Pour la première fois depuis plus de 10 ans nous n’allons pas en quart de finale de l’Eurobasket. Après avoir côtoyé les sommets en 2011-2013-2015, après la médaille de bronze à la FIBA world cup en 2014, nous ne sortons plus face aux indéfendables espagnols, face à la robuste Serbie, face à la superbe Lituanie, mais assez simplement et sans grosse discussion face à…l’Allemagne, dès les 8e de finales après avoir difficilement réussi à se hisser à la 3e place d’un groupe derrière la…Finlande.

Il y a des satisfactions à cet Eurobasket, mais il y a aussi des grosses déceptions d’une part, des frustrations persistantes d’autres parts. Car si cette équipe de France a su proposer quelques instants de grande qualité, elle a néanmoins persisté dans les lacunes qu’elle semble montrer avec une agaçante continuité au fil des années.

Les nouvelles têtes 

Je ne vous cache pas que le petit Labeyrie m’a bien scotché ! De la défense, de la hargne, et aussi quelques actions malines, des coups de coudes ici ou là, bref…on en avait besoin, et clairement Louis Labeyrie a marqué des points dans cet Eurobasket. Nombre de séquences défensives ou nous avons su étouffer l’adversaire lui sont dues. Dans les nouvelles têtes nous avions aussi Axel Toupane, assez discret mais qui a tenté bon gré mal grés de se mettre en valeur avec le peu de temps dont il a disposé. Pendant la préparation il y a eu aussi un très bon travail de la part de Vincent Poirier, mais là aussi, le temps de jeu du français s’est considérablement diminué quand la compétition a commencé.

Fournier et De Colo, les extérieurs au scoring !

On a beaucoup, beaucoup, beauuuucoup trop tiré sur Evan Fournier, vilain petit canard des bleus, pendant cet euro. Le fait est que non seulement Evan a apporté du scoring et de la vitesse, mais il a également su apporter quelques séquences défensives décisives. On lui reproche son expulsion face à la Slovénie quand moi j’ai vu (enfin) de la rébellion dans une équipe de France encore une fois peu concernée par l’enjeu. Au-delà du scoring, Fournier s’est battu dans les moments clutch, donnant tout dans le dernier quart contre l’Allemagne pour sauver quelque peu l’honneur des bleus en donnant à la défaite une idée qu’on se sera au moins battu.

Nando De Colo a quant à lui été le joueur que l’on connait : habile, concentré, décisif, agile et rapide. Mais on ne sent plus cette forte capacité à prendre le relais de Tony Parker que l’on sentait venir en 2015, soudain De Colo semble être surtout un joueur dépendant du collectif plus qu’un leader qui apporte une âme à l’équipe.

Quant aux autres extérieurs, on ne doit pas trop non plus tomber sur Thomas Heurtel qui a lui aussi su imposer un rythme dans les instants décisifs. Antoine Diot et Léo Westermann n’ont pas particulièrement été visible dans la compétition, il y a peu à dire.

Boris en patron du jeu, Lauvergne s’impose, Séraphin se rattrape

Le jeu des bleus aurait pu tourner rapidement autour de De Colo ou Fournier, mais les observateurs auront remarqué le nombre de ballon transitant par Babac, autant à l’extérieur que poste bas. Le système français à fait merveille dans ces cas là : appel poste bas de Diaw qui reçoit la balle, enfonce son adversaire en remontant, puis tournant vers l’arceau pour attirer le second défenseur et ressortir sur un extérieur ou un intérieur coupant au même moment. Sur ce point, la vision du jeu de Boris fut plus que convaincante !

Nous avons eu de très bonnes séquences de JeoffreyLauvergne également, au scoring mais aussi au rebond. Son match contre la Grèce doit devenir une vraie référence. Propre, organisé, régulier et solide, il a su faire oublier Rudy Gobert pendant quelques instants. Lauvergne sur le terrain il faut reconnaître que la France se sentait mieux.

Il faut féliciter Kévin Séraphin qui n’a pas eu la tâche facile, qui a montré une forte volonté à réintégrer le groupe et qui avait à cœur de se montrer combattif. J’ai eu la chance de pouvoir lui apporter mon soutien en le rencontrant pendant la compétition. Le soutien du public lui donnait beaucoup d’énergie. Malgré une forte combativité, on l’a senti en difficulté. Mais son état d’esprit était le bon, il faudra lui offrir une autre chance à l’avenir.

