Ettore Messina : si ce nom ne vous dit rien, préparez-vous un bol de chips, un café, une tisane ou ce que vous voulez et ne bougez pas. Si vous êtes déjà familié avec ce nom, ne bougez pas non plus, ça va être intéressant.

Depuis 2014, Messina fait partie de la famille des Spurs en tant qu’assistant coach. Il est également, à ce jour, le seul et unique entraineur européen de l’histoire NBA à avoir coaché une équipe en match officiel. Deux fois contre Indiana et une contre Minnesota, la faute à un Popovich absent pour raisons personnelles chaque fois. Depuis quelques années maintenant, lorsqu’un poste de coach en NBA se libère ou lorsque l’on parle de l’après-Popovich, le stratège italien se place dans la conversation et de manière plutôt sérieuse.

Ettore Messina n’est pas un petit jeune dans le milieu, lui qui va vers ses 58 ans en cette saison 2017/18. Le bonhomme a un palmarès plutôt solide, accrochez-vous :

  • 4 Euroligues remportées : avec le Virtus Bologne en 1998 et 2001 et avec le CSKA Moscou en 2006 et 2008.
  • 2 fois coach de l’année en Euroligue en 2006 et 2008.
  • 3 fois coach de l’année en Italie.
  • 4 fois coach de l’année en Russie.
  • 4 fois champion d’Italie.
  • 5 fois champion de Russie.
  • Médaillé à l’Eurobasket 1997.
  • Intronisé au Hall of fame du basketball italien.
  • Intronisé au sein des « 50 Greatest Euroleague Contributors » en 2008.
  • Pour le fun, un bilan de 279 victoires pour 98 défaites en Euroligue (75%, à deux vaches près).

Débutant en Italie à la Virtus Bologne, puis à la tête de la sélection italienne une première fois avant de revenir dans le championnat national avec le Benetton Trévise, il s’exile ensuite en Russie avec le CSKA. Il y reviendra plus tard, après une expérience plus ou moins ratée en Espagne avec le Real Madrid. Approché en 2014 par les Spurs, Messina franchira le pas et s’envolera outre-Atlantique. Mais là non plus le monsieur n’est pas tout à fait rookie : en 2012, il eut une petite expérience au sein des Lakers, en tant que consultant.

Popovich voulait Messina, et d’une certaine manière, Messina voulait San Antonio également. Quand on interroge le principal intéressé sur le pourquoi de sa venue, deux réponses fusent automatiquement : Popovich et Ginobili.

Pour le premier, la chose semble évidente. A l’époque de son embauche, les Spurs reviennent sur le devant de la scène, après avoir échoué en Finales en 2013 et avoir traversé une petite période de disette les années précédentes. Popovich est un nom qui fait fantasmer et rêver chaque coach depuis plus d’une dizaine d’années, qu’il soit dans le milieu NBA ou non. Alors quand l’opportunité se présente d’intégrer le staff de ce dernier, c’est une offre qu’il est difficile de refuser même pour quelqu’un comme Messina.

Pour la seconde raison, quand on connait un peu sa carrière, là aussi c’est une évidence. Ettore Messina et Manu Ginobili ne sont pas deux étrangers qui vont faire connaissance en 2014. Quasiment quinze années auparavant, les deux hommes ont remporté ensemble l’Euroligue avec Bologne. Nul doute que l’argentin a joué un rôle énorme dans la venue de Messina, lui qu’il qualifie sans difficulté d’éminence du coaching en Europe. En plus de Ginobili, les Spurs comptent en 2014 dans leur roster un certain Marco Bellinelli : Messina sera son premier coach professionnel, le premier à lui faire confiance alors qu’il n’est qu’un gamin, n’hésitant pas à l’appeler pour les entraînements et les matchs où Ginobili est absent.

