Tout le monde ou presque regarde les Warriors, Knicks, Cavs et Lakers. Au-delà des favoris et des grands noms, plusieurs équipes délaissées du grand public méritent votre attention. En voici quatre à ne pas perdre de vue d’ici les Playoffs.

Suivre la NBA de près peut être un sacré challenge. Il faut parfois faire des choix difficiles avec 30 équipes et des matchs toutes les nuits ou presque.

Pour beaucoup de fans, l’attention se concentre, à juste titre, sur les meilleures équipes, soit les Warriors, Cavs, Celtics et Rockets. Les superstars et grandes franchises attirent également les yeux : qui n’a pas envie de regarder Giannis Antetokounmpo et Kristaps Porzingis se faire une place parmi les tous meilleurs basketteurs de la planète ? D’être témoin de la transformation des Sixers sous la houlette de Ben Simmons et Joel Embiid ? De se faire un avis sur Lonzo Ball et les Lakers ou sur le Big 3 du Thunder ?

En un seul paragraphe, voilà déjà neuf équipes qui tendent à monopoliser le temps de cerveau disponible des amateurs de NBA. Au risque d’en oublier certaines qui produisent pourtant un basket intéressant. J’ai choisi ici d’en évoquer quatre en particulier qui méritent un peu plus qu’un simple coup d’œil.

New Orleans Pelicans 

Dire qu’une équipe comprenant Anthony Davis et DeMarcus Cousins est négligée est sans doute un peu exagéré. Les Pelicans sont une expérience unique au sein de la NBA. Alors que l’époque privilégie le tir à distance et le jeu extérieur, la franchise de Louisiane se construit sur la base de deux intérieurs et d’une panoplie de role players pas forcément à même d’écarter les défenses.

Bien sûr, il y a un piège. Si AD tend encore à restreindre ses tirs à 3 points (11,6% de ses shoots selon Basketballl-reference.com, record de carrière cela étant), Cousins a pris le parti inverse. Plus d’un tiers de ses tirs se situent à plus de 7m23 (33,1% de réussite), une nécessité pour une équipe en manque de snipers à l’arrière et sur l’aile.

Le jeu de New Orleans ne se résume pas aux tirs à distance de ses All-Stars. Voir Davis et Cousins évoluer ensemble permet de voir des séquences improbables, comme un ailier fort qui pose un écran pour libérer son pivot et lui permettre d’attaquer le cercle. A cet égard, on note que Cousins accumule 9,3 drives par match, ce qui le place dans la même région que Victor Oladipo ou Paul George.

Le coach Alvin Gentry a mis en place des tactiques intéressantes autour du traditionnel Horns (deux intérieurs placés en high post avec le meneur devant eux et les ailiers dans les coins), comme le détaille NBAMath.com (en anglais). Ils affichent également la troisième plus grande efficacité de la ligue sur les cuts vers le panneau d’après NBA.com. Les Pelicans utilisent régulièrement une variété d’écrans et de leurres pour maximiser le talent de ses intérieurs. On est loin de l’ennui qui pouvait poindre à l’époque où l’attaque de New Orleans se résumait trop souvent à donner la balle à AD et s’écarter de son chemin.

Tout n’est pas parfait en Louisiane pour autant. Comme anticipé, Jrue Holiday, le sixième meneur le mieux payé de la ligue selon Spotrac.com, peine à se montrer à la hauteur de son nouveau contrat. Malgré quelques grosses performances offensives, comme lors du dernier match contre les Warriors (34 points à 13/21 au tir) il ne parvient pas à se montrer régulier. Les Pelicans perdent la balle sur 14,7% de leurs possessions d’après Basketball-reference.com, le cinquième pire ratio de la ligue, en grande partie à cause d’Holiday et de Cousins. La défense s’avère moyenne et pourrait devenir un problème si les adversaires continuent à réussir 65,6% de leurs tirs au cercle (selon Cleaningtheglass.com) et qu’ils finissent par convertir plus fréquemment leurs tirs à 3 points : New Orleans se classe 22ème en matière de tirs primés concédés et 11ème en termes de réussite adverse (5ème dans les coins).

Ces bémols n’enlèvent rien à l’intérêt que suscite les Pelicans. L’absence de conformité dans la construction de l’effectif rend l’équipe unique en son genre. Les personnages qui composent l’effectif (Cousins, Rajon Rondo, Tony Allen) ajoutent une forte dose d’imprévisibilité d’un match à l’autre. New Orleans est bien placé pour accrocher une des dernières places de la conférence Ouest pour les Playoffs. Mais son bilan (12 victoires pour autant de défaites) et son différentiel de point négatif (-1,21) confirment qu’ils devront lutter pour se qualifier.

