Bon derrière ce jeu de mot bien moisi se cache une situation critique et même si on peut rire de tout, c’est pas le moment de jouer à « Tire sur mon doigt » avec LeBron.

La situation des Cavs n’est pas catastrophique mais elle est problématique dans le sens où toutes les personnes impliquées dans la franchise ont apportées leurs petites pelles remplies d’excrément pour former un épais mur de fiente tout autour des Cavaliers.

Entre la surmédiatisation de tout ça, les différents avis des insiders, les rumeurs de trade, le coachi…ouais enfin tout ça quoi, on est en face d’un joli sac de noeud. Pourtant, et c’est ce que je vais tenter de démontrer dans ce papier, tout est extrêmement simple à dénouer à condition de reprendre ses esprits et d’agir en adulte parce que là on est plus proche de la colo qui part en vrille que d’une équipe qui vise une quatrième finale consécutive.

Pour donner une certaine logique à mon article, je vais partir du point le moins grave, vers le plus grave. Au risque de choquer certains partisans des Wine and Gold, prenez le temps de lire et de peser chaque paragraphe individuellement. Un peu comme si vous étiez devant plusieurs problèmes et que vous alliez les classer pour déterminer sur lequel vous devez, pouvez, ne devez pas ou ne pouvez pas agir.

Isaiah Thomas

« Quoi?! Mais il est nul! On le trade contre Kemba Walker » voilà le CV qu’IT a mis dans le coeur des fans de Cleveland pour le moment…Mouais. J’en ai parlé dans la vidéo « Timeout S01EP06 : What the f@#!k Isaiah? » mais je vais revenir un peu plus en détail sur son cas.

Pour le moment Thomas a un énorme soucis, il est pris entre 2 feux, d’un côté son envie de revenir sur le devant de la scène et être décisif (et accessoirement justifié les millions qu’il va demander cet été) et la réalité de son corps encore en convalescence. Quand on compare les highlights de celui-ci à Boston et aux Cavs, une seule chose diffère : la vitesse. Pour ceux qui ont la mémoire courte, je vous encourage à aller revoir le meneur dans des habits plus verts pour voir à quel point la différence est flagrante. Il n’est pas question de tactique puisque la quasi totalité de l’attaque de Boston tournait pour lui avec une seule consigne : sortez tous derrière la ligne à 3pts et laissez faire IT. A la rigueur un petit écran en tête de raquette ou côté faible mais rien de bien foufou. Tout ça, les Cavs le font depuis qu’il est revenu sur les courts et pour faciliter la transition, LeBron a même pris le parti de rester 2m derrière la ligne à 3pts en mode « Non non mais me regardez pas je viens juste matter ». Sans doute encore traumatisé par le départ d’Irving, l’homme qui a osé dire « Non je veux plus jouer avec toi », il subit sans broncher les TO commis par son PG. L’an passé, Isaiah avait, sur ses deux premiers pas, quasiment un mètre d’avance sur son défenseur grâce à son explosivité. Cette année et à cause de sa blessure il n’a plus d’avance, pire il est souvent en retard. Là où un joueur en paix avec son temps de retour tenterait de se réadapter en douceur en assurant 2 fois plus ses shoots et ses passes, IT a choisi la solution offensive en forçant presque chaque action se retrouvant certains soirs avec des 3/15 à 2pts et 0/6 à 3pts et une poignée de TO. Sa taille qui lui a si souvent servi de force est évidement entrain de jouer contre lui puisque les défenseurs qui ne sont pas pris de vitesse n’ont presque qu’à tendre le bras lorsqu’il se jette vers le cercle pour tenter un layup de l’impossible.

Histoire d’aggraver encore plus la situation, il a multiplié les sorties dans la presse à base de « Vous allez voir quand je vais revenir » ou bien « Je ne suis qu’à 80% » mais aussi « Dans mes anciennes équipes, on défendait » Oui IT, ILS défendaient, toi ben tu scorais. Et puis ce genre de phrase par rapport à vos coéquipiers c’est de la nitro sur le feu. Si vous voulez tenter l’expérience en réalité augmentée chez vous, la prochaine fois que vous voyez votre copine vous lui dites « En tous cas, mon ex, elle, elle assurait grave au pieu ». Voilà derrière je pense que c’est pas la peine de vous faire un dessin. Ajouter à cela la remise en question d’un des cadres sur une prétendue blessure/maladie et n’en rajoutez plus, le trophée Larry O’Brien est plein. Bien sur que les « blessures » de Love sont suspectes mais quand t’es encore nulle part sur le terrain et dans le vestiaire, que t’as vu les Cavs en difficulté en début de saison depuis le banc et que tu as aussi vu comment ils ont remontés la pente, TU…TE…TAIS…ET…TU…BOSSES… Tu laisses revenir le jeu à toi, tu prends tes petits shoots mid range en sortie d’écran qui rentrent encore pas trop mal, des drives pas trop difficiles, des pick and roll pour nourrir tes coéquipiers qui doivent avoir une vision dégueulasse de toi, des 3pts ouverts. Je remets une couche de Patrick Patterson sur son trade des Kings aux Raptors « Quand tu arrêtes de perdre du temps sur ce que tu ne contrôles pas, tu en gagnes pour t’adapter ». Ecris le sur tes pompes tous les soirs de matchs.

