Nous ne sommes pas tous égaux devant la Draft NBA. Aujourd’hui, les meilleurs exemples sont probablement les Spurs (qui en ont visiblement fait un sport à part entière) et les Warriors qui se sont construits en grande partie par ce moyen. Chez QI Basket, on s’est dit qu’il serait intéressant de recenser les plus beaux steals de l’histoire de la Draft, ces joueurs sélectionnés bien plus bas que leur carrière ne le laisse supposer. Troisème opus de cette série, consacré aux années 2000.

 

Petite précision : la notion de steal étant assez subjective, il n’y a pas de critère fixe pour figurer dans les listes à venir. Est-ce que Jordan, sélectionné en 3ème position, est un steal ? Non, mais le coup mérite d’être mentionné. Globalement, les joueurs draftés dans le top 15 ne seront pas présents. Sauf cas méritant une attention particulière…

Z-Bo, TP, et l’Agent Zero

Au début du millénaire, nous devions connaitre le Bug de l’An 2000 selon certaines théories. En pratique, la Draft NBA a bel et bien connu un joli bug, avec une cuvée… Décevante, pour rester poli. Kenyon Martin en premier choix, qui deviendra une star NBA, d’accord. Ensuite ? Plus grand-chose, pour ne pas dire plus rien. Les noms suivants ne vous évoqueraient que peu de bons souvenirs, et il est donc difficile de sortir des bons coups dans ces conditions. Pourtant, on peut tout de suite citer Hedo Türkoğlu, sélectionné en 16ème place, et qui vivra de belles années à Sacramento (dans le classement du Sixth Man of the Year lors de sa saison sophomore) et Orlando (Most Improved Player en 2008). Aux deux spots suivants, deux joueurs de concours : Desmond Mason (Vainqueur du Dunk Contest en 2001) et Quentin Richardson (Vainqueur du Three-Point Shootout Contest en 2005). Les deux hommes auront des carrières honnêtes, sans plus, avec des pointes à 17 points de moyenne respectivement chez les Bucks et les Clippers. D’ailleurs, Mason sera échangé par Milwaukee pour… Jamaal Magloire, 19ème choix de cette Draft, et invité du All-Star Game 2004. Il jouait alors pour les Hornets, franchise qui l’avait séléctionné. Le dernier bon choix de cette édition se trouve bien plus bas, à la 43ème place, où l’on retrouve les Bucks. Milwaukee obtient Michael Redd en provenance d’Ohio State. L’arrière restera 11 saisons dans le Wisconsin, pour une invitation au All-Star Game et une nomination dans la All-NBA Third Team en 2004. Entre 2003 et 2009, Redd tourne à plus de 20 points de moyenne chaque saison.

En revanche, il y a beaucoup plus à mentionner dans la Draft 2001, c’est peu de le dire. Je ne résiste pas à citer le premier choix, Kwame Brown, et à féliciter les Wizards. Mais derrière… Joe Johnson en 10ème place, un joueur surpayé mais tout de même 7 fois All-Star grâce notamment à un beau passage à Atlanta. Les Celtics ne l’ont cependant conservé qu’un an avant de l’envoyer à Phoenix. Avec leur 19ème choix, les Blazers font l’acquisition de Zach Randolph. Très bonne idée, Z-Bo devenant rapidement un élément incontournable du roster, en étant notamment MIP en 2004. Envoyé aux Knicks puis aux Clippers, c’est finalement à Memphis qu’il retrouvera la stabilité et obtiendra deux sélections au All-Star Game. L’ailier fort vient de rejoindre les Kings, qui choisissent en 2001 Gerald Wallace à la 25ème position. Très bon défenseur, il ne restera que 3 ans à Sacramento, pour ensuite exploser à Charlotte. Il y sera reconnu en tant que All-Star et membre de la All-NBA First Defensive Team en 2010. Egalement lors de cette édition 2001, mention honorable à Mehmet Okur (37ème pick, Pistons), champion avec Detroit et All-Star à Utah, mais aussi Samuel Dalembert (26ème pick, Sixers) qui rendra de bons services dans la raquette de Philly. Enfin, comment ne pas citer Richard Jefferson, jamais All-Star mais qui a énormément apporté aux Nets et à toutes les franchises qu’il a connues par la suite. Mais les deux véritables steals de cette Draft sont loin au-dessus. On attaque le 2ème tour, et les Warriors ont le 31ème choix. Ils jettent leur dévolu sur Gilbert Arenas. Je ne vais pas vous retracer la (tragique) carrière de l’Agent Zéro, cela a déjà été fait avec brio. Mais tout de même : MIP lors de sa saison sophomore, envoyé à Washington, où il sera 3 fois All-Star et 3 fois nommé dans les All-NBA Teams. Scoreur monstrueux, plein de sang-froid, Arena vendra du rêve aux fans des Wizards… Jusqu’à sa descente aux enfers. Quoiqu’il en soit, il mérite absolument l’étiquette de bon coup de la Draft. Tout comme un certain Tony Parker. Le jeune français sort de deux saisons au Paris Basket Racing et s’inscrit à la Draft. Méconnu du grand public et visiblement peu remarqué par les scouts, il devra attendre la 28ème place pour entendre son nom. La devinette est trop simple, ce sont bien les Spurs qui rafle la mise. Vous vous souvenez de l’opus précédent et du coup génial Manu Ginobili. Eh bien rebelote, Popovich refait le coup. Il vient de trouver son meneur pour les quinze prochaines années, celui qui lui apportera 4 titres supplémentaires et qui formera avec Tim Duncan et Gino un des Big Three (si ce n’est LE) les plus forts de l’histoire. 6 fois All-Star, MVP des Finals 2007, la carrière de TP n’est plus à écrire mais à admirer.

