Tout bon fan européen de la NBA a surligné au stabilo fluo la date du 11 janvier prochain où se déroulera à l’O2 Arena de Londres le NBA global game entre les Celtics et les Sixers. Une affiche qui fait saliver tous les observateurs avertis étant donné le nombre de talents importants dont regorgent les deux équipes. Deux franchises promises à dominer la conférence Est dans un futur proche lorsque Lebron James (33 ans) commencera tout doucement à décliner en laissant son « prime » derrière lui.

Au vu des différents éléments qui nous apparaissent aujourd’hui et du mode de construction des deux équipes il me semble que l’on va inévitablement vers une nouvelle rivalité entre ces deux franchises historiques de la NBA. Voici les raisons qui me poussent à le penser.

Une rivalité historique de la conférence Est.

 Si tout le monde connaît la grosse rivalité entre Celtics et Lakers celle entre Celtics-Sixers fleure également bon les années 80 avec les duels entre Larry Bird et Doctor J. Pour les plus jeunes qui n’auraient pas connu cette période un bref récapitulatif s’impose pour saisir l’importance de ce choc des 80’s.

Boston-Philly c’est trois finales de conférences Est consécutives entre 1980 (la saison rookie de Larry Bird) et 1982. Chacune de ces séries seront férocement disputées. En 1980, portés par un super Julius Erving ce sont les Sixers qui iront en finale NBA face aux Lakers de Magic (obligé de jouer pivot au game 6) et Kareem. En 1981, les Sixers après avoir mené 3-1 dans la série se font reprendre in extremis par les Celtics et finissent par subir la loi de Bird et de ses coéquipiers. C’est encore à ce jour un traumatisme pour les plus anciens fans des Sixers. En 1982, c’est Andrew Toney « le Celtics Killer » qui enterre les espoirs des Celtics au Boston Garden dans un game 7 mémorable avec les fans de la franchise au trèfle qui scandent le désormais célèbre « Beat LA ».

Il y a bien eu par la suite cet affrontement au premier tour des Playoffs en 5 matchs lors de la saison 2001-2002 et le match à 46 points de Paul Pierce dans le game 5 mais cela n’a pas eu pour effet de renouer le fil d’une rivalité quelque peu oubliée depuis.

La dernière rencontre en Playoffs entre les deux clubs remonte à l’année 2012, les deux équipes s’étaient croisées en demi-finale de conférence. Les Sixers classés alors 8ème avaient poussé les Celtics 4ème dans une série disputés en 7 matchs, Philadelphie bénéficiant au passage de la gave blessure de Derrick Rose pour se frayer un chemin jusque-là. Pourtant, peu de supporters des deux clubs mentionnent cette série quand on parle de la rivalité historique des deux équipes.

Pour information, les deux franchises se sont rencontrées 19 fois dans l’histoire des playoffs (record nba) pour un bilan de 12-7 en faveur des Celtics.

Les Celtics en avance sur leur « process » par rapport aux Sixers.

Depuis 2013,  les deux franchises sont rentrées dans un processus de reconstruction. D’un côté chez les Celtics le président des opérations basket se nomme Danny Ainge ancien joueur de la franchise dans les 80’s. De l’autre chez les Sixers vous avez Sam Hinkie, chantre de la statistique analytique débauché chez les Rockets? de son gourou Daryl Morey. Avouez que l’on trouve difficilement personnalités plus opposées et pourtant les deux vont adopter la même stratégie : être mauvais dans un premier temps pour devenir excellents dans un second.

