Mardi soir dernier, durant le premier match de la saison face aux Cavs, nous avons tous, fans de Boston ou non, eu un moment d’effroi lorsque Gordon Hayward s’est fracturé le tibia et disloqué la cheville. En une poignée de secondes, nous nous sommes tous remémorés de graves blessures comme celle de Paul George en 2014, Kevin Ware en NCAA en 2013, celle du footballeur Djibril Cissé en 2006 ou encore celle du gardien Grégory Coupet en 2009. Des images dures, que l’on aimerait ne plus jamais revoir.

Avec la blessure de Gordon Hayward, on se retrouve dans un cas de figure extrêmement rageant, aussi bien individuellement que collectivement. En effet, après sept ans passés dans l’Utah, dont une très belle saison 2016-2017 où Gordon a connu sa première sélection au All-Star Game, Hayward entrait dans un tournant de sa carrière en rejoignant Boston avec Irving et Horford. Le défi était très excitant. Pour Boston, récupérer un ailier polyvalent du niveau de Gordon Hayward symbolisait l’envie d’aller chercher les Cavaliers de LeBron et s’installer pour de longues années comme les favoris à l’Est. Les Celtics semblaient alors être les plus armés pour atteindre les finales de conférence et tenter de battre les Cavs. Malheureusement, avec cette blessure, tout est à refaire pour les C’s. Dès lors, comment les Celtics vont se (re)construire sans Hayward ? Comment compenser son absence ? Qui va devoir élever son niveau de jeu ?

Perdre un joueur du calibre de Gordon Hayward n’est jamais anodin. Ce dernier, recruté pour 128 millions de dollars cet été, était l’une des pièces maîtresses du nouveau projet des Celtics. Par conséquent, Brad Stevens et ses adjoints doivent se poser plusieurs questions, qui s’avèrent être primordiales pour le bon déroulement de la saison régulière.

Qui doit-on intégrer dans le cinq majeur à la place d’Hayward ?

Face à Milwaukee mercredi soir, Brad Stevens a fait le choisir d’aligner Marcus Smart au poste d’arrière, décaler Jaylen Brown au poste 3 et le rookie Jayson Tatum au poste 4. Avec Irving-Smart-Brown-Tatum-Horford, on se retrouve avec un cinq extrêmement jeune, trop jeune peut-être pour une équipe avec tant d’attentes. De plus, en intégrant Smart dans le cinq, on perd le leader de la second unit, le leader du banc des Celtics, ce qui peut déséquilibrer l’équipe. Puis, avec Smart dans le cinq, on possède une équipe ultra small ball. Déjà qu’avec Hayward, les Celtics manquaient un peu de taille, alors là, avec Smart en 2, Brown en 3 et Tatum en 4, on se retrouve peut-être dans la limite du small ball.

Mettre Marcus Smart arrière titulaire oblige Stevens à décaler Tatum en ailier fort, ce qui n’est pas vraiment son poste de prédilection. Avec Hayward, les deux pouvaient alterner sur les postes 3-4 en fonction de l’adversité et du contexte du match. Enfin, avec Smart titulaire, le banc perd clairement de sa superbe. Toutefois, avec Smart arrière titulaire, Boston se renforce défensivement. En effet, il pourra combler les lacunes défensives d’Irving lorsque les Celtics auront à faire à des back-court de qualité. Mais je ne suis pas fan de cette option. Je pense que Brad Stevens sait ô combien Smart est précieux sur le banc et ne réitérera pas cette option régulièrement.

Deuxième possibilité pour Brad Stevens : Titulariser Marcus Morris au poste d’ailier fort, et ainsi replacer Brown en tant qu’arrière et Tatum à l’aile, sa place initiale. En intégrant Morris dans le cinq, on retrouve un peu de taille ce qui est clairement non négligeable. Morris va également apporter ses qualités défensives sur les postes intérieurs, mais aussi du shoot, ce qui commençait à manquer sans Hayward. Dans ce cas de figure, on met également Tatum dans les meilleures conditions en le repositionnant à l’aile. Cela sera sûrement plus simple pour lui pour démarrer sa saison. On a vu ses difficultés à défendre sur le poste 4 face aux Cavs et à Milwaukee. Enfin, on retrouve Smart en 6ème homme, sa place originelle, la place qui lui va le mieux et qu’il souhaite lui-même avoir. Je pense que c’est bien cette option que Brad Stevens va choisir. Cela semble être le choix le plus logique, qui privilégie un certain équilibre des deux côtés du terrain, un équilibre de taille et un équilibre entre le cinq majeur et le banc.

Nous devons juste attendre quelques jours voire semaines avant de voir ce cinq sur le terrain car Marcus Morris est actuellement blessé et devrait revenir d’ici 3 à 7 jours.