En 2002, c’est le néant. Derrière le premier choix Yao Ming, il n’y a vraiment pas de quoi s’extasier. Amar’e Stoudemire en 9ème place en devient presque un coup génial pour les Suns. La seule vraie inspiration est venue des Cavaliers, qui sélectionnent Carlos Boozer à la 35ème position. Champion NCAA avec Duke, il réalisera ses meilleures prestations dans l’Utah, où il sera nommé 2 fois All-Star avec le Jazz… Avant de sombrer à Chicago puis aux Lakers et de rejoindre la Chine. Allez, mentions pour Matt Barnes et Luis Scola qui ont dû attendre la fin du deuxième tour.

Une Draft mythique et de nombreux petits coups

Passons donc à l’édition 2003. La fameuse cuvée, celle qui a vu LeBron James, Darko Miličić, Dwayne Wade, Carmelo Anthony et Chris Bosh truster le top 5. Attendez, Darko qui ? Bref, s’il y a du gros monde aux avant-postes, ce n’est pas forcément le cas plus bas dans cette Draft 2003. Enfin, après l’édition 2002 pauvre en bons coups, on ne va pas cracher sur David West sélectionné à la 18ème place par les Hornets. Il y sera All-Star à deux reprises, avant de décliner légèrement à Indiana puis d’aller chasser la bague chez les Spurs, pour enfin l’obtenir à Golden State la saison dernière. Bien joué David. Je suis également obligé de mentionner Boris Diaw. Notre Babac national atterrit à Atlanta en 21ème place, mais explosera à Phoenix, en étant nommé MIP en 2006. Titré en 2014 avec les Spurs, Boris a toujours apporté dans les franchises où il est passé. Aux 28ème et 29ème place, deux joueurs qui méritent également d’être cités : Leandro Barbosa avec les Suns d’une part, Josh Howard (1x All-Star) aux Mavs de l’autre. Enfin, plusieurs noms que vous reconnaitrez aisément ont été appelés au second tour : Zaza Pachulia (42ème, Magic, véritable steal de cette Draft), Matt Bonner (45ème, Bulls), Mo Williams (47ème, Jazz), et bien sûr Kyle Korver. All-Star en 2015, joueur de rotation toujours utile et surtout shooter émérite, ce dernier est un véritable bon coup, choisi par les Nets à la 51ème place, mais immédiatement envoyé aux Sixers contre 125 000$.

