Les Playoffs se suivent et l’histoire pour la paire Lowry-DeRozan a un air de répétition. Années après années, les Raptors étaient attendus, mais tous les ans, les mêmes remarques revenaient. Kyle Lowry était ciblé pour son manque d’engagement, notamment en attaque. DeRozan était critiqué pour tout forcer et manquer de réussite, au moment où on attend de voir les stars élever leur niveau de jeu. Tous les ans, Dwyane Casey était critiqué pour tous les « trop » qui pesaient sur le jeu de son équipe : trop d’isolation, trop peu d’utilisation de Jonas Valanciunas, trop peu de systèmes. Véritables symboles des galères de Toronto, en difficulté à chaque série, gagnant sans la manière : Lowry & DeRozan. En la matière, l’année passée fait office de symbole : Un Kyle Lowry brouillon, qui fait une chute statistique terrible entre sa saison régulière et ses Playoffs – avant de se blesser au second tour. Mais surtout, c’est DeRozan, 6,7% derrière l’arc, qui force son jeu et paraît complètement incapable, à nouveau, d’éviter l’élimination.

On pensait que l’an passé serait la der’, que le groupe ne se remettrait pas en route pour venir tenter une nouvelle fois sa chance. Trop de masse salariale, des prolongations à faire pour conserver le 5. Résultat, on a vu pléthore de joueurs quitter l’équipe : Terrence Ross en cours de saison, puis, Corey Joseph, DeMarre Carroll, P.J Tucker, Patrick Patterson. Que des joueurs installés dans la rotation XXL de la franchise canadienne. Alors… A l’orée de la saison, on ne voyait plus les Raptors tout en haut de l’Est. Dans le haut du panier, oui, mais pas ça.

L’histoire fut différente pourtant ! Les Raptors font une saison XXL avec le meilleur banc de la NBA. Seul C.J Miles était vraiment un nom réputé en NBA, ce qui n’a pas empêché, ces joueurs qui étaient des rotations de bout de banc, souvent très jeunes, d’aider une paire Lowry/DeRozan plus discrète qu’on ne l’a connu. La révolution, menée par un coach qu’on ne voyait pas capable d’incarner un tel changement identitaire. Mais les joueurs sont également responsables de ce changement. Beaucoup plus discrets dans leur jeu. Un Lowry plus orienté dans la gestion du tempo, là où il dégainait en chaîne – un DeRozan beaucoup moins tourné isolation, beaucoup plus collectif. Il semble qu’ils ont compris que le salut était dans la confiance en leurs coéquipiers. Dans la même veine, DeRozan développe son tir à 3 pts pour mieux se fondre dans ce nouveau collectif, créer plus de spacing.

Analyse du Game 1

On l’a vu, lu, entendu partout. « Les Playoffs c’est une histoire de stars ». « Les rotations se resserrent, les bancs sont moins importants ». Des adages qu’on à l’habitude de croiser.

Dans ce premier match contre les Wizards, nous avons eu droit à une rencontre compliquée, qui s’est jouée dans le 4eme QT. Dans cet affrontement, c’est surtout le cas DeRozan qui m’a marqué. Aussi brillant qu’il puisse être en attaque, il m’est paru tout aussi emprunté que les saisons précédentes. Compilant un 2/8 avec Lowry dans la première MT, il n’a pas cherché à en faire beaucoup plus en seconde. Si son coéquipier de back-court est apparu différent en rentrant quelques tirs importants et en pesant très lourdement par sa défense, arrachant plusieurs fautes offensives, lui a continué de distribuer.

Et c’est peut-être révélateur de ce qu’il a du accepter, de la manière dont il a du se remettre en question,  et donc à ce nouveau jeu. Parce que ce premier match, sans forcer pourrait très bien être l’aveu de faiblesse, qui accouche d’une nouvelle idéologie à Toronto. Celle du leader de l’équipe qui accepte qu’il n’est pas parmi les Superstars de la NBA, qui portent leur équipe sur leurs épaules, et laisse donc ses coéquipiers, et le collectif essayer de compenser.

Sur ce premier match, très peu de tirs forcés (à part en 3eme QT) par le joueur qui a toujours cherché à passer, faire la bonne action. Quitte à laisser le lead à un Delon Wright dans un 4eme QT de Playoffs. Voir un 5 avec un seul titulaire tenir la dragée haute aux 5 majeur adverse a de quoi surprendre, mais c’est ce qu’ont réalisé les remplaçants pendant la 1ere moitié du dernier acte, et c’est l’entrée de Lucas Nogueira au côté du duo Wright-DeRozan qui a instigué cette chute fatale aux Wizards. Avec un faible 6/17 au tir, l’arrière All-Star a su limiter ses travers et ne pas retomber dans la caricature, permettant à des coéquipiers fringants de tuer le match.

Grâce à ce « sacrifice », les Raptors tentent une nouvelle formule – et Dwyane Casey s’est montré efficace sur ses ajustements jusqu’ici. Le soucis, c’est qu’il ne faudra pas attente des soirées aussi fastes pour certains joueurs, pour compenser le peu de tirs rentrés par l’arrière. Serge Ibaka qui met 23pts à 3/4 derrière l’arc, ça ne sera pas tous les soirs, et si certains peuvent prendre le relais, compliqué d’imaginer Toronto aller loin si Lowry et DeRozan continuent à se faire si discrets.

Alors oui, avec ce collectif les Raptors peuvent essayer de faire mentir les adages. Et pour preuve, ils sont devenus moins caricaturaux. Quand on pense à Lowry, on ne pense plus uniquement à ce joueur intenable en sortir d’écran, balançant des pull-up de derrière l’arc. Quand on pense à DeRozan, on ne pense plus uniquement à ce scoreur racé, qui vie à mi-distance. Ils sont plus complets, et donc plus dangereux. Encore faut-il que les 2 stars soient dans leurs standards de saison régulière. Au moins ça.