Après une saison régulière mitigée et en dépit d’une 4e place à l’Ouest acquise au prix de 51 victoires, lorsque le printemps vint et que les playoffs débutèrent, les dernières fondations des Los Angeles Clippers s’effondrèrent une par une pour que se concrétise enfin ce que tous les observateurs attendaient, voire redoutaient : l’éclatement de Lob City et l’effondrement d’une cohésion bien trop fragile.

La saison régulière ayant déjà été rythmée par les blessures de Chris Paul et Blake Griffin, le premier tour des Playoffs face au Jazz fut la goutte de trop : les Clippers ont une fois de plus confirmé qu’il existe bel et bien une malédiction sur cette franchise.

Face à eux, la meilleure défense de la NBA emmenée par un Rudy Gobert qui se fera voler le titre de DPOY quelques semaines plus tard et Gordon Hayward, qui ne sait pas encore que ce sera l’une des dernières fois qu’il portera le maillot de cette franchise qui lui aura tant apporté.

Les matchs sont solides, tendus. Les deux équipes souhaitent accéder aux demi-finales pour tenter (oui … tenter) de détrôner les Warriors. Cela nous mènera à un match 7, un match décisif qui marquera un tournant majeur pour les Angelinos bleus blancs et rouges.

Tout semblait pourtant sourire aux Clippers en début de partie: Gobert peine avec ses fautes, DeAndre Jordan s’amuse et termine avec 24 pts et 18 rebonds, et pourtant (surprise !) : les Clippers vont se faire dominer dans ce match 7. Malheureusement pour eux, ce fut une soirée difficile pour Chris Paul, qui a dû épuiser sa réserve de magie afin de maintenir LA en vie jusqu’ici, mais aussi pour Redick, qui une fois de plus fut fantomatique. Confus du début à la fin, on sentait que rien ne marchait pour les disciples d’un Doc Rivers inutile comme à l’accoutumée.

En face par contre, tout le monde a su apporter sa pierre à l’édifice. Un 3e QT orgasmique pour les fans de Boris Diaw, un très bon Derrick Favors, George Hill et Gordon Hayward qui gèrent le business d’une main de dieu. Bref, la différence entre les deux adversaires est simple : d’un côté un groupe soudé croyant dur comme fer en ses chances de passer, qui a parfaitement récité son plan de jeu pendant 48 minutes tout en assurant la défense, et de l’autre plusieurs individus isolés, sans cohésion, sans âme, sans espoir.

Suite à cette énième élimination, il apparaît évident que quelque chose doit changer et vite. Et même si les regards sont sombres, fans, joueurs et staff le savent : l’été prochain devra être décisif et positif.

 

1 – Le roster & les finances

Jerry West dit « The Logo ».
Jerry West lors de son arrivée à Los Angeles (Crédits : Wally Skali j/ Los Angeles Times)

Pour faire évoluer la forme, il faut faire évoluer le fond. Une règle qui, en basketball, fait mouche. Steve Ballmer, propriétaire de la franchise des Clippers, invite Jerry « The Logo » West tout droit sorti de la grande baie de San Francisco à relever un nouveau défi : le défi Clippers. Il y sera consultant spécial, une plus-value conséquente pour la franchise qui peine à se construire une équipe solide et à l’épreuve de toutes les éventualités.

Qui plus est, son arrivée coïncide avec l’arrivée de la draft et de la date du début de Free Agency. Un test de grande ampleur pour Jerry West car cette année les Clippers ont gros à perdre. La franchise doit-elle se reconstruire en recrutant de nouveaux éléments ? Ou doit-elle continuer à serrer les dents en priant que ni le moral des joueurs, ni les os de Blake Griffin ne se brisent la saison prochaine ?

Draft, trades et free agents : le nouveau visage des Los Angeles Clippers.

Cet été, les Clippers ne sont pas dans une logique de reconstruction ou de tanking. Ne possédant qu’un pick de 2nd tour de draft (48e choix) acheté aux Bucks contre quelques biftons, la franchise choisit Sindarius Thornwel, jeune joueur issu de l’Université de South Carolina. Un joueur intéressant qui sait se démarquer en attaque par son aisance au shoot et sur lequel Doc Rivers pourra probablement compter en sortie de banc (ou en sortie de D-League) en dépit de sa faible Summer League. On notera que ce rookie est un meneur de jeu, un choix que l’on peut considérer préventif aux vues des rumeurs entourant le meneur titulaire des Clippers : Chris Paul

