FAÏSSAL BERKANI /  RÉDACTEUR QI BASKET

Cette semaine, lors de la belle victoire de Minnesota contre l’une des meilleures équipes de la NBA depuis le All Star Break, à savoir Washington, Ricky Rubio a battu le record de franchise de passes décisives des Timberwolves avec 19 unités, en ajoutant 22 points, 3 interceptions à 8/15 au shoot. Cette performance historique illustre parfaitement la seconde partie de saison du meneur espagnol. Pourtant, Dieu sait que son début de saison(mais aussi la quasi intégralité de son parcours en NBA) a été plus que délicat pour celui qu’on annonçait comme l’un des meneurs purs des plus talentueux. Après avoir revu rapidement son parcours professionnel, nous nous attarderons plus en détail sur sa saison 2016/2017.

Un parcours européen exemplaire

Le 15 octobre 2005, le tout jeune Ricky Rubio, seulement âgé de 14 ans et 11 mois, joue son 1er match en Liga ACB avec de la Joventut Baladona, deuxième club de Barcelone avec le FC Barcelone et devient le plus jeune joueur à entrer en jeu dans l’histoire de la ligue espagnole. Il ne joue qu’une dizaine de match, mais montre déjà de très belles aptitudes pour son âge. Durant cette même saison, il remporte avec son club l’EuroChallenge (3ème compétition européenne derrière l’EuroLigue et l’EuroCoupe). Ensuite, il termine la saison 2006-2007 à la place de meilleur intercepteur de la Liga ACB et remporte le trophée de meilleur jeune. Rubio reste jusqu’en juin 2009 dans son club formateur de Baladona. Quatre saisons exceptionnelles où les distinctions s’enchaînent : Meilleur jeune joueur de la Liga ACB en 2006-2007, plus jeune joueur à être élu meilleur jeune joueur européen (à 17 ans et 3 mois) par la FIBA Europe en 2008, meilleur jeune joueur européen trois années consécutives par la FIBA Europe pour les années 2007, 2008 et 2009, meilleur meneur de la Liga ACB et membre de l’équipe-type en 2007-2008, meilleur défenseur de la saison 2008-2009 de la Liga ACB… De plus, il fait partie de la magnifique sélection espagnole lors des jeux olympiques de Londres en 2008, et empoche une belle médaille d’argent à seulement 18 ans. Bref, vous l’aurez compris, son palmarès individuel est phénoménal, surtout qu’en 2009, il n’est âgé que 19 ans !

Rubio Baladona

La longue transition Europe-NBA

En avril 2009, Rubio annonce qu’il se présente à la draft 2009 de la NBA. Considéré comme l’un des possibles premiers choix de la draft, il est finalement choisi en cinquième position par les Timberwolves du Minnesota, sans rougir puisqu’on lui préfère des joueurs comme Blake Griffin, James Harden ou Tyreke Evans (ROY de la saison), et termine devant des DeMar DeRozan, Jeff Teague ou un certain Stephen Curry. Toutefois, avec de plusieurs semaines de problèmes d’ordre contractuel entre les Timberwolves et le club de Baladona, Ricky Rubio choisit lui-même de rester en Espagne car il ne se sent pas prêt à intégrer la grande ligue américaine. C’est un choix très fort de la part de Rubio. La nouvelle génération décide plutôt d’intégrer le plus tôt possible la NBA, sans intégrer de facs pour ceux étant aux USA. Dès lors, il décide de quitter la banlieue Barcelonaise pour le centre ville et atterrir au FC Barcelone. Le 1er septembre 2009, il signe un contrat de six ans, avec une clause libératoire pour pouvoir partir en NBA à l’issue de la saison 2010-2011.

RickyRubio_FCBarcelona

Il profite de son passage au FC Barcelone pour engranger de l’expérience avec l’une des plus grandes écuries européennes du moment, et remporte l’Euroligue en 2010. Finalement, Rubio décide d’intégrer la NBA pour la saison 2011-2012, après donc près de six saisons de hauts vols dans le championnat espagnol et dans les différentes coupes européennes.

