What if, c’est quoi ? Simple comme bonjour. Il s’agit de reprendre un fait historique de l’histoire NBA, un trade, une blessure, une fin de carrière, un shoot, une action, et d’en changer le cours. Pourquoi ? Pour raconter des histoires, déjà. Pour revisiter les coulisses de certains moments-clés de l’Histoire de la balle orange et les faire découvrir à ceux qui les ignorent, ensuite. Aussi pour faire prendre conscience que la NBA que l’on connait aujourd’hui est le résultat d’un nombre incalculable de facteurs différents, et qu’elle aurait pu être toute autre si l’on touche à un seul d’entre eux. Bienvenue dans le monde de What if !


What if – Dirk, daim en fuite : prologue.

Quelques mois avant que l’équipe de France de Zizou ne soulève la Coupe du Monde de football, de l’autre côté de l’Atlantique, un jeune européen s’apprêtait à faire le grand saut dans le monde mystérieux de la NBA. Près de 20 ans plus tard, le gamin a bien grandi, et file tout doucement vers la fin de sa carrière et une retraite bien méritée. Sa carrière ? Pas trop mauvaise. Un titre de MVP, un titre de champion, multiple fois All-Star, et en route pour dépasser Wilt Chamberlain dans la liste des meilleurs scoreurs all-time, rien que ça. Dirk Nowitzki, débarqué en juin 1998 à Dallas, est un monument, une légende, un joueur qui a révolutionné la NBA et son poste. Depuis maintenant 20 ans, il arbore fièrement le maillot des Mavericks de Dallas, franchise qu’il a porté sur le toit du monde en 2011 et qu’il représente avec brio depuis tout ce temps.

Pourtant, Dirk Nowitzki n’a pas été drafté par Dallas, mais par … les Bucks de Milwaukee. Oui, je sais, ça surprend. Reposons un peu le contexte pour comprendre tout ça.

La saison régulière 1997-98 vient de s’achèver. Dallas termine l’exercice avec un bilan assez catastrophique de 20 victoires pour 62 défaites. Très tôt dans la saison, Don Nelson, déjà présent dans les bureaux de la franchise, s’est installé sur le banc. Les Mavericks décrochent le 6ème pick lors de la draft 1998, et Nelson rentre alors dans un costume qui lui sied parfaitement : celui de l’architecte. Un nom fait de l’œil à notre cher Don, celui d’un jeune européen, intérieur, au tir longue distance très performant. Son jeu n’est pas parfait, mais le GM de Dallas voit en lui un potentiel énorme. Il lui faut Nowitzki.

Un peu plus loin à l’intérieur des terres, les Bucks terminent eux-aussi la saison avec un bilan peu reluisant de 36 victoires pour 46 défaites, loupant de ce fait les playoffs. Milwaukee possède dans son roster quelques bons joueurs, comme Ray Allen, débarqué quelques années plus tôt, ou encore Glenn Robinson. Les dirigeants de la franchise veulent passer une étape et enfin faire le grand saut vers les playoffs. Pour ce faire, il leur faut un joueur NBA ready, qui peut les aider directement à engranger des succès. Hors de question de partir sur un prospect à développer pendant quelques années. Leur choix est fait : ce sera Robert Traylor. Traylor est un poste 5 sortant de la fac de Michigan. Du haut de ses 2m03 et 130 kilos, c’est un beau bébé que les Bucks veulent attirer dans leurs filets, capable de tourner en 15-10 lors de sa dernière année universitaire. Mobile pour son poids, de bonnes mains, de bonnes aptitudes au rebond et au poste bas, tout semble idéal chez ce cher Robert. Milwaukee, qui possède le 9ème et 19ème choix à la draft, craint que Traylor ne fasse ses valises avant… C’est là que Don Nelson intervient.

Le GM de Dallas va décrocher son téléphone pour appeler ses collègues des Bucks, et leur faire la proposition suivante : je vous passe le 6ème choix de draft, vous me passez le 9ème et le 19ème. Mais pourquoi faire ça, alors qu’aucune équipe devant Dallas à la draft n’est partante pour sélectionner Dirk ? Et bien déjà, pour sauver un peu d’argent, mais aussi pour mener à bien un petit plan très bien calculé par la suite, vous verrez… Le problème, c’est qu’à l’époque en NBA, les trade picks ne sont pas possibles les soirs de draft. Les franchises passent donc parce qu’on pourrait appeler des « accords de principe ». Autrement dit, lorsque que Don Nelson appelle les Bucks, la conversation est plutôt celle-ci : « Je sais que vous voulez Robert Traylor. Je vous le prends avec mon pick 6. Vous, avec votre pick 9, vous me prenez Dirk Nowitzki. Demain, on s’échange les deux joueurs, avec votre pick 19 en plus s’il vous plait messieurs« . Les Bucks acceptent d’office. Trop apeurés de voir Traylor leur filer sous les doigts, l’opportunité est trop belle. C’est comme cela que Dirk Nowizki va se retrouver, du moins techniquement, dans le roster de Milwaukee… avant d’être envoyé à Dallas.

