Ça y est, on y est. On s’en approche depuis un moment déjà, mais hier soir un pas de plus a été fait. Alors que les Spurs affrontaient les Pacers à domicile – match qui soldera pas une défaite des locaux – le starting five avait des allures inhabituelles. Pour la première fois depuis 2010, Tony Parker n’était pas titulaire à la mène pour les Spurs un soir de match où il était frais et disponible, cédant sa place au jeune Dejounte Murray. Après avoir été le petit jeune, le leader, puis le général, il sera désormais le mentor.

Tony Parker compte aujourd’hui, après ce match contre Indiana, 1165 matchs en carrière. Dans les jours qui viennent, il va même faire son entrée dans le top 50 des joueurs ayant joué le plus de matchs dans leur carrière. Depuis ses débuts dans la Grande Ligue lors de la saison 2001-02, TP n’a disputé que 13 matchs en sortie de banc : 13, sur 1165. Hier au soir, il a officiellement cédé sa place dans le 5 majeur de San Antonio, comme a su le faire bien avant lui son ami et coéquipier Manu Ginobili, et comme une évidence. Tout le monde sait bien que TP n’a plus les cannes de ses plus folles années, celles où il pouvait enchainer plus de 34 minutes par soir pendant 75 ou 80 matchs avec un jeu qui ne l’économisait pas du point de vue physique. Tony Parker s’est mué depuis quelques années maintenant en vrai général de troupes. Une sorte de mix entre ancien combattant et vieux sage, car si les jambes sont plus lourdes qu’avant, la science du jeu elle ne quitte jamais les grands joueurs. TP se montre encore très précieux pour les Spurs, mais le temps est venu pour lui de laisser un peu de place aux jeunes qui poussent derrière. Et le moment ne pouvait être mieux choisi pour les Spurs semble-t-il.

Les Spurs vivent une saison pour le moins bizarre. Kawhi Leonard, longtemps absent, est revenu brièvement avant de repartir pour une durée indéterminée. Tony a également commencé la saison blessé, mais est revenu plus rapidement que prévu dans les rangs. Dans le même temps, LaMarcus Aldridge retrouve un niveau All-Star incontestable et porte sur ses épaules le reste de l’équipe, qui termine à Noël dans le top 3 de la conférence Ouest. En janvier, les résultats sont en dents de scie, avec des défaites contre des équipes à leur portée normalement sans difficultés (Lakers, Pacers, Hawks, …). Si bien qu’aujourd’hui, les questions se posent : que jouent les Spurs cette année ?

Officiellement, San Antonio joue le titre chaque saison depuis 20 ans. Mais en réalité ? Les Spurs feront toujours des régulières plus que correctes autour des 50 victoires, mais en playoffs ? Personne ne semble capable d’arriver plein de certitudes face à Golden State sur une série en 7 matchs. Pour autant les Spurs ressortaient comme l’une des rares équipes à pouvoir tenir la draguée haute aux gars de la Baie. Mais sans un Kawhi à 100% et un effectif en pleine forme, ce n’est même pas la peine d’y penser. Quoiqu’il en soit, tout le monde semblait s’accorder à dire que les Spurs se donnaient pour objectif la 2ème place de conférence et une Finale de conférence en playoffs avant le début de saison.

Aujourd’hui, avec une situation autour de Kawhi Leonard toujours aussi obscure, Rudy Gay sur le flan, et la fatigue de début de saison qui se fait ressentir, les objectifs semblent un peu plus confus. Mais qu’importe, ne comptez pas sur les Spurs pour balancer une saison régulière. Il faut mettre à profit tout match, toute opportunité de faire avancer la machine. C’est là qu’intervient la décision de Gregg Popovich. Les Spurs gagneront toujours des matchs, on l’a dit, et on le sait. Tony Parker joue le chef d’orchestre depuis maintenant quelques années, mais ne répond plus aux standards nécessaires en 2018 à son poste. De l’autre côté, Dejounte Murray entre dans sa deuxième année dans la Ligue. Si dans le jeu il a encore tout à apprendre de son maître Parker, il comble les lacunes physiques, athlétiques et défensives de TP sur les nouveaux meneurs dragster dont se sont équipées la plupart des équipes NBA.

Alors quoi de mieux qu’inverser les rôles ? Dejounte Murray a déjà emmagasiné plus d’expérience que nombre de ses compères du même âge en tutoyant les playoffs l’an dernier, avec brio par séquence. En augmentant son temps de jeu, Pop continue et accélère le processus. Murray doit apprendre dans le jeu, tant offensivement que défensivement. En sortie de banc, qui refuserait d’un général comme Tony Parker ? Qu’il joue 30 ou 20 minutes, TP mettra toujours sa science du jeu et sa connaissance du système au service des Spurs. Plus encore, quand il entre sur le terrain c’est une sécurité pour Popovich, une valeur ajoutée à sa second unit. Hier soir en 20 minutes, Tony a scoré 12 points et distribué 5 assists. Et il a, sans rechigner, accepté son nouveau rôle :

« Pop me l’a dit. Il m’a dit qu’il pensait que c’était le bon moment, et j’ai juste dit « Pas de problème. » Comme pour Manu, comme pour Pau, on sait que ce jour va arriver. Si Pop voit quelque chose qui permet d’améliorer l’équipe, je dois faire de mon mieux pour l’aider aussi. Je soutiens la décision de Pop, et je vais essayer d’aider DJ du mieux que je peux, et essayer d’être le meilleur possible en second unit avec Manu et Patty »

Avoir TP en mentor pour Murray, et en sortie de banc pour les Spurs ? On a connu pire décision.