1998. La NBA est à un tournant. Après avoir outrageusement dominé la ligue pendant 8 ans (à une retraite baseball-istique près), Michael Jordan quitte la ligue le ventre repu de titres et la dynastie des Bulls s’achève au sommet de sa gloire avec un deuxième three-peat. Pour les places fortes évoluant dans l’ombre de Chicago depuis de trop nombreuses années, il est l’heure de s’engouffrer dans le vide laissé par les taureaux pour devenir le prochain épouvantail de la Ligue.

Double finaliste en titre, le Jazz d’Utah et son mythique tandem John Stockton – Karl Malone cherche à profiter de la déchéance de ses bourreaux pour réussir à accrocher, enfin, cette bannière tant désirée au plafond du Delta Center. Cependant, les deux Hall of Famers se font vieux et la conférence Ouest, fidèle à sa réputation, a une nouvelle fois des allures de jungle. Parmi les fauves assoiffés de titres, deux vont se démarquer de la meute et s’écharper dans l’une des plus belles rivalités de ce siècle. Spurs, Lakers, deux équipes que tout oppose mais qui, chacune dans leur style, se feront une place au panthéon de la NBA.

San Antonio, ôde à l’humilité

“With the first pick in the 1997 NBA Draft, the San Antonio Spurs select Tim Duncan from Wake Forest University”. Avec ces quelques mots, David Stern vient de faire entrer les Spurs dans une nouvelle ère. 10 ans auparavant, les Texans avaient déjà mis la main sur un intérieur de choix en la personne de David Robinson. Celui que l’on surnomme l’Amiral va, pendant 7 saisons, mener les Spurs a des succès en saison régulière, allant même jusqu’à s’octroyer le meilleur bilan de la NBA et le titre de MVP en 1995. Le pivot est une personnalité à part, fervent chrétien, qui a dû repousser sa venue dans la ligue pour effectuer deux ans de service militaire pour la Navy (pour l’anecdote, celle-ci lui a “épargné” les trois années supplémentaires nécessaires).

Puis vient le sujet fâcheux, les playoffs. Malgré 25.6 pts et 11.8 rbds de moyenne, le champion olympique 1992 n’est pas assez entouré et se casse les dents sur les mastodontes de la conférence. Jazz, Suns ou Rockets, le résultat est le même : à chaque fois, les Spurs sont trop courts. Dennis Rodman, toujours dans la retenue, met en avant le fait que son ex-coéquipier est trop “soft” pour permettre à ses Spurs d’accéder au sacre ultime. Sans pour autant lui donner raison, reconnaissons le fait que le n°50 n’est pas forcément réputé pour sa grande gueule et ses coups de vice.

David Robinon et Michael Jordan
Tu as beau le défier du regard, mon cher David, tu n’auras jamais l’occasion de le rencontrer en finale

Les désillusions s’enchaînent et les événements prennent même une tournure désastreuse lorsque Robinson, miné par des blessures au dos et au pied, rate quasiment l’intégralité de la saison 1996-1997. Sean Elliott, deuxième meilleur scoreur de l’équipe, manque quant à lui 43 matchs. Sans leur pilier et son lieutenant, les Spurs touchent le fond. C’est pourtant dans ce marasme que va se dessiner l’avenir radieux de la franchise.

Après un début de saison pour le moins calamiteux, marqué par 15 défaites en 18 matchs, le coach Bob Hill est débarqué et le rôle revient au general manager de l’époque, un certain Gregg Popovich. Malgré cette révolution de palais, San Antonio ne parvient pas à inverser la tendance et termine la saison avec un bilan de 20 victoires pour 62 défaites. Mais comme vous le savez, qui dit bilan atroce dit plus de chances de tirer le gros lot à la draft. C’est ainsi qu’à l’issue de cette saison 1996-1997, le premier choix arrive à fort Alamo. Et autant vous dire que le suspense quant à l’identité de l’heureux élu ne durera pas très longtemps.

