Les Bulls avaient choisi de prendre un virage important en jetant sans classe aucune Tom Thibodeau, pourtant pilier du coaching à Chicago, sans sommation, par la petite porte. Le jeu défensif de ce dernier et ses désaccords constants avec le management en place avait usé « les cerveaux » de la franchise qui l’ont finalement remplacé par Fred Hoidberg, coach universitaire venu imposer un nouveau style de jeu résolument tourné vers l’attaque. Au terme d’une première année 2015-2016 décevante, où la défense des Bulls coulait à pic sans beaucoup scorer non plus, on pouvait toujours arguer que l’effectif en place correspondait plus à l’ancien entraîneur qu’au nouveau. A cela, il fallait aussi prendre en compte la paire Rose-Butler qui ne pouvait fonctionner ensemble et qui poussait Butler à rester dans l’ombre d’un joueur qu’il surclassait désormais sur le terrain. Bref, l’intersaison a failli donner de l’espoir : à l’été 2016, les dirigeants envoient D-Rose aux Knicks en échange de Robin Lopez, et annoncent vouloir rajeunir l’effectif et lui donner une nouvelle dimension athlétique. Une promesse qui restera lettre morte  puisque les dirigeants des Bulls feront même le contraire en allant chercher Rajon Rondo à la mène et Dwyane Wade à l’arrière, forçant Jimmy Butler à jouer poste 3. Un effectif devenant soudain à la fois plus vieux, moins athlétique, mais également dénué de tir extérieur, car dans leur 5 majeur… 4 joueurs sur 5 ne pouvaient pas shooter derrière l’arc (Rondo, Wade, Gibson et Lopez). Et cela, dans une NBA de plus en plus dépendante de cette faculté à artiller derrière l’arc, ça ne peut tout simplement pas marcher.

Au terme d’un exercice sans saveur, mais sauvé par une sortie au premier tour avec les honneurs contre les Boston Celtics, qui aurait même pu être une victoire si Rajon Rondo ne s’était pas blessé, il était grand temps de repartir de zéro. Cette sortie ne laisse pourtant aucun doute sur une saison galère. Entre turbulence entre la direction et Rajon Rondo d’un côté, ou une paire Wade/Butler se permettant d’attaquer leurs coéquipiers dans la presse – coéquipiers protégés par des rappels à l’ordre de Rondo dans les réseaux sociaux, on sentait bien le boxon dans lequel se trouvait la franchise. Il était temps de revoir les fondations à Chicago.

1- Le roster/l’état des finances

Le 26 juin 2017 a sonné le glas du dernier vestige de la belle éqoque des Bulls.  En transférant Jimmy Butler en compagnie du 16eme choix de la draft 2017 aux Minnesota Timberwolves, où il s’en va retrouver Tom Thibodeau, Paxson & Forman ont paraphé l’heure du tanking et de la reconstruction dans l’opprobre de la défaite. En retour, ils reçoivent Zach Lavine, principale pièce de l’échange, le double vainqueur du Dunk Contest s’était affirmé comme excellent dans son rôle, avant de se faire une rupture des ligaments croisés. Explosif au possible et shooteur en progression, on espère côté Bulls qu’il reviendra mieux de cette lourde blessure que leur ancien meneur-MVP. A ses côtés, débarque Kris Dunn, sophomore de 23 ans qui sort d’une première année dramatique, mais dont la valeur semblait encore élevée dans l’esprit du management en place (de toute évidence), qui donne davantage l’impression de penser avoir récupéré un 3e choix de draft que le joueur qu’est Kris Dunn. Enfin, le 7eme choix de la draft 2017, qu’ils utilisèrent pour récupérer Lauri Markannen, un stretch four talentueux mais dont le choix a fait jaser à une place aussi haute, sachant que les Bulls ont protégé Nikola Mirotic, un dossier qui par ailleurs s’éternise dans un silence étonnant depuis plusieurs semaines,  à l’instar de Nerlens Noël à Dallas ou Mason Plumlee à Denver.

Pourtant, en faisant ce grand ménage, les Bulls se sont mis en position de recruter rapidement dans l’été. Évidemment, avec 65M de salary cap, les dirigeants ont décidé de ne rien faire, puisque l’objectif principal de cette saison sera … la draft. Leur cap space pourrait d’ailleurs s’accroître puisqu’en éjectant Jimmy Butler, les Bulls ont coupé le dernier lien qui semblait les unir à Dwyane Wade, venu pour jouer avec l’arrière. Malgré une player option activée, il y a fort à parier que les 2 partis préfèreraient trouver un accord pour se séparer avant l’été 2018. Les négociations seront compliquées puisque les Bulls refusent de payer le plein prix un vétéran pour qu’il joue ailleurs, tandis que Wade n’a plus que le montant élevé de son contrat qui le retient.