Une blessure aussi longue et délicate par rapport à son poste et son style de jeu ne pouvait pas se passer autrement. Les fans doivent le comprendre mais Isaiah Thomas aussi doit se le rentrer au marteau et au burin dans son ego.

Tyronn Lue

Bon ben là, on pourrait en parler des heures ou 5 min ce serait la même. Par où commencer…Ah oui, ton Kevin Love en 5. Que ce soit toi ou Dieu le père qui avait pris la décision en début de saison, normalement quand tu as un joueur aussi grand et adroit à 3pts, jamais tu ne fais ça, JAMAIS. Mais quand en plus il essuie des pluies de critiques et se fait régulièrement casser la gueule par les intérieurs de la ligue, tu ne le laisses pas se faire défoncer soir après soir, JAMAIS. En plus de le fracasser moralement, tu vas le buter physiquement. Kevin Love fait du vélo d’appartement quand il sort la 1ère fois du terrain, tout ça pour éviter de claquer un muscle des jambes, alors quand tu le vois pédaler dans le couloir qui mène au terrain, y’a pas un moment où tu t’es dis « Ah c’est peut-être pas top pour ses genoux/cuisses/chevilles? »

Seconde chose, les rotations et le cinq de départ. J’aime bien le personnage JR Smith, c’est un genre de tonton relou aux mariages qui finit toujours complètement cramé. T’es content de le voir de temps en temps mais tu voudrais pas vivre avec. Sur le terrain c’est pareil. Si avant il pouvait encore se targuer d’être un défenseur très correct, on est loin, mais loin du compte. Quand au début de saison ça a gueulé parce qu’il était pas titulaire, il fallait faire comme font les invités du mariage quand tonton gueule un coup « Oh c’est rien, c’est tonton Michel qui a encore bu un peu trop » et l’ignorer. Là, basiquement tu lui as donné raison, l’installant définitivement dans une place de non compétition avec lui-même. T’as changé une nombre incalculable de fois tes rotations mais le cinq jamais, sauf en cas de force majeure ou après plus de 45 matchs. 45 matchs. T’as aligné Wade, Thomas et Rose pour défendre les Rockets…En te justifiant que tu voulais augmenter le tempo…contre les Rockets qui jouent en RUN and gun, R-U-N and gun.

Je reconnais le mérite d’avoir du gérer des gros ego mais là il faut un patron au-dessus de tous les caïds du vestiaire pour ramener une ambiance de travail, de logique et de cohésion parce que là les joueurs pensent tous avoir la solution aux problèmes tactique, c’est pour ça que ça râle au lieu de venir en aide sur le terrain. Et quand c’est comme ça, cela signifie que le discours du coach n’est plus crédible à leurs yeux et qu’ils ne savent pas où ils vont et avec qui.

Le pick des Nets

Si les fans des Cavs ont été bien content de le voir arriver dans le trade Kyrie à Boston, je pense que maintenant sa simple évocation provoque des nausées chez certains. Bon voyons pour le moment, les Nets ont le 8ème pire bilan de la ligue. Il ne devrait plus trop descendre vu que derrière eux, les bonnets d’ânes sont solidement vissés sur les têtes et que certains ont déjà commencé à brader des joueurs afin de sortir les chenilles du tank pour dérouler en roue libre jusque fin de saison. Certains ont encore un petit espoir de PO mais ca va changer d’ici quelques temps et ceux-là iront grossir les rangs des tankeurs. Selon les calculs d’ESPN, le pick a +/- 30% de chance d’être top 3 et donc 70% d’être tout le reste. Donc si le front office continue a misé sur ça en cas de départ de LeBron, la franchise jouera son avenir avec 30% de chance, en sachant que des flop sont toujours possible, Markelle Fultz si tu nous lis… Anthony Bennett si tu nous lis… Et quand bien même! On parle d’un mec qui est top 5 all time (ceux qui disent le contraire, je vous aime bien mais grandissez) donc peu importe ton tour de draft, des LeBron James il en passe un tous les combien de temps? Combien de Kobe? Combien de Michael? Combien de Kareem? Combien de Wilt? Ca veut jouer à la roulette russe mais avec un fusil à pompe.