Comme en 1987, les Spurs ont un intérieur dans le viseur : après un cursus complet de 4 saisons à Wake Forest, ce qui va totalement à l’encontre de la tendance de l’époque, consistant à rejoindre la NBA – et l’argent – le plus rapidement possible, Tim Duncan est considéré comme le joueur le plus prometteur de cette cuvée (désolé Alain Digbeu). Si bien que malgré la présence de Robinson, le front-office texan est prêt à ajouter une deuxième tour de contrôle à même de faire de cette raquette la plus terrifiante de la ligue. Il faut dire qu’avec une dernière saison à 20.8 pts, 14.7 rbds, 3.3 blocks, une défense souveraine et une palanquée de récompenses individuelles, il est difficile de fermer les yeux sur le potentiel du Big Fundamental. Les questions d’alchimie dans la raquette et de complémentarité entre les deux stars sont évidemment présentes, mais San Antonio tient enfin la pièce capable de lui faire franchir ce dernier palier vers le Graal.

Tim Duncan université
Tim Duncan, premier choix de la draft 1997

Los Angeles, terre d’egos

Juin 1996. Cela fait 4 saisons que Shaquille O’Neal terrifie toutes les raquettes de la NBA sous les couleurs du Magic d’Orlando. All-Star dès sa saison rookie, finaliste en 1995, The Big Aristotle est un phénomène physique sans commune mesure qui marche sur tout ce qui a le malheur de se présenter sur son chemin. Une dynastie est en cours de création à Orlando, ça ne fait aucun doute. O’Neal va parapher son nouveau contrat en Floride et le Magic va continuer sa marche en avant, voire même rêver de faire tomber les Bulls.

Sauf que les négociations stagnent. Shaq a des prétentions salariales importantes et la direction d’Orlando ne semble pas prête à accéder à ses exigences. Le temps passe, rien n’avance et l’éventualité de voir O’Neal signer avec une autre équipe paraît de plus en plus plausible, donnant des idées aux GMs aux quatre coins du pays. Qui pourrait bien s’offrir les services du Diesel ? Quelle équipe pourrait avoir suffisamment de salary cap et un manager avec le charisme et la compétence nécessaire pour attirer une star à même de changer sa destinée ?

Vous l’aurez compris, on parle des Lakers. Jerry West a déjà monté une équipe fabuleuse autour de Magic Johnson et Kareem Abdul-Jabbar dans les années 80, il est prêt à faire en sorte de réitérer l’opération. Afin de créer l’espace salarial nécessaire pour faire signer Shaq, l’opération “liquidation totale” va se mettre en place à Los Angeles. Si celle-ci pouvait paraître risquée avec une équipe sortant d’une saison très correcte à 53 victoires, elle s’imposera pourtant dans les mémoires comme un coup de maître.

Jerry West
Je m’apprête à bâtir l’une des meilleures équipes de tous les temps. Des questions ?

“With the 13th pick in the 1996 NBA Draft, the Charlotte Hornets select Kobe Bryant”. Sauf que vous savez très bien que Kobe ne jouera pas une seule seconde sous le maillot de Charlotte. Et pour cause. Le soir même, les Hornets envoient leur rookie aux Lakers en échange de Vlade Divac. Ça, c’est la version officielle. La version officieuse, c’est que Kobe avait préparé son coup et que son transfert est tout sauf fortuit. Mais ce n’est pas le débat du jour – certaines personnes sont bien meilleures que votre serviteur lorsqu’il s’agit de réécrire l’histoire.

Ce qu’il faut retenir de cette affaire, c’est que Jerry West vient non seulement de dégager de l’argent, mais il vient surtout de mettre la main sur l’un des plus grands joueurs de l’histoire. Le plan est en marche. Une expédition de George Lynch et Anthony Peeler aux Vancouver Grizzlies plus tard, puis une offre de 120 millions sur 7 ans accompagnée d’un beau discours sur la culture de la gagne à LA, et Shaq, irrité par le comportement d’Orlando, signe en Californie. La dynastie est morte, vive la dynastie. Si vous souhaitez plus de détails sur la signature de Shaq, je ne peux que vous conseiller ce récit passionnant.

Que ce soit par la draft ou par des transactions savamment orchestrées, Spurs et Lakers ont bâti un effectif à même de prétendre au titre. Deux équipes programmées pour gagner qui, au crépuscule du XXe siècle, sont en lice pour reprendre le flambeau laissé par Sa Majesté. À la clé, 5 titres, 5 séries de playoffs, et une légende coécrite par deux équipes dont les seuls points communs sont l’excellence et la volonté de régner.

