Il y a des histoires réelles que l’on entend que l’on ne peut croire fictives, et des histoires fictives qui nous semblent ancrées dans la réalité. Si l’on raconte celle d’Allen Iverson dans plusieurs générations, il est fort probable que l’on puisse la trouver trop romancée pour être vrai, et pourtant.

Alors qu’il est une star des lycées, tout porte à croire que ce jeune issue de quartier difficile, pour qui le sport est la seule issue, a toutes ses chances d’être drafté et de devenir une star. Pourtant, présent un soir lors d’une émeute générale dans un bowling, les caméras reconnaissent le jeune Iverson fuyant les lieux alors que la bagarre atteint des sommets. Seule personnalité reconnaissable, le mineur va être jugé comme un adulte malgré ses 17 ans, dans un simulacre de justice. Il est condamné à 15 ans de prison, et voit son avenir partir en fumée.

Malgré tout, ce scandale judiciaire génère des réactions, et certains médias s’emparent de l’affaire poussant le juge en charge du dossier à reculer. Allen est disculpé et peut retourner à l’école pour finir son cursus. Il part ensuite à l’université, marque les esprits en 1 saison et décide de s’engager à la draft, où il est sélectionné sans surprise en 1ere position, un soir de 1996. Liesse générale à Philadelphie qui en fait l’acquisition et a trouvé un véritable franchise player. En dépit de sa petite taille, il est un scoreur né, un défenseur féroce qui s’acharne sur chaque ballon. Sur le terrain, l’énergie qu’il dépense, sa hargne et son sens du spectacle en font rapidement la nouvelle coqueluche de la NBA. En dehors du terrain, le numéro 3 casse les codes. Dans une NBA qui travaille jusqu’à alors une image de Gentleman pour les joueurs, voici qu’un gamin de la rue décide de s’exprimer : baggies, bandana, braids styles, tatouages. Si aujourd’hui c’est devenu une habitude en NBA, c’est parce qu’il y a eu Iverson. Irrévérencieux, authentique, il veut « ressembler à un superhéros ». Et si la ligue s’en agace, si d’anciens joueurs le condamne, l’ensemble des fans de la grande ligue le plébiscite, tandis que les médias en raffole.

Alors que son équipe s’inquiète après 4 saisons de son comportement parfois pénible : oui il est loyal, acquis à la cause de sa franchise, mais il est aussi parfois irresponsable, entouré de personnes susceptibles de le pousser vers des excès qui peuvent nuire à sa carrière – elle décide une fois de plus de monter un échange pour le combo-guard. Iverson apprend la nouvelle, et promet d’être un autre homme. Dans le bénéfice du doute, il obtient une dernière chance… Et il va pas la louper.

En 2000-2001, tout réussira à Iverson. Sur un autre planète offensivement (31,1pts/match – meilleur scoreur de la ligue), il porte littéralement son équipe sans oublier de défendre (2,5 interceptions – meilleur de la ligue également). Entouré de joueurs venus pour se battre à ses côté, il les mène à un bilan de 56-26 (1er à l’Est). Le joueur finit auréolé du titre de MVP, et va jouer des Playoffs phénoménaux pour arriver jusqu’en finale. Alors que les Lakers de Shaq-Kobe n’ont pas perdu un match jusqu’aux finales, l’obstacle semble trop haut pour les coéquipiers du néo-MVP. Pourtant, dans un Game 1 à l’extérieur stratosphérique, Iverson (48pts) tire les siens vers la victoire. Un coup de theâtre de courte durée, mais qui marquera les esprits.

Au termes de cette année, la renommée du joueur est planétaire. Lui même n’en croit pas ses yeux lorsqu’en Europe, mais surtout en Chine, il est une vértiable star. Adoré par les médias et les fans, il est probablement le basketteur le plus populaire de l’histoire derrière Michael Jordan. La presse s’emploie à le glorifier, et son image a de quoi lui faire tourner la tête. Mais il ne faut pas s’y tromper, il n’y a qu’une chose médiatiquement parlant de plus efficace que de porter quelqu’un aux sommets. C’est de l’en faire redescendre.

La saison suivante, les Sixers ne sont plus aussi bons. Ils gagnent 13 matchs de moins que l’année précédente. La faute notamment aux blessures qui ont ralenti l’équipe. Iverson manque 22 matchs, même s’il marque 31,4 pts/matchs. Arrivés en Playoffs, ils sont 6eme, et vont finalement tomber contre Boston 3-2. A la sortie de ces finales, voici la vidéo qui entrera dans les mémoires, comme un moment comique et gênant, d’un Iverson qui se défend en conférence en répétant le mot « entraînement » 20 fois, visiblement outré que les questions portent sur des soupçons d’entraînements ratés, et de retards fréquents. La séquence est ponctuée par un assassin « Comment suis-je censé rendre mes coéquipiers meilleurs en m’entraînant ?! ». Voilà ce que ressortiront les médias, et qui entérinera la réputation désormais forgée de mauvais coéquipier et de joueur difficile à gérer et à mener aux entraînements.

Mais finalement, est-ce que cette séquence est complète ? N’avons-nous pas ici, et ce avant même l’avènement d’Internet, la preuve qu’il est facile de faire dire ce que l’on veut aux images ? Si la séquence entière exprimait tout autre chose ?

Aujourd’hui, cette version ci-dessus est la version officielle, celle que l’on a retenu, celle d’un Iverson qui ne comprend pas pourquoi on lui parle d’un entraînement raté, alors qu’il est le leader. Pourquoi en aurait-il besoin puisqu’il est le meilleur. En réalité, la version longue est ailleurs. Les 30 secondes finales de la version ci-dessous, sont en réalité les raisons qui ont poussé Iverson à s’indigner qu’après plusieurs minutes de conférence, après une élimination en Playoffs, et en raison de ce qu’il traversait dans sa vie personnelle durant la série, les seules questions qui lui ont été posé tournent autour d’un entraînement raté.

En effet, durant cette série, Iverson perd son meilleur ami, il est diminué par des blessures contractées durant la saison, pourtant comme à son habitude il donne tout sur le terrain. Bien sûr son expression est confuse et les répétitions sont du pain béni pour les médias, qui ont juste à couper la séquence pour lui donner une teneur différente. Celle que l’on retiendra, celle du joueur qui explique « Pourquoi me parlez-vous d’entraînement, alors que je donne tout sur le terrain ? Pourquoi est-ce que vous me parlez d’entraînement, on s’en fout ». La réalité est tout autre :

Essayez de vous imaginer une journée dans ma vie, juste pour une putain d’minute. Mettez vos pieds dans mes chaussures et essayer de gérer ce que je traverse dans ma vie. Mon meilleur ami MORT. Mort, et on a perdu. Et c’est ce que je vais devoir traverser pour le reste de cet été. C’est ce que je dois traverser avant que la saison ne commence. C’est ma vie, c’est ma merde. Alors rentrez chez vous, ayez une belle vie, vivez la les gars.

Une preuve supplémentaire s’il en est, qu’il faut apporter soin à ce que l’on voit, entend, lit. Gardons du recul, parce que le but d’une conférence de presse ou d’un papier, peut souvent être de vendre plus. Basta.