L’homme est un être rationnel, et au fil des siècles, il a sans cesse cherché à comprendre le monde qui l’entoure, à donner du sens à ce qu’il ne comprenait pas, au point que notre planète autrefois régie par des croyances, des mythes et des zones d’ombres a peu à peu fait place à un monde dominé par les sciences. En se révoltant contre sa condition d’ignorance, l’homme tend peu à peu à éradiquer le subjectif et à mettre en lumière ce qu’il ne pouvait saisir. Le sport, connait cette même tendance au besoin d’explication. Plutôt que de parler d’alchimie, on développe des statistiques à même d’expliquer cette dernière – et puisque nous assistons à un avènement de la donnée chiffrée, même les fans se mettent à comparer leurs contemporains et les périodes entre elles sur la base supposée neutre des statistiques.

Quelques semaines après le premier titre de Cleveland, et quelques jours après le départ de Kevin Durant à Golden State, j’avais décidé d’écrire un texte pour vous parler de subjectivité, de storytelling, et de ce qui faisait la magie de la NBA. Plutôt que de comparer froidement les joueurs, les équipes et les époques, je voulais vous parler de ce qui tend à rendre mémorable un acte, ce qui tend à nous permettre de nous souvenir d’un moment précis dans une foule d’autres, ce qui permet à l’être humain, en quelques sortes de se forger une identité dans un monde où tout va plus vite : le poids de l’histoire, de ce qu’elle recèle, de son besoin d’un cadre spatio-temporel, d’un contexte particulier, de détails qui permettent de créer une trame certaine et en fin de compte d’une notion toute particulière : l’empathie. Celle qui fait que vous allez propager un instant dans le flot de milliers d’autres, et la réponse est donc l’émotion.

Comme je l’avais déjà écrit il y a quelques mois, il semblerait que la NBA ait compris rapidement que cette capacité à créer des histoires était la clé pour soulever les foules, et puisque le sport et la situation structurelle de la grande ligue se prêtent parfaitement à la création de moments dignes d’être racontés à travers les époques – il ne restait plus qu’à constituer les conditions idéales pour leur donner vie.

Le choix de l’illustration pour cet article, n’a rien d’anodin. A titre personnel, lorsque je pense à la NBA, j’y vois un grand un roman, une saga, un cadre idyllique pour construire une véritable épopée à travers les âges. Mieux, cette ligue dont nous nous passionnons offre la possibilité de vivre cette histoire d’autant de manières différentes, qu’il y a de choix d’équipes, de joueurs sur lesquels nous allons jeter notre dévolu – car la puissance de la subjectivité, c’est qu’elle permet à tous de vivre un évènement commun de façons diamétralement opposées.

Regardons de plus près. De quoi avons-nous besoin pour construire une histoire ? Cela commence avec une situation initiale. Celle-ci doit permettre de répondre à des questions simples : Qui ? Quoi ? Où ? Quand ?

Qui ? D’emblée, la NBA offre divers choix. En mettant à disposition 30 équipes, constituées chacune de 15 joueurs aux rôles et impacts variés, elle vous offre une multitude de manière d’appréhender son univers. Il vous convient de choisir votre allégeance, en fonction de critères qui vous sont propres – plus que de l’information, vous avez le choix.

Quoi ? Il convient ensuite de mettre une situation en place. Justement, chaque franchise, chaque joueur possède une histoire, une trame de fond qui l’a poussée dans la position où elle se trouv(ait)e au moment où vous avez découvert la NBA. A vous de sélectionner celle qui vous ressemble, en fonction de votre propre appréciation d’une situation idéale.

Où ? Si cette dimension peut sembler moins importante, elle est au contraire absolument cruciale dans le succès de la NBA. En effet, en devenant la ligue incontournable de son sport, celle où la quasi-totalité des meilleurs joueurs du monde viennent s’affronter, elle s’est mise en situation de poser un cadre commun à tous. Là où les ligues Européennes, notamment dans d’autres sports, se dispatchent les joueurs dans des cercles fermés (par pays) où les meilleurs joueurs du monde sont parfois amenés à ne pas se croiser pendant plusieurs années, la NBA, elle possède un cercle commun à tous – une arène propice à tous les affrontements.