Acte I : le massacre d’Inglewood


Malgré des débuts performants, les deux prétendants se heurtent en 1998 aux patrons de la conférence Ouest : que ce soit en demi-finale pour les Spurs ou en finale pour les Lakers, le Jazz constitue encore un obstacle trop important. Mais ces échecs sont autant d’occasions pour Kobe Bryant et Tim Duncan d’engranger de l’expérience et de développer leur appétit pour la victoire. À l’approche de la saison 1998-1999, l’éruption est proche.

Pourtant, l’entame de cette saison écourtée par un lock-out ne sera pas de tout repos. Après 14 matchs, San Antonio affiche un bilan de 6-8. LA fait à peine mieux avec 8-6 mais a déjà débarqué son coach Del Harris. C’est à Kurt Rambis que revient la tâche de mener les Lakers au terme de la saison, qu’ils terminent avec un bilan de 31 victoires pour 19 défaites. Pas mal, mais peut largement mieux faire. Offensivement, la puissance est là avec un trio Shaq – Kobe – Glen Rice qui combine plus de 62 points chaque soir. Mais en défense, des progrès sont à faire. Du côté de San Antonio, après les difficultés initiales, le rythme de croisière a été trouvé : Robinson laisse le leadership offensif à Duncan et chapeaute la meilleure défense de la ligue. Les vétérans Mario Elie et Steve Kerr font parler leur expérience, Sean Elliott est en soutien de ses intérieurs et SA finit la saison sur un 37-13 – meilleur bilan de la NBA, à la faveur de 31 victoires sur les 36 derniers matchs.

L’affrontement est programmé en demi-finales, et il aura bien lieu. Les Spurs écartent facilement les jeunes loups du Minnesota au premier tour, pendant que les Lakers envoient les Rockets et leur trio Olajuwon – Barkley – Pippen à l’hospice. Premier round.

La réalité de la saison régulière va toutefois s’imposer rapidement aux yeux de tous : les Spurs sont au-dessus. Collectivement, défensivement, les hommes de Popovich sont plus forts. Après avoir parfaitement muselé Shaq sur le match 1 (6/19 au tir) et profité des 25 points de Tim Duncan, ils s’en remettent une nouvelle fois au n°21 pour faire pencher la balance dans le match 2. Alors qu’ils sont menés d’un point dans les ultimes instants de la rencontre, un Kobe encore un peu jeune manque deux lancers cruciaux. Sur l’action suivante, Duncan est servi au poste. Turnaround, jump hook, SA repasse devant et s’impose 79-76 pour mener 2-0 avant de voyager à LA.

De réveil, il n’y en aura pas pour les Lakers. Si les matchs 3 et 4 se jouent sur un rythme plus élevé, il reste un problème insoluble : personne n’est capable de stopper Tim Duncan. L’intérieur lâche les chevaux et inscrit la bagatelle de 37 points sur le match 3 et 33 points sur le match 4 pour assommer les Lakers. Il est rejoint dans son œuvre par Jaren Jackson, preuve de la profondeur d’effectif supérieure des Spurs. O’Neal essaiera bien de sauver les meubles en répondant avec 36 points au match 4 mais le mal est fait. Pendant 3 matchs, le pivot a eu du mal à s’imposer dans la raquette et prend moins de tirs que Kobe. Déjà, les conflits de leadership font leur apparition. Les Lakers payent leur manque de cohésion collective au prix fort, face à une équipe en mission. Le Forum d’Inglewood, théâtre des heures les plus glorieuses de la franchise californienne, ferme ses portes sur un coup de balai net et sans bavure.

Forts de cette victoire, les Spurs vont infliger la même sanction aux Blazers en finale de conférence, avant de disposer de Knicks héroïques mais limités. San Antonio était trop fort pour LA, mais aussi probablement pour toute la NBA cette année-là.

spurs champions 1999
Les tours jumelles soulèvent le trophée, Duncan est MVP des finales

Acte II : 15-1, merci, au revoir


Lorsque les deux équipes se retrouvent à nouveau en finale de conférence en 2001, les choses ont bien changé du côté de LA. Phil Jackson, coach des Bulls de Jordan et vainqueur de 6 titres en 8 ans, est arrivé pour prendre les rênes de l’équipe suite à l’échec de 1999. Comme il l’avait fait à Chicago, le Zen Master impose sa philosophie de jeu basée sur l’attaque en triangle, permettant à Shaq de faire parler sa pleine puissance. Si les conflits d’ego avec Kobe reviennent de temps en temps sur la table, ça n’altère pas pour autant la marche en avant des Lakers. Le duo est entouré de vétérans habitués aux finales et les angelinos remportent 67 rencontres en 1999-2000, Shaq est sacré MVP et malgré un parcours un peu chaotique (ils auraient carrément dû se faire sortir par les Blazers au match 7 des finales de conférence en fait, avant l’un des runs les plus mythiques de tous les temps), le titre revient à LA.

phil jackson kobe shaq
Kobe, tu donnes à Shaq. C’est pas compliqué non ?