San Antonio Spurs

Si les 44 tirs à 3 points par match des Rockets vous écœurent ou que vous faites une indigestion de Curry, les Spurs sont faits pour vous. Pour la troisième saison consécutive, San Antonio persiste avec une attaque à contre courant de la ligue. Les Spurs continuent de se classer dans le top 5 des équipes qui prennent le plus de tirs à mi-distance sans dépasser le top 20 en matière de tentatives à 3 points selon Cleaningtheglass.com.

Les Spurs s’affirment comme l’antithèse de leurs voisins texans en grande partie grâce, ou à cause, de LaMarcus Aldridge. L’ailier fort prend plus de tirs primés cette saison que durant toute sa carrière mais son gagne pain reste le midrange. En attendant le retour de Kawhi Leonard, l’ancien de Portland s’est réaffirmé comme l’option offensive n°1 de l’équipe, avec 17,3 tirs par matchs (14,6 en 2016-17) et un taux d’usage de 28,6% d’après Basketball-reference.com, dans les eaux de ses dernières années dans l’Oregon. De quoi contenter les nostalgiques des années 1990.

Le style est différent du reste de la NBA mais la substance reste de haute qualité pour l’équipe de Gregg Popovich. Après un début de saison plutôt moyen, la défense a retrouvé son meilleur niveau, se classant juste derrière Boston en termes d’évaluation défensive. De quoi maintenir le rythme derrière les Warriors et Rockets sans leur pièce maîtresse malgré une efficacité offensive plutôt quelconque.

En dehors des stats, San Antonio ne manque pas de belles histoires. Rudy Gay s’affirme comme un candidat au titre de meilleur sixième homme et fait taire les sceptiques qui s’étonnaient de sa signature cet été suite à sa blessure au tendon d’Achille. Pau Gasol continue de distribuer le jeu comme l’un des meilleurs intérieurs passeurs de l’histoire à 37 ans. Kyle Anderson, avec sa lenteur spectaculaire et sa vision du jeu, déstabilise les défenses adverses comme aucun autre. Dejounte Murray se développe comme le potentiel futur meneur de l’équipe quand Tony Parker passera la main. Brandon Paul et Bryn Forbes perpétuent la tradition des trouvailles non sélectionnées à la draft que Popovich et le meilleur environnement de la ligue transforment en joueurs de calibre NBA. La magie de Manu Ginobili est éternelle.

Pour le public français, le retour de Tony Parker après sa rupture du quadriceps lors des derniers Playoffs est immanquable, tant le défi est grand pour revenir à son meilleur niveau après une telle blessure à 35 ans passés. De temps à autre (12 matchs joués sur 24), on peut aussi voir Joffrey Lauvergne sur le parquet et espérer de bonnes performances pour le voir plus régulièrement. Bref, tout le monde a une bonne raison de suivre les Spurs avant le début des Playoffs. Même quand Popovich décide de faire tourner l’effectif.

Indiana Pacers

Les Pacers déjouent les pronostics. Raillés après l’échange de Paul George contre Victor Oladipo et Domantas Sabonis, promis à la loterie de la prochaine draft, les joueurs de Nate McMillan ont montré qu’il faudra compter sur eux pour une place en Playoffs dans la conférence Est. Indiana n’est pas un feu de paille : après 24 matchs, la franchise compte 13 victoires et 11 défaites alors qu’elle a été confrontée au calendrier le plus difficile de la conférence Est après les 76ers.

L’équipe est agréable à voir jouer, notamment grâce au rythme imprimé (99,2 possession par match, 9ème de la NBA). Les Pacers parviennent enfin à accélérer le jeu après des années d’intentions contrariées dans ce registre. L’arrière formé à l’université locale y est pour beaucoup. Oladipo attaque sans attendre dès que l’équipe adverse lui en donne la possibilité : seuls Giannis, Westbrook, Booker, LeBron et KD accumulent davantage d’opportunités en transition selon NBA.com. Son efficacité n’est pas optimale (63ème percentile de la ligue) mais il fait mieux que Westbrook, Booker, Wall ou Curry. Surtout, il est le moteur de l’attaque de l’équipe : les Pacers sont dans le top 5 en termes de fréquence d’attaques en transition et dans le top 10 en matière d’efficacité d’après Cleaningtheglass.com.

En plein contrôle, ses touches et son temps passé balle en main étant en forte hausse, Oladipo réalise la saison de sa vie : 23,1 points, 4 passes décisives, 5 rebonds et 1,8 interceptions par match. Des records de carrières, le tout avec une réussite effective au tir au summum de sa carrière à 55,1%. L’ancien d’Orlando et d’OKC est dans la forme de sa vie. Frustré par un deuxième transfert en l’espace d’un an et les commentaires accompagnants celui-ci, le natif du Maryland a mis un point d’honneur à améliorer sa condition physique pour atteindre son meilleur niveau. Le résultat est là, au grand dam des fans du Magic et du Thunder qui doivent se demander pourquoi ils n’ont pas eu droit à cette version d’Oladipo.

