Tim Cato, reporter chez Sbnation.com va connaître une expérience à part, le 4 mars 2017, dans la demi-heure précédent le match entre les Memphis Grizzlies et les Houston Rockets. Alors qu’il se ballade dans les couloirs du Toyota Center, il tombe sur Patrick Beverley. Le vétéran, déambule également, et a pour consigne de rejoindre le vestiaire.

Alors que Tim s’avance vers lui, il est harangué par le meneur des Rockets « Tu veux venir à la chapelle ? », lui lance-t-il.  Le reporter prend l’opportunité, et lui demande s’il peut être son invité. De toute évidence, Patrick Beverley est décidé à inclure dans le mouvement toutes les personnes qu’il croisera sur son chemin, et accepte de bonne volonté. Bien sûr, tous deux sont conscients que la tentative restera certainement lettre morte, mais qui ne tente rien n’a rien.

Cette bonne volonté, et cette envie de partager a toujours été une envie palpable dans le vestiaire d’Houston. Mais cette bonne humeur, et ce désir perpétuel de se faire plaisir, a pris un autre tournant l’été dernier, lorsque le staff des Rockets décidait d’engager Mike D’antoni à la tête de son équipe, en tant qu’Head coach. Depuis son arrivée, une énergie positive est latente, elle prend l’espace, elle est contagieuse aux non-athlètes et l’ensemble du roster de la franchise semble prêt à inclure dans leur laboratoire quiconque croise leur route.

Si je parle de laboratoire, c’est parce que la Red Nation est un pionnier dans l’analyse statistique. Depuis la nomination de Daryl Morey, la franchise n’a cessé d’essayer de produire un jeu en accord avec les chiffres, de traduire ce que des tableaux Excel mettaient en avant, en une véritable philosophie de jeu. Mais tout a changé avec l’arrivée de l’ex-Gourou des Suns, dont les qualités de tacticien ont permis de mettre en place cette philosophie basée sur la faculté des équipes à écarter le jeu derrière la ligne à 3 points, à jouer vite en transition et à éliminer au maximum le tir à mi-distance, considéré comme beaucoup moins rentable.

Pour être un peu plus clair, voici quelques chiffres de 2013 : un tir pris dans la raquette est réussi 64,4% du temps, il rapporte donc en moyenne 1,29 point. À mi-distance, l’adresse est plus faible (38,7%), ils ne génèrent que 0,77 point. À trois points, l’adresse baisse encore (35,7%) mais comme le tir vaut plus, il rapporte 1,07 point par tentative. Et ce alors qu’il génère plus de rebonds offensifs. Et vous savez quoi ? L’adresse à 3 points augmente au fil des saisons.

Dès les prémices de cette collaboration, l’ex-coach à la moustache a décidé de prendre une décision forte, faire de l’arrière à la barbe le futur meneur de jeu de son équipe. Pour expliquer ce revirement, un constat simple « Il était déjà le meneur officieux de son équipe, mais plutôt qu’il se fatigue à aller récupérer la balle, on va la lui donner dès le début ». La révolution est en marche, et ce alors que les Rockets sortent d’une saison morne : qualifié de dernière minute en Playoffs, éliminés au premier tour sans sommation, sans envie.

Et l’utilisation du mot « chapelle », n’a rien d’un hasard. Si le fonctionnement des Rockets, ressemble plus à celui d’un laboratoire de chimie, ils lui ont donné un aspect sacré, l’ont transformé en lieu de partage et d’échange et ont monté un système de jeu en lequel tout le monde se retrouve et a foi. Une petite idée en termes de chiffres ? DeMar Derozan a pris plus de tirs à mi-distance cette saison que tout l’équipe des Rockets. Pendant ce temps, les leader en tentatives à 3 points, sont pour la troisième année consécutives les W… Non, les Rockets. Récompense pour ces expérimentations, ils sont la seconde attaque la plus efficace de la ligue selon les ratios, derrière l’armada de Golden State. Un miracle lorsque l’on sait qu’Harden est le seul joueur de premier plan de l’équipe, entouré de Role Players ++.

Au bout de cette saison de folie, les Rockets termineront 3eme. 3eme ! Pour une équipe à qui beaucoup d’analystes prédisaient une adaptation difficile, et une lutte pour les Playoffs. Au final, Houston termine devant les champions en titre, au bilan, avec un solide 55-27, et s’apprête à pousser cette stratégie jusqu’à son paroxysme, ce qu’ils font désormais avec brio en post-saison au moment ou j’écris ce billet. Parce que plus que n’importe quelle autre franchise, Houston joue crânement sa chance. Alors qu’on pointe en cours de saison des difficultés défensives en dépit d’une attaque imparable , Daryl Morey récupère Lou Williams à la trade deadline, véritable dynamite en sortie de banc, mais piètre défenseur. L’idée ? Faire un pied de nez aux critiques proférées de tout temps à la méthode D’antoni : accorder trop de crédit à l’attaque aux dépends de la défense. Peu importe, toute la franchise pense pouvoir marquer plus que n’importe quelle autre équipe, quitte à délaisser par moment l’aspect défensif du jeu.

