Après une première nuit de free agency complètement psychédélique tant du point de vue des destinations choisies par les différents agents libres, l’heure est au débrief, du moins un premier débrief puisque bien d’autres signatures sont très attendues.

Mais l’événement de la nuit, ce n’est pas la signature d’un quelconque free agent, mais bel et bien l’échange entre le Thunder et les Pacers, qui a envoyé Paul George manier la foudre avec Russell Westbrook quand de leur côté Victor Oladipo et Domantas Sabonis vont stater dans le vide dans une équipe flinguée avoir l’opportunité de donner un nouveau souffle à leur carrière du côté d’Indiana.

Ce trade, qui ressemble tout de même très fortement à un panic move de la part du front office des Pacers, a de nombreuses répercussions sur ce que sera la ligue, que ce soit à court ou moyen terme. Le premier aspect à traiter est évidemment le trade en lui-même, notamment par rapport au pouvoir de Paul George lui-même sur les négociations en cours. Dans un second temps, on verra qu’est-ce que ce move peut entraîner par rapport au Thunder, son potentiel parcours en playoffs l’année prochaine, l’été 2018, etc…

1 – L’échange entre Oklahoma City et Indiana –

Nul besoin ici de prendre des gants, ce trade apparaît de prime abord comme un braquage en règle; une faute d’incompétence terrible de la part du front office des Pacers. A tel point que même la police d’Oklahoma City a été se se payer la tête des Pacers.

 

Néanmoins il est important de chercher plus dans le détail pour mieux comprendre les tenants et les aboutissants de cet échange. C’est là qu’on s’aperçoit qu’en réalité, la situation était beaucoup plus compliquée qu’il n’y paraît pour le front office des Pacers. Rappelons simplement le contexte: Paul George, free agent l’an prochain, avait averti sa désormais ex-franchise qu’il était inutile d’espérer une prolongation de sa part dans l’Indiana, que ce soit cet été ou l’été prochain. Il avait également prévenu qu’il signerait très probablement chez les Lakers à l’expiration de son contrat.

Partant de là, trois constats s’imposent: la valeur sur le marché des transferts du rival de LeBron James s’est effondrée car tous les autres GM savaient que les Pacers avaient dès lors tout intérêt à l’échanger pour ne pas le voir partir pour rien, et de ce fait, les Pacers se retrouvaient en position de demandeurs, donc une position de grande faiblesse dans les négociations. Ensuite, cette annonce de son intention d’aller chez les Lakers lui conférait deux pouvoirs: le premier, de pouvoir faire capoter tout trade qui ne lui conviendrait pas en disant à l’équipe qui le récupérerait qu’il ne resignerait pas, auquel cas le trade serait au final X contrepartie contre la location pour un an de Paul George, ce qui au final ne servirait à rien. Le second pouvoir que lui conférait cette situation est la conséquence du premier: le joueur pouvait très bien choisir sa destination en mettant le gun sur la tempe du front office pressant son management de conclure le transfert. Pourquoi ? Il n’avait qu’à dire à toutes les autres équipes sauf celle qui l’intéresse: « Concluez un trade pour m’avoir pour un an si cela vous chante, mais je ne resignerai pas l’été prochain », ce tout en ajoutant, à l’attention des Pacers « Personne ne voudra vous offrir de contrepartie digne de ce nom pour un an, donc concluez un transfert avec l’équipe de mon choix, faute de quoi vous me perdrez contre rien du tout l’été prochain »

C’est là qu’on voit que dans le cas d’espèce, si on ajoute le fait que Paul George a déjà dit à maintes reprises qu’il en avait plus que marre de perdre contre LeBron James et que clairement le dernier sweep en date contre le King malgré un niveau de jeu extraordinaire de la part du désormais ex franchise player des Pacers lui a fait très très mal au moral… En réalité la marge de manœuvre d’Indiana dans les négociations était inexistante, le joueur était en position de force et a pu en user autant qu’il le voulait.

En revanche, côté Thunder, ce deal comporte quand même un risque non négligeable: Après tout la potentielle promesse de Paul George de rester, si elle existe, n’a aucune force obligatoire entre les parties, il ne s’agit que d’un engagement moral, et si la saison est un échec, Presti pourrait se retrouver avec un sacré casse-tête sur les bras l’été prochain car il aura à gérer les cas de Paul George évidemment mais aussi.. De Russell Westbrook. Un nightmare scenario n’est donc pas à exclure du côté d’Oklahoma City.

Maintenant que ce trade est fait, que va t-il se passer ensuite ?

2 – L’avenir du Thunder –

On salivait surtout sur un potentiel duo entre le fou furieux dragster du Thunder et le fossoyeur de Timofey Mozgov rouquin des Clippers. Dans le genre highlights machine, le duo avait un potentiel phénoménal pour squatter tous les top 10 et massacrer des arceaux par douzaines.

Mais Griffin a resigné pour le maximum chez les Clippers, mettant ainsi un terme à toutes les spéculations autour d’une telle association avec le dernier MVP en date. En revanche, Sam Presti, le GM du Thunder, n’est pas resté inactif, comptant bien aider sa star à viser plus haut. Pour ce faire il a profité de l’opportunité que présentait la situation de Paul George pour le faire venir dans son équipe.