Pour les Spurs, la saison 1999-2000 sera une belle galère. Acteur important du titre, Sean Elliott manque une grande partie de la saison pour une greffe de rein et ne revient que pour les 19 derniers matchs. Tim Duncan se blesse également au genou en fin de saison et même si le bilan de 53-29 acquis est tout à fait honorable, les Spurs se font surprendre par les Phoenix Suns au premier tour.

Frustrés, les Spurs réalisent une grosse saison 2000-2001 et affichent le meilleur bilan de toute la NBA (58-24). Les Lakers, après des débuts compliqués placés sous le signe de l’arrosage automatique estampillé Kobe Bryant, profitent d’une blessure contractée par l’arrière en fin de saison pour se re-concentrer et faire passer un message clair : le patron, c’est Shaq. L’équipe monte en pression sur les dernières semaines de compétition et arrive en playoffs avec le vent en poupe.

On va faire court, les deux équipes vont rouler sur la concurrence sur les deux premiers tours. SA ne perd que deux matchs pendant que LA sweepe les Blazers et les Kings, et les retrouvailles ont lieu en finale de conférence.

Vous vous rappelez de la série de 99 à sens unique qui avait vu les Spurs gagner facilement ? Et bien vous remplacez le mot “Spurs” par “Lakers” et vous obtenez le scénario de la finale de conférence 2001.

En route vers un bilan historique de 15 victoires pour une seule petite défaite sur la totalité de la campagne de playoffs, les joueurs de Phil Jackson vont laminer leurs adversaires. Dès le match 1 à San Antonio, Kobe inscrit 45 points pour donner le ton de ce qui sera une démonstration. Le match 2 sera un peu plus disputé grâce aux 40 points de Tim Duncan, mais ça ne suffira pas. Les Lakers ont remporté les deux premiers matchs dans le Texas, et reviennent en Californie pour finir le boulot. Ils feront en réalité bien plus que ça : en remportant les matchs 3 et 4 par 39 et 29 points d’écart, ils vont humilier les Spurs, sans aucune forme de pitié. Le souvenir de 1999 est encore bien présent dans les têtes et c’est toute une ville qui a soif de sang et de revanche. Les joueurs de Popovich sont totalement dépassés et ne peuvent que constater les dégâts, démolis par les coups de boutoir du duo Shaq-Kobe qui postera plus de 60 points de moyenne sur la série. Blessé pendant une grosse partie de la saison, Derek Fisher est parfait en soutien et se permet même une envolée spectaculaire au match 4 avec 28 points. Les vieux soldats de Phil Jackson, Horace Grant et Ron Harper, distillent leur expérience, pendant que Rick Fox et Robert Horry jouent les snipers (avec un supplément de clutchitude indécent pour le dernier nommé). Les Lakers 2000-2001 sont réputés comme l’une des meilleures équipes de l’histoire, et cette série ne fait que légitimer ce statut.

2001 Western Conference Finals: Spurs v Lakers
Kobe et les Lakers sont au-dessus, au propre comme au figuré

Arrivés invaincus en finale, les purple and gold se feront surprendre par Allen Iverson et ses Sixers (coucou Tyronn Lue) avant de rétablir l’ordre des choses et d’aller chercher le titre. Back to back pour Los Angeles, et gros mal de tête à San Antonio.

Acte III : Monsieur Bryant, si vous voulez bien vous donner la peine


À l’orée de la saison 2001-2002, le contexte est simple : les Lakers veulent réaliser le three-peat, les Spurs veulent laver l’affront et reprendre le dessus. Ça commence, comme d’habitude, par une bonne saison régulière des familles. En remportant 58 matchs chacune, les deux équipes font preuve de leur solidité caractéristique mais ça ne suffit pas aux Lakers pour remporter leur division, car un nouvel adversaire a fait son apparition. Les Sacramento Kings, menés par Chris Webber mais surtout un jeu collectif redoutable, gagnent 61 matchs et viennent semer le trouble dans la tête de nos deux prétendants (il faut que j’arrête les phrases comme ça, on se croirait dans les Princes de l’Amour).