Mais si le système a surtout évolué du point de vu de l’efficacité de la mise en œuvre, il y a eu une révolution certaine côté construction du groupe. Alors que Leslie Alexander et Daryl Morey ne voyaient que par la construction d’un Big Three il y a encore 2 ans – expliquant notamment les arrivées de Dwight Howard, mais aussi la quasi-signature de Chris Bosh – le staff a su se remettre en question après l’échec de la collaboration Harden/Howard (en dépit d’une finale de conférence 2015).  Ainsi, l’été dernier, en parallèle du changement de coach, la franchise a laissé partir leur pivot, pour recruter des joueurs moins côtés, mais en accord avec les besoins affichés : des joueurs capables de dégainer (Eric Gordon et Ryan Anderson), et des intérieurs capables de jouer sans ballon (promotion pour Clint Capela, arrivée de Néné Hilario). Pas des signatures de premier ordre – et pourtant. Avec Anderson dans le 5 et Gordon en sortie de banc, l’attaque d’Houston devient imparable et ce alors que l’Ailier Fort ne joue pas son meilleur basket… Mais sa seule présence suffit à faire de l’espace, suffisant pour laisser tout l’espace à Harden pour pénétrer. Avec son armada de pistoleros, il peut travailler sur son vis à vis et marquer, pénétrer et ressortir, ou jouer avec ses intérieurs Capela et Harrell notamment, dont les capacités athlétiques font des ravages sur Pick&Roll. Harden est trop fort pour être contenu en 1 contre 1, ils font donc des aides. Mais si vous tentez des prises à 2, vous laissez quelqu’un ouvert à 3 points, ou un intérieur rouler vers le cercle. Un véritable casse-tête pour les défenses adverses. Parce qu’il faut être clair, rien de tout ça ne serait possible sans Harden, dont la capacité à agir en triple menace comme personne permet d’articuler tout un système de jeu.

Quant à la nouvelle philosophie concernant le lieutenant d’Harden ? C’est Ryan Anderson qui l’explique le mieux « Peu importe qui l’équipe adverse aura décidé de ne pas défendre suffisamment dur ».

Ce match du 4 mars, auquel Tim Cato a assisté en est le parfait exemple : les Grizzlies habitués à jouer lentement, sur leurs intérieurs ne peuvent rien faire. Les Rockets accélèrent le jeu, balancent 42 tirs à 3 points, en marquent seulement 18 et pourtant dominent une équipe solide 108-123. A propos de ce match, coach D’antoni déclarera : « on a pas joué notre meilleur basket« . Le ton est donné, Houston est en marche. Et Harden dans tout ça ? Il pond une saison stratosphérique, avec 29,1pts/8,1rbds/11,2asts. Record au point, au rebond et à la passe… en jouant 2 minutes de moins en moyenne.

Alors forcément, avec un Franchise Player qui s’éclate, un coach qui implique tout le monde et des victoires, l’enthousiasme est de mise.

Et si on doit être honnête, nous pouvons remercier les Warriors et les Mavericks pour avoir rendu possible le retour du potentiel « coach de l’année ». Parce qu’ils ont prouvé qu’une équipe qui s’appuyait sur le tir longue distance pouvait gagner des titres. Et mine de rien, avant eux, tout ça n’était pas gagné.

A l’heure de cet article, les Rockets sont aux prises avec les Spurs, et ont tout simplement détruit leur voisin Texan dans le premier match, et ce à l’extérieur. Une preuve s’il en est que la foi en leur système n’est pas une erreur, et que la confiance de l’équipe en leur capacité à battre n’importe quel adversaire sur une série de Playoffs, semble se confirmer. Bien sûr, et D’antoni le sait, obtenir le titre final prend plus qu’une philosophie de jeu et la confiance de son roster. Il faut aussi la chance d’éviter les blessures, et celle de ne pas tomber sur simplement plus fort que soi. Et en l’occurrence, la ligue possède quelques Goliath qu’il va falloir faire tomber pour concrétiser les attentes d’un groupe, qui n’aura cessé de nous enthousiasmer tout au long de la saison.

Quant à Tim Cato, son expérience n’a pas pris fin avec Patrick Berverley. Après avoir échoué à suivre le chien de garde des Rockets, il retourne aux abords des vestiaires. Deux autres joueurs tenteront de le faire entrer. Ce sont successivement Ryan Anderson, puis Sam Dekker qui lui diront … « Tu veux entrer à la chapelle ? ».