Crédits : Doug Pensinger/Getty Images

En effet, ce dernier est un des gros poissons à harponner cet été. Beaucoup d’équipes tentent de s’en arracher les services, à commencer par les Clippers qui souhaitent aligner un maximum d’argent afin que CP3 ne reste à LA (modique somme de $205M sur 5ans). Cependant en face nous retrouvons de sérieux candidats tels que : les Spurs de San Antonio, les Rockets de Houston ou encore les Nuggets de Denver. Si tout le monde le voyait partir pour San Antonio, c’est finalement vers Houston que se tournera le meneur de 32 ans, avide d’un titre et attiré par les talents d’un certains James Harden. Chris Paul n‘ayant jamais participé à une seule finale de playoffs, il espère ici bien atteindre cette contrée qui lui est toujours inconnue, et ce en compagnie du meilleur arrière de la ligue. On imagine déjà ce que peuvent donner les combinaisons extraordinaires entre ces deux joueurs le tout sous la coupe de Mike d’Antoni. Mais, ne souhaitant pas laisser bredouille son ancienne équipe avec laquelle il aura tout de même passé 6 années, il décide d’aboutir sur un sign-and-trade entre les Clippers et les Rockets. Ainsi, Chris Paul active sa dernière saison à $24M puis se fait échanger contre Sam Dekker, Patrick Beverley, Lou Williams, Montrezl Harrell, DeAndre Liggins, un pick Top 3 protégé pour le 1er tour de draft 2018 et $661,000. Une aubaine pour les Clippers, qui auraient pu voir leur meilleur joueur partir sans rien avoir en contrepartie. Au lieu de ça ils se retrouvent avec des joueurs qui en, sortie de banc, pourront faire le taf. Ils peuvent donc remercier Chris Paul pour son honneur et son altruisme car l’été aurait probablement été rude sans ce trade. Qui plus est, ce sign-and-trade n’est pas du tout dénué d’intérêt pour CP3 : en agissant ainsi, il fait exploser le champ des possibles à l’été 2018 où il sera free agent. Si l’association avec James Harden ne prend pas, il pourra toujours s’en aller. Si ça marche, s’agissant d’un trade, les Rockets ont récupéré ses bird rights et pourront lui proposer encore plus que ce que les Clippers lui ont proposé cet été !

Dans la foulée, Blake Griffin annonce de son côté vouloir rester dans cette franchise qui l’a drafté en 2009. Il signera le 19 Juillet 2017 un contrat de $173M sur 5 ans. Lors de la signature il déclarera : « Cette franchise est ma maison depuis que j’ai été drafté. […] C’est l’équipe dans laquelle je souhaite commencer et finir ma carrière. » Cependant on espère que le physique suivra. Car si l’ailier fort franchise player nous a déjà montré de quel bois il était capable de se chauffer, il n’en demeure pas moins un joueur trop fragile. Cette saison plus que jamais il va devoir se montrer à la hauteur et prouver qu’il a l’étoffe d’un leader.

Ici Blake Griffin, fier et déterminé lors de la présentation des nouveaux maillots NBA x Nike : « Statement ».

C’est ensuite au tour de l’arrière titulaire J.J Redick de faire ses adieux à la cité des anges. Le 1er juillet 2017 il signe un contrat de 1an pour $23M chez les Sixers de Philadelphie.

Quelques jours après, les LAC s’offrent le meneur du CSKA Moscou : Milos Téodosić. Son contrat : $12.3M sur 2 ans. Passeur polyvalent, shooteur fiable, c’est un joueur qui devrait un minimum combler le manque créé par le départ de Chris Paul, même si ce manque se fera tout de même sentir. Car si offensivement il n‘a pas à rougir, défensivement ça n’est pas la même histoire. Si CP3 est un défenseur d’élite depuis de nombreuses années, l’ex star du CSKA lui n’a jamais brillé de ce côté-là, même en Euroleague. On l’imagine déjà en train de galérer à défendre sur des Westbrook, Lillard, Conley, Holiday, Smith Jr, Bledsoe, Harden et.. Chris Paul lui-même ! Mais quoi qu’il en soit, toute l’équipe, joueurs comme coach, sont heureux de l’accueillir dans la franchise. Pat Beverly et Milos Teodosic sont même de bons amis depuis qu’ils ont eu l’occasion de jouer ensemble par le passé à l’Olympiacos en 2009-10. Le Serbe a grandement confiance en la potentielle alchimie des Clippers. Il avait déclaré qu’il ne quitterait l’Europe à moins de trouver un projet dans lequel il aurait une confiance absolue et qui le lui correspondrait pleinement. Et il est vrai que, pour un passeur de son pedigree, Lob City semble être une destination rêvée. À noter également qu’il a de l’expérience en championnat, et même un cœur de champion (vainqueur d’Euroligue en 2016 avec le CSKA) qu’il pourra mettre à profit à cette équipe des Clippers qui n’a jamais su dépasser la seconde étape des Playoffs.

