La NBA est depuis sa création, une ligue de stars, d’icônes, et d’individualités censées faire rêver novices, suiveurs distraits, et puristes passionnés – tous se délectant devant des shoots impossibles,  des triples doubles à la pelle ou des paniers au buzzer de nos stars favorites.

Cette ère n’est pas finie loin de la, nous continuerons tous de fantasmer, sur quelques dunks, blocks, ou cross bien sentis. La victoire finale à cependant toujours été à l’opposée de cette sacralisation de l’individualité pronée par la NBA. James a vaincu avec Wade ou Irving, Bryant avec Shaq ou Gasol, Duncan avec Robinson ou Parker & Ginobili. Mais plus que tout, toutes les équipes ayant remporté le titre depuis 15 ans sont des équipes complètes, pleines de travailleurs de l’ombre, de « role players » rouages capitaux aux victoires respectives de leurs équipes. Cependant il à toujours été possible en NBA, de faire une belle aventure en playoffs en se basant sur une grosse individualité, et une équipe plutôt faible, avec une cohésion offensive suspecte.

C’était l’apanage des monstres individuels, comme James, Iverson, ou Bryant, qui sont allés visiter la post season, avec des effectifs faiblards, parfois sous exploités au profit de leurs stars, capables de porter leur équipe et de vaincre des défenses à eux seuls. Le début du 21ème siècle est ainsi, encore l’époque ou le jeu est basé sur ses stars, où on assiste encore à beaucoup de un contre un et à du basket quelque peu statique.

Ces playoffs, magnifiques au demeurant, sont, pour moi, le chant du cygne du basket un contre un made in NBA.

L’idée à commencé à germer dans mon esprit, lors de l’incroyable démonstration de force réalisé par San Antonio lors des finals 2014. Du basket que du basket, des écrans sur le porteur, des écrans loins du ballons, des coupes dans le timing, des extras pass, des passes en trop meme,  des roles players superstars. Cette performance a défini pour la NBA, une nouvelle voie à suivre pour dominer et vaincre l’hégémonie des équipes captant les superstars (du moins jusqu’a un certain point).

Le premier exemple qui me vient à l’esprit est bien évidemment la série opposant OKC au Jazz.  Le jazz est une équipe dénuée de superstars. OKC possède de son coté un effectif absolument fantastique autour de westbrook. Il ne devrait pas y avoir photo. Mais le jazz joue bien purement et simplement. Il joue mieux, il joue au basket.

Il est injuste de se focaliser sur un joueur mais qui d’autre représente le mieux le joueur de l’ombre que Rudy Gobert ?

Son impact est simplement surréaliste, et invisible dans les stats, sacro sainte religion de la nba.

En défense tout d’abord, là ou il est le plus logique de le voir briller, il conteste tout, rend tout difficile dans la raquette, est intelligent sur sa couverture du pick, ne cherche pas le contre systématiquement. Ainsi il est tout simplement fou pour moi de voir un joueur contestant autant de shoot dans la raquette ne faire que 3 fautes par match. C’est une  preuve de sa discipline militaire dans le domaine. Et son impact offensif n’en est qu’une confirmation.

Je n’ai jamais vu un joueur poser autant d’écrans. Porteur ou non porteur, il multiplie les écrans, de bonne qualité en plus, sans se fatiguer, ou se lasser, durant tout le match. C’est un joueur extrêmement frustre offensivement, inutile de le cacher, mais il trouve en ses écrans, un moyen salvateur de peser offensivement. Il crée des espaces, en roulant systématiquement, en se montrant, en  demandant la balle sur ses coupes pour fixer les défenses à l’intérieur et  libère des joueurs par ses écrans offball. Pour ne rien vous cacher, je n’apprécie pas particulièrement Gobert, il n’est pas très passionnant à regarder, et je l’ai toujours trouvé un peu arrogant par rapport à sa propre personne. C’est pour ca que sa volonté inlassable de réaliser toutes les tâches ingrates, dures, blessantes m’a toujours laissé pantois. Il est pour l’instant le meilleur joueur de la série, le plus impactant. C’est la superstar de l’ombre. Et avec ses compères Joe ingles, Jae Crowder, Ricky Rubio ou Royce O’neal, ils sont en train de faire tomber, presque facilement le trident du Thunder.

Cette série illustre aussi très bien, l’importance du jeu offball absolument inexistant dans le jeu d’Oklahoma. On a beaucoup critiqué Golden state, même avant l’arrivée de Durant, pour leur amoncellement de stars, et leur domination presque écoeurante. Je ne suis pas de ceux qui vont défendre le choix de Durant bien au contraire. Mais GS, est un parfait exemple de ces actions de l’ombre qui vous font gagner des matchs.  Le jeu sans ballon des Warriors est constant, et meme quasiment automatique, il est très courant de voir Curry donner le ballon à Green au poste haut puis aller poser immédiatement un pick à Klay Thompson, lui permettant de remonter, le premier coupant au cercle. Vous me direz c’est totalement basique, et je vous répondrais, oui, ça l’est. Vous me direz c’est indéfendable parce que c’est les Warriors, et je vous répondrai oui, c’est sûr que cela facilite les choses.

Mais maintenant posez-vous la question suivante : combien de fois avez-vous vu Westbrook lâcher le ballon très tôt dans la posession et porter un pick sur un joueur sans ballon (ou ne serait-ce que couper vers le cercle), de meme pour Paul George ou Carmelo Anthony. L’attaque des Warriors est indéfendable parce que toutes ses actions de l’ombre apportent un « flow », un rythme capital dans la confiance des shooteurs, et meme simplement dans la qualité des tirs qu’ils prennent. Les warriors ont compris que le mouvement permanent est la clé pour faire imploser n’importe quelle défense, et cela implique forcéments ces actions de l’ombre. Le partage du ballon, les coupes, les écrans sont le sel de ce qui fait aujourd’hui une bonne attaque NBA. Bien sûr ce n’est pas l’unique facon d’attaquer en nba, Mitchell avec utah joue encore ses un contre un et prend encore des shoots compliqués parfois. Mais cette alternance fait d’eux une équipe imprévisible et donc d’autant plus dure à défendre.

Lorsque j’écris cet article, je regarde le match 5 de la série Celtics-Bucks. C’est un miroir parfait de la série Utah-OKC. De l’attaque et de la défense collective d’un coté, une attaque statique, et une défense poreuse de l’autre. Et surtout un effectif au complet autour de la superstar Antetokumpo, top 5 MVP cette année, composée de joueurs tels que Bledsoe, Middleton ou Jabari Parker qu’on pourrait définir comme stars ou semi-stars. En ce moment, le cinq de Boston est composé, de  Horford, Tatum, Ojeleye, Smart et Larkin. Et pourtant les Celtics sont devant depuis le début du match et dominent logiquement.

Il vous faudra toujours des superstars pour gagner un titre, c’est une certitude, mais ces playoffs nous prouvent que pour certaines équipes un Joe Ingles est plus valuable qu’un Paul George. Que les promesses d’un Westbrook ont bien moins de valeur que le silence d’un Rubio. Car le silence est une promesse, une promesse de l’ombre, et que 5 ombres éteignent parfois une lumière aussi brillante soit-elle.

 

Article par « Michel Duncan ».