Ainge en réaction à une élimination au 1er tour face aux Knicks décide de se séparer de deux des légendes du club que sont Paul Pierce et Kevin Garnett en échange d’un paquet de 1st picks de la part des Nets (coucou Billy King). Dans le même temps il engage le coach universitaire double finaliste NCAA Brad Stevens de l’université de Butler. Chez les Sixers, Hinkie hérite d’une équipe à 34 victoires qu’il va profondément modifier dans le but de  la faire perdre avec le trade de Jrue Holiday? par exemple? et d’autres vétérans importants de l’équipe. Aux commandes de son tank, il installe le coach Australien Brett Brown (issu de l’école Spurs) avec pour mission de faire progresser les jeunes talents issus de la draft. Les premiers résultats sont pour le moins grotesques, Boston et Philly combinant juste 44 victoires en 2013/2014. Les deux équipes choisissent assez logiquement dans le top 6 de la draft 2014. Ça sera Joel Embiid pour les Sixers et Marcus Smart pour les Celtics. Même si les critiques se font de plus en plus fortes, les deux exécutifs ont aussi leurs partisans qui perçoivent en eux leur audace et leur vision à long terme.

C’est alors que le chemin des deux franchises diverge. Les Celtics retrouvent rapidement les Playoffs alors que les Sixers continuent de végéter dans les bas-fonds de la pourtant faible conférence Est. La faute aux blessures, on peut penser à Embiid? mais aussi à un mode de management ou le moindre bon joueur vétéran qui montre le bout de son nez est prié d’aller voir ailleurs. Le regain de forme des Celtics est dû en grande parti au pari gagnant d’Isaiah Thomas (arrivé dans un trade avec les Suns) qui finit par se révéler sous la tunique verte. En contraste, les Sixers touchent le fond lors de l’exercice 2015/2016 avec seulement 10 petites victoires qui finiront par coûter son job à Sam Hinkie. Les Sixers sont alors en position de sélectionner avec le 1er choix et leur dévolu se portera sur Ben Simmons, all around player par excellence rappelant par certains de ses attributs un certain LeBron James notamment pour ses qualités de playmaking.

L’ascension régulière de Boston est aussi due à la signature de free agents tel qu’Al Horford et la capacité de coach Stevens à maximiser les talents mis à sa disposition. Cet été Ainge a rajouté les services de Gordon Hayward avant que celui-ci ne se blesse gravement et tire un trait quasi-définitif sur sa saison. C’était sans parler du fait d’avoir pu mettre la main sur ce formidable talent offensif qu’est Kyrie Irving avec l’expérience d’avoir déjà été champion en échange de Thomas (le chouchou du TD Garden) et Jae Crowder notamment (non je n’oublie pas le pick des Nets). En seulement quatre ans, Ainge a assemblé une équipe autour d’un franchise player, de vétérans confirmés mais surtout de jeunes talents très prometteurs tels que Jaylen Brown, Terry Rozier et Jayson Tatum (on en reparlera plus tard). Même sans Hayward les Celtics ont maintenu un degré d’excellence dans leur jeu en alignant par exemple 16 victoires de rang avant Thanksgiving.

Si l’effectif des Sixers n’apparait pas aussi équilibré, profond et expérimenté que celui des Celtics, il compense en terme de talent pur. Embiid et Simmons blessés la saison passée se révèlent aujourd’hui comme un potentiel duo assez dévastateur à la manière de ce que pouvaient être Penny et Shaq à l’époque du Magic au milieu des 90’s. Parlons d’Embiid tout d’abord. Si le Camerounais est capable d’imposer une présence défensive avec ses contres (2 par match cette saison), c’est surtout de l’autre côté du terrain qu’il impressionne le plus avec des mouvements au poste dignes du grand Hakeem Olajuwon sans parler de sa capacité à tirer à l’extérieur de la raquette. Quant à Simmons sa grande taille est un vrai cauchemar à défendre. Ce playmaker à la vision d’un meneur (7.5 passes par match) dans le corps d’un ailier fort. Ces deux-là entourés des shooteurs que sont Robert Covington (dernier vestige de l’ère Hinkie) et J.J Redick (à voir si il sera conservé à la fin de l’exercice) font déjà des ravages dans les défenses adverses. Le problème de ce groupe se trouve encore et toujours dans les blessures, Embiid est ménagé et ne joue pas les back to back cette saison (ce qui pénalise la régularité des résultats de l’équipe) et que dire du 1st pick de 2017, Markell Fultz…

Une possible rencontre en Playoffs dès cette saison et pour les prochaines ?

