Ça y est ! La campagne nationale estivale démarre ce week-end. La première de l’ère post-Parker. On fait l’état des lieux.

Des arrières de qualité

Thomas Heurtel, Nando de Colo, Evan Fournier, Edwin Jackson, Fabien Causeur, Antoine Diot, Léo Westermann, voire Timothée Luwawu-Cabarrot, ça fait rêver ! Dire qu’il va falloir se séparer de l’un d’entre eux a minima… Sans évoquer Yakuba Ouattara qui fait aussi partie des 17 appelés.

Clairement, les Bleus ne manquent pas de talent à l’arrière. La plupart sont des attaquants racés bien plus que des défenseurs reconnus mais, au vu des intérieurs, il faudra bien cela pour marquer des points et créer du jeu.

Globalement, tout est à construire toutefois. On retrouve plusieurs joueurs qui avaient brillé en 2014 lors du Mondial sans Tony Parker ni Nando de Colo mais, 3 ans plus tard, il va falloir retrouver les quelques automatismes de l’époque et intégrer des nouveaux gars. Cela devrait, a priori, se faire au vu du pedigree des appelés.

Des ailes et un secteur intérieur très suspects

Sur la liste des 17, il n’y a qu’un seul ailier : TLC ! Le pire, c’est que ce dernier semble presque plus un 2 qu’un 3. Au-delà de ces questions de poste, on se rend surtout compte qu’il n’y a aucun gars de plus de 2m avec une vitesse de pieds de qualité et un tir extérieur. Nicolas Batum a ses défauts mais il est, en Bleu, un profil rare, d’autant plus que Mickaël Gelabale est en retraite internationale.

Clairement, c’est un trou qui pourrait se révéler coûteux en défense et au rebond. En attaque, les arrières talentueux pourront compenser mais cela pourrait se payer de l’autre côté. Certes, il n’y aura pas de Kevin Durant ou de LeBron James à l’Euro. Mais avoir au moins un ailier assez grand est souvent un plus. Et même davantage ! Dans un basket qui s’accélère et joue de plus en plus au large, ce n’est pas rare de voir les équipes aligner 4 extérieurs et un pivot. Mais parmi ces extérieurs, on trouve souvent un ou deux gars très long, notamment pour compenser en défense.

La France va donc être assez limitée sur les ailiers longs. Il faudra que certains gars se subliment dans les grands moments.

En 4 et 5, ce n’est pas beaucoup mieux. Sur les 8 appelés, on trouve 4 néophytes (Vincent Poirier, Moustapha Fall, Louis Labeyrie et Livio Jean-Charles). Les 4 autres (Boris Diaw, Joffrey Lauvergne, Kevin Séraphin et Kim Tillie) ont plus ou moins de route dans les jambes.

Mais plus que l’expérience, c’est le profil des joueurs qui interroge.

On n’a pas d’ailier polyvalent, pouvant jouer, en tout cas défendre sur de nombreux postes ? Et bien à l’intérieur, c’est pareil. Personne ne présente les capacités pour être vraiment en mesure de défendre de nombreux profils.

À la limite, on peut penser que LJC est capable de défendre des joueurs de 3 à 5. Mais si ce profil est intéressant en défense (sans qu’il n’excelle pour autant), pourra-t-il apporter suffisamment en attaque pour être retenu dans l’effectif final ?

Car les autres ne sont vraiment pas ou plus des monstres de polyvalence défensive. Boris Diaw a sacrément ralenti à 35 ans passés et pourrait de nouveau souffrir à défendre sur les 4 mobiles. Le mettre en 5 l’expose aux problèmes de protection de cercle et de rebond. Ce constat est valable pour Joffrey Lauvergne et Kim Tillie, comme on l’a vu l’été dernier. Kevin Séraphin n’a plus joué en Bleu depuis 2012 mais ses prestations en NBA montrent ce même problème.

Il reste le cas de nos deux jeunes pivots, Vincent Poirier et Moustapha Fall. Ces derniers sont de solides défenseurs, mais surtout à leur poste, en protection de cercle et au rebond. Impossible de les aligner ensemble ou en mettre l’un des deux au poste 4 pour défendre sur les 4 mobiles.

Si on peut s’interroger sur les qualités défensives des intérieurs, on ne peut pas dire que les garanties offensives soient meilleures. Tous les gars ont des qualités mais aucun n’a le profil de scoreur sûr au plus haut niveau. Pour que la France aille loin, il faudra que ça clique au bon moment pour plusieurs d’entre-eux.

