On se plaint souvent du traitement médiatique du basket en France, et notamment de la NBA. Loin de nous l’idée d’ouvrir un débat là dessus (Nelson Monfort, on t’aime), surtout que ce soir du 20 Novembre 2004, Henri Sannier a brillamment terminé sa présentation de Tout le sport sur France 3 en nous montrant les images ahurissantes des événements survenus à Detroit la veille. C’est vous dire la portée de la chose. Retour sur le soir où NBA et MMA n’ont fait qu’un.

Le contexte : un match de bonhommes t’as vu

Lors de la saison 2003-2004, les Detroit Pistons et les Indiana Pacers affichent les deux meilleurs bilans de la conférence Est (on vous rassure tout de suite, ce n’était pas beaucoup plus glorieux qu’aujourd’hui, le 4e bilan étant tenu par le terrifiant Heat de Miami et ses 42 victoires), et se retrouvent logiquement en finale de conférence. Niveau ambiance, on est sur de la défense étouffante, du jeu lent, et une volonté quasi obsessionnelle d’encaisser moins de 80 points. Vous imaginez donc l’intensité exceptionnelle de leur affrontement, duquel les Pistons sortiront vainqueurs en 6 matchs, avant d’aller donner une leçon de basket aux Lakers et de remporter le titre.

C’est donc assez « déters » que les Pacers viennent au Palace d’Auburn Hills, l’antre des champions en titre. Y’a du message à faire passer.

Le match : une branlée, rien de spécial, puis le festival

On va la faire courte : les Pacers vont démonter les Pistons. La rencontre est bien évidemment défensive, les Pistons se retrouvent largués de 20 points d’entrée et vont passer le reste du match à essayer de remonter l’écart mais votre esprit aiguisé a déjà déduit qu’ils n’y arriveront pas. On se dirige donc tranquillement vers la fin du match sans signes annonciateurs de l’ouragan qui va suivre.

Alors qu’il reste 45 secondes à jouer, Ben Wallace démarre au poste et tente d’aller inscrire un double pas, mais il est stoppé par une faute de Metta World Peace (qui s’appelait Ron Artest à l’époque). La faute est réelle mais ce n’est pas non plus une « sale » faute. Elle est cependant suffisante pour faire dégoupiller le pivot de Detroit qui repousse avec poésie son agresseur. Une échauffourée éclate mais rien qui sorte de l’ordinaire, les joueurs s’attroupent, on sent que ce n’est pas la fête chez mamie mais ça ne semble pas aller plus loin.

À des centaines de kilomètres de là, Larry Bird, general manager des Pacers, regarde la scène avec son fils sur le canapé familial. Un détail l’irrite : que fout Ron Artest allongé sur la table de marque ? Les joueurs se dispersent, tout semble revenir dans l’ordre, mais ce brave Ron Ron reste allongé là, à la vue de tout le monde. Bref, de la provoc en bonne et due forme. La légende des Celtics le sent, ça va partir en cacahuète. C’est un euphémisme.

Un fan en lice pour le prix Nobel de l’intelligence balance son soda sur Artest. Il est donc normal que ce dernier monte dans les gradins pour aller coller des pins au fan en question. WHAAAT ? Oui oui, le mec est monté directement dans les gradins pour aller expliquer sa façon de penser. Son coéquipier Stephen Jackson l’accompagne, certainement pas pour séparer les combattants mais plutôt pour soutenir notre bon Ron dans sa croisade. Les joueurs des Pistons essaient d’aller calmer tout ça mais rien n’y fait. Il y a de la bouffe et de la boisson qui volent de partout, des patates de forains partent, certains fans se discernent par des actes d’une bravoure héroïque en collant des prunes par derrière, on est au fond du caniveau. Larry Brown, le pourtant très respecté coach de Detroit, prend la parole au micro de la salle et tente de ramener ses supporters à la raison, mais tout le monde s’en fout. Dépité, il jette le micro et s’en va.

Dans ce bazar absolu, Ron Artest finit par descendre des gradins, mais une nouvelle épreuve l’attend : il faut rentrer aux vestiaires. C’est sous un feu nourri de projectiles de toutes sortes que les joueurs d’Indiana empruntent le couloir, par petits groupes, bénéficiant de la protection d’un service de sécurité totalement dépassé par les événements. Cela donne lieu à des scènes surréalistes, comme Rick Carlisle se protégeant la tête avec son playbook (on peut se demander comment Tyronn Lue s’en serait sorti, ne disposant pas d’un objet de ce type). Une fois tout ce petit monde à l’abri, la salle se vide progressivement et les fans, fiers de leur attitude respectable, rentrent chez eux. Quant aux 45 secondes restantes, elle ne seront bien sûr pas jouées, le score étant acquis.

Vous l’attendiez tous, voici la vidéo de la baston sus-nommée, avec une qualité d’image à faire pâlir vos films de vacances et votre caméscope Fujifilm.

Les conséquences : Pascal le grand frère n’a qu’à bien se tenir

Bon, c’est bien mignon de se couvrir de ridicule et de ruiner l’image de son sport en une soirée, mais à un moment donné il faut passer à la caisse. David Stern, le commissaire de la NBA, veut frapper fort. Voici la liste des suspensions décidées à l’issue de ce joyeux apéritif entre amis :

Ron Artest (Pacers) ⇒ suspension pour tout le reste de la saison, playoffs compris

Stephen Jackson (Pacers) ⇒ 30 matchs de suspension

Jermaine O’Neal (Pacers) ⇒ 25 matchs de suspension (réduit à 15 en appel)

Ben Wallace (Pistons) ⇒ 6 matchs de suspension

Anthony Johnson (Pacers) ⇒ 5 matchs de suspension

Chauncey Billups (Pistons), Reggie Miller (Pacers), Derrick Coleman (Pistons), Elden Campbell (Pistons), David Harrisson (Pacers) ⇒ 1 match de suspension

Cette soirée marquera un tournant dans l’histoire de la NBA et ses relations avec le public. L’image rugueuse et parfois violente renvoyée par certains joueurs sera bannie à tout jamais : place à la communication policée, au dress-code obligatoire, aux amendes et aux suspensions au moindre petit écart avec la ligne de conduite dictée par la ligue. Les joueurs devront être des modèles pour la jeunesse et des ambassadeurs dans le monde. Merci Ron, c’est en partie grâce à toi qu’on est obligé d’assister à des matchs en régional pour voir des mecs qui se fritent un peu. On t’embrasse.