Une entrée en NBA attendue

C’est deux après sa draft que Rubio intègre le roster des Minnesota Timberwolves. Il rejoint une équipe qui a terminé avec un bilan exécrable de 17 victoires pour 65 défaites. Le nouveau coach des Wolves, Rick Adelman se réjouit de l’arrivée de ce jeune meneur talentueux même si les joueurs européens ont toujours du mal à être perçu à leur juste valeur. L’équipe de 2011 est en pleine reconstruction autour de son joueur clé : Kevin Love. Sept joueurs de la saison 2010-2011 n’ont pas été reconduits pour la nouvelle saison 2011-2012, et six nouveaux joueurs viennent les remplacer, dont Ricky Rubio, le grand Pekovic, et le talentueux Derrick Williams. Rubio joue son 1er match de NBA le 26 Décembre 2011 contre OKC et termine avec une ligne de stats très honorable (6 points, 6 passes, 5 rebonds en 26 minutes de jeu) malgré la défaite de son équipe de quatre petits points. Sur son premier mois en NBA, Rubio montre tout son talent avec une moyenne de 12 points, 9,1 passes décisives, 4,7 rebonds pour 21 matchs joués. Son coach lui fait entièrement confiance avec plus de 35 minutes jouées. Il remporte le titre de Rookie du mois de Janvier de la conférence ouest. Après trois mois de qualité, le 9 mars 2012, contre les Los Angeles Lakers, Ricky Rubio se tord le ligament croisé antérieur du genou gauche, qui le prive de sa fin de saison, mais aussi des J.O de Londres 2012 avec l’Espagne. Malgré cette difficile blessure à seulement 21 ans, il est récompensé avec la 2ème place du ROY 2011, juste derrière Kyrie Irving, et devant de gros noms comme Kawhi Leonard, Klay Thompson ou encore des concurrents à son poste Kemba Walker ou Isaiah Thomas.

Un retour de blessure compliqué puis le retour du talent

Rubio fait son retour le 15 Décembre 2012, après donc quasiment 9 mois d’absence. Rubio ne sent pas encore très à l’aise avec son genou et manque énormément de rythme. Jusqu’au All Star Break, ses statistiques sont très médiocres (7.8 points, 6.5 passes, 2,5 rebonds en 26 minutes). Il participe tout de même au All Star Game lors du Rising Stars Challenge, histoire de se consoler. Sans le savoir, ce match des jeunes étoiles semble être un déclic pour le jeune espagnol. Après le All Star Break, il réalise son premier triple double en NBA avec 21 points, 12 passes, 13 rebonds contre les San Antonio Spurs. Il tourne sur ce post All Star break à 13 points, 8 passes et 5 rebonds et prouve que sa blessure est désormais du passé. Il termine cette saison avec 10,7 points de moyenne, 7,3 passes et 4 rebonds, mais n’aide toujours pas son équipe à passer un cap, équipe qui termine encore loin dans le classement de la conférence ouest (12ème place à 37% de victoires).

Concernant la saison 2013-2014, elle est plus clémente et épargne Rubio des blessures. Il joue pour la première fois de sa carrière les 82 matchs de saison régulière. Titulaire sur l’ensemble des rencontres, l’espagnol réalise une saison très convenable à 9,5 points, 8,6 passes, 4,2 rebonds et est pour une fois plutôt bien entouré. Le secteur intérieur est bien fourni avec la star Kevin love qui compile des stats folles (26 points, 12,5 rebonds) et le pivot monténégrin Pekovic qui montre de très belles choses dans la peinture avec 17,5 points et 8,7 rebonds. L’arrivée de Kevin martin sur le poste 2 (19 points). Malgré cet effectif tout à fait correcte, cela ne suffit pas à la qualification en playoffs, loin de là.

Départ de Kevin Love et descente aux enfers pour Ricky Rubio et les Wolves

Parti rejoindre LeBron James du coté de Cleveland, Kevin love laisse Ricky Rubio et les Wolves un peu seuls pour cette saison 2014-2015. Ces derniers se consolent avec l’arrivée du prospect numéro 1 Andrew Wiggins, et le retour de leur légende Kevin Garnett, revenu pour terminer sa carrière à la maison. Alors que nous pensions que les blessures étaient passées pour Rubio, après seulement cinq matchs, Ricky se blesse lourdement à la cheville, et est écarté des terrains pendant près de trois mois.

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A peine revenu au mois de Février, il ne joue qu’une dizaine de matchs avant de terminer sa saison dès le mois de Mars pour soigner de nouveau de multiples blessures mineures. La saison 2014-2015 est donc une double catastrophe : Une saison plombée par les blessures pour Ricky Rubio (22 matchs joués sur 82 possibles) et des résultats désastreux pour les Wolves avec un bilan de 16 victoires et 66 défaites et une 15ème place de la conférence Ouest.

Puis, la saison 2015-2016 semble être une saison à deux vitesses. Elle démarre de la pire des manières avec le décès du coach historique des Timberwolves, Flip Saunders. C’est un réel coup dur pour cette franchise, et notamment pour les anciens comme Kevin Garnett. Concernant le basket à proprement parler, cette saison est pleine d’espoir avec l’arrivée du rookie Karl-Anthony Towns, l’éclosion d’Andrew Wiggins, la montée en puissance de Zach Lavine ou encore le jeune Gorgui Dieng qui montre de très belles choses. Mais, dans tout cet effectif prometteur, Ricky Rubio, qui possède le plus gros salaire de l’équipe (12,3$ M), n’arrive toujours pas à « step up » et prouver qu’il est intrinsèquement l’un des meilleurs meneurs de la ligue. Sa saison reste dans la lignée des précédentes (10 points, 8,5 passes). On attend toujours plus de la part de l’espagnol et il commence légèrement à être décevant, tant les attentes ont été élevées.