Un complémentarité entre joueurs à découvrir

Ce groupe est profondément renouvelé, même s’il reste des cadres. En fait, de nombreux gars n’ont jamais ou très peu joué ensemble, notamment à l’arrière malgré leurs petite expérience internationale. Lors du Mondial 2014, dernière référence sans Parker, il n’y avait pas de Colo ni Causeur par exemple. Fournier et Jackson n’ont pas fait les JO.

Ce qui semble plus inquiétant, c’est qu’il va falloir trouver une cohérence avec des pièces qui ne semblent pas particulièrement complémentaires.

Au vu du profil des arrières et du manque d’ailiers, on se dit que la France aurait intérêt à jouer rapidement, sur les transitions, avec un gros rythme. Pour cela, il faut, idéalement, avoir des intérieurs qui se déplacent bien et écartent le jeu.

Au poste 5, Poirier et Fall sont très intéressants en ce sens. Gros défenseurs dans la raquette, bons rebondeurs et finisseurs près du cercle, il ne leur manque finalement qu’un tir extérieur. Mais seront-ils les heureux élus ? On peut quasi être certain qu’au moins un des deux le sera.

C’est plus au poste 4 qu’on se pose des questions. Boris Diaw sera retenu mais ne peut plus galoper et son côté capable de tout mais fort dans rien devient de plus en plus très moyen dans l’ensemble des secteurs du jeu. LJC n’est pas du tout un attaquant accompli, n’ayant pas de tir.

Restent Joffrey Lauvergne et Kim Tillie. Ces derniers sont de bons joueurs de basket, capables de beaucoup de choses. Mais l’un et l’autre ont déçu en Bleu récemment, à moitié coincés entre les postes 4 et 5.

Quant à Kevin Séraphin, on apprécie son toucher de balle mais sa défense et son QI basket restent très suspects. Quant à sa capacité à courir, elle n’est pas du tout au niveau de Fall et Poirier.

Idéalement, au vu des pivots de l’effectif, ce serait bien d’avoir des 4 qui tirent de loin. Bonne nouvelle, tous peuvent le faire sauf LJC. Toutefois, personne n’est un artilleur exceptionnel. Kim Tillie sort d’une belle saison de loin mais on peut se demander s’il saura montrer cette progression en Bleu. Boris Diaw est ultra irrégulier et en perte de vitesse. Joffrey Lauvergne arrose depuis son arrivée en NBA et n’a jamais été un sniper.

L’attaque pose des questions mais il y a quand même un potentiel, important même si les intérieurs se mettent au diapason des arrières qui devraient mener la charge.

En défense, c’est moins clair. Les deux jeunes pivots Poirier et Fall ont un profil très intéressant mais n’ont jamais joué en Bleu ni de grandes compétitions internationales. Ils vont donc découvrir les pointures européennes cet été. Kevin Séraphin est une catastrophe annoncée, avec un combo lenteur sur P&R et faible protection de cercle assez effrayant. Un Pau Gasol est limité dans le périmètre mais, en FIBA, il constitue un énorme obstacle dans la peinture. Ça lui permet de limiter largement la casse, ce que Séraphin ne semble pas capable de faire.

En 4, c’est lent pour le poste, qui devient de plus en plus mobile.

Sur les arrières, tous, sauf TLC, sont avant tout des attaquants et, s’ils peuvent faire le boulot, ne sont pas des stoppeurs reconnus.

On mélange le tout et on a beaucoup de questions, notamment lorsqu’il faudra défendre les joueurs longs et mobiles. Si Nikola Mirotic ne sera pas là pour les redoutables espagnols, la Turquie comptera Ersan Ilyasova, la Grèce (qui est dans le groupe de la France) les frères Antetokounmpo, l’Italie aurait pu aligner Danilo Gallinari, la Lettonie Davis Bertans et Kristaps Porzingis, la Croatie Dario Saric, etc.

Un coach dans le trouble

Clairement, les derniers JO ont montré les limites de Vincent Collet. Depuis sa réussite au coaching en 2014, il a eu du mal à composer avec le duo de Colo – Parker en attaque, s’est troué en défense avec un schéma très suspect. La fatigue et les échecs répétés avec Strasbourg l’ont usé.

Après avoir pris un peu de repos, il a repris dans son ancien club et à de nouveau perdu de justesse en finale. Pas génial… Mais il aura au moins eu quelques vacances avant de débarquer avec la France.

Des questions restent. Est-il en mesure de se faire entendre alors qu’il a déjà un passif avec certains joueurs (Jackson, Fournier notamment) ? Est-il en mesure de construire un schéma de jeu solide, adéquat avec les joueurs disponibles ? Il n’a plus été très imaginatif ni à la page dans le basket international ces dernières années, notamment en défense.