Depuis 2014, beaucoup de choses se sont passées pour les Spurs. Une nouvelle apparition en Finales NBA qui amènera un titre, l’éclosion de la pépite Kawhi Leonard, l’apparition d’une concurrence plus forte, la départ à la retraite de l’icône Tim Duncan, … Nul doute que sur la liste des prochains grands événements qui viendront secouer la vie des fans de San Antonio, le départ de Gregg Popovich est en tête de celle-ci. Beaucoup pensaient à un départ commun de Pop et Duncan, mais ce vieux singe de Popovich en décida autrement. Toutefois arrivera bien ce jour où Pop claquera la porte de son bureau. Ce jour, il faudra désigner un successeur au génie qui aura amené les Spurs en haut de l’affiche pendant 20 ans. Messina, dans l’ombre jusqu’à maintenant, aura-t-il cet honneur ? Deviendra-t-il le premier coach européen de l’histoire NBA ? Pourquoi pas.

La culture Spurs, Messina la connaissait de renom, comme tout le monde. Depuis 2014, il la côtoie tous les jours et il en fait partie. Quand il débarque à San Antonio pour son premier jour de travail, nous sommes le 18 août 2014. Un mois avant la pré-saison, dans ce qu’il appelle une sorte de « pré pré-saison ». Qui voit-il au gymnase, en train d’essayer de se mettre en forme et de travailler , alors que les Spurs viennent de rouler sur la NBA deux mois auparavant ? Tim Duncan. Il va alors comprendre que tout ce qu’il a entendu n’est pas une légende. Les Spurs sont une machine, une machine de guerre permanente.

Dès le départ, il va découvrir les méthodes de Popovich, découvrir le coach, le tacticien, l’homme, apprendre de nouvelles choses, lui qui pourtant a de la bouteille dans ce domaine. Il va découvrir que le plus important pour Popovich avec son staff, c’est le dialogue :

« Ce qui est intéressant, c’est qu’il pousse toujours son coaching staff à débattre avec lui. Parfois, il me rappelle ces philosophes grecs, les sophistes, qui essayaient de trouver la vérité à travers la discussion. Il encourage vraiment le dialogue et la variété des opinions car il les conçoit comme des moyens d’améliorer le groupe. »

Il va apprivoiser les méthodes de la tête pensante des Spurs et plus largement la méthode Spurs en général :

« Une des choses les plus importantes aussi dans la philosophie de Popovich c’est le principe du « On ne saute pas d’étape ». Ça veut dire qu’il y a un temps et un endroit pour chaque chose. On commence toujours par les bases, et on va au fur-et-à-mesure vers les choses les plus élaborées. Au début du camp d’entrainement, nous révisions les fondamentaux offensifs et défensifs. Passer, attraper la balle, pivoter, bouger avec la balle : c’était comme si on était une équipe de juniors. C’est un des messages les plus importants que coach Pop envoie à ses joueurs : la technique compte plus que la tactique. Tu dois maîtriser les fondamentaux et après, tu dois avoir envie de gagner chaque jour, ce qui veut dire que chaque jour, tu dois arriver en étant prêt pour jouer ».

Les méthodes de Messina en Europe n’étaient pas très loin de celles que développaient déjà les Spurs. Les spécialistes européens, lors de son engagement auprès des Lakers, avaient décrit son style comme un style assez slow tempo, avec un basket de demi-terrain très perfectionné des deux côtés du terrain. Mais les méthodes Spurs ne s’arrêtent pas au rectangle rouge du terrain de basket : en matière de scouting, l’organisation n’a pas son égal, elle qui parvient à voir en Manu Ginobili, Tony Parker, ou encore Kawhi Leonard ce que les autres ne voient que difficilement. Dans ce domaine-là aussi, Messina sait faire. Lorsqu’il était à la tête du Real, on a d’ailleurs pu lui reprocher ses absences durant lesquelles il partait observer des jeunes joueurs aux quatre coins de l’Europe.