Le rookie n’a joué que quatre petits matchs cette saison et a contracté une blessure à l’épaule le tenant éloigné jusque-là. Son retour annoncé prochainement ferait du bien à une équipe qui, si elle possède des joueurs pour briller reste pour le moment assez décevante avec un bilan juste équilibré de 19-19. Tout autre résultat qu’une qualification en Playoffs pour ce groupe serait vu comme une contre-performance. Ils ne sont pour le moment que 9ème à une petite victoire des Pacers.

Les Celtics quant à eux affichent un glorieux bilan de 33-10 et sont pour le moment au firmament de la conférence Est (1er). Ils restent sur une série de 6 victoires avant le « London game» qui sera la 3ème rencontre entre les deux franchises. La différence entre les deux équipes se situe surtout au niveau défensif.  Boston caracolant en tête des défenses de la ligue avec le meilleur defensive rating. Outre la défense, c’est la qualité du banc qui fait aussi pencher la balance. Celui des Celtics affiche un net rating de 2.2 (8ème de la ligue) celui des Sixers a un net rating de -3.9 (22ème de la ligue). Cela peut s’expliquer car Boston dispose d’un Terry Rozier pour mener la second unit pendant que les Sixers sont orphelins de Markell Fultz.

En ce qui concerne les confrontations directes, les deux équipes se sont déjà rencontrées deux fois cette saison avec à la clé deux victoires pour les Celtics. La première en tout début d’exercice le 20 Octobre 102-92 (1ère victoire des Celtics) sur le parquet du Wells Fargo Center. La différence s’est faite dans le dernier QT avec un 33-20 pour les hommes de Stevens. C’est peut être l’un des plus mauvais matchs d’Embiid cette saison bien gêné par Al Horford. (4/16 aux tirs pour 11 petits points).  Le seconde rencontre a eu lieu au TD Garden le 30 Novembre dernier, victoire à nouveau des Celtics. 108-97 avec un Kyrie Irving de gala à 36pts. A noter que lors de ce match Embiid ne jouait pas pour cause de back to back des Sixers…

Résumé du match du 20/10

Résumé du match du 30/11

Si l’on met de côté les considérations statistiques et les rencontres de saison régulière, il est probable (simple intuition de ma part) que ces deux équipes se retrouvent au 1er tour des playoffs en Avril prochain. La grosse « hype » qui entourerait cette série serait une première pierre à la rivalité naissante des deux groupes. Joël Embiid en grande gueule invétérée qu’il est allumera peut être la première mèche. Le pivot a en effet quelques faits d’armes à son actif cette saison notamment avec Andre Drummond son chouchou ou bien Hassan Whiteside sans oublier ses déclarations tapageuses avec Lavar Ball. Embiid c’est le genre de joueur capable de rentrer « dans la tête » de son adversaire à coup de trash talk comme le faisait Kevin Garnett, sauf que lui y rajoute en plus la dimension des réseaux sociaux : Instagram, Twitter et Facebook n’ayant aucun secret pour lui. Souvenez-vous de Donovan Mitchell le rookie du Jazz, qui, pète un câble après une énième provocation d’Embiid. Il n’est pas impossible de concevoir que Joël face ce genre de chose avec Baynes ou bien Horford pour les faire dégoupiller…L’intensité d’une série de playoffs pourrait d’ailleurs bien amener son lot de déclarations tapageuses en conférence de presse…

Si d’aventure l’opposition n’avait pas lieu cette saison, ça ne serait qu’une question de temps avant que les deux franchises ne croisent le fer. Il m’est en effet difficile d’imaginer que ces deux équipes ne se rencontrent pas dans un futur proche en post season. A moins que les blessures et le destin n’en décident malheureusement autrement…

Brett Brown verrait même d’un bon œil le retour de cette rivalité, il déclare au Boston Herald le 3 décembre dernier. « Ça serait super ! La rivalité entre les deux villes, les deux équipes maintenant que je vis à Philadelphie et que j’ai passé beaucoup de temps à Boston ce sont des villes vraiment similaires, il y a une dureté ouvrière que les fans exigent et qu’ils veulent voir représenter sur le terrain. C’est comme ça que j’essaie de faire grandir notre équipe comme un miroir de l’esprit de la ville».