Outre l’arrière formé à l’université d’Indiana, les Pacers peuvent compter sur de nombreux contributeurs solides. Darren Collison, Thaddeus Young, Cory Joseph ne sont pas des noms ronflants mais jouent comme des « pros », des vétérans capables de compléter leur star. Bojan Bogdanovic se distingue comme un tireur d’élite à 3 points (44,5% de réussite), parfait pour saisir les nombreuses opportunités créées par Oladipo, notamment en sortie de pick&roll. Sabonis a ralenti après un début de saison furieux et le retour de Myles Turner dans le 5 de départ mais les deux jeunes intérieurs ne manquent pas de potentiel et de talent. L’Américain reste une jeune pousse à observer en attendant son éventuelle éclosion, bien qu’il alterne le chaud et le froid pour débuter sa troisième année dans la ligue. On pourrait avoir droit à davantage de spectacle s’il parvient à trouver son rythme après un début de saison perturbé par une commotion cérébrale et des petits pépins de santé.

Et bien sûr, il y a Lance Stephenson. Point Lance. Et ses performances détonantes, notamment lorsqu’Oladipo était sur la touche. Plus encore que pour ses stats, Stephenson est immanquable pour son style et la dose de folie qu’il apporte pour faire lever la foule du Bankers Life Fieldhouse (sorry Frankie…).

Indiana doit désormais tenir la cadence pour s’imposer dans le top 8 de la conférence Est. A priori, il y aura une place à prendre après les Celtics, Cavs, Raptors, Pistons, Sixers, Bucks et Wizards. Les Pacers ne devront pas faiblir pour damer le pion au Heat et aux Hornets, sans oublier les Knicks et le Magic.

Detroit Pistons

J’ai longuement abordé la situation des Pistons sur mon blog avant le début d’une difficile série de douze matchs contre des équipes du haut du panier de la NBA. Après huit rencontres, ils ont enregistré quatre victoires contre les Wolves, OKC, les Celtics et les Suns, contre quatre défaites concédées aux Cavs, Wizards, Sixers et Spurs. Ils tiennent pour le moment la quatrième place à l’Est et vont devoir lutter pour avoir l’avantage du terrain au premier tour des Playoffs.

Au-delà des résultats, le jeu de Detroit est une révélation après un gros quart de la saison. Les post ups d’Andre Drummond appartiennent au passé, Reggie Jackson est sous contrôle, Tobias Harris et Avery Bradley allument la mèche à 3 points, Stanley Johnson s’illustre en défense et le banc domine l’opposition comme rarement. Les Pistons sont funs à voir jouer, à des années lumières du basket ennuyeux de la saison dernière.

La clé de ce renouveau tient avant tout à Drummond. Revigoré par une nouvelle confiance dans ses lancers francs (64% de réussite, 71 sur 111 sur 23 matchs), le pivot se montre agressif offensivement, ne craignant plus le contact des défenseurs. Il a échangé ses touches au poste pour plus de pick&roll et de dribble handoffs, donnant plus de rythme et de liant à l’attaque de Detroit.

Surtout, il a développé un sens de la passe qui n’avait jamais été observé sur ses cinq premières saisons. Il enregistre 3,9 passes décisives par match et a pratiquement triplé son taux d’assists, à 17,9% selon Basketball-reference.com. Il prend régulièrement le jeu en main au poste haut, face au panier, et trouve fréquemment les cuts de ses coéquipiers ou des shooteurs à distance avec l’espace pour punir la défense.

Le jeu de Jackson est également plus agréable à voir. Loin d’être un des meneurs les plus télégéniques, l’ancien d’OKC limite ses tirs à 2 points longue distance pour privilégier davantage de 3 points et de tirs à moins de 3 mètres.

Avec ce duo bien entouré, les Pistons s’affirment comme une des meilleures attaques de la ligue sans faire de bruit. Pour la première fois de l’ère Stan Van Gundy (et des dix dernières années), elle se situe dans le top 10 en termes de points par possession d’après Cleaningtheglass.com. Si la défense peut se maintenir, voire dépasser le dixième rang en matière d’évaluation défensive, Detroit continuera sur sa lancée. Et pourrait créer la surprise durant les Playoffs, selon l’adversaire.

Je ne parierais pas sur une victoire face aux Sixers mais un tel affrontement serait certainement fun à voir, compte tenu de l’histoire naissante entre Drummond et Embiid. En attendant, on espère que le public de la Little Caesars Arena répondra enfin présent : selon ESPN.com, Detroit est l’équipe qui remplit le moins sa salle (80,4%) derrière Atlanta (75,5%).