Au lendemain de la blessure choc de DeMarcus Cousins qui a ému toute la NBA, un nouveau joueur a été fauché brutalement. Cette fois, ce n’est pas une star de la ligue qui chute, mais c’est, pour autant, un nouveau coup dur. L’arrière du Thunder, comme le pivot, est tombé, seul. Toujours mauvais signe, celle-ci ne fait pas exception. En pleine course ligne de fond pour placer un alley-oop dans le dos de la défense, le genou du joueur s’est soudainement dérobé. La cause ? Une rupture du tendon rotulien.

Sur le plan personnel, cette blessure est dure, les larmes du joueur en train d’être évacué attestent à la fois de la gravité du choc, mais aussi de l’empreinte psychologique pour un joueur investi corps et âme dans l’équipe. Sans entrer dans les détails médicaux, on peut sans soucis affirmer que les blessures aux genoux sont souvent des processus complexes. Dans la pratique, après une opération du tendon rotulien, s’en suit une longue rééducation, dont le joueur va ressortir avec un tendon « plus solide » qu’il n’était avant qu’il cède. Pour autant, cela ne signifie pas toujours que le joueur, lui, reviendra plus fort.

Justement, en ce qui concerne Roberson, nous sommes dans un cas très délicat. Il va sans dire que le joueur n’est pas un basketteur accompli qui pourra faire évoluer son jeu très facilement, s’il ne revenait pas aussi aguerri physiquement qu’il ne l’était. En effet, nous sommes en présence ici d’un bel athlète qui s’est imposé comme un féroce défenseur. Il est difficile de dire comment il reviendra et quelle place il aura en NBA si son corps le trahit, et si le médical ne l’accompagne pas à la perfection.

En cette fin de janvier, nous avons quitté André Roberson comme un des meilleurs défenseurs extérieurs NBA. S’il ne possède pas un nom suffisamment clinquant pour s’adjuger la statuette du défenseur de l’année, il n’en était pas moins un des potentiels lauréats qui auraient pu mettre la main dessus, si l’on se basait uniquement sur ses performances et son impact.

En espérant qu’il revienne là où on l’a laissé, et malgré des doutes certains, il convient pour le Thunder de trouver des solutions et d’aller de l’avant. Déjà, il faut déterminer quel sera l’impact de la perte de Roberson, et comment chercher à y pallier. Enfin, il faut se demander quels enjeux reposent derrière ces évènements ?

Quels enjeux ?

On le rappelle, mais la franchise est dans une situation où elle veut convaincre Paul George de rester, et sûrement donner des garanties à Carmelo Anthony pour qu’il reste et aide l’équipe financièrement. Ainsi, de la réussite de cette saison, tant en terme de jeu que de management dépend peut être le futur du Thunder. Être capable d’arriver compétitive en post-saison, quel que soit le roster est un fait, mais la franchise joue également gros d’ici le 8 février, date de la trade deadline.

Une perte très lourde

Revenons au jeu.

Si on se borne sur les statistiques brutes, André Roberson, 26 ans, pèse 5pts (53% au tir, dont 22% à 3pts, 31,6% aux lancers francs), 4,7rbds, 1,9 asts, 1,2 stls et 0,9 blk par match. Entre des pourcentages aux tirs faméliques et des statistiques globalement très modestes pour un joueur qui joue 26,6min/match, on pourrait se dire que la perte n’est pas terrible pour l’équipe et devrait se solutionner en interne.

Que nenni ! Le temps de jeu de Roberson n’est pas volé, et il s’était imposé comme un nécessité absolue pour le Thunder. Non seulement parce qu’il est comme nous l’avons dit un défenseur de premier plan, mais car en plus, ses efforts de ce côté du terrain donnent des points faciles à son équipe. Pour preuve, à l’heure actuelle le Thunder est la 5eme défense de la ligue, avec 103,2 points encaissés pour 100 possessions. Avec André Roberson sur le terrain, la franchise n’en encaisse que 97,7. En somme, lorsqu’il était sur le banc, ou blessé, l’équipe prenait en moyenne 107,8pts pour 100 possessions. Bien sûr ce n’est qu’un indicateur. Mais quel indicateur, et, Ô combien significatif. Malgré la présence d’athlètes de premier ordre (Russell Westbrook, Paul George, Jerami Grant, Terrence Ferguson, Steven Adams), celui qui transfigurait la défense et en faisait un véritable mur, c’est bel est bien Roberson, tombé au combat. Frustre en attaque, il est capable de transformer la défense d’OKC en forteresse, et son apport est indubitablement incournable. Lorsqu’on s’amuse à regarder les 5 alignés par Billy Donovan aux nets ratings (différence entre les points infligés et encaissés pour 100 possessions) les plus importants, c’est sans surprise qu’on retrouve ceux composés du joueur.