Enfin, n’oublions pas que les deux équipes se trouvent dans la même division Atlantic ce qui nous assure quatre rencontres au minimum de saison régulière ce qui aura pour but d’accélérer une rivalité naissante encore en cours d’incubation. De quoi se frotter les mains pour la NBA puisque c’est l’assurance d’audiences record à la TV et de faire un storytelling comme elle en a le secret.

Une course au titre de ROY comme une confrontation indirecte.

Une autre rivalité à distance à également lieu celle entre Ben Simmons et Jayson Tatum pour le titre de ROY. Si le début de saison était clairement à l’avantage du premier. On lui promettait même un boulevard pour ce trophée après son titre de rookie des mois d’octobre/novembre (18pts-9 rebonds-7 passes). Les prestations de Tatum à seulement 19 ans ont fini de convaincre les sceptiques qu’il était plus qu’un candidat sérieux au titre de meilleur débutant. L’ancien Dukie s’est parfaitement intégré à l’attaque en mouvement préconisé par Brad Stevens tout en se muant en lieutenant de qualité pour Kyrie Irving. Pas étonnant qu’il ait été élu récemment rookie du mois de décembre à l’Est (14.6pts, 5.9 rebonds à 52,9% de réussite aux tirs avec un joli 45.1% à 3pts)  au nez et à la barbe de Simmons justement. Le très bon bilan collectif des Celtics pourrait jouer dans les votes en cas de scrutin serré entre les deux candidats. Même si et ce n’est que mon avis Simmons devrait tout de même repartir avec le trophée en fin de saison tant il peut parfois dominer son sujet sauf blessure…

Qui pour les empêcher de dominer à l’Est dans les 5 ans à venir?

C’est bien la question qui se pose si on regarde de plus près les rapports de force dans la conférence Est. Excepté les blessures (une nouvelle fois) les deux équipes avec un peu plus d’expérience et un vécu collectif commun pourraient bien exercer une domination sans partage sur la conférence dans les quatre cinq ans à venir.

Outre le lent déclin de LeBron James qui s’annonce avec les Cavs (s’il vient à rester dans l’Ohio), les Raptors bien que réguliers ne semblent pas non plus être des candidats crédibles tant ils ont déçu par le passé en Playoffs. En fait seuls les Wizards du trio Beal-Wall-Porter et les Bucks du duo Giannis Antetokounmpo-Eric Bledsoe pourraient éventuellement empêcher pendent un temps la domination des Celtics et celle dans un futur plus lointain des Sixers. Ce d’autant plus que le pick des Lakers de 2018 s’annonce assez haut au vu de la médiocrité de la franchise Californienne et il devrait tomber dans l’escarcelle des Celtics s’il échoue entre les places 2 et 5…Ou bien des Sixers en cas de 1st pick ou au-delà de la 5ème place. Même ici il va y avoir de la concurrence entre les deux franchises de la côte Est mais cette fois ci c’est le sort des petites balles de ping-pong qui décidera du gagnant. Ce pick haut placé sera évidemment un atout de plus pour pouvoir dominer dans les années futures. La rivalité new-look des frères ennemis ne fait donc que commencer et pourrait bien nous réserver quelques surprises dans les années à venir.

Sources : Sports Illustrated, NBA.com/Stats, Boston Herald, Liberty Ballers.

Franck Yaylarian @MrTripleDble