“I don’t even know who the f*ck that is”. Voilà la réponse très inspirée formulée par Eric Bledsoe lorsque Matt Velazquez (Journal Sentinel) lui a demandé ses impressions sur le début de série de Terry Rozier. Le trashtalk quand tu es mené 2-0 et que, d’un point de vue individuel, tu ferais vraiment mieux de la boucler et de faire profil bas vu comment tu te fais souiller, c’est évidemment d’une stupidité sans nom, mais c’est peut-être aussi un symbole de la panique mentale dans laquelle se situe l’intéressé. Zoom sur un joueur à côté de ses pompes.

Attends, t’es en train de me dire qu’il faut mettre la balle dans le panier ?

Arrivé aux Bucks après une succession de déconvenues à Phoenix (de l’échec dans la quête des playoffs en 2013-2014 aux bas-fonds de la ligue par la suite), Eric Bledsoe a obtenu ce qu’il voulait : se tirer de ce merdier et jouer pour une équipe en passe de participer à la postseason. Malgré le licenciement de Jason Kidd et une saison qui n’a pas forcément été à la hauteur des attentes, accouchant d’un bilan à peine meilleur que l’an dernier (44-38 vs 42-40), la qualification a été au rendez-vous pour les Bucks. En héritant du 7e spot, les joueurs du Wisconsin s’offrent une série contre une équipe de Boston redoutable mais décimée, et on se dit que l’occasion est parfaite pour jouer les troubles-fêtes. L’occasion aussi pour Bledsoe de montrer qui est le patron dans son duel face à Terry Rozier, propulsé meneur titulaire de la maison verte en l’absence de Kyrie Irving. Après deux matchs, le constat est pourtant sans appel : on est loin, mais alors très loin de tout ça.

On ne sait pas si c’est la pression liée à sa première participation aux playoffs, toujours est-il que l’ami Eric est complètement dépassé par les événements. Lui qui tournait solidement à 17.8 pts et 5.1 ast sous ses nouvelles couleurs, ne parvient absolument pas à peser sur les débats. On pourrait presque parler d’un handicap tant son apport est inexistant.

Tout d’abord, l’adresse n’y est pas, en témoigne son 9/25 cumulé sur les deux premiers matchs. Giannis Antetokounmpo et Khris Middleton abattent un travail monstrueux en postant 60.5 points de moyenne par match à eux deux, mais personne n’est fichu de les soutenir. Le tandem Bledsoe – Snell (note à l’auteur : entamer la rédaction d’un spectacle humoristique sur le début de série de Tony Snell) produit péniblement 12.5 points et n’est d’aucune utilité en attaque. Heureusement que Malcolm Brogdon retrouve un niveau de plus en plus intéressant, sinon les dégâts seraient bien plus importants. Bledsoe joue pourtant sur ses forces, en essayant d’attaquer le cercle et de profiter de son physique pour semer la pagaille dans la défense, mais en vain pour l’instant.

En-dehors du tir, Bledsoe multiplie les choix douteux (5 pertes de balle pour 4 passes décisives dans le match 1) et se transforme en spectateur du Giannis show. Une panne d’adresse temporaire peut arriver, mais il n’a pas trouvé un moyen pour compenser cette panne pour le moment. Si mini-LeBron veut être considéré comme un joueur de calibre All-Star, il doit être capable de briller offensivement dans un tel contexte, même si la défense adverse est forte. Il doit être capable de coller son front sur celui de Terry Rozier et de lui dire “écoute-moi gamin, je vais être ton pire cauchemar pendant 7 matchs”. Et ce n’est pas du tout le cas.

Ouais mais en défense, Bledsoe c’est quand même violent quoi ! Rozier doit pas voir le jour !

Ah, quelle naïveté touchante… En effet, non content d’être aussi utile que l’Oculus Rift de Gilbert Montagné quand les Bucks ont la balle, le backcourt de Milwaukee se fait méchamment rouler dessus par le duo Terry Rozier – Jaylen Brown de l’autre côté du terrain. Des joueurs très prometteurs, certes, mais aussi des joueurs qui vivent leurs premiers playoffs en tant que titulaires et sont respectivement dans leur troisième et leur deuxième saison dans la ligue. Il y a donc probablement la place pour faire un peu mieux qu’encaisser un 96-25 par ce duo en deux matchs.

Laissons de côté les galères de Tony Snell face à Jaylen Brown et concentrons-nous sur le match-up de Bledsoe face à Rozier. C’est peut-être sur cet aspect là que le début de série du meneur de Milwaukee est le plus inquiétant, tant il semble aux abois face à son jeune adversaire affamé. 23 points sur le museau dans chacun des deux matchs au TD Garden, à 47% au tir dont 50% derrière l’arc (où le Buck devrait le gêner au maximum), c’est assez salé comme addition. Sans parler du tir à la dernière seconde dans le match 1, qui se passe de commentaires :

Voilà. Quitte à être spectateur, amène une chaise la prochaine fois, ce sera plus confortable.

Cette séquence illustre parfaitement le nœud du problème : mentalement, Bledsoe n’est pas prêt. Sans rien enlever à Rozier, l’équation « cross + step back = 5m dans la vue » pose problème. On le voit regarder à droite, comme s’il craignait l’arrivée d’un écran, mais il y a quelque chose qui se nomme “tes coéquipiers” pour te l’annoncer en fait, surtout à ce stade du match. Reste sur ton gars, tu seras gentil. Ce n’est pas normal d’être perdu à ce point sur ce qui aurait pu être la dernière possession du match. Même quand Khris Middleton lui offre une occasion en or de se racheter en prolongation après son tir miraculeux, son seul fait d’arme est une charge désespérée sur Jayson Tatum pour espérer gratter un rebond, se traduisant par sa sixième faute. Très clutch tout ça.

J’espère que la vue est jolie, parce que là tu vas prendre cher

Sur le match 2, on prend les mêmes et on recommence, à l’exception de la prolongation puisque les Bucks auront été dans les cordes tout le match et n’auront jamais pu croire à la victoire. Évidemment, les 9 points de celui qui est en théorie la troisième lame de l’équipe n’ont pas aidé.

Le tableau n’est pas brillant pour Eric Bledsoe, d’un côté comme de l’autre. Il le sait, ça l’embête copieusement, mais quand tu es dominé à ce point, la moindre des choses est de faire profil bas et d’attendre le prochain match pour essayer de fermer des bouches. Cela dit, il ne faut pas non plus tomber dans l’acharnement, car il n’est certainement pas l’unique responsable du début de playoffs délicat des Bucks. L’organisation de l’équipe, le manque de soutien autour de Giannis et Middleton ou encore la fragilité du banc sont autant de facteurs à prendre en compte. À l’approche du Game 3 à Milwaukee, il est urgent pour Bledsoe et ses coéquipiers de se remettre dans le bain mentalement, s’ils veulent espérer créer le doute dans la tête des Celtics. On en reparle vendredi à 3h30 (bel horaire pourri au passage).