All-Star Weekend 2017. La fête bat son plein à NOLA, ça rigole et ça s’amuse… Puis un petit coup de fil et hop, DeMarcus Cousins apprend que les copains venus assister au All-Star Weekend vont repartir pour Sacramento mais… sans lui ! Il vient en effet d’être transféré contre Buddy Hield et le choix des Pelicans protégé top 3, un choix qui tombera en 10e position.

Il n’y a quasiment pas d’avant cet événement dans la saison 2016-2017 des Kings; comme d’habitude, Boogie sort des performances dingues qui permettent d’accrocher quelques matchs, il démolit les équipes qui abusent du small ball, enfile bien évidemment les fautes techniques comme des perles et l’ensemble est beaucoup trop chaotique pour que Sacramento évite le bas du tableau.

Après ce deal, pas grand chose à dire non plus si ce n’est que les Kings ont sorti le tank, ce qui leur a permis de récupérer le 5e choix de la draft, qu’ils utiliseront pour récupérer De’Aaron Fox. Mais ce n’est pas la seule conséquence du départ de Boogie, loin de là. En effet, avec ce rééquilibrage du roster,  qui ne tournait plus autour d’une star, on a assisté à une 2e partie de saison très intéressante de la part de deux joueurs: Willie Cauley-Stein et Buddy Hield. De belles perfs dans l’ensemble pour le 1er et un décollage de ses pourcentages au tir pour le second, ce en plus du fait qu’on a senti les deux vraiment libérés par le départ de Cousins, il y avait de quoi être moins amer du côté des fans des Kings, qu’on a surtout sentis blessés par la contrepartie dérisoire obtenue en échange de Boogie.

Les Kings sont donc partis pour une reconstruction mais ont largement assez de talent pour ne pas être ridicules. De là à prétendre à autre chose qu’à une place dans le bas du classement ? Voyons un peu les pièces dont dispose Dave Joerger à l’heure actuelle.

1 –  Le Roster & l’état des finances

Lors de la free agency, les Kings ont récupéré George Hill, Zach Randolph mais aussi et surtout Vince Carter. Un meneur d’expérience pour encadrer un jeune meneur haut drafté ainsi qu’un autre jeune meneur mais drafté plus bas, un Z-Bo dont le passé de Jail Blazer semble refaire surface puisqu’il sera potentiellement banni de la ligue pour avoir un peu abusé des substances illicites (Mais non ! Puisqu’on vous dit qu’il a simplement trouvé toute cette herbe par terre et qu’il a voulu la donner à ceux qui en avaient besoin… Roooh que vous êtes suspicieux…), et pour finir l’ancienne gloire des Raptors, sans doute LE vétéran parfait pour encadrer des jeunes, toujours hyper professionnel, toujours classe, bref, pas étonnant qu’il soit un des joueurs les plus appréciés par les fans depuis un bon moment.

En plus de De’Aaron Fox et donc de Frank Mason III, les Kings ont cédé leur 10e choix contre les 15e et 20e choix des Blazers, qu’ils ont utilisés pour récupérer Justin Jackson, un poste 3 au profil 3&D et Harry Giles, un intérieur malheureusement très fragile (deux fois les croisés au même genou…) mais un potentiel extrêmement haut (annoncé dans la course au titre de 1st pick avant le début de saison NCAA). Bref, Harry Giles est très clairement un pari.

Passons à la rotation:

Meneurs : De’Aaron Fox – Frank Mason – George Hill – Garrett Temple

Arrières : Buddy Hield – Malachi Richardson – Bogdan Bogdanovic

Ailiers : Justin Jackson – Vince Carter – JaKarr Samspon

Ailier Fort : Zach Randolph – Harry Giles – Skal Labissiere

Pivots : Willie Cauley-Stein – Kosta Koufos –  George Papagiannis

Trois points se dégagent de cette perspective : d’abord le cas Hill paraît compliqué à gérer, car il ne faut en aucun prix brider le développement de la doublette Fox/Mason qui s’annonce ultra prometteuse, même si malheureusement il est probable que le second nommé aille en G-League. C’est pourquoi il est possible que l’ancien meneur des Spurs joue principalement poste 2 tout en assumant une partie de la création, ce en relais de Buddy Hield qu’il ne faut surtout pas brider non plus mais qui prendra des minutes sur le poste 3 quand le coach décidera de jouer small ball. Pour autant, difficile d’aller expliquer à un joueur de 31 ans, payé 20M la saison qu’il ne va jouer que 20min sur un poste qui n’est pas le sien et qui plus est en sortie de banc… A voir vraiment si Hill accepte de faire ce sacrifice et d’être back-up toute la saison.