Ce qui n’a pas marché ? Ce qui ne marche pas depuis toujours

La défaite dans cet euro, elle est due à des problèmes que nous connaissons depuis des années, et c’est là qu’est la frustration. Nous savons où nous pêchons, mais nous ne semblons pas en faire quelque chose de bénéfique.

Le premier problème est qu’un match piège se traduit automatiquement par une équipe de France qui foncera tête baissée dans ledit piège. Dernier exemple en date : la Finlande, équipe laaaargement à notre portée, qui n’a su tenir au-delà de ses frontières. Heureusement que le public d’Helsinki était là. Une fois sur place, j’ai pu mesurer l’engouement pour la bande de Markannen, Huff, Salin ou Kopponen, un vrai bonheur, de la Hartwallarena à la fanzone du centre-ville. Mais quoi qu’il en soit, perdre contre une Finlande qui n’a pas fait long feu contre une modeste équipe d’Italie, ça fait tâche. On a senti nos bleus pétrifiés, hésitants, alors qu’ils avaient toutes les raisons de garder confiance et imposer leur rythme.

Le rythme ! Second problème. Nous le voyons rapidement, nous sommes une équipe à réaction ! Le seul match ou nous parvenons à imposer notre rythme est celui de la Grèce, et peut-être aussi l’Allemagne en 8e. Mais pour le reste, on a l’impression que chaque premier quart-temps est dédié à mesurer le rythme de l’adversaire pour que les bleus décident de s’y adapter ou pas. Il en fut ainsi de la Finlande, mais aussi de la Pologne et même de l’Islande ou la France semblait attendre les dernières minutes pour s’investir concrètement, limite en style remontada ! Regardez le match contre la Pologne fut une immense source de stress tant on avait l’impression que la France attendait patiemment que ça se passe avant de finalement mettre le coup d’accélérateur nécessaire. Sauf que la Slovénie elle, n’a pas attendu que les bleus s’alignent et ont pris le large tranquillement. Une équipe de France comme celle-ci doit imposer son rythme et son jeu et cesser de le subir ! Car les séquences ou la France l’a fait, nous étouffions nos adversaires ! Vincent Collet lui-même a reconnu ce problème avant-hier.

Gérer nos matchs : France-Grèce, l’écart de 21 points s’est réduit à 5, France-Finlande, l’avantage de 7 points en fin de match se perd, face à la Pologne, l’avantage est presque perdu à plusieurs reprises au moment où nous accélérons le rythme. Il en fut pareil à tellement de matchs ces dernières années…parfois avec de lourdes conséquences (demi de 2015…j’ai encore mal). Nous ne savons pas tuer le match. Chose facile à dire oui, mais est-ce si compliqué de ne pas les perdre à chaque fois ? Comme si un avantage condamnait les bleus…ce fut le cas contre l’Allemagne.

De la défense et du physique ! Encore une fois, nous sommes trop gentils. La France défend par séquence et c’est agaçant car ces séquences sont, je le répète, meurtrières pour nos adversaires ! J’insiste sur ce point, en imposant le rythme et en harcelant le porteur du ballon, nous devenons un vrai groupe qui se transforme en rouleau compresseur ! Au lieu de ça ? Nous avons laissé l’adversaire scorer à foison, trop souvent en moins de 8 secondes, les slovènes nous ont fait danser ! Nous avons laissé les finlandais, les grecs, les allemands, shooter à 3pts sans opposition, encore et encore et encore…

Un problème s’est naturellement ajouté pour cet Eurobasket : quel leader ? Vincent Collet disait à Batum en 2013 « un jour elle sera à toi cette équipe ». Sauf que Nicolas Batum a semblé fâché avec son talent à plusieurs reprises en équipe de France, De Colo ne s’est pas autant affirmé qu’on le pensait, Gobert ne semble pas se poser en franc leader et préfère l’appartcitycup de Nantes à l’équipe de France. Parker partis, vers qui devons-nous nous tourner ? Un homme ? Le collectif ? La seconde option me semble la meilleure car si vous retrouvez un joueur français qui n’est ni plus ni moins que le joueur en activité le plus bagué de la NBA pour mener votre équipe…appelez-moi !