Reconduit pour 4 ans après les JO, il doit montrer que les deux dernières campagnes chaotiques sont oubliées. Pour cela, il a changé son staff, accueillant Pascal Donnadieu et Laurent Foirest en adjoints à la place de Jacques Commères.

Une concurrence solide

Les EuroBasket post JO sont généralement assez ouverts, avec de nombreuses équipes en renouvellement, parfois privées de leurs stars. Toutefois, cette année, les Français arrivent certainement moins avancés que leurs principaux rivaux. L’Espagne et la Serbie auront ainsi une équipe déjà rodée et bien fournie.

La France va peut-être plus se situer avec la Grèce, une équipe avec du talent mais en reconstruction.

Il faudra aussi se méfier des équipes possédant les ailiers que j’ai évoqués plus tôt. La France risque de connaître quelques déconvenues à cause de ce point…

Quel verdict ?

Tony Parker était le pièce maîtresse des Bleus ces dernières années, malgré sa perte de vitesse notable après ses problèmes à la cuisse de 2014. Cela n’a pas facilité le travail de Vincent Collet qui n’osait pas vraiment lui demander de se mettre en retrait. Ce qui fait que la France sans lui est privée de repères.

Il faut remonter à 2014 pour voir une campagne sans le meneur des Spurs. Celle-ci avait été couronnée de succès avec un bronze mondial qui aurait pu être encore plus beau avec un peu plus de réussite en demi-finale. Peut-on s’attendre à une surprise du même genre ?

Au moment du rassemblement, de nombreuses questions émergent. En 2014, j’étais très optimiste (mes écrits sur basket-évolution ont malheureusement disparu) que ce soit avant la préparation ou après celle-ci (bien qu’elle fut très très compliquée). La présence de Boris Diaw dans son deuxième pic en carrière était une sacré garantie. Nicolas Batum avait un apport décevant par rapport aux attentes mais restait solide. La France était plutôt dans la vague moderne avec ces deux gars sur les postes 3 et 4, ce qui avait totalement piégé l’Espagne avec son duo de Gasol en quart de finale. D’ailleurs, on note que ces derniers ont depuis changé de logiciel pour nous punir.

En 2017, il y a clairement du mieux à l’arrière avec les progressions des Diot, Heurtel, Jackson et Fournier, le retour de de Colo. Par contre, à l’intérieur, on ne sait pas trop si Lauvergne a vraiment progressé ou si le jeu est allé trop vite pour lui, un peu pareil pour Tillie. Diaw a vieilli. Séraphin reste douteux. Nos pivots sont jeunes. De nouvelles incertitudes émergent quand d’autres disparaissent.

Il est bien trop tôt pour dire que la France ne sera pas bonne à l’Euro, ou l’inverse. Honnêtement, je pense que ça peut aller dans tous les sens en septembre.

Commençons par le scénario positif. Je ne dis pas avoir la science infuse mais sur le papier, ce que je vais proposer me semble en mesure de faire du dégât, si ça clique bien.

Ma sélection serait Heurtel, Diot, de Colo, Fournier, Jackson, Causeur, TLC sur les extérieurs, Lauvergne, Tillie, Diaw, Poirier et Fall à l’intérieur.

Les arrières auraient à créer l’essentiel du jeu. Ils en sont largement capables. C’est notre force numéro un. Sur P&R, il y a moyen de faire mal avec un jeu aéré. C’est pour cela qu’il faut impliquer Lauvergne et Tillie au maximum en 4, en espérant qu’ils soient dans leur bonne phase au niveau du tir. Pareil pour Diaw sur les quelques minutes que je lui donnerais. En 5, il faut des rollers et gros défenseurs pour limiter la casse au cercle au vu du reste de l’effectif. Donc on prie pour que l’inexpérience des Poirier et Fall ne se voit pas trop car ils sont clairement les deux profils idéaux.

En défense, les prises de risque de 2014 pourraient être reprises pour générer du jeu rapide mais il y a quand même moins de longueur et ça risque de tourner au fiasco. Si on part avec Fall et Poirier en 5, un schéma conservateur peut être assez efficace et complémentaire aux caractéristiques des arrières. À voir. Mais ça peut passer si les adversaires ne connaissent pas trop de moments chauds.

Reste à Vincent Collet de trouver le bon 5 de départ et les rotations qui permettent de faire fonctionner ce système global. C’est impossible à l’heure actuelle de dire ce qu’il faut faire. Les états de forme des gars sont relativement imprévisibles en juillet et il y a largement la possibilité du coup de chaud de la fin de l’été sur une dizaine de matchs, qui reste un très petit échantillon.