Comme souvent à Chicago, l’été n’a pas été idyllique, et la perte de compétitivité du groupe ne va pas arranger les choses, même si cela permettra peut-être de prendre enfin un départ serein et commun à tous. En espérant que les cas Wade/Mirotic soient fixés rapidement pour avancer plus sereinement, mais également que l’effectif soit finalisé rapidement, notamment à l’aile ou des renforts seraient les bienvenus.

Meneurs : Cameron Payne – Kris Dunn – Jerian Grant

Arrières : Zach Lavine – Dwyane Wade – Justin Holiday

Ailiers : Denzel Valentine – Paul Zipster

Ailiers Forts : Lauri Markkanen – Bobby Portis – Nikola Mirotic (?)

Pivots : Robin Lopez – Cristiano Felicio

2- Le coaching/style de jeu

Après 2 saison absolument catastrophiques à la tête de l’équipe, Fred Hoiberg va enfin avoir quartier libre pour bosser ses systèmes supposés être résolument tournés vers le collectif et l’attaque. A ce jour, on a tardé à voir se profiler une identité, à tel point qu’on se demandait parfois si le jeune coach savait réellement ce qu’il faisait avec ses joueurs et ses rotations.

On imagine que l’objectif ne sera pas la victoire, aussi on devrait voir la franchise de l’Illinois jouer un jeu plus collectif. En manque de véritable leader dans la jeunesse, et attendu que Wade pourrait quitter l’équipe, on est en droit de voir l’attaquer tourner autour de Zach LaVine, en espérant que son retour de blessure annoncé tôt dans la saison se fasse sans encombres. En outre, on imagine que les meneurs vont être responsabilisé, même s’il est encore impossible de dire qui de Cameron Payne ou Kris Dunn tirera son épingle du jeu au poste de titulaire. Il est tout à fait probable en tout cas de voir les jeunes meneurs pousser la balle en transition pour aller chercher des points faciles. En revanche, concernant le style proposé dès que l’attaque sera placée : difficile à imaginer. On a souvent vu Jimmy Butler phagocyter le jeu collectif des Bulls en produisant énormément d’isolation. Hoiberg risque de faire en sorte de l’éliminer au maximum pour obtenir de ses jeunes un jeu plus fluide et compenser le manque d’individualité criant dans l’effectif.

Toutefois, à l’inverse des Hawks faibles mais qui possèdent à leur tête un coach dont on connaît les qualités, il est difficile d’imaginer ce que peut faire le remplaçant de Tom Thibodeau, et surtout jusqu’où il est capable de créer des schémas offensifs, une identité et une cohérence dans le jeu. L’autre problème étant que, malgré la draft de Markkanen, il y a encore du travail semble-t-il pour obtenir un groupe avec suffisamment de shooteurs extérieurs tirables pour faciler le travail des créateurs.

En défense, on peut aussi s’inquiéter. Si l’équipe s’est densifié sur le plan athlétique, on a vu ses fondations défensives se rogner au fil des années, et si Robin Lopez peut assurer de ce côté là, on a quelques doutes quant à la capacité de l’équipe à faire le travail pour ralentir les extérieurs. Particulièrement à l’aile ou la rotation est à ce jour extrêmement courte. La défense est avant tout une question d’envie et de communication, le problème c’est que le leader logique qu’est Wade pourrait partir, mais dans l’hypothèse où il restait, les rumeurs sous-entendaient que le contact entre les jeunes et le triple champion NBA s’est détériorée au fil de la saison, au point que son influence soit relativement faible. En l’état, Lopez pourrait jouer son rôle, mais pourra-t-il tenir un vestiaire motivé et conquérant alors que les défaites risquent de s’accumuler comme la glace autour d’un canon à neige.

Bref, en ce qui concerne le fond de jeu, il est clair que les Bulls n’apportent absolument aucune certitude. Et ce, que ce soit en attaque comme en défense.

3- les perspectives

a) Si tout va bien

Même si tout va bien, il est difficile d’imaginer des merveilles. Toutefois, dans ce scénario, on imagine que l’équipe même s’il ne connaître pas de miracles, pourrait sous la tutelle d’un Wade exemplaire et d’un Zach LaVine de retour de blessures sans altération de ses qualités physiques jouer un basket solidaire et décomplexé. Alors qu’un des meneurs arrivent à élever son niveau de jeu pour diriger le jeu de l’équipe. Lauri Markkanen en dépit du scepticisme ambiant le soir de sa draft s’avère une menace fiable derrière l’arc, et fait oublier l’irrégularité chronique de Nikola Mirotic. La franchise acquiert un nombre acceptable de victoire et fait même une série de 5/6 victoires qui laisse présager une alchimie pour l’avenir et permet de définitivement lancer la carrière de certains jeunes.

b) Si tout va mal

Tout part de travers. Zach LaVine, seule acquisition de poids peine avec son genou comme Derrick Rose dans son temps. Wade reste à contre-coeur et multiplie les histoires sur le manque de sérieux des jeunes de l’équipe. Dans une ambiance delétère le groupe prend l’eau, tandis que les responsabilités supplémentaires données à Kris Dunn prouvent qu’il est bien le bust que sa première saison à Minnesota laissait redouter. Cameron Payne n’est décidement pas au niveau et ses danses avec Westbrook seront sa contribution à la postérité… La seule. La franchise est prête pour un top pick à la draft mais tout l’effectif est à renouveler.