Pendant ce temps, Brad Stevens va mettre en place une option, une option qu’il a déjà exploré contre Philadelphie et qu’il va surement réutiliser d’ici le retour de Marcus Morris voir continuer à mettre le temps de retrouver Morris à 100% : titulariser Aron Baynes au poste de pivot, ainsi replacer Al Horford à son poste naturel d’ailier fort, ce qui pourrait lui permettre de gonfler ses stats, et garder le trio Irving-Brown-Tatum. Dans cette situation, on se retrouve avec un cinq qui a du caractère, du poids. On oublie le small ball et on retrouve un cinq dit « classique ». Si Stevens joue avec ce cinq quand Morris sera de retour, Boston se permet d’avoir un banc de qualité avec donc les deux Marcus (Smart et Morris) qui apporteraient toutes leurs qualités et épauler les Larkin qui depuis le début de la saison montre toutes ses qualités à trois points, Rozier qui est dans la continuité de l’an passé à savoir un jeu très énergique (voir trop parfois), Theis qui doit encore prendre ses marques en NBA, Yabusele, notre frenchie qui revient de blessure et qui doit aussi trouver sa place dans cette et Ojeleye, qui amène de la dureté sur les postes 2-3 avec des bras et des épaules de mammouth. Face à Phily vendredi, on ne peut pas dire que Baynes ait changé le jeu des Celtics, mais ce fût une première et défendre sur un pivot comme Embiid n’a pas arrangé les choses. Baynes sera sûrement plus à l’aise face à des pivots plus traditionnels comme Whiteside ou Howard.

Après s’être demandé quel serait le nouveau cinq majeur, Brad Stevens va devoir se poser la question suivante :

Quel(s) joueur(s) pourront être recrutés pour palier l’absence de Gordon Hayward ?

Il ne faut pas être naïf, aucun joueur disponible aujourd’hui sur le marché n’a le talent offensif de l’ancien ailier du Jazz. Si à Utah il scorait plus de 22 points par match, on en espérait pas moins de sa part aux Celtics, ou au moins avoisiner la vingtaine de points avec les Celtics. Dès lors, trouver un remplaçant aussi efficace, c’est impossible. Même si les Celtics vont devoir numériquement remplacer Hayward, ils n’attendent pas grand-chose de cette future recrue.

Brad Stevens a donc déjà déclaré qu’il allait piocher parmi leurs Two way contracts et c’est ce qu’il a fait contre Phily vendredi soir avec Jabari Bird. Le jeune arrière-ailier de 23 ans (1m98, 90kg) a été choisi par les Celtics durant la draft cet été (56ème place). Au-delà de son nom de famille, Jabari Bird pourra pendant quelques minutes apporter son adresse longue distance, travaillée durant ses quatre années à California. Mais, clairement, ce n’est pas Jabari Bird qui va combler l’absence de Gordon Hayward. De fait, il va falloir aller chercher ailleurs, notamment parmi les agents libres. En effet, même si l’effectif des Celtics est complet, la blessure de longue durée d’Hayward ouvre à Boston la possibilité de recruter un nouveau joueur grâce à la Disabled Player Exception d’une valeur de 8.4 millions de dollars. Grâce à cette enveloppe, Boston va pouvoir recruter un joueur, mais qui ?

On pense rapidement à Gerald Green, qui connaît la maison et qui apportera immédiatement son adresse extérieure, sa qualité en pénétration, et qui pourra aider les jeunes ailiers à grandir. Ensuite, un choix très surprenant je vous le concède mais qui peut s’avérer intéressant, clairement un énorme coup de poker : Monta Ellis : L’arrière de 31 ans n’est pas totalement cramé et peut, pourquoi pas, se relancer dans un environnement sain à Boston. Un joueur comme cela, avec le talent qu’on connaît, cela peut être très intéressant. Surtout qu’à Boston, le poste 2 n’est pas très bien fourni. Toutefois, ses problèmes extra-sportifs liés à la drogue et son envie de briller dans des championnats mineurs viennent affaiblir cette idée de voir Monta Ellis à Boston. On peut aussi penser à Brandon Bass à l’intérieur, qui comme Green, a connu la maison verte de 2011 à 2015, avec des passages d’ailleurs très corrects. Ensuite, pour cibler les ailiers, il y a une petite liste d’agents libres qui pourraient apporter directement : Dorell Wright, Chase Budinger, Derrick Williams, Brandon Rush ou encore Anthony Morrow. Ces joueurs ne sont pas de grands joueurs, mais des role players, qui peuvent entrer dans la rotation sans broncher, et qui peuvent apporter offensivement, à la fois de l’adresse à trois points (Morrow, Green), et de la qualité en pénétration (Rush, Williams). Enfin, si des joueurs comme Terrence Jones ou Jared Sullinger auraient pu être de bonnes idées pour aider aux postes intérieurs, ces derniers ont décidé d’aller gonfler leurs comptes bancaires en Chine.

Vous l’aurez donc compris, même si certains noms peuvent être attirants, on se rend compte qu’aucun ne pourra avoir le même volume de jeu que celui de Gordon Hayward. Par conséquent, une dernière question vient se poser.

Qui va devoir combler le vide offensif que Gordon Hayward va laisser ?

