On dit souvent que la NBA est un cycle et que le vent tourne grâce au système. Dans cet idéal de cycle, on peut imaginer que tous les 4/5 ans, on a l’opportunité d’avoir un changement de pouvoir, un changement de rapport de force symbolisé par des assemblements générationnels. Du coup, lorsque les fans se plaignent du déséquilibre entre les conférences Est et Ouest, on a souvent tendance à répondre « La NBA est un cycle, ça va tourner, ne t’inquiète pas ». Mais si on regarde de manière plus attentive, honnêtement, depuis quand la conférence Est n’a pas dominée son homologue ? A vu de nez comme ça, on peut sans trop de difficultés dire depuis un bail. Bien sûr, si on voit l’équilibre Est/Ouest comme qui est le champion à la fin de la saison, tout va bien. Everything’s alright. Mais le fait est que si l’on se base sur la compétitivité des 15 équipes, l’Est n’a pas repris la main depuis la fin de l’ère Michael Jordan. La draft ’96, marque à vrai dire un changement de cycle qui ne s’est jamais inversé.

De quoi donner de plus en plus de crédit à une abolition des conférences pour les Playoffs, afin de rendre le jeu plus « équitable » ?

Pourquoi cela a du sens ?

Les conférences ont été créées au fondement de la ligue pour sectoriser les déplacements. L’idée était de limiter les grands voyages beaucoup plus longs à l’époque, complexes à organiser et fatigants pour les joueurs. Toutefois, et le changement du format des finales NBA l’a prouvé, les voyages en avion bien que toujours fatigants ne sont plus une cause suffisante pour vraiment revoir son emploi du temps. De plus, l’opposition Est/Ouest semble de moins en moins importante dans l’esprit des fans, qui ne suivent plus nécessairement une côte ou l’autre mais simplement une équipe + d’autres équipes qui les séduisent. Là aussi, le développement des canaux pour regarder des matchs à la carte, l’explosion d’Internet et des réseaux sociaux rendent la visibilité sur la ligue plus globale, et donc réduisent l’esprit d’opposition aux US entre les 2 conférences. Par ailleurs, la NBA compte de plus en plus de supporters à l’étranger, en Europe, en Afrique et en Asie qui ne se sentent pas concernés par cette opposition puisque n’habitant pas dans le pays où cette rivalité pourrait exister.

L’évolution de la mentalité des joueurs lors des matchs du All-Star Game sont peut être la résultante de cette érosion identitaire et de la fierté supposée d’appartenir à un bord ou l’autre. Aujourd’hui se battre pour représenter n’a semble-t-il plus d’impact sur les joueurs, et c’est une preuve supplémentaire d’une évolution des mentalités, mais aussi d’un intérêt beaucoup plus faible des fans. Bien sûr, loin de moi l’idée de résumer la situation à ces éléments, mais toujours est-il que la lutte Est/Ouest n’est plus un élément majeur dans la NBA actuelle.

Dans ce contexte, les fans ont désormais une tendance plus élevée à utiliser une formule qui se résumerait ainsi, « je préfère voir les 16 meilleurs équipes en Playoffs, que des franchises qui n’y ont pas leur place ».

Plusieurs éléments en faveur d’une suppression des 8 spots par conférence. Mais un système plus « équitable » se résumerait-il à cela ?

Récompenser les 16 meilleurs bilans, et basta ?

La solution simple et efficace envisagée pourrait donc être : prendre les 16 meilleurs bilans et faire un tableau de Playoffs 1 vs 16; 2 vs 15… etc.

Cela serait-il sur une solution ? Cela permettrait-il à des équipes de l’Ouest plus méritantes d’accéder à la post-saison ? Et vice versa si un jour la situation s’inversait ? Si l’on se base sur cette saison, la réponse est… non. En se basant sur 2016-2017, nous aurions les mêmes équipes. En revanche, plusieurs équipes de l’Ouest ne seraient pas obligées de s’écharper dès le premier tour, puisqu’elles deviendraient des équipes de haut de tableau et affronteraient les équipes de l’Est. Une manière d’augmenter l’intérêt pour les phases avancées, et donner l’opportunité à des équipes plus fortes d’aller plus loin dans la compétition.

