On les attendait au sommet de la conférence Est en début de saison, et la suite ne nous aura donné qu’à moitié raison. Wizards et Raptors ont vécu des saisons aux trajectoires diamétralement opposées, les Canadiens s’imposant dans l’élite de la ligue pendant que leurs homologues de la capitale s’enfonçaient dans la médiocrité. Résultat, cette affiche digne d’une demi-finale nous est proposée dès le premier tour, ce qui n’est évidemment pas pour nous déplaire.

Malgré l’écart au niveau des bilans, la série pourrait très bien accoucher d’une opposition féroce entre des Raptors en confiance et des Wizards qui ne sont jamais aussi redoutables que lorsqu’ils sont en position d’outsider. Toronto-Washington, ça commence samedi à 23h30.

Le bilan des saisons

Lorsque les Raptors ont annoncé cet été leur volonté de refondre leur système de jeu et de s’orienter vers un style plus collectif, certains ont pu être tentés de se moquer. Y compris votre serviteur. Pourtant, il faudrait être d’une mauvaise foi légendaire pour ne pas reconnaître que la saison de Toronto est une véritable réussite. En s’arrogeant le meilleur bilan de la conférence pour la première fois de son histoire, la franchise en a surpris plus d’un. Leader incontesté, DeMar DeRozan a pris une toute nouvelle dimension cette année, en sortant une saison de très gros calibre, récompensée par une sélection dans le 5 majeur de l’Est pour le All-Star Game. Dans le sillage de l’arrière, toute l’équipe a embrassé cette nouvelle identité faite de mouvement et de rapidité, toujours soutenue par une défense redoutable. Toronto peut ainsi se targuer de posséder l’une des 5 meilleures attaques ET l’une des 5 meilleures défenses de la ligue, performance rarissime qui en dit long sur la qualité de cette équipe. Les dinos arrivent en playoffs avec le deuxième bilan de la NBA (59-23), et un statut d’équipe à abattre auquel ils ne sont pas forcément habitués.

Avant d’aborder le cas de Washington, je ne saurais que trop vous conseiller de vous servir un verre de type aspirine ou alcool fort, qui pourrait s’avérer salvateur (personnellement, j’en suis au 4e, vous pardonnerez donc aisément les élucubrations à venir). Non parce que là, on est sur de l’énervement pur et dur. John Wall a manqué deux mois, il faut être tolérant ? Foutaises. Avant sa blessure, les Wizards étaient déjà bien avancés dans leur projet de déception, présentant un bilan de 27-22. Embrouilles de vestiaire, tweets ambigus, défaites inexcusables contre des équipes de Nationale 2 en reconstruction, les démons classiques de Washington étaient une nouvelle fois présents. Tout comme leur capacité à se sublimer face aux meilleurs, augmentant la frustration ressentie devant cette saison en tous points médiocre (43-39). Cette franchise est largement capable d’aller chercher un top 4, et se retrouve pourtant en queue de peloton. Plus inquiétant encore, les résultats depuis le retour de Wall sont catastrophiques, avec 2 petites victoires pour 5 défaites subies face à des équipes extraordinairement puissantes et intimidantes comme les Bulls ou le Magic. Le momentum des Wizards pour cette campagne 2018 pourrait difficilement être plus moisi.

Les match-up clés

Bradley Beal vs DeMar DeRozan :

C’est un duel évident mais il aura encore plus de saveur cette année tant les deux arrières ont pris le leadership de leurs équipes respectives. Propulsé sur le devant de la scène par l’absence de John Wall, Beal a prouvé qu’il savait être bien plus qu’un scoreur, menant ses ouailles à de gros succès contre OKC, Cleveland ou, tiens donc, Toronto. Mais de son côté, le n°10 des Raptors a également réalisé une saison grandiose. Lowry s’est un peu effacé au profit du collectif, le ballon tourne plus, et c’est à DeRozan qu’ont été confiées les clés du camion, qu’il conduit avec maestria cette saison. Les deux all-stars vont devoir donner le ton pour entraîner leurs coéquipiers vers la victoire, sans parler du money time où ils auront un rôle crucial à jouer. On a hâte.

David vs Goliath :

Euh, pardon, je voulais dire les bancs. Ce n’est pas une nouveauté, le banc de Washington n’est pas spécialement réputé pour la terreur qu’il instille dans le coeur de ses adversaires. Même si l’absence de Wall a mis en lumière de choses intéressantes (notamment le bel intérim de Tomas Satoransky), les remplaçants de la capitale paraissent bien faiblards face à l’armada Canadienne. Fred VanVleet, Delon Wright, Jakob Poeltl, CJ Miles… C’est athlétique, ça défend, ça court, ça shoote, bref, ça peut faire très mal à tous les étages. Et ça le fait, puisque le banc de Toronto est le meilleur de la NBA en terme d’efficacité (http://www.hoopsstats.com/basketball/fantasy/nba/teamstats/18/7/eff/1-1). Alors oui, en playoffs, les rotations sont réduites, mais le fait de disposer de gars capables d’apporter un vrai boost sur une dizaine de minutes, chacun dans leur registre, reste un avantage indéniable si la série vient à s’éterniser. Scott Brooks ne pourra pas faire jouer ses titulaires 45 minutes par match à chaque fois.