Ensuite, petit souci en apparence sur le poste 2, qui se superpose avec le problème du cas George Hill : Bogdanovic, Hield, Richardson et Temple sont tous des 2 de formation qui peuvent très difficilement jouer 3 à l’exception de Bogdanovic voire Hield sur une small ball lineup. Ce souci reviendra surtout sur le tapis à cause de l’ancien meneur du Jazz, car au final, Richardson n’est clairement pas encore prêt à jouer, il lui faudra du temps encore avant d’être vraiment apte. Temple ne prendra pas beaucoup de minutes, Bogdanovic devrait prendre l’essentiel des siennes sur le poste 3, reste donc Hield qui est le titulaire en place depuis le dernier All-Star Game.

Enfin, il semble y avoir embouteillage sur le poste 5. Cauley-Stein est le titulaire indiscutable,  dans un registre à la DeAndre Jordan. Harry Giles, drafté en 20e position, a un énorme potentiel (il était en lice pour être 1st pick l’été dernier avant d’être trahi par son corps) et un profil assez différent, plus technique, avec un très bon jeu poste bas et plus polyvalent d’une manière générale. Il est fort possible qu’on ne le voit que peu cette année et qu’il aille fourbir ses armes en G-League, surtout au début pour voir où il en est avant de l’envoyer au feu face aux monstres qui peuplent les raquettes NBA. Papagiannis a lui un profil encore différent.. Il est tout simplement immense ! Près de 2m20 et une envergure rivalisant avec celle de Rudy Gobert ! Il s’agit d’un joueur assez atypique; malgré ses dimensions démesurées il est hyper mobile… mais malheureusement assez vite épuisé. S’il permettra de faire des ajustements super intéressants en fonction des circonstances, car ses qualités sont surtout au niveau de la pose d’écrans et du jeu à mi-distance, il s’agit encore d’un joueur ayant grand besoin d’être développé, car au contraire des deux premiers, il n’est vraiment pas du tout NBA ready. En outre, vu ses dimensions, en faire un bon protecteur d’arceau ne devrait pas être trop difficile. Koufos, lui, amènera ce qu’il apporte d’habitude où qu’il passe. Là où il semble y avoir embouteillage, il y a surtout une très grande richesse qui pourrait permettre aux Kings de proposer des variations hyper intéressantes.

Très prometteuses sont les opportunités qui s’offrent aux Kings, notamment s’ils décident de courir et de jouer au maximum up-tempo.

2 – Coaching/style de jeu

Le jeu des Kings version 2017-2018 devrait logiquement être dans la continuité de la fin de la saison dernière: rapide, agressif, avec une grande liberté accordée aux shooteurs de l’équipe pour artiller derrière l’arc, mais cette fois énormément de possibilités à l’intérieur. Le spacing ne devrait pas être un souci avec Mason, Hield, Hill, Bogdanovic, Jackson, Vince Carter et Skal Labissiere qui peuvent shooter derrière l’arc avec une bonne réussite et sont d’une manière globale de très bons shooteurs (malgré sa gestuelle un peu bizarre dans le cas de Mason), ce qui compensera la faiblesse de De’Aaron Fox en la matière.

Concernant le shoot de ce dernier, pour répondre à nombre d’interrogations, il y a du boulot, ça c’est clair : Petite liste des défauts de son shoot : il ramène trop le ballon vers l’arrière, il a du mal à doser la force à mettre dans la balle, ses trajectoires sont beaucoup trop plates, et surtout l’angle de son coude est beaucoup trop bas : là où 90° sont recommandés, lui n’est même pas à 50. Point le plus problématique: il relâche son ballon très bas et, même en NCAA, ses adversaires arrivaient assez facilement à contester ses tirs. A la limite, développer un shoot à 3pts n’est pas la priorité absolue compte tenu de son jeu et des joueurs qu’il aura autour de lui, mais un shoot à mi-distance en sortie de dribble/d’écran comme John Wall à qui il est si souvent comparé pourrait décupler la menace qu’il ferait peser sur les défenses adverses. Pourquoi ? Car sans cela, la défense peut parfaitement passer sous les écrans et se tenir à distance sans craindre d’être punies. Elle peut même en cas de décalage le laisser tout seul à 3pts en se contentant de bloquer l’accès à la raquette, ce qui rend l’ex star de Kentucky complètement inutile en bout de chaîne. Si elles avaient cette crainte, il pourrait notamment forcer les intérieurs à avancer et à sortir sur lui, ce qui lui ouvrirait énormément d’espaces dans la raquette et bonifierait du même coup ses énormes qualités de slasher.