Sam Presti est un GM reconnu comme un des meilleurs de la ligue, on peut donc affirmer sans trop se mouiller qu’il a fait ce deal en ayant la garantie que Paul George resignera cet été. De plus, comme cela est trop peu souligné, le facteur le plus essentiel sur le marché des agents libres, c’est bel et bien les relations entre les joueurs. Bien qu’il ne s’agisse là que de spéculation, il est probable que la recrue phare du Thunder en ait préalablement discuté avec son nouveau coéquipier et qu’il ait été convaincu par l’idée d’une association avec lui.

Car en effet, l’association entre les deux sur le terrain soulève plusieurs questions assez légitimes:

Quid du partage du ballon ? Quid du partage des responsabilités ? Quid du style de jeu pratiqué ?

Sur le partage du ballon, après tout, Westbrook a déjà joué avec un joueur ayant beaucoup plus besoin de la balle que George en la personne de Kevin Durant. Certes le jeu du Thunder à cette époque était assez laid et rudimentaire mais ça marchait et même plutôt bien puisque l’équipe aura fait une finale NBA et plusieurs finales de conférence. A la différence de Kevin Durant, George est certes moins fort dans le talent offensif brut, la capacité à scorer en masse sur la tête de n’importe qui de n’importe quelle position de n’importe quelle manière, mais il est nettement meilleur en ce qui concerne le playmaking et c’est d’ailleurs, en dehors du spacing, ce qui fut le souci principal du Thunder cette année. Westbrook et George pour créer le jeu c’est quand même pas mal du tout non ?

Pour le partage des responsabilités, ce point là relèvera de 3 personnes uniquement: Westbrook, George et Billy Donovan. Les 3 devront trouver un terrain d’entente sur plusieurs points: les deux superstars devront laisser le coach coacher l’équipe et imprégner son style de jeu (bien qu’énormément d’interrogations existent à ce sujet autour de Billy Donovan). Ensuite, les deux joueurs vont devoir s’entendre sur qui fait quoi et quand. Qui prend le tir de la gagne ou même tous les gros tirs dans le 4e QT ? Etant tous les deux de grands admirateurs de Kobe Bryant et de ce côté « héros ou zéro » qui fut la marque de fabrique du Mamba, on peut penser que c’est peut-être le point le plus difficile à régler, mais au final il est probable que ce soient les circonstances qui s’en chargent; si Westbrook est trop bien marqué George prendra le tir, que le plus chaud des deux sur le moment tentera sa chance en isolation, etc.. Et enfin, le coach devra trouver la bonne manière de les utiliser au mieux.

On en arrive au style de jeu qui pourrait être envisagé pour cette équipe. Le Thunder a un effectif qui semble fait pour le jeu rapide. A voir comment cela va s’organiser (on n’arrivera jamais à un 7 seconds or less à la d’Antoni) mais un jeu axé sur la transition et une agression permanente du cercle peut potentiellement très bien marcher, surtout si Presti arrive à entourer ses deux stars avec des shooteurs corrects pour leur espacer le terrain. Dernier point, qui dit jeu rapide dit aussi risque de transition dans l’autre sens si shoot un peu précipité et risques de perte de balle accrus. Nous voici à l’aspect défensif: le Thunder avait déjà une défense très correcte (10e au defensive rating; 108 pts/100 possessions) mais là clairement ils peuvent avoir une énorme défense: le front-court George-Roberson/Gibson-Adams, s’il reste en place, peut être phénoménal défensivement parlant. Quant au back-court, Westbrook n’a pas défendu cette année, ce n’est un secret pour personne, mais il a déjà largement prouvé qu’il pouvait très bien défendre. 4 joueurs sur 5 capables de très bien défendre, pas besoin d’être un génie pour comprendre que de manière globale, pour peu que la défense collective soit bien travaillée, ça peut être très très bon.

Pour terminer, que peut faire Sam Presti pour tenter d’emmener cette équipe encore plus haut ?

Comme je l’avais souligné dans un précédent article, le Thunder a une marge de manoeuvre financière extrêmement limitée. Néanmoins, avec ce trade, ils récupèrent 4M. Pas suffisant pour repasser sous la limite du salary cap. Leur masse salariale pointe à environ 108M, soit 9M au dessus de la limite imposée. Par contre, en dégageant l’ensemble du banc, le Thunder pourrait récupérer jusqu’à 37M. Certes cela peut paraître radical d’ainsi bazarder tout le banc, mais aucun role player n’est vraiment sorti du lot cette année et il est parfaitement possible de reconstituer un banc correct avec des vétérans… Surtout au vu de ce qui pourrait suivre. Car avec cette marge, en dehors de la resignature éventuelle d’Andre Roberson, le Thunder pourrait faire une offre hyper alléchante à Paul Millsap. Le couteau suisse des Hawks est free agent, et à 32 ans, un dernier gros défi dans une franchise qui viserait alors potentiellement le titre pourrait le séduire, sans compter qu’en dehors de ça, le nombre de zéros sur le chèque serait quoi qu’il arrive très alléchant. Avec un tel Big 3, comme dit plus haut, le Thunder pourrait facilement récupérer des vétérans pour repeupler son banc. Petit clin d’œil du destin, un meneur ultra dominant de niveau MVP associé à un ailier ultra dominant, top 5 à son poste et lui aussi de calibre MVP.. les deux associés à un intérieur extrêmement polyvalent qui apporte une assise défensive considérable… Ça ne vous rappelle rien ? 😉

Wait and see donc, dans l’attente de la suite d’une free agency toujours plus folle !