Maintenant, passons au scénario négatif. J’espère qu’il n’arrivera pas mais il a quand même des raisons de de présenter. Voilà pourquoi.

Vincent Collet n’est plus dans ses grandes heures actuellement. Ce n’est pas irrémédiable mais il peut avoir envie de garder une certaine stabilité pour se rassurer. Et celle-ci serait probablement problématique, car elle limiterait le potentiel de cette équipe. Qu’est ce que j’entends par stabilité ? Le fait de donner une nouvelle fois plus de 20 minutes a un Diaw presque cramé (sa saison au Jazz fut très décevante, même s’il a présenté l’avantage d’offrir une présence soir après soir à son coach et une petite contribution de telle sorte qu’il ne soit pas un boulet intégral), de prendre un Séraphin parce qu’il le connaît, même si son profil est assez dépassé, de donner beaucoup de ballons à de Colo dans des conditions peu satisfaisantes, de jouer avant tout sur demi terrain, de défendre les P&R avec des hedges inefficaces et incessants (aux JO, ce fut infernal de nullité). Avec tout ça, l’équipe à de bonnes chances de faire un EuroBasket assez anonyme et décevant.

Normalement, il ne devrait pas faire d’erreurs avec les extérieurs. Sur les 7 que j’ai annoncés, personne n’est trop contestable a priori. Et même si c’est le cas, ce sera pour Westermann et/ou Ouatarra. Ce n’est pas moche. Sur ce plan, il y a une marge d’erreur limitée a priori. Il n’y a plus de joueur à la Kahudi, très spécialiste et qui impose un sacrifice.

À l’intérieur, par contre, il y a moyen de prendre Séraphin, faire beaucoup jouer Lauvergne en 5 (où il me laisse trop souvent sceptique malheureusement) et de surinvestir Diaw. Au vu de LJC (dont la sélection au profit des Nobel Boungou Colo et Amath M’Baye me surprend, surtout vu le manque d’ailiers polyvalents) je pense que la sélection, sauf blessure, est assez bien dessinée. 3 gars ont leur ticket : Diaw, Lauvergne et Tillie. Séraphin, Poirier et Fall vont se disputer les deux derniers. La marge d’erreur est limitée mais aussi présente.

C’est donc plus sur le jeu que l’effectif que les coachs sont attendus. Clairement, les dernières campagnes ont été décevantes à ce propos. Après un Mondial 2014 qui a vu une grosse défense émerger avant l’attaque dans les derniers matchs, l’EuroBasket 2015 a été avant tout défensif et tout s’est écroulé en 2016. L’hypothèse de l’impact négatif (des deux côtés du terrain en plus) de Parker étant tout à fait crédible, on peut avoir de l’espoir. Reste à concrétiser…

Rien ne sera donné et garanti. Il pourrait y avoir des traces du passé. Tout au long de la saison, les déclarations se sont multipliées et les nombreuses incompréhensions entre joueurs et direction (Patrick Beesley et Vincent Collet) sont pour le moins surprenantes. Au-delà du fait qu’elles soient dévoilées sur la place publique, elles révèlent une gestion des joueurs très douteuse. Ceux-ci ne sont pas forcement exempts de tout reproche mais disons que les dirigeants ne les ont pas ménagés… Pour le moment, il en résulte surtout un quiproquo avec Ian Mahinmi, les autres cas ayant été à peu près gérés. Mais si c’est arrivé une fois, ça pourrait arriver de nouveau.

Car quelques zones d’ombres restent visibles et déçoivent. Cela ne concerne pas l’équipe en elle-même mais, par exemple, on sait que les Bleus vont avoir un nouveau maillot Jordan cette année. À un mois de l’Euro, pas le moindre bruit à ce propos, ni image… Pas très en phase avec l’objectif affiché en avril de faire des Bleus la vitrine du basket français et de faire le plus de promotion possible.

L’effectif déjà réduit à 17 très rapidement et les 12 qui seront annoncés à la mi août sont une décision qui peut se défendre mais peut-être aurait-il été mieux de faire une préparation plus longue pour les joueurs qui ne sont pas en NBA (celle-ci interdit plus d’un mois de préparation désormais) avec un effectif élargi, comme l’a fait l’Espagne. Car il n’y a pas de véritable campagne en 2018 (juste les qualifications au Mondial 2019). Et il ne faudrait pas se manquer à ce moment puisque c’est qualificatif pour les JO. Donc pas trop le temps de faire des essais pour incorporer des jeunes comme Ntilikina ou Yabusele. Après, on peut se dire que ceux-ci n’auraient pas pu venir cet été non plus…

En tout cas, allez les Bleus !

Article par @SASpursFrance