Que peut-il faire pour cela ? Déjà commencer par arrêter de simplement planter ses appuis et sauter, ce qui n’est efficace que lorsqu’on peut shooter par dessus le défenseur (exemple le plus saillant : Kevin Durant). Utiliser des moves tel le side step ou le step back seraient beaucoup plus judicieux pour créer une séparation avec son défenseur direct et pourraient énormément lui faciliter la vie. Ensuite, développer la portée de son tir en maîtrisant mieux son élévation et le dosage de la force à mettre dans la balle est évidemment une priorité, car le peu de fois qu’il a shooté à 3 pts en NCAA, c’était collé à la ligne et à chaque fois que c’était raté, c’était court voire très court.

Pour finir sur les possibilités de jeu pour les Kings, parlons du pick and roll et de la faculté à faire bouger la balle, qui sont des éléments hyper importants du basket moderne. Avec un meneur aussi fort là dessus tel que Fox et des intérieurs aussi polyvalents à côté, cela devrait fonctionner mais ça manque quand même beaucoup de bons passeurs à côté, et ça, dans la NBA moderne, ça se paye cash, car pour aller haut il faut 7-8 joueurs capables de passer la balle. Les Kings n’en ont que 3, tous des meneurs, et ça, ça risque d’être vraiment préjudiciable. En plus de cela, ils n’auront aucun mal à espacer le terrain de manière suffisante pour empêcher que leurs adversaires n’envoient trop d’aide pour défendre le pick and roll.

On en arrive à ce qui risque de plomber cette équipe toute l’année : la défense. Si on fait confiance aux vétérans pour inculquer aux jeunes la dureté requise pour ne pas trop subir en défense et même ne serait-ce que pour durer en NBA tout simplement, aucun joueur de l’effectif n’est vraiment bon défensivement, à l’exception de Cauley-Stein à la limite.. Mais le reste wow ! Sachant que les rookies souffrent en général  de ce côté du terrain pendant leur première année à l’exception des vrais spécialistes défensifs, Vince Carter, même s’il est encore très correct sur ce plan là a quand même 40 ans, Z-Bo n’a jamais été un grand défenseur et a beaucoup perdu en vitesse latérale, seul George Hill est assez solide sur les lignes arrières mais c’est très insuffisant. Pourquoi cela ? Parce que les défauts les plus classiques chez les équipes de jeunes au niveau de la défense, c’est la défense sur transition, sur les coupes et une tendance fâcheuse à envoyer trop d’aides, ce qui ouvre soit la raquette en grand soit laisse un shooteur tout seul, généralement dans le corner. Dans les deux cas, ça se paye cash avec soit un layup facile soit un 3pts grand ouvert, souvent à la distance la plus courte du panier.  Or à l’Ouest, les équipes capables de scorer en masse sont légion. Et sur quoi scorent-elles principalement ? La transition, le pick and roll et le 3 pts. CQFD.

Exemple des plus concrets avec les jeunes Wolves l’an dernier : pourtant coachés par un des plus grands spécialistes de l’histoire concernant la défense, ils ont pris l’eau. En isolation contre des joueurs beaucoup trop forts balle en main ? Que nenni, ils étaient même la 2e défense de la ligue contre ce type d’attaque. Sur le pick and roll ? Non plus. Merci la ICE defense de Thibodeau. Sur de simples coupes quand la balle bouge bien et que leur raquette ne cesse de s’ouvrir ? Ah bah oui c’est ça. Sur des transitions où ils ne s’appliquent pas à isoler le porteur de balle et à fermer les lignes de passes du mieux possible tout en n’ayant pas pris soin du ballon ou en ayant pris un mauvais tir qui a donné une situation de transition à l’adversaire ? Eh oui, malheureusement on est là dessus. Pour résumer, le souci que rencontrent les rookies en défense est avant tout un problème d’application et de vigilance ainsi que de placement. Ça a le don de beaucoup énerver les fans parce que se prendre des valises de points tous les soirs, qui plus est sur des trucs aussi bêtes, c’est jamais drôle, mais c’est tout à fait normal et c’est une phase d’apprentissage qui est nécessaire pour progresser.

