OKC peut sans difficulté prétendre au titre de plus grande déception de ce début de saison. On se doutait que l’adaptation ne se ferait peut-être pas en quelques matchs, mais de là à penser que cette réunification de talents ne serait pas dans le top 8 après plus de 25 rencontres… Jamais. Le constat est d’autant plus dur que plusieurs concurrents sont sous le joug, eux, de blessures. On pense aux Spurs privés de Kawhi Leonard et Tony Parker, aux Clippers dont seul Deandre Jordan a résisté aux sirènes de l’infirmerie, du Jazz jamais épargné ou aux Nuggets amputés de leur raquette titulaire. Dans ces conditions, quand la crise tend à frapper, il est souvent de coutume de désigner un bouc émissaire. En trouver un ne permet que rarement de solutionner un problème, en revanche, cela a l’avantage de limiter les conflits. Voyons ici les différents fautifs potentiels, et ce que l’on peut dire sur ces derniers.

Carmelo Anthony

L’ex-star des Nuggets et des Knicks sort de plusieurs saisons insipides du côté de la Grosse Pomme. Pour cela, il a écopé des critiques tout au long de son passage, mais on espérait le voir libérer de cette pression au côté de 2 stars dans leur prime à OKC. Débarrassé des attentes, le joueur de 33 ans passés pourrait même, selon certains, devenir le « Melo de Team USA ». Un titre honorifique qui signifie un jeu diablement efficace basé sur le catch and shoot. Au milieu d’athlètes du niveau de George, Westbrook, Adams et Roberson, il pourrait se cacher en défense, voire, comme certains supporters de ses premières heures l’espéraient, montrer que quand il veut il peut être plus que décent dans l’exercice.

Sur le plan défensif, Melo a montré qu’il était en effet concentré, solide sans être transcendant, mais à en tout cas rassuré. Offensivement, si la saison était bien partie, il entre dans le dur depuis quelques matchs. Tantôt trop discret, tantôt incapable de mettre dedans, il enchaîne depuis quelques matchs la pire période de sa carrière. Attaquant très complet, Melo n’a pour autant jamais eu des pourcentages très élevés. Un constat  fait toutefois grincer les dents : ils ne sont pas meilleurs avec 2 joueurs d’élite à ses côtés pour cristalliser l’attention des défenses.

Il n’en fallait pas moins pour qu’un grand nombre appelle Melo sur le banc, dans un rôle à la Wade. Cela permettrait de fait de concentrer les responsabilités autour de ses 2 coéquipiers, pendant qu’affrontant des joueurs moins fort, Melo pourrait plus facilement jouer son jeu. L’idée à du sens, et le débat fait rage, notamment chez Qi Basket, ou 2 visions s’affrontent. Est-ce que sortir Carmelo du 5 est la solution, certains diront oui, après tout cela fait un moment qu’il ne fait pas gagner ses équipes.

A titre personnel, je trouve extrêmement compliqué de désigner la 3eme option offensive de l’équipe comme source du problème. Tout d’abord car l’équipe ne tourne pas mieux quand il se met en retrait, et que son scoring est aujourd’hui censé être une menace secondaire, permettant aux autres de profiter d’espace dans la raquette. Bien sûr, on peut arguer que son jeu en isolation ne facilite pas la circulation de la balle, mais tout porte à croire qu’il a pour consigne d’aller chercher ses points. En outre, le mettre sur le banc ne serait que contourner un problème et amoindrir le potentiel de cet effectif. Se priver d’une telle menace offensive dans une équipe qui a des ambitions, pour se lancer à la recherche de solutions-sans-Melo serait, en mon sens tirer, une balle dans le pied des ambitions du Thunder.

Dernière preuve de l’absence, selon moi, de nécessité de pointer du doigt Carmelo, c’est que d’une part, il sait se mettre en retrait et a, il me semble, accepté ce statut du numéro 3. Mais surtout, c’est le fait que ses statistiques sont relativement semblables dans les défaites/victoires de son équipe. Il n’apparaît pas comme un facteur de premier ordre, selon moi. Tout du moins dans l’impact visible (son impact dans les vestiaires restent source d’inquiétudes).

 

Bouc émissaire : 2/5

 

Paul George

Arrivé par surprise à OKC, il va sans dire que les attentes sur son duo, puis son trio étaient grandes. On imaginait un Paul George qui devienne le leader d’une grosse défense extérieure, tout en ayant un impact énorme grâce à la faculté de son meneur à attirer les défenseurs. Malheureusement, à l’image de l’équipe dans sa globalité, il n’est pas dans ses standards en carrière sur le plan offensif. Toute l’équipe tousse, mais Paul George est clairement une déception.

Alors oui, il participe à faire des siens une des meilleures défense de la NBA, mais toujours est-il que sa cohabitation au sein de l’équipe n’accouche aujourd’hui que de la 24eme attaque de la ligue. A l’image de RW et Melo, il affiche des statistiques au tir ridicules. Sauf que le problème semble ailleurs. Du trio, il semble être celui qui joue le plus juste. Paul sait s’effacer et tente d’exécuter au mieux. Il affiche une réelle sérénité dans la défaite, et a lui aussi, visiblement accepté l’idée de ne pas être le numéro 1. Mais bien qu’il laisse le jeu venir à lui, il est à l’image du reste de l’équipe victime du manque de circulation et ne profite pas vraiment de la présence de ses coéquipiers.

Là encore, je ne pense pas qu’il faille tirer sur le joueur. Il apporte visiblement ce qu’il doit apporter, même si le ballon ne rentre pas toujours. On peut lui reprocher qu’il ne prenne pas les choses suffisamment en main, mais à l’instar de RW et Carmelo, le jeu en isolation ne porte pas ses fruits. Oui, il doit participer à ce que la balle circule mieux, mais ce n’est pas lui le principal créateur de l’équipe.