De toute façon, avant de pouvoir affronter les petits nouveaux, Spurs et Lakers vont devoir une fois de plus croiser le fer en demi-finales de conférence.

Los Angeles a l’avantage du terrain, pourtant le match 1 prend rapidement des allures de cauchemar pour les locaux. Kobe et Shaq subissent des blessures mineures les poussant sur le banc beaucoup plus longtemps que prévu, offrant aux Spurs une chance en or de voler une rencontre au Staples Center malgré l’absence de David Robinson. Mais les seconds couteaux de LA répondent présents, et lorsque les deux leaders reviennent en jeu, les Lakers ne sont pas largués. À force de volonté, ils vont réussir à remporter le game 1. Mais ils ont eu très chaud. Et dans le game 2, la sanction va tomber. Après son 26 pts – 21 rbds inaugural, Tim Duncan balance un 27-17 bien solide qui propulse sa franchise vers le haut. LA aura beau lutter, cette fois-ci, ça ne suffira pas. San Antonio récupère l’avantage du terrain et pense avoir pris un ascendant dans la série.

Le retour dans le Texas est doublement agréable pour les Spurs : David Robinson réintègre l’équipe, et Tim Duncan reçoit son trophée de MVP, qui vient couronner une saison à 25.5 pts, 12.7 rbds et 3.5 ctres. Le match 3 débute par une cérémonie en grande pompe, avec un public chauffé à blanc. Bref, la pression sur les Lakers est forte et le contexte est hostile. C’est maintenant l’heure du quiz :

“Top ! Je suis un joueur de Los Angeles, je suis totalement imperméable à la pression, l’idée de ruiner les rêves de dizaines de milliers de personnes venues acclamer un adversaire qui a obtenu un trophée qui doit ME revenir chaque saison est ma raison de vivre, je suis arrière, je porte le numéro 8, je suis je suis je suis ??”

Félicitations, vous avez gagné une plante d’appartement. Pendant les matchs 3 et 4, Kobe trouvera la réponse à tous les problèmes que les Spurs tenteront de lui poser. À deux reprises, les pensionnaires de l’Alamodome auront l’avantage dans le 4e quart-temps. À deux reprises, ils croiront empocher la victoire. Et à deux reprises, le Black Mamba viendra faire des copeaux avec les espoirs de ses adversaires. En inscrivant 31 puis 28 points et en sortant des performances d’un sang froid absolu en fin de match (notamment en allant gratter un rebond offensif crucial dans le match 4), il fait basculer la série du côté des Lakers. Les Spurs sont revenus dans leur antre à 1-1 avec la ferme intention de prendre un avantage décisif, ils en repartent sonnés et à un match de l’élimination.

Celle-ci interviendra dès le match suivant. On ne change pas une formule qui gagne (oui qui perd, selon le point vue), San Antonio prend l’avantage tôt dans le match mais LA revient et passe devant. Tim Duncan lâche un nouveau match de mammouth à 37 points et 25 rebonds histoire de prouver que son trophée de MVP n’est pas usurpé, mais face à un duo Kobe-Shaq à ce niveau, l’effectif est trop court. L’humiliation n’a pas été au rendez-vous cette année, mais les Spurs n’en ont cure : ils ont encore été dominés, et ça devient préoccupant.

david robinson tim duncan
Ça commence à faire beaucoup non ?

Les Lakers continuent leur chemin et se frottent aux Kings en finale de conférence, pour l’une des séries les plus contestées (et contestables) de l’histoire. Nous n’aurons pas le luxe de développer ici, mais gardez à l’esprit que de nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer un arbitrage que l’on désignera comme peu cohérent, voire proprement scandaleux, en particulier sur le game 6.

