Ah, les Bad Boys. Si ce nom ne vous évoque qu’un film avec Will Smith, allez gentiment crever. On parle ici de l’une des équipes les plus mythiques de la NBA, par leur palmarès mais aussi parce qu’ils étaient détestés par, globalement, tout le reste de la ligue. Agressivité sans limite, trashtalking, vice, talent et grosse défense : autant d’ingrédients qui ont permis aux Detroit Pistons d’empocher deux titres en 1989 et 1990, au milieu d’équipes pas trop connues comme les Celtics de Bird, les Lakers de Magic et les Bulls de Jordan.

Isiah Thomas, c’était l’âme de ces Pistons. Le meneur, le capitaine, le meilleur joueur, le meilleur pour foutre la merde aussi peut-être. Le genre de mec qui laisse ses tripes et celles de sa voisine sur un parquet, qui te sort des dribbles venus d’ailleurs et qui marque 25 points dans un quart-temps de finale avec une entorse de la cheville. L’un des 5 meilleurs meneurs de l’histoire, sans débat possible. Il n’y a pas de débat non plus concernant la place de l’action du jour dans le prestigieux Hall of Shame.

26 mai 1987, le jour du drame

Lors des finales de conférence Est 1987, les Pistons ont l’occasion de faire enfin tomber les Celtics de leur piédestal, eux qui règnent sur la conférence depuis 3 saisons. Inutile de dire que les joueurs du Michigan sont déterminés, et comme les gugusses d’en face sont loin d’être des vierges effarouchées, la série atteint des sommets de tension et d’agressivité. On est loin, très loin de l’esprit Coubertin. Chaque équipe gagne ses deux premiers matchs à domicile et le match 5 au Boston Garden s’annonce comme le tournant de la série.

La rencontre est âprement disputée, évidemment. Boston prend une rapide avance dans le premier quart mais les Pistons s’accrochent. Le quota “baston” est parfaitement rempli avec une belle série de mandales de Robert Parish sur la tronche de Bill Laimbeer (les mauvaises langues diront qu’il l’avait bien cherché, les bonnes langues aussi probablement). Isiah Thomas et Adrian Dantley répondent aux 36 points de Larry Bird, si bien que les Pistons ne sont menés que d’un point à l’approche des 30 dernières secondes. Le meneur de Detroit récupère la balle en sortie de temps-mort, fait danser Jerry Sichting en tête de raquette et inscrit un tir monstrueux depuis la ligne des lancers pour faire passer son équipe devant. Il ne reste que 17 secondes et les Celtics sont menés 107-106. Temps-mort Boston.

Bien sûr, c’est à Larry Bird que revient la tâche de sauver la patrie. Le n°33 pénètre pour tenter un lay-up mais se heurte à une forêt de maillots bleus et se fait contrer par Dennis Rodman. Un cafouillage s’ensuit pour récupérer le ballon, qui ricoche sur Sichting et sort des limites du terrain. Il reste 5 secondes à jouer, Detroit n’a plus qu’à assurer la remise en jeu et le match sera gagné. Le banc exulte, même les joueurs présents sur le terrain sont persuadés d’avoir fait le plus dur. Comme c’est mignon.

Thomas se présente au bord du terrain, avec pour unique responsabilité de faire parvenir le ballon à un de ses coéquipiers. Il peut viser Dumars, Laimbeer, Rodman… non, NON, NON ISIAH, PAS BIRD, FAIS PAS LE C- ET MEEEEEEEERDE !

Larry Legend intercepte la passe, transmet à Dennis Johnson qui passait par là, lay-up, +1 Boston, et encore raté pour les Pistons. Même s’ils parviendront à relever la tête au match 6 pour provoquer un game 7 décisif, ce sont bien les Celtics qui iront défier les Lakers en finale.

La querelle ne se limitera malheureusement pas au terrain puisqu’une polémique éclatera suite aux propos de Thomas après le match 7, celui-ci déclarant que Bird “ne serait qu’un bon joueur comme les autres” s’il était noir. C’est certainement la frustration qui a parlé, mais cela vous donne une idée de l’ambiance délétère qui régnait entre les deux équipes.

Isiah devra attendre une saison de plus pour terrasser les celtes et goûter au plaisir d’une finale, puis une saison supplémentaire pour savourer le trophée. L’attente aurait-elle été écourtée sans cette erreur monumentale ? Impossible à dire, toujours est-il que celle-ci contribue un peu plus à la légende d’un joueur et d’une équipe vraiment à part dans l’histoire NBA.