La réalité se trouve souvent à mi-chemin entre les 2 scénarios. A priori, cette saison sera un cauchemar pour les fans de la franchise qui vont devoir cette fois regarder les Playoffs de très loin. La seule satisfaction serait de voir LaVine en forme, et certains joueurs se montrer au niveau pour devenir des pièces pour l’avenir. Quoi qu’il en soit, Wade ou pas, Mirotic ou pas, Lopez ou pas, les défaites vont s’empiler. Fred Hoiberg va devoir lutter parce que maintenir le cap sera sa tâche principale : s’il veut lancer certains joueurs, mais s’il ne veut pas définitivement être grillé pour le post de Head-Coach en NBA. Difficile d’imaginer quel joueur donnera envie de se lever la nuit pour voir cette équipe. Mais bon, à chaque jour suffit sa peine.

Pronostic : 14ème place (22-26 victoires) : Une bataille pour la 15ème place semble promise aux Bulls avec les autres victimes de la grippe que connaît la conférence Est.  

 

Les avis de @bullsfr et @FrenchBullsFan :

Quelles étaient vos attentes cet été ?

@bullsfr : Nos attentes cet été : On doit avouer qu’on ne savait pas trop à quoi s’attendre… Avec Gar/Pax aux manettes, on s’attendait surement pas un truc flamboyant. On savait pertinemment que Butler était sur la sellette et on espérait dealer avec Boston pour récupérer ce fameux TDD 2018. On voulait également éviter tout sur-paiement des joueurs free agents. Comme Mirotic n’a toujours pas prolongé pour le moment, on remplit l’objectif de garder du cap pour les futures free agencies.

@FrenchBullsFan : Je ne m’attendais pas à grand chose d’excitant malheureusement. Il était acté qu’Hoiberg resterait en place, le départ de Butler semblait déjà acté donc à partir de là difficile d’imaginer un move capable de faire de l’été quelque chose de formidable … Comme tout les Bulls fans j’aurais aimé un changement de direction et d’ambitions mais c’est du domaine du fantasme tant rien ne bouge dans cette franchise. Du coup comme le disait si bien Dowie dans Malcolm : « Je m’attendais à rien, mais je suis quand même déçu »

Qu’attendez-vous pour la saison prochaine ?

@bullsfr : Attente saison pro : Pour cette question, je pense qu’il n’y a pas besoin de langue de bois : road to the first pick. Le rêve serait de pouvoir bien déveloper Dunn, Valentine, Markkanen, Portis (trop tard ?) et avoir une identité de jeu. Un pick top 3 comme cerise et on sera globalement satisfait.

@FrenchBullsFan : Les dirigeants ont axé la saison à venir (et les suivantes) sur le développement des jeunes. Donc on va se focaliser la dessus et voir qui dans cet effectif va s’avérer capable d’être productif. J’aime beaucoup Portis, Valentine doit épurer son jeu, le petit Nwaba me plait bien donc il y a quelques trucs à suivre même si personne n’imagine qu’on va se retrouver avec des futurs All Star ou une progression monstrueuse à la Butler. D’ailleurs si jamais un joueur parvient à faire ça on fait quoi ? On le dégage comme Butler du coup ? Donc voilà on va suivre l’amélioration des jeunes en espérant qu’un ou 2 d’entre eux soient capable de rendre les nuits devant les matchs un minimum plaisantes à suivre.

Où pensez-vous vous situer dans votre conférence ?

 @bullsfr : Où on se situera : Très probablement dans les bas fonds de l’Est… Mais on est prêt pour cette dure et exigeante épreuve qu’est le tanking !

@FrenchBullsFan : Dans les bas fonds ! Un coach lamentable dans sa gestion, ses systèmes, ses rotations, incapable de s’adapter, avec l’autorité et le charisme d’un balai chiotte, des joueurs qui pour la plupart n’ont qu’un point fort et beaucoup de lacunes, un vétéran qui ne pense qu’à sa petite personne et n’est pas foutu d’aider les jeunes à s’améliorer, un effectif peu complémentaire … ça s’annonce franchement triste et je serais très très étonné qu’on ne soit pas dans les 3 pires équipes de l’Est. Si on gagne 20 matchs c’est champagne.