Enfin, les Angelinos prennent part à un « Triangle Trade » avec les Denver Nuggets et les Atlanta Hawks. Au bout de ce trade, les LAC font l’acquisition de Danilo Gallinari. L’ailier des Nuggets, avec ses 18 ppg et ses 5,2 rpg, apparaît comme le profil dont Lob City avait besoin : un ailier scoreur capable de coups de chaud et sachant un minimum défendre. En contrepartie, les Clippers perdent Diamond Stone, un pick Top 3 protégé du 1er tour de draft 2018 et Jamal Crawford. Ce dernier, élu « Meilleur Sixième Homme » en 2010, 2014 et 2016, ira chez les Hawks avant d’y négocier un buyout avec ces derniers afin de signer, en tant que vétéran, un contrat d’agent libre chez les jeunes loups du Minnesota.

À noter également les départs de Luc Mbah a Moute et Marreese Speights, respectivement en direction de Houston et Orlando, tous deux d’un contrat vétéran d’un an ($2.1M).

Pour finir, à la fin de l’été, l’ancien intérieur de Miami Willie Reed décide de prendre part à l’aventure californienne en tant qu’agent libre en signant un contrat vétéran d’un an ($1.5M).

Quant au coaching staff, on assiste à l’arrivée de Michael Winger, General Manager du Thunder depuis 7 ans, qui viendra exécuter cette même tâche de GM à Los Angeles.

2 – Coaching/style de jeu

Mais alors, qu’est-ce que ça donne sur le terrain ?

Les saisons dernières, la franchise était encore surnommée Lob City et ça n’est pas pour rien. Avec le trio Chris Paul – Blake Griffin – DeAndre Jordan, les alley-oops se suivaient mais ne se ressemblaient pas. Une grande partie du jeu était basée sur les qualités athlétiques des deux intérieurs que Chris Paul savait sublimer. Mais avec la disparition du meneur, les Clippers se voient comme forcés d’abandonner ce passé de dunkeurs spectaculaires afin de créer, ou tout du moins surprendre par de nouvelles palettes offensives.

Ainsi, lors de cette saison 2017-2018, on peut s’attendre à voir pas mal de spacing de la part des Clippers et notamment Blake Griffin, qui ne cesse de bosser chaque été son shoot, jusqu’à aujourd’hui être une arme « potentielle » à 3pts. DeAndre Jordan, lui, devra se contenter à un rôle de rebondeur acharné et de défenseur, car les ballons seront probablement moins aériens que d’habitude. Cependant, Milos Teodosic pourrait créer la surprise, car si ce dernier n’est pas aussi bon défenseur que CP3, il n’en demeure pas moins un spectaculaire passeur et son expérience d’Euroleague pourrait grandement faire progresser l’équipe et apporter une plus-value lors des entrainements. Ajoutez à ça Lou Williams en sniper et Danilo Gallinari, et vous obtenez une équipe menaçante sur presque toutes les perspectives de jeu. Sur le banc, la présence de Pat Beverley permettra aux Clippers de revenir ou bien de tenir le score grâce à sa défense de pitbull, Austin Rivers a gardera ses « bonnes » habitudes au lay-up, et la paire Montrezl Harrell – Willie Reed saura prendre la place du duo titulaire quand il devra se reposer et surtout assurer aux rebonds comme à la défense.

Les phases de jeu devront être appliquées, lucides et collectives. Les joueurs devront jouer sur les fondamentaux, jouer sur le jeu en passe, le mouvement, pratiquer l’extra passe et le beau jeu : adapter un style de jeu à la San Antonio Spurs, mais discount.

 

En bref, le jeu des Clippers sera probablement moins spectaculaire que ces 5 dernières années, mais il devrait tout de même parfois plaire aux fans de Lob City. Avec le nouvel effectif, on peut s’attendre à ce que le jeu des anges soit plus réfléchi, travaillé, et surtout à ce que les tirent fusent depuis la ligne des 3pts, et largement plus que les saisons dernières. On espère que Doc Rivers saura garder son sang-froid, qu’il saura prendre en charge ce nouvel effectif, et surtout qu’il accepte de poser un peu plus son jeu.

3 – Perspectives

Si tout va bien

Si tout va bien l’équipe ne souffre pas trop des potentielles difficultés défensives que le roster laisse supposer par séquence. En revanche, tout le monde reste en forme et l’équipe surprend par sa cohérence offensive tôt dans la saison. Teodosic s’intègre bien en NBA et fait briller son équipe. Beverley assure aussi en prenant plus de poids à la création. Le frontcourt joue à haut niveau et Gallinari confirme être l’Ailier qu’il manquait à l’équipe. Les Clippers sont à la lutte pour se faire une place au soleil pour les Playoffs (avantage du terrain).

Si tout va mal

L’intégration des joueurs est longue, et les blessures suivent toujours Beverley, Gallinari, Griffin & co. La défense est désastreuse et la franchise prend des valises de ce côté presque tous les soirs. L’équipe est à la lutte pour les Playoffs alors qu’on pouvait espérer mieux.

