Trois ans, c’est en général le temps qu’on laisse à une cuvée de draft avant de porter un jugement global sur la qualité des petits nouveaux, enfin,  en principe. Dans les faits, tout le monde s’en donne à cœur joie après quelques matchs (n’est-ce pas Lonzo). Quoi qu’il en soit, cette date fatidique approche pour les rookies de 2015, il va donc falloir prouver cette année (pour ceux qui ne l’ont pas encore fait) qu’ils méritent une place dans la ligue s’ils ne veulent pas se voir coller l’étiquette de gros bust sur le front. Évidemment, Devin Booker ou autres Karl-Anthony Towns ne sont pas concernés, il est question ici de ceux qui doivent confirmer, passer un cap ou tout simplement prouver qu’ils ont bien le niveau pour évoluer dans la ligue nord-américaine.

Mario Henzonja

Comme les autres joueurs de la liste, Mario est encore très jeune (22 ans), mais après une saison à 4,9 petits points de moyenne, l’espoir chez les fans du Magic commence à sérieusement faiblir. Lui qui, quand on lui demandait s’il était allé voir jouer Lionel Messi, répondait qu’il attendait que Messi vienne le voir jouer, s’est peut-être vu un peu trop beau. Dans tous les cas, il va devoir montrer beaucoup plus la saison prochaine s’il veut rester en NBA.

Alors bien sûr, il n’est pas simple de s’exprimer offensivement  lorsque l’on joue au Magic, l’équipe a terminé 27ème sur 30 en terme de points par matchs, 22ème en pourcentage au shoot et 18ème pour ce qui est des passes décisives, mais tout de même. Mario était censé amener de l’explosivité, du spacing et un peu de création, pour l’instant, on est loin du compte. Pire, les pourcentages du joueur ont baissé lors de sa deuxième saison puisqu’il est passé de 43 à 35% en général et de 35 à 30% à trois points. Mario est probablement en manque de confiance, mais cela n’excuse pas tout. La concurrence en NBA, c’est comme le gluten chez MacDo : il y en a partout, et si on n’aime pas, autant ne pas y aller. Même extrapolées sur 36 minutes, les stats du joueur s’élèvent à 11 points de moyenne seulement cette saison. Que Mario se retrouve derrière Evan Fournier dans la rotation est normal, et il est difficile de comprendre ce que cherchaient à faire les dirigeants avec l’arrivée de Terrence Ross (si ce n’est éviter le départ sans contre-partie d’Ibaka lors de la Free Agency), mais malgré tout, le joueur devrait réussir à grappiller du temps de jeu.

Si l’on résume la situation, il est clair que le croate n’a pas atterri au meilleur endroit possible, Frank Vogel est loin d’être un maître pour ce qui est d’organiser l’attaque et l’équipe a tout simplement du mal à tourner ; de plus, les dirigeants ont choisi de se renforcer sur son poste durant la saison. Malgré tout, le joueur a les capacités pour devenir  une rotation plus que solide s’il arrive à repartir de l’avant, à lui de convaincre le coaching staff qu’il mérite plus de temps de jeu et de tickets shoot.

Emmanuel Mudiay et D’Angelo Russell, la non-rivalité

Dès le soir de la draft, les fanbases respectives des Nuggets et des Lakers étaient lancées dans des débats sans fin sur les deux prospects : qui sera le meilleur gestionnaire, le meilleur passeur, le meilleur scoreur… Comme chaque été, l’espoir était de mise. Deux ans plus tard, le rôle de Mudiay pour la saison à venir n’est pas encore clair alors que Russell a tout simplement été échangé en compagnie de Timofey Mozgov contre Brook Lopez et le 27ème choix de la draft 2017. Autant dire que la « rivalité » pour le titre de meilleur meneur de la draft 2015 n’aura pas duré ; quand Mudiay était en délicatesse avec son shoot et ses choix balle en main, D’Angelo posait problème dans le vestiaire grâce à sa magnifique caméra cachée montrant Nick Young avouant une infidélité (du vrai journalisme d’investigation) le tout sans être irréprochable sur les parquets.