Juste pour pousser un peu plus loin, nous aurions (surprise!) 9 équipes de l’est, 7 de l’Ouest en 2015-2016. En revanche, le top 6 serait formé de 4 équipes de l’Ouest. Par contre, nous aurions 11 équipes de l’Ouest contre 5 de l’Est pour 2014-2015.

De fait, oui cette méthode ferait bouger les choses et permettrait d’avoir des 1er tours moins compliqués pour la conférence dominante. La vraie question étant, cette mesure suffit-elle à équilibrer le système ? Bah à priori, NON.

Car le calendrier NBA…

Pour que ce soit parfaitement, équitable, il faudrait que le calendrier NBA soit le même pour tous, non ? Puisque si on considère qu’une conférence est plus faible qu’une autre, voire et c’est là que c’est d’autant plus pernicieux, qu’une division est plus faible que l’autre, alors comparer des bilans n’a… aucun sens ! En effet, ce que la plupart des gens font en comparant les bilans, ce serait comme comparer des pourcentages calculés avec des données différentes. Ils ne sont pas révélateurs.

Pourquoi ?

Parce que la NBA est constituée de 6 divisions de 5 équipes chacune. Et que 3 divisions forment une conférence.

Les équipes de même division se jouent 4 fois dans la saison : 16 matchs

Les équipes de la même conférence se jouent 3 ou 4 fois dans la saison : 36 matchs

Les équipes de conférences opposées se jouent 2 fois dans la saison : 30 matchs

Autrement dit, personne n’a le même calendrier, vous ne jouez pas les mêmes équipes le même nombre de fois. En revanche, plus votre division et conférence sont faibles ou fortes, plus cela va indubitablement jouer sur votre bilan, qui a en général a pour seul point commun le fait que vous jouiez 41 matchs à domicile et autant à l’extérieur.

La solution serait donc de refondre tout le calendrier NBA pour que toutes les équipes se jouent autant les unes que les autres. Sans rentrer dans le détail… 30 équipes; 82 matchs…. Problème difficilement soluble. D’autant que la ligue comme les fans tiennent à leurs 82 rencontres. Après tout, changer ce nombre… Comment pourrait-on faire des débats sans fin sur qui est le GOAT, quelle est la meilleure équipe All-time, si nos joueurs ne font plus le même nombre de matchs. Dangereux ça.

A défaut d’une équité parfaite, il faudrait au moins faire sauter le système de division et augmenter le nombre de rencontres entre franchises des 2 conférences, ce qui permettrait de rééquilibrer les bilans un minimum.

 

Verdict ?

Aujourd’hui abolir le système de conférence est un chantier extrêmement compliqué, car toute la NBA est articulée pour ces 2 pôles. S’il a probablement été pensé par les dirigeants  de la NBA, la frilosité quant à cette question est normale tant les résultats à divers niveaux pourraient poser des problèmes. Éluder cette question devrait rester la communication de la grande ligue, poussant toujours plus la notion de cycle pour rassurer les différentes parties prenantes. Les dirigeants comme Mark Cuban pourront continuer à pester et proposer des solutions pour faire sauter les bonnes vieilles habitudes, voilà un dossier que les têtes pensantes vont sûrement freiner tant que possible.

Toutefois, une question se pose, pourquoi la notion de cycle tant poussée, et qui en soit existe puisqu’on a vu de nombreuses franchises aux noms différentes soulever le titre depuis 15 ans, et de véritables renouvellements, chutes dans les abysses à l’échelle des franchises – n’existe plus dans le rapport de force est/ouest ? En revanche, on peine à trouver une avalanche de bons projets à l’Est pour venir combattre la suprématie de LeBron James, alors que l’Ouest a connu des périodes d’intenses concurrences et qu’une nouvelle hausse est à attendre après 2 années un peu plus calmes.