Pour le reste, c’est une question de mental. On a montré des bonnes choses pendant cet Eurobasket, mais bon sang…on a souvent eu le sentiment que nos gars ne se sentait parfois ni motivés, ni concernés, ni particulièrement animés par une envie de gagner. Et tant qu’on abordera les compétitions comme ça, tant qu’on ratera nos entames de matchs, tant qu’on ne sera pas rugueux, déterminés, unis, et dévoués à venir pour gagner, on revivra les mêmes frustrations année après année.

Un dernier mot sur Collet qui prend cher une nouvelle fois. Je m’abstiendrais de critiquer un coach qui nous a remplis le tiroir de médailles et qui a eu sous sa bagatelle la meilleure équipe de France de l’histoire de notre basket (choisissez celle qui vous ira, mais je pense que mon choix s’arrêtera sur 2015…). Je pense néanmoins que de forts ajustements doivent se faire avec une nouvelle mentalité.

Pour l’avenir : clarifier les choses.

Cet Eurobasket se résume au final comme tel : un piège visible et pourtant non-évité face à la Finlande, une réaction d’orgueil face à la Grèce qui manquait de peu d’échouer, une réaction tardive pour casser l’Islande en morceau, une victoire pleine de doute sur une Pologne qui sait tout juste dribbler, une déconcentration totale face à une Slovénie qui semblait déjà être le challenge de trop, un bon match contre l’Allemagne mais sans vraiment savoir maintenir l’avantage et au final obtenir ce que l’on a presque cherché : l’élimination dans la médiocrité.

Cette déception à cet Eurobasket à ceci de frustrant qu’elle semblait presque prévisible. Annoncés comme favoris, les bleus ne se sont pas sentis en danger et sont venus sur le terrain avec trop de certitudes. Mais ce qui doit cesser, ce sont ces éternels été à espérer enfin avoir un groupe de superstar. Encore une fois les absents nous ont manqué, mais nous n’avons pas su aller au-delà de cette frustration et nous avons pensé que le « France » inscrit sur notre maillot nous suffirait à aller prendre une médaille.

Concernant cependant les absences, je pense que désormais nous devons prendre une décision claire et simple, et peut-être en venir à des propositions radicales comme celle qui veut que ceux qui ne se sentent pas concernés par les compétitions de l’équipe de France et annoncent sans grande considération qu’ils ne souhaitent pas y participer, sortent purement, simplement et définitivement des plans du sélectionneur. Trop radical me direz-vous ? L’Eurobasket ne qualifiait pour rien me direz-vous ? Il y a eu des absents partout, c’est vrai. Mais quand je vois les espagnols « affaiblis » qui débarquent malgré tout avec les frères Gasol, les frères Hernangomez, Juan Carlos Navarro, Ricky Rubio et un groupe toujours aussi solide et convainquant, je me dis qu’on aurait pu espérer mieux, et peut-être qu’on devrait commencer à devenir plus exigeant sur ce point.

Les espagnols ne semblent avoir, à ce stade de la compétition, que la Croatie pour les faire légèrement courir. Je suis las de voir des équipes progresser, travailler, évoluer, comme la Lettonie, l’Allemagne, quand les bleus avec toute leur expérience, semble encore se chercher sur le terrain. Je n’ai pas envie d’en vouloir à Gobert, Batum ou les autres parce que je ne souhaite qu’une chose, les revoir en bleu, et au fond de moi, je souhaite simplement voir les bleus gagner, je souhaite revivre 2013, je souhaite retrouver le rouleau compresseur de 2015. Je souhaite retrouver de la crédibilité dans mon équipe préférée que je ne cesserai jamais d’encourager. Mais la frustration reste que l’on passe à côté d’un 5 de départ Heurtel-DeColo-Batum-Diaw-Gobert avec un banc Lauvergne-Labeyrie-Séraphin-Fournier-Diot-Westermann et les autres prospects comme Cabarrot, Poirier, Toupane et bien d’autres. Un tel groupe, c’est une médaille assurée et un Eurobasket de rêve. Mais voilà, il n’y a pas la volonté.

Nous avons besoin d’un groupe fort, avec les meilleurs talents, certes. Mais nous avons avant-tout besoin d’un groupe qui se connait, d’un groupe stable et uni, et non d’une sélection aléatoirement composée au grès des bonnes volontés des plus étoilés. La coupe du monde 2019 est le nouvel objectif…mais y serons-nous seulement ?

Article par TANCREDE ADNOT