Un point est toutefois marquant, puisque du trio, il est celui dont, les écarts au scoring (+4,7pts) et dont les pourcentages au tir (+4,5%) sont les plus marqués en fonction de victoire et défaite. Néanmoins, s’il doit s’imposer, il doit aussi être mis dans les conditions pour.

 

Bouc émissaire : 1/5

 

Russell Westbrook

Westbrook sort d’une saison 2016/2017 stratosphérique. Balancé seul leader de l’équipe suite au départ de Kevin Durant, il n’avait qu’Oladipo comme second créateur. Individuellement, il a porté l’équipe de manière spectaculaire concluant un exercice par des statistiques historiques, et un billet validé pour la post-saison. Un exploit qu’on trouvait d’autant plus retentissant que Victor Oladipo ne répondait pas aux attentes, et que Steven Adams apportait moins offensivement qu’en la présence de Durant et d’Ibaka. L’effectif pas préparé au départ de l’ex-MVP sur les ailes possédait des trous certains, bref, ça n’allait pas.

Malgré tout, Westbrook a enfilé la cape de superhéros soir après soir, et on était forcément rêveurs de le voir aux côtés de ses 2 nouveaux acolytes. Auréolé du titre de MVP, on a potentiellement oublié un détail : il ne fait pas briller ses partenaires. Pourtant, en début de saison, nous avons vu un Russell conscient de cette nécessité. On l’a vu souvent lâcher la balle à ses coéquipiers pour les laisser créer. Voire même refuser des drive ou des tirs qu’il aurait pris en temps normal. A tel point qu’on se demandait s’il ne jouait pas à contre-emploi, bridant ses coéquipiers en même temps que lui-même.

Puis, exhorté à prendre les choses plus à son compte, il s’y est attelé également. Pourtant son équipe continue à ramer. Et les vieilles critiques qui tardent encore à rejaillir, doivent tout de même être à nouveau évoquées : est-il capable de tirer un effectif vers le haut ?

Placé sur un piédestal encore présent dans les esprits, on oublie de se rendre compte qu’il est le Franchise Player, et que si les choses ne tournent pas, il a une responsabilité. Si la balle ne circule pas, n’est-ce pas également de son ressort ? La pauvreté du jeu de son équipe depuis des années, n’est-il pas imputable à ce dernier ?

Alors qu’on voit Oladipo exploser en Indiana, que Durant à su se fondre chez les Warriors sans les perturber le moins du monde, on voit d’autres joueurs dont Paul George souffrir au contact du MVP en titre. A tel point que je me demande, si son duo avec KD ne fonctionnait pas que pour la simple raison que l’ex-Thunder n’avait pas besoin que l’on créé pour lui pour être immense. Mais on parle d’un attaquant historiquement fort. Qu’en est-il pour les autres joueurs ? L’histoire semble se répéter, et la question se pose pour moi.

Aujourd’hui, alors qu’il est censé porter un groupe de premier ordre, l’attaque de son équipe ne décolle pas, lui-même n’atteint pas les 40% au tir. On remarque par ailleurs qu’il distribue 11,3 passes de moyenne dans les victoires, et, chute de 3 passes dans les défaites. En somme, non seulement il ne participe pas à l’initiation d’une circulation, mais il ne profite pas du danger que représentent ses nouveaux coéquipiers. A ce titre, je pense qu’il porte une responsabilité plus importante que les joueurs susmentionnés, et qu’il est temps que cela reçoive une forme d’attention.

Bouc émissaire : 4/5

 

Billy Donovan

A l’instar de son prédécesseur, le coach du Thunder n’a pas mené son équipe vers du grand basketball. Alors oui, les Playoffs 2016 étaient absolument fabuleuses, mais cette équipe talentueuse et outrageusement athlétique est tombée. Après le départ de KD, on a excusé le jeu de l’équipe, en raison de la trop forte dépendance à sa tête d’affiche, mais cette saison, le jeu du Thunder paraît toujours aussi pauvre et statique. Alors oui, la défense impose le respect, mais lorsqu’on aligne tant de talents, plafonner si bas offensivement est difficile à digérer.

L’ex-coach Universitaire est à la peine pour imposer une philosophie de jeu, une marque dans son équipe NBA. Et alors qu’on s’approche dangereusement du tiers de saison, on ne peut pas s’empêcher de penser que quelque chose cloche dans la manière de diriger cette équipe. Le mouvement de balle est inexistant, les systèmes sont peu nombreux, et il n’arrive pas dans sa gestion humaine à créer un collectif reposant sur ses stars, qui en restent au stade de la cohabitation, la coexistence.

Alors que la franchise joue gros avec un Paul George a séduire, et un Melo maître de son destin, il n’arrive pas à tirer le potentiel de son équipe, et n’apparaît pas comme celui qui va faire changer son meneur, va sublimer son impact sur un collectif. Problème de méthode, problème de crédibilité, ou tout simplement face à un joueur trop dur à coacher ? Toujours est-il que son équipe n’est pas où elle devrait être, dans les sommets de la conférence.

Au fond, peut-être n’est-il pas la cause de cette gabegie offensive, de l’incapacité de ses joueurs à tenir des matchs, ni à l’absence d’alchimie notable entre ces derniers. Mais il est quand même très suspect, n’est pas en position de force, et n’a pas un CV très rassurant dans la grande ligue. En somme, peut-être pas le véritable fautif, mais bel et bien un superbe bouc émissaire.

 

Bouc émissaire : 5/5