Quoi qu’il en soit, les Lakers s’en sortent en 7 matchs et vont utiliser les Nets comme un paillasson en finale, pour assurer leur troisième titre consécutif. Dynastie, tout ça…

Acte IV : bon, maintenant, ça suffit


Cela fait 3 saisons que les Spurs n’ont pas vu la couleur d’une finale NBA. Alors oui, ils sont gentils, non, leurs egos ne sont pas ingérables, et tout ce que vous voulez, mais ce sont aussi et surtout des compétiteurs. Ils n’en peuvent plus. Une nouvelle fois, la saison régulière sera le théâtre d’une démonstration de rigueur et d’application made in San Antonio. Avec 60 victoires et le meilleur bilan de la ligue, ils ont toutes les armes en main pour aller loin. Duncan et Robinson sont toujours là, mais le reste de l’effectif a bien changé par rapport à 99 : le jeune Tony Parker est aux commandes depuis la saison 2001-2002, un magicien argentin du nom de Manu Ginobili arrive pour garnir le banc, pendant que Bruce Bowen défend chaque soir comme si sa vie en dépendait, avec une dose de vice non négligeable. Stephen Jackson fait un peu de tout, Malik Rose et le vétéran Steve Kerr sont toujours là… Bref, il y a de quoi faire.

Du côté de Los Angeles, la gueule de bois du troisième titre a visiblement laissé des traces. Shaq manque le début de saison et après 30 matchs, les Lakers affichent un bilan catastrophique de 11-19. La suite sera un peu plus positive et les 50 victoires décrochées permettent aux angelinos de valider leur ticket pour les playoffs. Cependant, des questions se posent : les triples champions ont-ils encore faim de titres ? Shaq et Kobe sont-ils encore capables de se mettre au service du collectif ? Lorsqu’il faudra puiser dans ses réserves pour surmonter un obstacle, la volonté sera-t-elle au rendez-vous ? Si sur le papier, l’équipe est toujours aussi redoutable – l’effectif a très peu changé par rapport au titre de 2002 -, dans la réalité, la dynastie semble vulnérable.

Après un premier tour maîtrisé, Lakers et Spurs se retrouvent une nouvelle fois en demi-finale de conférence. L’heure est venue pour Tim Duncan (une nouvelle fois élu MVP) et ses coéquipiers de prendre le pouvoir.

En 2001 et 2002, les Spurs avaient perdu le premier match de manière frustrante. Et si l’entame du match 1 de cette série en 2003 fait une nouvelle fois craindre le pire, le Big Fundamental n’est vraiment pas disposé à voir l’histoire se répéter. La lutte est âpre, mais les locaux parviennent enfin à prendre le dessus dans le sillage des 28 points de leur MVP et des 15 points de Manu Ginobili. Pour la première fois en 3 confrontations, les Spurs mènent à l’issue du match 1. Ils doubleront d’ailleurs assez facilement la mise au match suivant et embarquent pour la Californie en position de force. Menés 2-0, les champions sont dos au mur. Duncan domine, Bowen défend comme un rottweiler sur Kobe… Phil Jackson va devoir trouver des solutions.

Dès le Game 3, on sent bien que la saison des Lakers ne s’achèvera pas tout de suite. Remobilisés par l’enjeu, les locaux roulent sur les Spurs et reviennent facilement à 2-1, 110-95. Cependant, San Antonio ne s’affole pas et lorsque ces-derniers mènent de 16 points au cours du game 4, on se dit que l’on est proche de la déchéance des champions en titre. C’est une nouvelle fois l’heure pour la célèbre phrase “ne sous-estimez jamais le coeur d’un champion” de prendre tout son sens. Prouvant aux deux-trois cancres qui ne l’auraient pas compris que rien ne peut réellement l’arrêter lorsqu’il s’en donne la peine, Shaquille O’Neal poste un monstrueux 29 pts – 17 rbds dans ce match. Dans le même temps, Kobe inscrit 35 points et une fois de plus, le duo est trop fort pour les Spurs. L’avance fond au même rythme que la confiance acquise par les texans, qui s’inclinent 99-95. 2-2, retour à San Antonio, le match 5 va valoir très, très cher. Vous vous souvenez du mur au pied duquel se trouvaient les Lakers il y a deux matchs ? Vous pouvez les remplacer et y placer les Spurs.