Dans le cas du congolais, la retenue est de mise ; même si Emmanuel a connu une saison difficile en raison d’un temps de jeu en chute libre, il a continué à travailler et s’est montré efficace en sortie de banc. Lui qui déclarait prendre exemple sur Dwyane Wade doit continuer dans cette voie. Grâce à sa taille et son physique, il peut devenir un défenseur correct et une force en pénétration. Si l’on ajoute à cela le fait que le jeu de Denver fait la part belle aux coupes avec Jokic en maitre d’orchestre au poste, Mudiay pourrait se faire plaisir. Les Nuggets avaient la 3ème attaque de la ligue la saison dernière et, avec l’arrivée de Paul Millsap, le feu d’artifice offensif devrait continuer. Attention toutefois à la sélection de shoot puisque le meneur ne tourne qu’à 38% et ce, depuis sa saison rookie. Cet été, le joueur a choisi  de rester à Denver pour s’entrainer et être proche de ses coéquipiers et coachs, espérons que cela lui soit bénéfique. Les Nuggets ont décidé de ne pas lui barrer la route en se lançant à la poursuite d’agents libres comme Teague, Hill etc. à lui de leur rendre cette confiance car, soyons honnêtes, Jameer Nelson, malgré le spacing qu’il apporte, ce n’est pas forcément ce qui se fait de mieux à la mène.

Comme ce fut le cas avec Jusuf Nurkic, les dirigeants des Nuggets laissent du temps de jeu au joueur, à lui de démontrer qu’il a le niveau et l’envie. La franchise des Rocheuses s’est renforcée cet été et aura un coup à jouer dans une conférence monstrueuse, et si Emmanuel arrive à progresser dans ses choix au tir et sa vision de jeu, elle pourrait être un sacré trouble-fête.

Du côté de D’Angelo, le déménagement de Los Angeles à Brooklyn a dû être assez amer ; se faire trader par Magic pour laisser sa place à un autre prospect au même poste, on a connu mieux en terme de coup de boost pour l’égo… En quelques mois, les fans des Lakers sont passés du lobbyisme pro Russell (« Ice in my veins » etc.) à l’extase à chaque apparition de la famille Ball. Et si, finalement, un meneur de jeu capable d’organiser le jeu était un atout ? La franchise californienne sort d’une saison noire (hormis le rayon de soleil Zubac et le talent indéniable d’Ingram) où le jeu collectif s’est fait très discret (27ème franchise pour ce qui est des passes décisives), en même temps, Lou Williams et Nick Young dans la même équipe, personne ne s’attendait à retrouver les Spurs de 2014.

Le changement d’atmosphère ne peut être que Bénéfique pour D’Angelo, à Brooklyn, la pression sera moins forte (surtout pour un second choix de draft) et les objectifs sportifs sont encore assez flous. En plus de cela, la conférence Est est bien plus ouverte, même si voir Brooklyn dans le top 8 serait assez surprenant. Contrairement à Kyrie Irving, Russell aura le champ libre dans un effectif famélique. Le trio D’Angelo-Crabbe-Rondae Hollis-Jefferson pourrait être intéressant à suivre, par contre, pour ce qui est du secteur intérieur, c’est le néant… Le joueur sera probablement revanchard, attendez-vous à ce que D’Angelo envoie de la stat l’année prochaine, on serait presque tenté de regarder le premier Brooklyn – LAL de la saison. A voir pour la saison 2017/2018 donc, mais comme pour Emmanuel Mudiay, les qualités du joueur sont indéniables et surtout, l’environnement devrait lui être favorable, on ne s’en fait donc pas trop.

Jahlil « flingue sur la tempe » Okafor

Que dire concernant Jahlil si ce n’est que son jeu au poste est soyeux : quel plaisir de voir un pivot « à l’ancienne » dans la NBA actuelle. Lors de sa saison rookie, il tournait à 17 points et 7 rebonds dans une équipe de Philadelphie en plein tanking Hinkiesque. Si offensivement, on ne peut pas lui reprocher grand-chose, de l’autre côté du terrain, c’est plus compliqué. Il faut dire qu’Okafor n’est pas le joueur le plus véloce de la ligue et il n’est pas non plus irréprochable pour ce qui est des rebonds. De plus, la première saison du joueur a été marquée par plusieurs frasques extra-sportives ; entre l’embrouille en sortie de boite de nuit et l’imbroglio qui l’a amené à avoir un pistolet braqué sur la tempe, tout n’a pas été simple. Okafor a connu son lot de critique, il n’empêche qu’il affichait des stats plus qu’honorables pour un rookie, d’autant plus que son profil est à contre-courant quand on voit l’évolution de la ligue.