Saison 2016-2017 : Enfin le réveil qu’on espérait tous ? 

Cette saison, avec l’arrivée de Tom Thibodeau à la tête de l’équipe, l’espoir d’une qualification en playoffs pointait le bout de son nez du côté de Minneapolis. En effet, avec un coach respecté en NBA, avec l’explosion totale de KAT dans le secteur intérieur, la progression toujours impressionnante d’Andrew Wiggins, la surprise Zach Lavine, et de nombreux joueurs de compléments comme Gorgui Dieng, Shabazz Muhammad ou encore Nemanja Bjelica, les Wolves deviennent sur le papier un concurrent intéressant à la qualification en playoffs.

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De plus, cette saison est un tournant majeur dans la carrière personnelle de Ricky Rubio. Il voit apparaître dans le roster un jeune rookie à fort potentiel en la personne de Kris Dunn, qui pourrait bien lui prendre sa place de titulaire. Jusqu’à la fin de l’année civile 2016, Ricky Rubio n’est que l’ombre de lui-même. Jusqu’au 31 décembre, ses statistiques sont indignes de son talent : 6,4 points, 7 passes, 3,6 rebonds en 30 minutes de jeu à un maigre 35% au shoot. Il est méconnaissable. Heureusement pour lui, le rookie Kris Dunn montre qu’il n’est absolument pas prêt pour jouer en NBA et n’inquiète pas Ricky Rubio. Jusqu’au All Star Break, Ricky Rubio n’arrive pas à rebondir, ni à redevenir ce qu’il était il y a déjà de longues années. Qui plus est, en vue de sa baisse nette de niveau de jeu, les Timberwolves tentent même de transférer leur meneur contre notamment un certain Derrick Rose, qui retrouverait alors le coach qui a fait de lui à Chicago le plus jeune MVP de l’histoire. Finalement, le transfert n’aboutit pas, un transfert qui n’aurait été pour moi que du perdant-perdant.

Et bien grâce à ce transfert qui a capoté, et cela arrive souvent, Ricky Rubio a eu un déclic. L’électrochoc de ces rumeurs de transfert a fait prendre conscience à Ricky Rubio que le temps passait très vite et qu’il devait réagir s’il veut que sa carrière NBA ne soit pas un flop terrible. Dès lors, on a pu voir un tout nouveau joueur éclore devant nous. Même à ses années barcelonaises en Euroligue, on ne l’avait pas vu aussi fort et consistant. En 11 matchs, il tourne à 16 points, 10,8 passes décisives et près de 2 interceptions. De plus, sur le mois de Mars, il pousse ses stats à 17,6 points et 10,5 passes. Et cela ne s’arrête pas là. Si l’on s’intéresse à sa sélection de tirs, c’est là qu’on aperçoit un nouveau Rubio ! On passe d’un joueur qui aimait uniquement la pénétration à un shooteur longue distance et un shooteur efficace : Il tourne à 50% au shoot sur le mois de Mars et à 43% à 3 points ! Oui vous ne rêvez pas, Ricky Rubio tourne à 43% à 3 points. Cette nouvelle version de Ricky Rubio est tout simplement excellente, à la fois offensivement avec ces chiffres mais aussi défensivement. Son intensité en défense ne se lit pas dans les statistiques, mais  est bien réelle. Il pousse ses adversaires à la perte de balle ou aux tirs forcés. Enfin, ce nouveau Rubio aide aussi son équipe à gagner des matchs. Même si les playoffs semblent être un peu loin maintenant, il faut tout pour amener son équipe le plus loin possible et prouver qu’il faudra compter sur lui l’an prochain.

La saison 2017-2018 : Enfin une qualification en playoffs ?

Clairement, les Minnesota Timberwolves ont quelque peu déçus cette saison. Avec un effectif comme celui-ci, on imaginait vraiment ces jeunes loups se qualifier en playoffs. Mais, le début de saison a été catastrophique et le réveil trop tardif. Cependant, Tom Thibodeau étant bien installé, et son équipe assez solide, l’an prochain sera surement l’année des Timberwolves ! Concernant Ricky Rubio, il lui faudra absolument garder le niveau de jeu qu’il a actuellement et avoir la seule chose qu’il lui manque en NBA : La régularité. A savoir s’il restera aux Wolves ou si son aventure en NBA se fera dans une autre franchise.