Lorsque l’échange est confirmé et relayé un peu partout dans les médias, Milwaukee apparaît pour beaucoup gagnant. Personne ne peut se douter en 1998 de la carrière qui attend Nowitzki. Le jeune allemand qui débarque alors est pour de nombreux observateurs une énigme. D’ailleurs, on ne sait même pas s’il va venir en NBA dès cette saison ou s’il va continuer de jouer en Europe encore quelques saisons. Il est grand, il shoote de loin mais peut-il s’adapter à la NBA ? Au rythme des matchs, à la différence physique, aux règles NBA ? Tout n’est que questionnement. Richie Whitt, journaliste pour le Fort Worth Star-Telegram à l’époque, écrivait ceci :

« Au lieu de garder le tour de draft de l’an prochain et de drafter Paul Pierce pour pourvoir enfin ce poste d’ailier, les Mavericks se retrouvent avec un meneur qui n’arrivait pas à trouver de temps de jeu en playoffs derrière Jason Kidd ou Kevin Johnson à Phoenix et la possibilité de perdre deux ans au moins à attendre Nowitzki. »

Pas très optimiste le monsieur hein ? Mais, est-ce que vous avez bien lu ce qu’il vient de dire ? Relisez pour voir. Comment ça, quel meneur de Phoenix ? Et oui, on en vient au fameux plan concocté par ce cher Don Nelson. Avec le 19ème choix de la draft, qu’ils doivent aussi envoyer à Dallas, les Bucks vont sélectionner Pat Garrity. Pourtant, ce bon vieux Pat ne fera pas long feu dans le Texas, car il sera directement envoyé à Phoenix, en échange de … Steve Nash. Oui, c’est bien de Nash dont Richie Whitt parle plus haut. Vous l’avez compris : Don Nelson vient de récupérer Dirk Nowitzki et Steve Nash en échange de Robert Traylor d’un côté, et de Pat Garrity de l’autre, le tout en quelques heures.

20 ans plus tard, les choses ont évidemment donné raison à Don Nelson, mais personne ne pouvait se douter un instant à l’époque de la carrière que le grand Dirk allait mené. Sauf peut-être Don Nelson lui-même, qui déclarera plus tard que Paul Pierce était son deuxième joueur préféré de la draft… derrière Nowitzki. Les Mavericks se sont construits autour de ce jeune allemand débarqué de nulle part. Il est les Mavs, et ils sont Dirk, et l’histoire d’amour dure depuis près de 20 ans.

A contrario, Robert Traylor, qui était attendu comme un joueur important en NBA, ne sera jamais capable de s’y imposer. Alors que certains avaient exprimé quelques doutes sur la capacité du joueur à tenir une bonne hygiène de vie, notamment à surveiller son poids, ceux-ci avaient été balayés d’un revers de la main par les observateurs du côté de Milwaukee le soir de sa draft. Malheureusement pour les Bucks et pour Traylor, les doutes seront vérifiés. Le pivot n’arrivera jamais à s’imposer dans le Wisconsin, et sera tradé 2 ans plus tard aux Cavs, où les choses seront également très difficiles. Il finira sa carrière de basketteur dans les profondeurs du championnat portoricain, avant de décéder des suites d’une attaque cardiaque en 2011.

Alors oui, Dirk n’a été intégré dans le roster de Milwaukee qu’à titre temporaire, le temps d’un transfert vers Dallas. Mais il n’empêche que le temps d’un instant, sur le même bout de papier les noms de Dirk Nowitzki et Ray Allen se côtoyaient… Avec le recul qui est le nôtre désormais, Dirk et Ray-Ray sont incontestablement deux des meilleurs shooteurs extérieurs que le jeu ait connu. Dirk s’apprête à dépasser Wilt Chamberlain dans la liste des meilleurs scoreurs all-time uniquement grâce à sa qualité de shoot, lui qui a les capacités physiques d’une serviette. Ray Allen, joueur athlétique en début de carrière, a également su très tôt enfilé les perles, jusqu’à finir sa carrière dans le rôle de sniper d’élite en sortie de banc. Voir les deux joueurs, ensemble sous le maillot des Bucks, laisse forcément rêveur… A quoi aurait-on eu droit ? Une arme à deux têtes capable d’artiller à tour de rôle ? Une association intérieur-extérieur de sniper jamais vue auparavant ? Ou bien l’entente n’aurait pas été possible ? Qui sait… Même si Dirk n’a jamais été l’objectif des Bucks lors de cette draft, 1998, les fans de Milwaukee doivent rêver en secret de ce scénario… Qu’il faut maintenant que j’aille écrire. Alors au boulot !