Malheureusement pour Jahlil, Joel Embiid n’allait pas rester blessé toute sa carrière (quoique) et même si JoJo n’a joué que 31 matchs, il a très vite mis tout le monde d’accord. Des moves impressionnants, des courses, de la défense, mais aussi un vrai charisme grâce auquel il s’est mis bon nombre de fans dans la poche. S’il on ajoute à cela la présence de Nerlens Noel, le meilleur ami d’Embiid dans l’effectif, l’ambiance est tout de suite devenue moins sympa pour Jahlil qui s’est retrouvé dans bon nombre de rumeurs d’échange et a vu son temps de jeu passer de 30 à 22 minutes par match. Pour ce qui est de la production offensive, l’ancien de Duke est descendu à 11 petits points par match et chaque titularisation ressemblait à une stratégie du GM destinée à faire monter sa côte pour ensuite l’échanger.

Finalement, c’est Nerlens Noel qui est parti du côté de Dallas, Brett Brown va devoir trouver le moyen d’associer les deux géants même s’il est probable qu’Okafor se retrouve sur le banc pour assurer le scoring avec la second unit. Dans tous les cas, il y a pire que d’être derrière Embiid dans la rotation puisque le monsieur est légèrement habitué aux blessures. Quoiqu’il en soit, L’ancien Blue Devil va devoir démontrer qu’il n’a pas passé l’été les orteils dans le sable et qu’il est prêt à s’impliquer pour compléter un effectif des 76ers de plus en plus sexy. L’équipe a un vrai coup à jouer dans le marasme de l’Est et son apport en sortie de banc (ou pas) sera déterminant. Surtout, il doit prouver qu’il peut être plus qu’un simple scoreur et qu’il peut apporter dans la ligue actuelle.

Stanley Johnson

C’est probablement le joueur de la liste en plus mauvaise posture avec Mario Hezonja. Après une saison rookie plutôt encourageante, le 8ème choix de la draft 2015 a vu ses stats baisser de manière drastique (de 8 points et 4 rebonds par match à 4 points et 2 rebonds) et son rôle diminuer dans l’équipe coachée par Stan Van Gundy. Au sortir de cette saison, Stanley Johnson possède le pire PER (Player Efficiency Rating, la stat qui juge la production par minute d’un joueur) de l’effectif si l’on ne prend en compte que les joueurs ayant joué plus de 500 minutes au total ; il est à 7.2, la moyenne de la ligue est à 15…

Lors de la draft 2015, le joueur jouissait d’une bonne petite hype : fort défenseur, offensivement doué et possédant un fort caractère… Bref, le potentiel était là. Aujourd’hui, il est difficile d’anticiper quoi que ce soit. Après une embrouille avec son coach, le joueur a perdu du temps de jeu et de la confiance. Malgré tout, l’heure n’est pas aux pleurnicheries puisque Johnson a annoncé vouloir revenir plus fort, et il aura la place pour le faire ; Caldwell Pope à Los Angeles et Marcus Morris à Boston, il reste évidemment Avery Bradley et Tobias Harris comme concurrent, mais il semble avoir de la place. On peut donc parier que Stanley Johnson aura un rôle accru la saison prochaine, que ce soit en tant qu’ailier ou arrière, et ça tombe bien, par ce que le joueur n’est pas loin d’avoir tout à prouver. Dans le pire des cas, il n’a qu’à écouter son coach, ses stratégies sont parfois assez simples à mettre en place.


Blague à part, comme pour D’Angelo Russell, Stanley Johnson devrait avoir de la place pour s’exprimer la saison prochaine, à lui d’en tirer profit.

Difficile de dire à l’heure actuelle si ne serait-ce qu’un futur all star fait partie de cette liste, la seule certitude, c’est que tous ces joueurs ont un fort potentiel qui reste à exploiter et qui déterminera si, à terme, on parlera de grosses déceptions, de joueurs correct, de lieutenant solide ou autre. Qui sait ? Peut-être que cet article sera actualisé à la fin de la prochaine saison, quand Stanley Johnson brandira le trophée du Most Improved Player, lui qui aura aidé Detroit à se hisser dans le top 3 à l’Est.