Les Raptors vs leur propension à passer pour des tocards :

Toronto et les playoffs, c’est une histoire qui finit mal en général. Souvent attendus, les joueurs de Dwane Casey n’ont jamais vraiment répondu présent, si ce n’est une finale de conférence en 2016, où les Cavs étaient comme d’habitude bien trop forts. Style de jeu minimaliste, trop d’isolation, difficultés pour Kyle Lowry et DeMar DeRozan à assumer leur rôle dans le money time, autant de facteurs qui pouvaient expliquer les échecs répétés des Raptors. Les changements entrepris cette saison ont pour objectif d’endiguer ce phénomène, mais la saison régulière n’offre qu’un début de réponse. Il faut un bon parcours printanier pour valider tout ça. Sur un vieux match défensif, 82-82 à 2 minutes de la fin, les Raptors sauront-ils trouver les solutions offensives pour faire basculer le match en leur faveur ? À la vue de certaines fins de matchs cette saison (coucou Boston, coucou OKC), on est en droit de flipper légèrement.

À quoi s’attendre ?

Déterminés à fermer des bouches par paquets de 60, les Wizards vont attaquer la série le couteau entre les dents. Venir prendre le match 1 chez le leader de la conférence alors que tu t’es fait déchirer par des joueurs de bilboquet toute l’année, c’est tout à fait le genre de performance que les joueurs de DC sont capables de nous pondre. On peut s’attendre à les voir tenter de durcir le ton dès que possible, et débuter tous les matchs tambour battant pour bousculer au maximum Toronto. Si les Wizards parviennent à instaurer le doute de manière durable dans les têtes adverses, la route de l’upset s’ouvrira à eux. John Wall, après avoir vu sa légitimité remise en question par beaucoup de monde, pourrait sortir une très grosse série pour nous rappeler ce dont il est capable.

Du côté de Toronto, il va falloir s’appliquer à continuer d’exécuter le jeu léché qui a fait leur succès cette saison, sans penser à leur statut ou à la désillusion que constituerait une nouvelle élimination. Il faudra rester sérieux, ne surtout pas rentrer dans la guéguerre psychologique que ne manqueront pas de lancer les Markieff Morris et autres Kelly Oubre Jr, et se concentrer sur la conservation de balle pour limiter les contre-attaques, évitant ainsi d’encaisser trop de runs. En baisse statistique cette année, Kyle Lowry aura à coeur de prouver qu’il est toujours un top joueur à son poste, et l’on peut s’attendre à voir le meneur prendre feu derrière l’arc sur un ou deux matchs. Dwane Casey ne devra pas avoir peur de faire confiance à son banc si l’un des titulaires a une défaillance, les 82 matchs qui viennent de s’écouler le prouvent.

Calendrier 

Game 1 : Samedi 14 Avril à 23h30 @ Toronto

Game 2 : Mercredi 18 Avril à 1h @ Toronto

Game 3 : Samedi 21 Avril à 2h @ Washington

Game 4 : Lundi 23 Avril à 00h @ Washington

Game 5 (si nécessaire) : Mercredi 25 Avril @ Toronto

Game 6 (si nécessaire) : Vendredi 27 Avril @ Washington

Game 7 (si nécessaire) : Dimanche 29 Avril @ Toronto

Pronostic

Raptors 4 – 2 Washington

Les Raptors nous ont souvent déçus/fait marrer dans le passé, mais il est temps de respecter ce qu’ils ont accompli cette saison. On ne réalise pas le meilleur bilan de sa conférence par hasard. On ne possède pas l’une des 5 meilleures attaques et l’une des 5 meilleures défenses de la ligue par hasard. Il ne fait aucun doute que les deux premiers matchs vont être un véritable test, car Washington va arriver avec une dalle monstrueuse et pourrait bien voler l’avantage du terrain dès le départ. Cependant, sur la durée, les Raptors seront capables de se remobiliser et leur profondeur d’effectif supérieure leur permettra de reprendre le dessus sur une équipe, certes, en mission, mais aussi incroyablement fébrile et possédant une alchimie des plus précaires. Les Wizards ne démériteront pas, mais cette sortie prématurée leur apprendra peut-être à respecter leurs adversaires soir après soir pour ne pas se retrouver dos au mur dès le début des playoffs.