Le plus gros bémol dans tout cela ? Le talent brut, qui manque cruellement à cette équipe, les jeunes sont prometteurs mais restent des rookies (5)/sophomores (4), il n’y a pas de vraie star et bien que des joueurs comme Fox, Mason et Hield puissent devenir très bons, sans star, dans une Conférence Ouest armée jusqu’aux dents, cela risque fort de se payer cash.

Dans une telle situation que peuvent donner ces Kings en terme de résultats ?

3 – Les perspectives

Paul Millsap, Jimmy Butler, Paul George, Jeff Teague, Kentavious Caldwell-Pope, Patrick Patterson, Teodosic, Sefolosha… La légion de stars et de role players très précieux partis renforcer la Conférence Ouest est tout simplement énorme. En dehors du fait que cela ait transformé la Conférence Est en un désert plus aride que jamais, cela a surtout pour conséquence qu’une jeune équipe comme les Kings, qui aurait franchement pu espérer quelque chose à l’Est n’a quasiment aucune chance vu la guerre nucléaire qui va avoir lieu à l’Ouest.

Autre chose qu’il faut avoir à l’esprit: les Kings n’auront pas leur tour de draft en 2019, donc attention à l’éventualité d’un tanking en règle pour récupérer un très haut choix de draft cette année avant de se lancer à l’attaque en 2019, en espérant que les jeunes progressent assez vite. Deux scénarios se dégagent.

Si tout va bien

Les Kings courent, arrivent à assurer les minimas en défense, les ficelles sont brûlées tous les soirs par la joyeuse troupe de shooteurs de Sacramento qui arrivent à grapiller entre 30 et 35 victoires, pas assez pour rallier les playoffs mais suffisamment pour se placer sur la carte pour la prochaine free agency.

Si tout va mal

Bogdanovic n’arrive pas à s’acclimater, les valises de points encaissés s’entassent jusqu’au plafond et les Kings ne gagnent que les rares fois où ils arrivent à outscorer leurs adversaires. Vers janvier-février on assiste à une terrible série de défaites et ni Joerger ni le front office des Kings ne cherchent à comprendre: mode tanking on et en prime la loterie est méchante avec Vlade Divac et ses sbires, qui n’héritent que d’un 8e choix.

Pronostic : 13ème place (28-33 victoires) : Les Kings repartent enfin sur des bases saines mais ils devraient encore une fois rater les playoffs et essayer de se placer en vue de la lotterie.

 

L’avis de @SactoKingsFr

 

Quelles étaient vos attentes cet été ?

Cet été, personnellement, j’étais en mode « wait & see »… mais prêt à dégainer le poignard ! Comme beaucoup, déboussolé par le trade de Cousins et déçu par la faible contrepartie, j’attendais de voir la direction qu’allaient prendre les Kings et, surtout, s’il y avait un vrai projet. Au final, malgré mes craintes, satisfait à 100% de l’intersaison de Divac : une draft très réussie avec De’Aaron Fox en tête, une vraie reconstruction basée sur la jeunesse (5 rookies et 4 sophomores la saison prochaine !) et sur le caractère des joueurs, des vétérans à qui on la fait pas pour encadrer tout cela avec des contrats courts. Surtout, contrairement aux 10 dernières années, le projet sportif et les bases de la culture à venir sont clairement définis. On n’est donc pas loin du 20/20.

Qu’attendez-vous pour la saison prochaine ?

Pour la saison prochaine, peu de victoires attendues vue la jeunesse de l’effectif. 9 joueurs sous contrat rookie + Bogdanovic, c’est du quasi jamais vu en NBA. Le 5 vétéran Hill-Temple-Carter-ZBo-Koufos fera le taf mais pas assez de talent pour pallier le manque de bouteille des jeunes. La saison sera donc jugée sur d’autres critères que le nombre de victoires : la progression des jeunes, le fond de jeu collectif et l’investissement sur le terrain. Le but est de semer les graines d’une culture de club où l’équipe sera toujours compétitive et à 100% quel que soit le score et l’adversaire. Joerger et les vétérans respectés seront les gardiens de cet état d’esprit.

Où pensez-vous vous situer dans votre conférence ?

Vu la densité et le niveau de la conférence ouest, Sacramento sera assurément dans le bas de tableau. Mais si la mayonnaise prend comme attendu, les Kings peuvent être une équipe « poil à gratter » qui leur permettra de grapiller quelques victoires et d’éviter la dernière place.