Lors de la Draft 2004, rien  de particulier à se mettre sous la dent pendant le second tour, qui a notamment vu appelé de nombreux joueurs n’ayant jamais foulé les parquets NBA. Citons tout de même Anderson Varejão en 31ème place. Et Trevor Ariza, qui a dû patienter jusqu’à la 43ème place pour être choisi par les Knicks.  De galères en galères jusqu’à son arrivée à Houston en 2012 pour une saison intéressante… Avant de repartir pour galérer à nouveau. Il retrouve son niveau lors de son retour chez les Rockets grâce à sa défense et son shoot précieux dans l’aile. En revanche, lors du premier tour, plusieurs joueurs intéressants ont du attendre avant d’entendre leur nom. Le meilleur exemple étant Al Jefferson, choisi en 15ème place par les Celtics. Après 3 saisons à Boston, il explosera à Minnesota pour devenir le pivot offensif que l’on connait, malheureusement jamais All-Star malgré des saisons aux alentours des 20 points de moyenne. A la 18ème place, le phénomène J.R. Smith est choisi par les Hornets, mais ne restera que deux saisons à la Nouvelle-Orléans. Il rejoindra ensuite les Nuggets, puis les Knicks. Entre écarts de conduite et performances géniales, son irrégularité n’a d’égal que sa popularité. Son parcours l’a tout de même conduit à Cleveland et au titre NBA, bien mérité pour Gérard. Reparlons des Nuggets, qui sélectionnent Jameer Nelson avec leur 20ème pick mais l’envoient immédiatement au Magic. Le meneur y sera All-Star en 2009 lors de sa meilleure saison (16,7 points). Un peu plus loin, Tony Allen rejoint les Celtics (25ème pick). Il y sera champion en 2008 en tant que joueur de complément, mais c’est aux Grizzlies que l’arrière s’affirmera comme un défenseur d’élite. A part en 2014, il a systématiquement été nommé dans les All-NBA Defensive Team (3 fois dans chacune). Dernier joueur à mentionner avec sa 25ème place lors de cette Draft, Kevin Martin rejoint les Kings où il effectuera plusieurs saisons aux alentours des 20 points de moyenne. Il rejoindre ensuite Houston et continuera d’apporter au scoring même lors de son passage chez les Timberwolves.

La Draft 2005 nous a offert beaucoup de noms à citer. Andrew Bynum aurait pu être un véritable steal avec sa 10ème place, mais ses genoux en cristal feront de lui un des plus grands talents offensifs gâchés ces dernières années. A la 15ème position, les Pacers réalisent la bonne affaire Danny Granger. L’ailier vivra de belles saisons à Indianapolis, en étant nommé All-Star et MIP en 2009, avec une moyenne de 26 points en nette progression ! Malheureusement, Granger va rapidement décliner, après 3 saisons pour finir sa carrière dans l’indifférence. La suite appartient aux dunkeurs ! Gerald Green (18ème pick, Celtics) et Nate Robinson (21ème pick, Suns) ont chacun remporté le Slam Dunk Contest (1 fois pour Green, 3 pour le lutin Robinson et son 1m75 !). Des joueurs aux carrières marquées par les changements de franchise et les performances irrégulières. Le plus gros steal de cette Draft 2005 se nomme David Lee. Sélectionné à la 30ème et dernière place du 1er tour par les Knicks, il mettra un certain temps avant de voir sa carrière décoller. Après sa meilleure saison au scoring du côté de New York (plus de 20 points), il rejoint Golden State, avec qui il remportera le titre en 2015 et sera convié à deux reprises All-Star Game. Véritable pilier du vestiaire, il aura été un joueur essentiel dans la construction du groupe Warriors.

Lors du second tour, plusieurs joueurs sont à citer : Brandon Bass, C.J. Miles ou encore Ersan İlyasova ont tous des carrières honorables de joueurs de rotation. Lou Williams (45ème pick, Sixers) est à classer dans une catégorie au-dessus grâce à son titre de Sixth Man of the Year en 2015. Tout comme Marcin Gortat (57ème, Suns) qui aura un rôle important à Phoenix lors de son retour dans l’Arizona (il avait été transféré dès sa draft à Orlando) ainsi qu’une place de titulaire chez les Wizards actuellement. Enfin, on peut déjà constater les compétences du management des Warriors lorsqu’il s’agit de drafter intelligemment au second tour (petit spoiler) avec le choix Monta Ellis en 40ème position. MIP en 2007 pour sa saison sophomore, l’arrière a vécu de superbes années dans la Baie avant de barouder (Milwaukee, Dallas, Indiana). Nous avons d’ailleurs dressé son portrait juste ici. Un beau steal de Golden State, prémices des années à venir…

Le jeu de la Draft est souvent à double tranchant. De nombreux joueurs n’ont jamais répondu aux attentes placées en eux, d’autres ont largement dépassé celles sous-entendues par leur lointaine place dans la sélection. Chaque année ou presque, certaines franchises flairent le bon coup et choisissent un futur All-Star en fin de premier tour, tandis que d’autres se jettent sur des jeunes qui ne seront jamais que des joueurs de complément. Prêts pour la dernière ligne droite? Ce sera dans le prochain papier!