Le maitre Messina est devenu l’élève du maitre Popovich en rejoignant le banc des Spurs, et la relation entre les deux hommes s’est renforcée. Cet été, Pop est venu observer l’Eurobasket en Turquie, où évoluait l’équipe nationale italienne, dirigée par Messina. Difficile aussi de ne pas voir de ressemblances entre les deux tacticiens en dehors du terrain, comme lorsque l’italien peste ouvertement contre le système mis en place par la FIBA en conférence de presse, ou encore lors de sa sortie à l’encontre de son propre joueur Danilo Gallinari l’été dernier.

En l’espace de 3 ans, Messina a pu apprendre les rouages de l’organisation Spurs et a pu se faire à l’univers NBA. Il est considéré comme un futur coach NBA en puissance par beaucoup d’observateurs, même américains, bien que le qualifier « d’étoile montante du coaching » soit assez osé au regard de son âge. Il a été proche de décrocher le gros lot il y a quelques années déjà : avant d’engager Mike Budenholzer, Messina avait été approché par le front-office des Hawks, ayant plusieurs rendez-vous avec le GM Danny Ferry. Budenholzer sera finalement choisi : tiens, un autre membre de la famille Spurs lui aussi.

Messina serait sans doute déjà prêt à s’asseoir sur le siège principal d’un entraineur NBA, voire même à prendre la succession de Popovich quand celui-ci sera décidé à partir. Mais il reste lucide sur son travail, ses envies, et ses projets. A plusieurs reprises, la sagesse a été le maitre mot de Messina quand est évoqué le sujet :

En 2011 : « Je dois d’abord voir si je peux être un bon assistant après des années à ne pas avoir été assistant. Puis je ne suis pas là pour voler le boulot de qui que ce soit.»

En 2015 : « J’y pense sérieusement, mais je demanderais d’abord à Pop et Buford de me conseiller. Puis en même temps, je suis très heureux avec les Spurs. J’ai encore deux ans de contrat. Peut-être que je vais finir mon contrat et retourner à la maison en paix. »

En février dernier, dans le podcast de Adrian Wojnarowski : « Je serais honoré si ça devait arriver, j’en serais honoré en tant qu’européen, en tant que personne qui a coaché pendant des années en Euroligue et qui a travaillé avec beaucoup de coachs européens. (…)  Ça serait un grand honneur, mais en même temps, c’est quelque chose que je ne peux pas contrôler. Parfois, les gens me demandent « Est-ce que tu rêves de… ? », mais le rêve c’est quelque chose d’un peu fou. Je préfère faire avec les choses que je peux contrôler. C’est quelque chose que je ne peux pas contrôler. Je peux faire mon boulot. Je peux m’amuser ici. Je n’oublie pas que je suis dans une position formidable que beaucoup de personnes aimeraient avoir, être avec coach Pop et les Spurs. Donc c’est déjà une grande opportunité. Si quelque chose doit arriver dans le futur, j’en serais honoré. Mais ce n’est pas quelque chose que je contrôle. ».

De l’expérience, de la sagesse, de la connaissance du monde NBA, Messina semble avoir déjà toutes les qualités pour servir une franchise NBA. L’avenir nous dira ce qu’il en est, mais en attendant, les Spurs ont prolongé son contrat de deux années supplémentaire avant l’été. Messina a évidemment accepté, et a également accepté de laisser tomber l’équipe nationale italienne à la demande de la franchise. La raison ? Il va falloir s’occuper de l’équipe un peu plus, car coach Pop est désormais aussi à la tête de Team USA. On dirait que la retraite, c’est pas pour demain.

Articles utilisés, et pour en savoir plus :

 

La FIBA prend-t-elle les joueurs pour des cons ?

Ettore Messina tape sèchement sur Danilo Gallinari

Ettore Messina – Gregg Popovich, une relation platonique

https://www.sports.ru/tribuna/blogs/messina/710302.htmlhttp:/

www.espn.com/nba/story/_/page/presents18986226/five-nba-coaching-prospects-watchhttp:/

www.nba.com/spurs/ettore-messinas-journey-spurs/

http://www.espn.com/blog/los-angeles/lakers/post/_/id/20012/q-a-about-ettore-messina-with-os-davis-ballineurope-com