Comme les Lakers au game 3, les Spurs vont attaquer le game 5 sur les chapeaux de roue. Encore une fois, ils vont dominer. Encore une fois, leur avance va croître et devenir confortable. Encore une fois, évidemment, Kobe et consorts vont revenir. À quelques secondes de la fin, le match et la série vont basculer sur une seule action. Les Lakers sont menés 96-94 mais ont la possession. Les Spurs, pensant que le dernier shoot va revenir à Kobe, mettent une pression défensive forte sur celui-ci, acculé dans le corner. Mais tout cela leur fait oublier la présence d’un autre joueur d’élite dans le money time, Robert Horry. Big Shot Rob n’est plus à présenter, demandez aux Kings ce qu’ils en pensent. Laissé libre par la défense, celui-ci se présente sur la ligne à 3 points, et hérite de la balle. Toute la ville retient son souffle. Le ballon s’élève, termine sa courbe, semble entrer dans le panier… puis en ressort. Celui qui a, tant de fois, fait basculer des rencontres en faveur de son équipe, a cette fois failli à sa réputation.

Les Lakers ne s’en remettront pas. De retour à LA, ils ne pourront que constater que la série leur a bel et bien échappé. Le match 6 est une véritable boucherie dont les Spurs ressortent vainqueurs 110-82. La dynastie des Lakers s’achève après 3 titres consécutifs, sur les larmes de Derek Fisher et Kobe Bryant.

Ayant enfin triomphé de leur nemesis, les Spurs s’en iront évidemment conquérir le titre tant convoité depuis 1999, écartant les Mavericks de Steve Nash et Dirk Nowitzki en finale de conférence, puis les Nets, une nouvelle fois victimes du champion de la conférence Ouest en finale.

Acte final : un miracle nommé Fisher


Juillet 2003. Ne souhaitant pas être retenus dans l’histoires comme des légendes sans bagues, Gary Payton, 34 ans, et Karl Malone, 39 ans, signent aux Lakers. Ils viennent former, avec Kobe et Shaq, ce que beaucoup pensent être à l’époque la meilleure équipe de tous les temps. Malgré leur âge, Payton et Malone sortent tous deux d’une saison à 20 points de moyenne et constituent donc, en théorie, un renfort de choix.

lakers 2004
Ah, en photo, c’est beau. Sur le terrain ? Mouais

Pourtant, la saison des Lakers va être chaotique. Après des débuts réussis, Malone se blesse et les Lakers gagnent “seulement” 22 matchs sur 39 en son absence. Kobe Bryant est empêtré dans une affaire d’agression sexuelle, et quand les journalistes ne parlent pas de ça, ils parlent de ses embrouilles avec Shaq, qui ont atteint de nouveaux sommets. Tout est difficile, mais le talent pur fait que les Lakers finissent fort la saison et s’en tirent avec 56 victoires.

Concernant San Antonio, vous commencez à être habitués : saison sérieuse, pas de vagues, équipe performante malgré le départ à la retraite de David Robinson, 57 victoires et de nouvelles grosses attentes pour la post-season. Oui, c’est court, mais que voulez-vous, il n’y a vraiment pas grand chose à dire de plus.

Pour la 3e fois consécutive, les deux équipes se retrouvent en demi-finale de conférence. Comme ils avaient su le faire en 2003, les Spurs font le boulot à domicile sur les deux premiers matchs, profitant notamment des 30 points de Tony Parker dans le game 2 (bon, Duncan inscrit aussi des camions de points mais on espère qu’à ce stade de la lecture, cela ne vous étonne plus). En revanche, le retour à Los Angeles est toujours aussi délicat pour les Texans, qui prennent un blowout au game 3 et subissent les 42 points de Kobe au game 4. Le scénario de 2003 se répète, le game 5 à San Antonio sera décisif.

Le match est âpre, mais les Lakers semblent avoir le dessus. À plusieurs reprises, ils prennent 13 points d’avance et pensent repartir avec la victoire. Mais les Spurs reviennent au contact, inlassablement, et prennent une avance d’un petit point. Pendant plus d’une minute, le score restera bloqué à 71-70 pour les locaux. À 13 secondes du terme, l’inévitable Black Mamba donne l’avantage à son équipe et inaugure une fin de match absolument légendaire.

