet des Spurs d’avant 2002, du parquet « pas de tir » des Rockets de 96. Si jamais les Celtics décident de revenir à leur parquet quasi-vierge des années 60 sans ligne à trois points, on se dit que ça serait une bonne stratégie pour stopper Stephen Curry…

Certaines équipes restent dans leur tradition : les Celtics et les Knicks, les Lakers, les Blazers, restent sur une coloration et une présentation de parquet quasi-inchangée depuis de nombreuses années.

On peut enfin s’ouvrir à l’avenir avec les motifs spéciaux dans la raquette, comme à Atlanta, ou durant le dernier All Star Game de 2017, et on doit dire…ça a de la gueule !

EN EUROLEAGUE ?

Avons-nous remarqué les récentes évolutions de l’Euroleague dans ce domaine ? Elles sont à mentionner, notamment depuis cette année où la compétition s’est transformée en une véritable NBA européenne : une ligue unique, sans groupe, fermée, avec playoffs. Seule la culture du Final Four reste présente pour la fin de la compétition.

Car oui, nous autres européens, nous nous sommes décidés à laisser de côté nos raquettes trapézoïdales ornées de publicités. Désormais l’Euroleague amorce une régulation unique : le même style de parquet pour tous. Le design reste très sobre et l’habillage du terrain (panneaux publicitaires) reste cependant bien plus présent qu’en NBA.

Cependant, la ligue a progressivement opté pour une identification unique des parquets concernés par sa compétition. Aussi cela a commencé par la présence du logo Euroleague sur les coins du parquet, puis ce furent l’uniformisation des raquettes (couleur/forme) la fin des sponsors (ce qui fait paradoxe avec la NBA) et depuis cette année, le design officiel de l’Euroleague est clairement défini : pas de pub sur le terrain, l’équipe locale dispose de son logo en relief en grand au centre du terrain, un dégradé de couleur vient couvrir la zone à trois point, et seul le cercle en tête de raquette est colorée.

C’est dans ces deux différentes trajectoires de communication visuelle que l’on peut notamment observer les différents besoins d’une ligue : la NBA cherche à diversifier ses capacités publicitaires, là où l’Euroleague cherche d’abord à peaufiner son image et se débarrasser des parquets blindés de messages publicitaires dans toutes les langues et alphabets imaginable, et donc souvent illisibles et peu esthétiques.

C’est, en définitive, ce qui démontre l’importance insoupçonnée du design d’un parquet de basket-ball dans la stratégie marketing d’une équipe et d’une ligue. Cependant, ce qui était autrefois un symbole d’identification à une équipe NBA, et un outil de promotion de son prestige, devient peu à peu un espace de temps de cerveau disponible.