Au centre même de cette réussite, le 5 Westbrook – Roberson – George – Anthony – Adams, évidemment. En alignant ce 5, le Thunder était invaincu depuis 13 matchs au moment de la blessure, une panacée qui récompensait une belle alchimie et compensait un banc parfois exsangue. Avec un différentiel de 14,6pts, la capacité du Thunder à switcher à toutes les positions et à aligner 2 défenseurs extérieurs parmis les meilleurs de la ligue (Roberson, George) et un Steven Adams qui se positionne comme un des intérieurs les plus durs de la NBA… Compliqué d’attaquer. Surtout que le MVP en titre, Russell Wesbrook, est un athlète exceptionnel à même de passer à travers les écrans, et que Carmelo Anthony est investi en défense et à l’aise au poste 4.

Bref, il ne faisait pas bon croiser la route d’un groupe qui au complet, était peut être la défense la plus effrayante de la NBA, renouant avec une habitude qui avait fait leur réputation ces dernières saisons : celle d’une équipe sur-athlétique que personne n’avait envie d’affronter sur une série de Playoffs. Si les statistiques les donnent 5eme, le meilleur bastion NBA quand il s’agissait de sortir les barbelés était à OKC.

La perte est terrible alors que le banc du Thunder apparaissait déjà comme faible, et va devoir envoyer un élément dans le 5 de départ. L’autre faiblesse du Thunder étant son attaque encore parfois trop stéréotypée, il convient de voir quelles solutions se présentent pour l’équipe, quelles opportunités faut-il saisir ?

Solutions diverses…

Internes

« Le passé est immuable, l’avenir est incertain. » – Cicéron

Il est difficile aujourd’hui de créer une stratégie sans s’appuyer sur ce que ce début de saison nous a appris. En premier lieu, j’ai donc cherché dans l’effectif actuel du Thunder, ce qui fonctionne et mérite qu’on le reproduise pour retrouver une stabilité.

Si la franchise veut poursuivre sur son socle défensif, que pouvons-nous attendre ?

Le 5 le plus utilisé en l’absence de Roberson, associé avec le « Big Four », utilisait l’addition du rookie Terrance Ferguson (option choisie depuis la blessure). La franchise cherche à construire en vue des Playoffs, et mettre un débutant peut être risqué, surtout que comme les chiffres l’attestent, le net rating de cette lineup est déficient (-7,7), avec une défense castrophique.

La première option qui s’offre, c’est de sortir Carmelo Anthony du 5 et de titulariser Alex Abrines et Jerami Grant. En procédant ainsi, la franchise s’offre un abbatage défensif énorme (77,7 pts pour 100 possessions avec ce 5 !), et offre un renfort de poids avec Anthony en sortie de banc. Evidemment, c’est une solution problématique car Melo pourrait ne pas apprécier de se voir reléguer au second plan, et je pense également qu’elle ne doit pas se priver de temps de jeu avec son quatuor tant que faire se peut.

La seconde option, c’est plus de small ball en gardant Adams en sortie de banc. Là encore, on s’expose au même problème d’acceptation, mais force est de reconnaître que de jouer petit avec Abrines ou Grant et Patterson accouche de lineups très dures à prendre ~ 95pts de defensive rating tout en permettant d’attaquer efficacement.

Selon moi, la franchise en l’état, si elle souhaite garder ce socle, devrait recourir à Josh Huestis, qui est un profil proche de Roberson, en bien moins bon défenseur certes, mais qui en revanche ne déserte pas un peu plus le banc qu’il ne l’était. Dans tous les cas, la franchise ne peut pas utiliser Grant avec Carmelo et Adams, car les problèmes d’adresses variables du trio Westbrook-George-Anthony risquent de donner des débuts de matchs parfois laborieux, et les switch imposés par leur défense risquent de pousser Anthony à défendre sur des joueurs trop rapides pour lui. De même, il me parait contre-indiqué de replacer Anthony en 3 pour intégrer Patrick Patterson pour les raisons évoquées ci-dessus.

Plus d’attaque ?

L’autre possibilité pour Donovan, c’est de s’orienter vers un style plus offensif. Le joueur indiqué pour cette tâche semble être Alex Abrines, bon shooteur qui pourrait au poste 3 écarter le jeu pour son équipe. A ce jour, cette lineup a été utilisée à 24 reprises pour un total de 104 minutes. Elle met 108,4pts et en encaisse 112,8. On peut imaginer qu’avec plus de travail et d’automatismes, ce 5 peut s’en sortir positivement, il est en revanche impossible de le voir comme la solution qui sied le mieux à ce groupe d’OKC.

