NICOLAS FLORENTIN  /  RÉDACTEUR QI BASKET

Nous n’avons plus le temps. Dans une époque où les temps de chargement deviennent  motif de critiques ces quelques secondes éteintes de toutes activités deviennent insupportables. Transposé çà sur un parquet de la Grande ligue américaine, et vous aurez un style de jeu qui perdurera encore de nombreuses décennies : le Small Ball.

Plus qu’un style, une philosophie : pour gagner un match, tout passe par l’attaque. Il est privilégié ici la vitesse et l’agilité au détriment de la taille et de la puissance physique. Bien souvent il n’y a plus de pivot classique sur le parquet, l’ailier fort plus petit et capable de s’écarter (face up) reste l’unique intérieur.  Les capacités de prises de rebonds s’en trouvent donc amoindries, l’exemple Du Heat de LeBron James en 2013 en est l’exemple parfait : meilleur bilan Victoire/défaite de la saison à l’Est, plus mauvais bilan aux rebonds de toute la Ligue !

Autour de l’ailier fort 4 autres joueurs capable de tirer à 3 points. Et c’est là que l’attaque en devient bien plus dangereuse, ou du moins plus efficace.

Sans shoot, tu n’es rien

Demandez à notre ami Popovich ce qu’il pense de la ligne à 3 points, et vous aurez droit à son célèbre regard de tueur, les joues tombantes toutes rouges et un « next question » aussi froid que l’hiver New-Yorkais… Pourtant la réalité est bien là, et depuis un moment : aujourd’hui en NBA on remonte la balle et on shoot à 3 points. Vous ressentez la négativité dans ce début de propos ? Que nenni ! Nous vivions dans une époque où effectivement le tir à 3 points est devenu l’option numéro 1 pour presque toutes les équipes NBA, et il faut s’en accommoder.

Comment en est-on arrivé là ? La lecture des stats avancées a permis d’établir un constat clair et net de sens, le shoot à 3 point est plus efficace que n’importe quel autre shoot. Pour 10 tirs à 3 points pris, en réussir 4 vous offre 12 points. Pour 10 tirs à 2 points pris, en réussir 5 (donc un de plus) vous offre 10 points (donc moins de points). Malgré un pourcentage plus faible le shoot à 3 points reste plus efficace. Mike D’ANTONI ancien coach des Suns et actuel coach des Rockets est sans doute le plus fervent adepte de cette philosophie de jeu, Steve Kerr coach des Warriors l’est également.

Alors les stats c’est bien beau, certes, mais pour contrer le Small Ball pourquoi ne pas instaurer un « Big Ball » me direz-vous ? Ce n’est pas aussi simple.

Il est où Duncan il est où ?

Qu’il est loin le temps où l’ami Shaquille O’NEAL brisait en deux les paniers des parquets NBA !  Et le jeu dos au manier de Mister OLAJUWON ? Disparu de la circulation. L’art du Big men qui combinait puissance physique et technicité dos au panier a laissé place aux bûcherons qui sont là uniquement pour placer de bons écrans, prendre des rebonds et terminer les alley oops (on te salue DD Jordan !). Ces bons soldats ne sont en réalité que les victimes collatérales du Small Ball. Le Run and Gun si cher au coach D’ANTONI ne peut se développer que sur des fondamentaux de vitesse et d’agilité. En sommes dès la récupération de la balle tout le monde cours afin de vite scorer avant le repli de la défense adverse. Il paraît donc bien utopique d’imaginer un instant un grand gaillard de 2m15 sprinter de raquette à raquette en moins de 6 secondes pour scorer. Le poste d’intérieur devient donc un poste ingrat, et  les jeunes lycéens promis à un bel avenir universitaire voire NBA s’en rendent vite compte. Tout est question d’adaptation à ce style de jeu  qui prend de plus en plus de place. Une jeunesse lucide, des coachs dans l’ère du temps, la recette pour un cruel manque de talent sous les paniers NBA d’aujourd’hui. Merci Timmy.

C’est grave docteur ?

On pourrait très bien penser voir régner le SMALL BALL encore longtemps sur les parquets  NBA, surtout lorsque l’on voit l’évolution des postes d’intérieurs contraint de s’adapter à la mode du 3 points (on te salue Brook Lopez !).  Travailler les fondamentaux au poste bas pourrait être une solution pour battre le Small ball, corrélé à l’arrivée de quelques pivots de 2m15 venu des Facs U.S voire même d’Europe. Mais ce travail en amont d’une éventuelle entrée dans la Grande Ligue nécessite du temps. Du travail physique tout d’abord, car à 18 ans le corps n’est sans doute pas prêt à encaisser les chocs lourds et musculeux d’un joueur NBA d’expérience. Et puis le travail technique évidemment, répéter ses gammes sous le cercle, bras roulé, feintes de corps…

Mais le temps, on en a plus, surtout quand on sait que l’on peut passer d’une bourse universitaire correcte à 5 millions de dollars par an. A quoi bon faire ses 4 années de fac me direz-vous ? On a plus le temps lorsque l’on sait que l’on peut mettre un panier à 3 points en 6 secondes, plutôt que d’en mettre un à 2 point en 20 secondes. Une philosophie de jeu qui au final s’adapte elle-même à une philosophie de vie.

Alors peut-on vraiment aller contre ça ? Peut-on vraiment ne pas aimer le Small Ball ? L’exercice nous offre assurément du spectacle à foison,  sans interruption de jeu pour des fautes de contact ou dans la raquette, (ABC ESPN et consort s’en régalent à coup sûr !), mais si vous aimez le basket tactique, physique, le jeu dos au panier, vous vous sentirez sans doute lésés. Allez…c’est sympa de voir l’ami Curry enfiler les perles à 9 mètres du panier ! Non ?