Première raison évoquée : LeBron James a tué l’Est.

Bon, ceci n’est que mon avis, mais tout cela est une véritable fumisterie. D’une part, parce que le but d’une franchise est d’être championne NBA. Or, quel que soit votre bord, East ou West, vous aurez à jouer la tête d’affiche de chaque conférence (si vous ne l’êtes pas vous même) pour arracher le trophée Larry O’Brien. De fait, pourquoi s’entasser à l’Ouest pour ensuite tomber sur les Cavs, alors qu’il y a plus d’équipes solides à l’Ouest ? Pire, comment peut-on critiquer LeBron et ses défaites en finale, et partir sereinement dans la conférence de toutes les embuches ? Enfin, soyons logiques 2 minutes ! De plus, et c’est rassurant, Gordon Hayward n’a-t-il pas été convaincu de quitter le Jazz pour justement profiter d’une plus faible concurrence à l’Est ? Non, décidément, la raison de ce déséquilibre ne peut être LeBron James. Surtout quand on voit la force de frappe de Golden State, des Spurs & Co. à l’Ouest.

Deuxième raison : Le rassemblement de stars.

Une autre tendance aujourd’hui en NBA, est au rassemblement des stars. Un phénomène encore empiré par la création d’un monstre à 4 têtes par les Warriors. Effectivement, l’Ouest possédant plus de projets forts et un plus grand nombre d’étoiles de la NBA (plus difficile de devenir All-Star sur cette côte, indubitablement), la fuite des talents à l’Ouest pour se rassembler peut être une piste. Toutefois, ce nouveau standard n’a qu’un an, or on parle d’un phénomène qui perdure depuis la fin des 90′ début 2000.

Une affaire de compétences, finalement ?

D’autres raisons sont évoquées, l’une proche de la première se traduirait par « L’attente de la fin d l’ère LeBron James à l’Est ». Bon, qu’elle soit réelle ou non, un problème est posé par cette phrase. Le manque de compétitivité, d’ambitions, de compétences pour construire des projets cohérents. Le nombre de franchises ayant construit des effectifs à même de s’opposer au King est faible depuis 2011. Les Celtes étaient là avant, les Pacers ont été les plus proches, les Raptors essaient vainement, tandis qu’Atlanta a goûté au gouffre qui séparait les 2 équipes. Mais hormis quelques noms, pas assez de véritables prétendants. Du coup, l’excuse de la patience agace, mais semble ausi ridicule puisque l’on sait que la conférence Ouest a fait tomber Heat et Cavs a plusieurs reprises.

Dans le même temps, l’Ouest semble en constante ébullition, et alors que la domination des Warriors pourrait générer une réaction semblable, on voit de nombreuses équipes s’armer pour concurrencer les Dubs dès maintenant ou dans le futur : Rockets, Thunder, Spurs se renforcent. D’autres projets qui partent de plus bas se construisent aussi pour émerger dans le futur : Timberwolves, Pelicans, Nuggets.

A l’Est aujourd’hui, seul Boston possède une marge de progression forte, et les Sixers, même si tout est aujourd’hui basé sur du potentiel.

Finalement, le travail de la ligue serait peut être de trouver un moyen de booster les dirigeants de la conférence Est, qui sont nombreux à être incapables de mettre en place des projets solides et ambitieux. Orlando, New-York, Chicago figurant parmi les principaux accusés de flagrant délire.

En somme, rééquilibrer les conférences est un chantier compliqué. Et si l’abolition des conférences pourrait récompenser les ambitieux et pousser certains GMs à passer la seconde, il ne règlera pas les problèmes internes de certaines franchises, coupables de stagner dans les bas fonds et le manque d’ambitions depuis trop longtemps.