Pronostic : 43-47 victoires , 7e de l’Ouest.

Au final, l’été des Clippers n’a pas été aussi catastrophique que prévu. Des décisions importantes ont été prises, et même si les pertes sont conséquentes, les nouveaux visages donnent de l’espoir. Malgré le départ de Paul, l’effectif a gagné en profondeur, et, sur le long terme, cela permettra peut-être de gagner plus de matchs voire même se débarrasser de la malédiction des playoffs qui plane au-dessus de la franchise depuis la nuit des temps. Reste à voir ce que donnera cette équipe dans une conférence Ouest cataclysmique qui promet une guerre nucléaire pour la saison 2017-2018.

 

L’avis de @ClippersFR

 

Quelles étaient vos attentes cet été ?

Une nouvelle sortie au premier tour des Playoffs, forcément, c’est un coup à nous ramener les pieds sur Terre en un rien de temps. Il faut être réaliste immédiatement dès la fin-avril : on perd une fois de plus Griffin sur blessure, et l’engagement impressionnant de Paul sur cette série n’aura rien pu y changer. Clairement, nous savions qu’un renouveau frappait au portillon des Clippers et que l’été risquait bien d’être brûlant. Entre un meneur vieillissant, bien que magistral, désirant peut-être enfin passer la seconde et le visage de notre franchise se pointant à un cap crucial de sa carrière, nous devions tout faire pour limiter les dégâts en essayant de ne pas perdre notre duo magique. Tout en sachant bien sûr que quelques joueurs, tels que Redick ou Crawford, risquaient déjà de partir, notre avenir semblait assez sombre. Finalement, avec un peu de recul, on s’en sort vraiment très bien malgré la simple perte de Chris Paul : le génie de la passe nous fait une fleur en demandant un trade au lieu de partir comme un voleur, on récupère Beverley, Williams, Dekker et Harrell pour consolider notre banc et conserver de la défense à la mène, on re-signe Blake pour rassurer tout le monde, on va chercher Gallinari et Teodosic pour combler nos manques principaux depuis quelques années, on fait venir Jerry West dans un front-office qui se débarrasse enfin de Doc Rivers… un très bel été. Avant tout ce joli recrutement, tout le monde pensait que les Clippers n’avaient que deux choix : soit repartir avec les mêmes pour une année de plus, au risque de plus surprendre personne, soit tout perdre en un été et entamer un renouveau total en retrouvant les abysses de la ligue. Au final, les Clippers ont choisi une alternative intéressante : une semi-reconstruction, avec une quasi-dizaine de nouveaux joueurs qui accompagneront le noyau dur composé de l’inimitable duo Griffin-Jordan. En tant que fans, on en a l’eau à la bouche.

Qu’attendez-vous pour la saison prochaine ?

Une renaissance, un renouveau qui pourrait enfin nous permettre de ne plus être prévisible sur le parquet. Notre effectif a subi une refonte quasi-totale, et même si Doc Rivers ne fera probablement pas des merveilles sur le plan stratégique, on espère tout de même que nos Clippers pourront nous présenter quelque chose que nous n’avions jusque-là pas encore vu depuis l’arrivée de Chris Paul. L’équipe jouera-t-elle au même niveau sans son ex-meneur parti aux Rockets ? La réponse est probablement non, malgré une profondeur de banc inédite et un poste 3 enfin comblé par la présence bienvenue de Danilo Gallinari. Est-ce cependant un réel problème ? Tout dépend : certes, les Clippers sans Chris Paul n’auront sûrement pas les mêmes ambitions que lors des précédents exercices, mais ce petit vent de fraicheur pourrait bien libérer certains joueurs et nous faire voir autre chose que ce qui tourne régulièrement sur le parquet des Clipps depuis déjà six ans. Au minimum, nous nous attendons à voir les Clippers grappiller une place en Playoffs sans pour autant être un réel favori au titre. On ne fait pas partie des « super-teams », mais qu’importe : agir dans l’ombre pour mieux surprendre ses adversaires, ce n’est pas une mauvaise idée non plus.

Où pensez-vous vous situer dans votre conférence ?

Une chose est sûre : il est toujours aussi compliqué de se faire une petite place à l’Ouest. Cela devrait donc nous faire tomber, au minimum, derrière les Warriors, les Spurs, les Rockets, le Thunder. Les grosses écuries, sauf énorme imprévu, seront devant nous. Entre le cinquième et le huitième spot à l’Ouest pour s’assurer une place en Playoffs : c’est actuellement dans cette fourchette que nous nous voyons terminer la saison. Allez, si on se mouille un peu, on va dire « sixième à l’Ouest », avec une bataille acharnée face aux Wolves et pourquoi pas aux Nuggets ou aux Grizzlies.