Servi au poste haut sur la remise en jeu, Tim Duncan s’embarque dans un dribble compliqué vers la raquette, repoussé par le Shaq – joueur plutôt pratique quand il s’agit de repousser quelqu’un. Pressé par le temps, il déclenche un tir que l’on qualifiera aimablement de “casse-croûte”, sauf que celui-ci rentre. Il reste 0.4 seconde à jouer, 73-72, les Spurs pensent avoir gagné le match. Sauf que non, évidemment. À force de temps-morts et autres pérégrinations, plus de 5 minutes s’écoulent entre le tir de Duncan et la remise en jeu, effectuée par Gary Payton. Derek Fisher hérite du ballon, se retourne, balance une prière, bingo. Légendaire, on vous dit.

Bien sûr, ce genre d’événement est de ceux qui font basculer une série. Les Lakers ont l’occasion de plier l’affaire à domicile en 6 matchs, et ils ne vont pas se faire prier. Ils remportent la dernière rencontre 88-76 et vont en finale de conférence. Ils battront facilement les Timberwolves au tour suivant, mais se casseront les dents sur les Detroit Pistons en Finales NBA. Favorite sur le papier, la collection d’individualités ne pourra pas compenser le manque de cohésion collective et la lutte d’egos entre Kobe et Shaq, devenue trop importante.

Cette confrontation de 2004 sera la dernière entre les deux bastions. En froid avec la franchise, Shaquille O’Neal est transféré durant l’été au Heat de Miami. Malone, Payton et Phil Jackson partent aussi. Une nouvelle ère s’ouvre à Los Angeles. Kobe a enfin le rôle de franchise player exclusif qu’il désirait si ardemment et va enchaîner les saisons record en termes de scoring, sans jamais réussir à se montrer dangereux au printemps. Il devra attendre le retour de Phil Jackson et l’arrivée de Pau Gasol pour re-goûter à la saveur d’un titre.

Débarrassés de leur ennemi, les Spurs iront chercher deux nouveaux titres en 2005 et 2007, toujours dans le sillage de leur trio Duncan-Ginobili-Parker. Je n’ai, malheureusement, pas d’anecdote truculente à vous raconter sur des conflits de personnalité ou des difficultés à jouer ensemble, vous avez bien compris que ce n’était pas le genre de la maison. L’équipe s’est construite dans la durée, et en récolte encore les fruits aujourd’hui.

duncan parker ginobili 2005
Après le départ du Shaq, les Spurs prennent le pouvoir

La rivalité entre les Lakers et les Spurs n’est pas la plus célèbre, mais constitue néanmoins l’une des plus belles que la NBA ait eu à nous offrir. Les deux franchises étaient clairement les meilleures de la ligue, et la seule chose qui pouvait se mettre en travers de la quête de l’une d’entre elles pour le titre, c’était l’autre. Sur les trois premières confrontations, aucun doute n’était permis sur l’identité de la meilleure équipe. Les deux dernières, en revanche, ont vu leurs cours basculer sur des coups du sort. Tous les ingrédients étaient réunis : deux équipes excellentes mais tellement différentes, qui ne s’apprécient pas particulièrement, et qui doivent, quasiment chaque année, s’affronter pour établir leur suprématie. 4 fois sur 5, le vainqueur ira chercher le titre, preuve de l’hégémonie de ces deux mastodontes.

Vient alors la question fatidique : qui était le plus fort ? Les Lakers avaient évidemment plus de talent, avec un tandem Kobe – Shaq reconnu comme l’un des plus dominants de l’histoire. De 2000 à 2002, la franchise californienne a régné sans partage sur la ligue et les Spurs, malgré un Duncan au sommet de son art, ont dû faire comme les autres, et s’incliner. En 1999, les Spurs étaient meilleurs mais en 2003, qui sait ce qu’il serait advenu si le shoot d’Horry était rentré ? Au sommet de leur art, les Lakers étaient probablement un peu au-dessus. Cela n’enlève rien aux performances fabuleuses réalisées par les Spurs, une équipe construite par la draft, dans un petit marché, n’ayant pas une capacité à attirer les superstars similaires à Los Angeles. San Antonio est une franchise à part dans le paysage NBA, misant sur un développement de ses joueurs draftés et sur une progression régulière. Les 5 titres remportés depuis la prise de fonction de Gregg Popovich en tant que coach sont la preuve du succès de ce système. Après le départ à la retraite de Michael Jordan, les fans auraient pu tomber dans la morosité. Au lieu de ça, deux franchises de l’Ouest ont profité du vide pour s’y engouffrer et écrire certaines des plus belles pages de leur histoire et de celle de la Grande Ligue.