Trade le, va chercher un gros, redonne confiance à ton franchise player qui vise un titre, à tes joueurs qui attendent un soutien (pour ceux qui le méritent), à ton coaching staff pour qu’ils puissent continuer à jouer à chifoumi pendant les matchs sans devoir réfléchir. OK pour prendre quelqu’un qui a un contrat qui se finit pas demain ou après demain mais fais en quelque chose d’utile au lieu de miser sur du vent et puis si LeBron se casse, il pourra pas se cacher derrière ça et te faire passer pour le méchant. Quand tu négocieras avec lui en juin, tu pourras le regarder en face et lui dire « j’ai tout tenté » pas comme en 2010 par exemple. Allez je file un coup de main, travaille ceci « hola senor Gasol como esta en Memphis? »

LeBron James

Je fais un article sur ses détracteurs il y a quelque mois et voilà qu’il plonge la tête la première dans leurs arguments. OK t’es all time, OK t’es franchise player mais surtout t’es pas OK pour montrer le chemin. Tu baisses les bras sur le terrain et les yeux en interview postgame. Tu veux dépasser les plus grands, alors il faut être plus grand qu’eux et pas courber l’échine. Il faut qu’on puisse au moins dire « OK Cleveland ça pue mais puuuuuuuutain LeBron il cartonne ». Je sais que tu prends tes RTT « chill » en janvier et février, que la saison est longue blabla mais là faut au moins se comporter comme un leader, ne fût ce que dans le body language. Arrêter de couiner sur les refs en permanence, ne pas venir en aide sur les drives alors que la plupart des attaquants de la ligue font des petits pets quand ils te voient en travers de leurs routes vers l’anneau, une gueulante dans les vestiaires et pas des « je sais pas pour Lue » « je suis sans mot aujourd’hui ». Bien sur que t’en as des mots, même Chris Paul en a pour le front office « ne prenez pas LeBron pour acquis ». De toutes les saisons régulières, c’est maintenant qu’il faut poser les bourses sur le parquet. Si tu décides de garder la franchise en otage, faut au moins que le ravisseur soit crédible dans son attitude sinon tu vas continuer à prendre le SWAT dans la tronche chaque fois qu’une grosse équipe est en face.

Enfin même si le trade de Kyrie a été douloureux, qu’il réussit dans sa nouvelle équipe, que t’as pas pu tenter de le convaincre et que quelque part c’est la première fois dans ta carrière que quelqu’un te dit « non ». Tu dois passer au dessus de ça, ravaler ta méfiance et pousser l’équipe vers l’avant.

Dan Gilbert

Alors là avant d’écrire, je fais craquer mes doigts et je retourne ma casquette pour faire le vide dans ma tête.

Plusieurs choses entrent en ligne de compte.

On dit souvent que LeBron tient la franchise par les noix mais en face il y a du répondant. Alors OK pendant 3 ans (bientôt) t’as payé une luxury tax de fou MAIS y’a un titre et les finales que tu perds c’est pas contre une équipe de seconde zone. OK tu veux pas garder Griffin en juin, après tout pourquoi pas. Mais si tu négocies toi même les contrats des joueurs, tu es donc responsable des contrats toxiques qui traînent dans l’effectif, plombent ta taxe et annoncent un avenir assez douteux si LeBron plie bagages. OK t’as suivi LeBron, peut-être ou sûrement, mais alors il faut savoir quand tu veux jouer au patron qui dirige tout et quand c’est la faute des autres.

Tu as une extension de ta salle que tu viens de mettre en chantier, mais la Q Arena elle est remplie grâce à qui ? LeBron. Grâce à quoi ? Parce que tu joues le titre. Si demain tout s’arrête et que tu perds encore plus d’argent, qui voudra d’une salle à moitié vide avec des gars qui ne seront jamais des James ?

Tu as déjà perdu une fois Le King et foiré un grand nombre de trade deadline, draft,… Je le répète, des LeBron il n’y en a qu’un et c’est bien normal de fonctionner différemment avec un gars de ce calibre. Tu l’as vu jouer un grand nombre de fois des matchs , important ou pas, est ce que tu crois vraiment que tu vas arriver à lui mettre la pression ? Il aurait 40 ans ou bien serait blessé ou sujet à des blessures régulières, tu pourrais tenter, mais là… Un bras de fer avec LeBron ça revient au même que les 3 malheureux qui jouent le passage en force sur ses contre-attaques, t’es content sur le moment mais le lendemain tu regrettes.

Conclusion

Il y a beaucoup de choses à Cleveland qui ne vont pas. Mais il n’y a rien d’insurmontable en NBA. Des écarts de 20 points qui fondent comme neige au soleil, on en voit chaque semaine, des buzzer beater improbable, des gens qui unissent leurs forces en mettant leurs ego de côté. Si les Cavs n’y arrivent pas cette année et que le château de cartes du King s’effondre tout le monde aura l’air con et pas qu’un peu. Cleveland n’aura plus de roi mais ça ne solutionnera pas tout. Croire qu’un tel édifice tient sur un seul pilier est ridicule et c’est la dure leçon que tout le monde apprendra si le concours de celui qui a la plus longue ne cesse pas rapidement. Après le 8 février, on en saura déjà beaucoup plus sur les réelles intentions de tout le monde.