Il y a trois noms qui viennent directement en tête :

Al Horford

Horford est un joueur plaisant, élégant, qui fait de très belles choses en attaque avec les Celtics. Il a un très bon jeu sans ballon, libère de l’espace pour ses coéquipiers, et possède une véritable qualité de passeur pour un intérieur. Il offre énormément de possibilités. Toutefois, le seul aspect du jeu où Horford semble décevoir, c’est bien le scoring. Pourtant, le caribéen est un joueur plutôt adroit, que ce soit à mi-distance ou à trois points. Il peut être extrêmement efficace au scoring quand il le veut vraiment et c’est bien ça son problème : le dominicain va toujours préférer mettre ses coéquipiers dans les meilleurs conditions, quitte à refuser certains shoots et les laisser aux autres. Penser comme cela est une qualité exceptionnelle au basket, mais sans Gordon Hayward, Horford va devenir le joueur le plus important de l’équipe derrière Irving. Ainsi, si les Celtics veulent compenser la perte d’Hayward, il faut qu’Al Horford joue davantage pour lui et prenne ses responsabilités au scoring. 9 tirs par match l’an passé, c’était peu même si Thomas en prenant énormément. Cette année, il faudra qu’il en prenne plus de dix. Mais tout le travail n’est pas pour Al Horford. C’est également à Brad Stevens de parler à son joueur et ajouter des systèmes pour le rendre ouvert à trois points ou à mi-distance, et même sous le panier. L’an passé, il tournait à 14 points de moyenne. On aimerait le voir à plus de 16-17 points par match, comme lors de ses meilleures années à Atlanta.

Jaylen Brown

S’il y en a bien un qui a été touché par la blessure de Gordon Hayward, qui dès la seconde mi-temps contre les Cavs s’est décuplé et a pris des initiatives, c’est bien Jaylen Brown. Avec 25 points face à Cleveland, 18 points face à Milwaukee et 9 points dans la victoire face à Phily, le joueur de 20 ans (qui fête ses 21 ans demain mardi 24 Octobre) semble être le joueur le plus investi dans ce début de saison, sans crainte, avec énormément de bonne volonté. On le voit shooter à trois points, attaquer violemment le cercle. Il devient déjà un joueur très important dans une franchise aussi prestigieuse que les Celtics. Il va donc devoir apprendre à être un joueur majeur malgré son jeune âge. Sur le poste d’arrière, passer après les Ray Allen et Avery Bradley, ce n’est pas simple. Mais il semble posséder les qualités pour réaliser une belle saison, grandir vite, et scorer. Avec seulement 6.6 points en 17 minutes de jeu l’an passé, il peut clairement avoisiner la quinzaine de points pour une trentaine de minutes, ce qui pourrait le faire entrer dans la discussion du MIP 2018.

Jayson Tatum

Le rookie pensait pouvoir grandir tranquillement cette saison aux côtés de Gordon Hayward. Malheureusement, il va devoir dès maintenant être titulaire (du moins jusqu’au retour de Marcus Morris) et montrer de quoi il est capable. Et pour le coup, durant les trois premiers matchs, il a montré qu’il avait déjà du talent plein les mains et qu’il pouvait être efficace avec une moyenne de 12 points et 9 rebonds ainsi qu’une belle présence défensive. Mais la question que l’on se pose est la suivante : En l’absence de Gordon Hayward, Tatum pourra-t-il hausser son jeu et scorer davantage tout au long de la saison ? Même s’il est trop tôt pour répondre à cette question, il est nécessaire pour les Celtics que Tatum soit présent au scoring. C’est sans doute lui qui a le bagage offensif pour compenser la perte d’Hayward. Tatum va devoir trouver un moyen d’être un marqueur à deux chiffres tous les soirs. Je suis sûr qu’au fur et à mesure l’équipe trouvera de l’alchimie et que Tatum va s’épanouir dans ce collectif.

N’oublions pas Kyrie Irving qui doit vite se rendre compte qu’il est maintenant le seul vrai leader offensif de cette équipe et que c’est à lui de prendre ses responsabilités. On l’a vu face aux Sixers, même s’il est resté sobre tout au long du match, il a haussé son niveau de jeu et a scoré en fin de match pour clôturer la rencontrer. On attend donc cela de sa part : Du gros scoring (plus de 25 points de moyenne) et des moments clutchs.

En somme, on comprend qu’avec la blessure de Gordon Hayward, les Celtics perdent leurs chances d’aller chercher les finales NBA voire de conférence dès cette saison. L’objectif de Boston est maintenant de créer un pur collectif, avec pour leader Irving, et faire grandir de jeunes joueurs (Tatum, Brown, Rozier, Smart). En fin de compte, ce n’est pas un seul joueur qui compensera l’absence de Gordon Hayward, mais bien tout un collectif qui va faire en sorte de bien jouer, un collectif qui doit encore prendre forme et cela prendra du temps. Patience sera donc mère de sûreté.