On préfère vous prévenir, on va doucement mais sûrement se lâcher. Vous n’avez jamais eu envie de prendre votre plus belle (ou non d’ailleurs) plume pour balancer un flot continu de mots sur quelque chose qui vous a titillé, énervé, rendu fou ou juste qui vous chagrine ? Ou même l’inverse, des choses qui vous ont rendu fou de joie, que vous avez kiffé, adoré ? Bah nous, si. Du coup, on s’est dit qu’occasionnellement, on allait faire des lettres ouvertes à différents acteurs du paysage NBA. Subjectivité maximum, sensibilité maximale, on se retrousse les manches, on prend sa plume, son encrier : en route. 


Lettre à … DeMarcus Cousins

           Cher DeMarcus,

           Putain. C’est le premier mot qui me vient à l’esprit. Putain de merde, même.

          Avant-hier soir, tard dans la nuit ou tôt le matin, comme tu veux, j’étais en train de vous regarder jouer, toi et AD contre les Rockets. Tu m’en voudras pas, j’ai surtout regardé la deuxième mi-temps, après avoir essayé de lutter – en vain – pour regarder les Spurs se faire doucher par les Sixers. Quand j’ai vu que le score grimpait à 20 en votre faveur, je me suis dit qu’il fallait quand même aller voir ça. Du coup, j’ai regardé les Pelicans jouer – phrase improbable il y a quelques mois encore. Plusieurs fois cette année je me suis dit « Allez, ce soir on va checker les Pels », parce que votre monstre à deux têtes là, c’est un bordel que j’adore regarder. Du coup il y a deux jours, rebelote.

        Et c’est là que l’accident s’est produit. Alors que ça faisait une demi-heure que j’étais en train d’insulter James Harden qui me plantait ma TTFL à chaque tir loupé et que j’étais en train de kiffer votre petit exploit, tout a pété. L’action, tout le monde l’a vu depuis. Mais peut être que tout le monde n’a pas vu le match que t’étais en train de faire. Hyper propre offensivement, passeur quand il le fallait et motivé comme un ogre à l’heure de manger. Clutch aussi, avec ce rebond offensif gratté et ce and-one qui te tendait les bras. Et puis voilà, l’appui, l’affaissement, la sortie, … Je me suis endormi en espérant que ça ne serait pas trop grave, même si la dernière fois qu’on a vu quelqu’un se tenir l’arrière du pied comme ça, il portait le 24 aux Lakers et ce n’était pas bon signe… Je me suis réveillé, j’ai lu la nouvelle, j’ai badé. Putain. Fais chier.

         Enfin tu avais une équipe qui pouvait aller en playoffs. Enfin tu semblais t’éclater avec Anthony Davis. L’équipe est toujours bancale évidemment, le banc n’est pas top, le coaching est douteux par moment, les résultats sont parfois chelous, mais votre association donnait des sueurs froides certains soirs où les planètes étaient alignées. Et plus ça allait, plus ça devenait fréquent. Les Twin Towers 3.0 prenaient forme doucement, et on se disait tous, tous, qu’on allait enfin avoir droit à un DeMarcus Cousins en mode playoffs, quelque chose dont on a été privé pendant beaucoup trop de temps. Et si on aime le basket et qu’on a pas envie de te voir en playoffs, je comprends pas. N’importe quelle équipe aurait levé les yeux au ciel à l’idée de vous avoir au premier tour, tout simplement parce que oui, votre équipe n’est pas la meilleure, loin de là, les points faibles sont identifiables facilement, la défense est trop aléatoire, mais personne ne se réjouit trop vite à l’idée d’affronter une équipe qui compte Anthony Davis et DeMarcus Cousins dans la raquette.

           Alors on va peut-être dire que j’en fais trop, que même tout le monde en fait trop autour de cette blessure, que ça va t’es pas mort non plus, que tu vas revenir, qu’il faut se calmer, bla bla bla … Et c’est vrai. Les émotions et ressentis sont toujours décuplés dans ces moments-là, c’est au fond pour ça qu’on est tous fans. Mais tout ce déballage d’amour pour le personnage et le joueur que tu es, toute cette avalanche de regrets et de déception pour ta blessure, je crois que ça vient d’un point commun à tout le monde depuis hier matin. D’une possibilité qu’on a tous en tête, mais qu’on n’a pas envie de croire réalisable : celle que, peut-être, ton match contre les Rockets était le dernier du joueur que tu étais jusqu’alors. Le dernier match d’un DMC en tant que pivot ultra-mobile, dominateur physiquement, technique. Et ça, personne n’en n’a envie… Et pourtant, c’est possible.

        Tu reviendras sur les parquets, c’est sûr. Mais dans quel état, dans quelle forme, avec quelles aptitudes ? Si encore tu pesais 60 kilos et que tu faisais 1m80…  Si on appelle ça le talon d’Achille, ce n’est pas pour rien. « Une faiblesse fatale en dépit d’une grande force générale, pouvant mener à la perte » : putain, même Wikipédia s’y met. Putain de fleuve. Mais si tout le monde flippe, personne ne veut croire pour autant que c’en est fini du gros DMC, le nounours le plus apprécié de la Ligue. Et c’est pour ça qu’on voit plein de gens réagir depuis hier.

          You’ll be back bordel. J’espère que tu pourras encore envoyer du spin au poste, des euro-steps, des coast-to-coast. Je ne demande que ça, et je ne pense pas être le seul. Alors, au lieu de te dire de revenir vite, je te dirais plutôt de revenir en forme. Parce qu’on a besoin de toi en NBA.

Val’