Quand ? Enfin, après un cadre spatial, elle doit offrir un cadre temporel. Là encore, notre subjectivité peu apprécier ce sport de manière différentes, mais il existe divers degrés de lecture : année, décennie, générations. Depuis que la NBA a atteinte sa forme actuelle, il devient évident que toutes ces lectures sont acceptables et viables.

Enfin, si l’on veut conclure notre analyse, une bonne histoire possède 4 autres étapes : un élément perturbateur, des péripéties, un élément de résolution et une situation finale. Autant dire, que là encore la NBA offre tout ce qu’il faut, et qu’une fois de plus, elles nous sont différentes à tous en fonction de notre manière d’apprécier le spectacle, de notre subjectivité, et du degré d’investissement que l’on possède dans le suivi de la ligue.

goz

Maintenant, revenons à la comparaison en tête d’article. Ma lecture de la NBA, entre étrangement en connivence avec celle de la série Game of Thrones, et la création du format humouristique Game of Zones démontre à elle seule que je ne suis pas seul dans cette situation.

Tentons le parallèle : vous découvrez la NBA, et votre empathie va vous tourner vers un des différents « royaume » que propose l’Univers en place. Peut-être allez vous adhérer à un personnage, peut être à l’histoire d’une des franchises, peut-être à l’image d’une ville, ses valeurs, ou bien la situation dans laquelle elle se trouve ? Quoi qu’il en soit, vous choisissez un avatar, il devient votre fil rouge, votre vision subjective de ce qui se passe en NBA. Au fil du temps, vous suivez la lutte des différentes équipes pour le trône, symbolisé dans le Basket Américain par la conquête du titre.

Pendant ce temps, les péripéties s’enchaînent, les dénouements positifs et négatifs, au fil des rivalités, des trahisons, des choix stratégiques des dirigeants, des blessures, des surprises. Et vous, vous êtes là, spectateur, commentateur, passager de cette histoire qui se déroule sous vos yeux. Et vous pouvez réagir, évoluer, faire des choix en fonction de vos valeurs. LeBron James quitte Cleveland pour Miami : changez-vous de fusil d’épaule ? Ou supportez-vous Cleveland dans la construction d’une nouvelle génération ? Devenez-vous un détracteur du joueur, ou comprenez-vous son choix ? Lorsqu’il revient 4 ans plus tard, êtes-vous prêt à le suivre à nouveau, ou y voyez-vous de l’opportunisme ? Et enfin, lorsqu’il apporte son premier titre à Cleveland, y voyez-vous une année de plus, un nouveau champion parmi d’autres, ou l’un des plus beaux moments sportifs auquel vous ayez pu assister ?

Bref, vous êtes entré dans l’aventure. Que vous commenciez à suivre la NBA, ou que vous la suiviez depuis 30 ans, vous êtes désormais à bord d’un train d’enfer qui ne s’arrête jamais. Le cadre évolue, pour donner des tournants différents, mais les histoires ont toujours leur charme. D’une ligue inégalitaire, dominée par les colosses de Los Angeles et Boston, les situations se font de plus en plus équitables. Les petits marchés explosent, offrant de plus en plus de trames possibles. Les franchises se créent des identités, leur donnant un charme particulier, susceptible de vous correspondre. En continuant le parallèle sus-exercé, êtes-vous plus proche de l’arrogance et du faste des Lakers (Lannister), ou la discrétion familiale des Spurs (Starks) ?

Quoi qu’il en soit, bienvenu ou bonne continuation à bord. Et apprécions une ligue qui ne craint pas d’appeler un jeune lycéen de 15 ans, « The Chosen One », pour susciter l’attente autour d’un gamin, venu redonner le sourire à un public orphelin de Michael Jordan.