Externes

Avant cette blessure, il semblait déjà important pour le Thunder de se renforcer. Le banc était et est bien trop faible pour les Playoffs, et désormais, la franchise a perdu un élément central. La question étant, qui pour aider OKC ? La franchise n’a pas beaucoup d’argent et malgré les enjeux, il serait intéressant de ne pas jeter des tours de draft, alors que l’avenir est encore flou et qu’elle est connue pour savoir drafter très juste.

L’option qui semblait parfaite pour garnir les rangs de la franchise, était Avery Bradley. L’ex-Celtic en contrat expirant pouvait donner de précieux coups de main des 2 côtés du terrain et n’était pas en odeur de sainteté aux Pistons. Malheureusement, le récent trade de Blake Griffin à Detroit a impliqué le joueur désormais engagé chez les Clippers jusqu’à la fin de saison.

Voici toutefois quelques options qui pourraient convenir… Sachant que des contrats expirants et peu élevés sont préférables.

Tyreke Evans. L’ex-King et Pelican renaît à Memphis enfin débarrassé de ses blessures. Signé pour un contrat excédant tout juste le million de dollars, dans une équipe des Grizzlies à la dérive, peut être qu’il pourrait être échangé, alors que l’objectif de gagner semble de plus en plus dérisoire dans le Tennessee. Grâce à son playmaking, sa faculté à créer pour lui-même et autrui, il donnerait un vrai coup de boost au relais de Russell Wesbrook, où la seule présence d’un Raymond Felton (certes solide), n’est pas satisfaisante. S’il ne résoudrait pas le souci du 5 de départ, son renfort pourrait valoir son pesant d’or. Reste à voir quels sont les objectifs à moyen terme de Memphis.

Tony Allen. Un ancien Grizz’ cette fois. Engagé à New-Orleans désormais privé de Cousins, peut être que la franchise sera prête à considérer un échange. Sa défense n’est plus celle de ses jeunes années, mais il peut rendre de bons services en intégrant directement le 5 de départ en lieu et place de Roberson. Néanmoins, il ne sera pas aisé de convaincre les Pelicans qui eux, ont encore une saison à jouer, en prenant en compte que le contrat d’Allen est très appréciable (2,3M de $).

Lou Williams. Les Clippers sont en train de tout casser. Absolument tout. On imagine que dans cette optique, Williams est appelé à partir. Défenseur médiocre, il est néanmoins en train de réaliser une saison formidable au scoring. En la matière, sweet Lou n’a pas besoin d’aide pour parvenir à ses fins. Il aiderait grandement l’équipe lors de pannes offensives en sortie de banc, et pourrait jouer avec les starters dans des 5 small ball tournés vers l’attaque. Reste désormais à trouver une contre-partie intéressante pour Los Angeles, sans trop débourser – sachant qu’il sera très difficile à conserver pour OKC, si la franchise repartait avec Paul George et Carmelo Anthony.

Jordan Crawford. Coupé par les Pelicans en début de saison alors qu’il était plutôt satisfaisant, Crawford pourrait être récupéré par OKC pour apporter un peu de folie offensive. Athlète plus que correct, peut être qu’il pourrait faire le service minimum en défense, entouré de joueurs impliqués de ce côté du terrain.

Arron Afflalo. Ex-borderline All-Star, le joueur n’est plus du tout une valeur sûre en NBA. Néanmoins, empêtré dans une saison désastreuse avec le Magic, la franchise pourrait être prête à l’échanger contre des broutilles. Qui sait, il pourrait alors rendre quelques services ?

Greg Monroe. Il n’est pas le renfort adapté à le perte d’André Roberson. Pour autant, le banc en manque de scoring ne bouderait pas le renfort du joueur, qui vient d’obtenir un buy-out de la part des Suns. Intérieur offensif, il serait très utile sur certaines séquences, aux côtés de Grant et Patterson pour museler les adversaires.

Le Thunder n’a pas beaucoup de marge. La santé des cadres sera capitale, mais l’effectif apparaît en plus, un peu court en profondeur. Avec cette blessure dramatique, tout est remis en question. La santé du joueur est effectivement une préoccupation, pour la NBA, pour l’équipe à moyen terme, mais raccourcit également la marge d’OKC. Si des solutions peuvent apparaître en interne, aucune ne sera aussi satisfaisante que celle proposée par l’équilibre que semblait avoir trouvé Donovan avec ce lineup pour lancer les matchs. Un renfort externe apparaît nécessaire mais compliqué à obtenir en raison d’un cap déjà bien obstrué. D’autant que les candidats « évidents » ne sont pas légion.

Deux opportunités subsistent néanmoins. La première, un nouveau coup brillant de la part de Sam Presti, qui s’avère très réactif depuis plusieurs années. La seconde, que le Thunder reçoive une enveloppe pour recruter pour pallier à la blessure de Roberson. Dans les 2 cas, rien n’est moins sûr. On en saura plus sur le Thunder après le 8 février.