En faisant tomber le Thunder en 6 matchs, le Jazz a brouillé les cartes à l’Ouest et nous propose un duel inattendu face aux Rockets au deuxième tour. Là où beaucoup s’attendaient aux retrouvailles électriques entre James Harden et Russell Westbrook, on se retrouve finalement avec une opposition de style très intéressante, entre une attaque terrifiante et une défense capable de faire des merveilles.

Le bilan après le premier tour

Les Rockets ont vécu une mise en route délicate face à Minnesota mais pas de quoi fouetter un chat (je ne suis particulièrement fier de ce jeu de mots).  L’adresse extérieure n’a pas toujours été au rendez-vous avec un duo Paul-Gordon oscillant autour des 30% et, dans ce contexte, c’est une fois de plus James Harden qui s’est retrouvé à faire la pluie et le beau temps dans le Texas avec 29 points et 7.4 passes décisives de moyenne. Du côté de la défense, Clint Capela a fait preuve d’une grande solidité avec 15 pts et 14.2 rbds sur la série. Quand on regarde les statistiques de Karl-Anthony Towns, on comprend la qualité de la performance du pivot suisse (même si ce n’est probablement pas la seule raison du craquage de slip de notre ami KAT). Quoi qu’il en soit, les Rockets ont fait ce qu’ils savent faire et arrivent sûrs de leur force pour cette demi-finale.

De son côté, Utah a donné une véritable leçon de basket à la déception ambulante de l’Oklahoma. Jeu collectif, défense de fer, rôles bien répartis, tous les ingrédients étaient là et la troupe de Quin Snyder a marqué beaucoup de points dans le coeur des amoureux de la balle orange. Au coeur de la réussite de l’équipe, Donovan Mitchell n’en finit plus de repousser les limites de son potentiel. 28.5 pts et 7.2 rbds pour le rookie, qui nous a gratifés de performances incroyables compte tenu de son jeune âge, comme sa prise de pouvoir en fin de Game 2 ou son 3e quart d’anthologie pour boucler l’affaire au Game 6. En relais de leur star, les autres titulaires ont brillé chacun dans leur registre, permettant au starting 5 de planter 83 points par match. Quant à la défense, ce fut évidemment une nouvelle fois l’une des principales forces des mormons, avec un Rudy Gobert autoritaire près du cercle et des rotations appliquées et efficaces face à l’attaque statique d’OKC. Utah n’était pas attendu à ce stade, mais leur présence est tout sauf usurpée.

Les match-up clés

Blitzkrieg vs barbelés

Le Jazz a-t-il les armes pour ralentir durablement l’attaque de folie menée par James Harden ? OKC n’a inscrit 100 points qu’à trois reprises dans la série du premier tour, mais la machine de guerre qui se présente est plusieurs niveaux au-dessus de la parodie de basket proposée par le Thunder. Spacing, pick’n’roll, pluie de tirs extérieurs, le basket de Mike D’Antoni n’a rien de sorcier mais quand il est exécuté avec autant d’application par des joueurs parfaitement taillés pour ce plan de jeu, les dégâts peuvent être monstrueux.  Personne n’a d’ailleurs vraiment réussi à ralentir les Rockets au complet cette saison, et même si Utah a de sérieux arguments défensifs, ils vont avoir fort à faire.

De l’autre côté du terrain, Houston a fait venir du renfort (Mbah a Moute, Tucker, Chris Paul) et cela se ressent, puisqu’ils ont la 6e défense de la ligue en termes de defensive rating. Même dans un soir où ça ne rentre pas, la défense peut permettre de laisser passer l’orage en attendant le retour de l’adresse extérieure.  Il faudra que celle-ci réponde présente, car Utah ne fait plus rire personne d’un point de vue offensif, bénéficiant de l’éclosion de Donovan Mitchell et du jeu sans fioritures des Derrick Favors et autres Joe Ingles. On n’est pas au niveau des Rockets, mais les armes sont là pour sanctionner le moindre flottement défensif.

Clint Capela vs Rudy Gobert/Derrick Favors

Si Utah veut nourrir quelques espoirs dans cette série, il faudra absolument limiter les secondes chances adverses. Tenir les Rockets sur 24 secondes est déjà compliqué, le faire sur 48 voire 72 relève carrément du masochisme. Principal pourvoyeur de rebonds offensifs de l’équipe (4.8 par match contre Minnesota), Clint Capela va se retrouver confronté à la doublette Gobert/Favors qui devra tout donner pour empêcher le suisse de faire son chantier habituel. Steven Adams a été plutôt bien tenu sur le tour précédent, il ne faudra surtout pas relâcher la pression.

Il en va de même dans l’autre sens. Pour lancer des contre-attaques rapides et profiter de la désorganisation de la défense, les Rockets doivent assurer des rebonds propres. Si Capela est occupé à ferrailler avec le duo d’intérieurs du Jazz, il faudra probablement l’aider en-dessous. Mais il ne fait aucun doute que les amis PJ Tucker ou Trevor Ariza se feront une joie d’aller coller quelques brins dans la bataille. Dans cette série où le rythme sera la clé, la bataille du rebond revêt une importance capitale.

James Harden vs lui-même

On aurait pu mettre Harden vs Mitchell, mais il faut se calmer deux secondes : malgré les prouesses du rookie, James Harden est encore bien au-dessus pour l’instant, quand il exprime son plein potentiel. Et c’est là que ça a pu coincer par le passé, comme dans cette série face aux Spurs l’an dernier qu’on ne présente plus. Harden est de retour en demi-finale de conférence et doit laver l’affront subi. Le barbu s’est montré impérial sur le premier tour, reste à voir ce que cela donnera contre une défense autrement plus sérieuse que celle des jeunes loups du Minnesota. Bonne nouvelle pour lui, il a martyrisé le Jazz en saison régulère avec 34.3 pts, 6.3 rbds et 6.8 rbds. Il faut maintenant confirmer, avec la hausse d’intensité et de tension (combien vaut la résistance ? #bacphysique) induite par les playoffs.

A quoi s’attendre ?

Houston ne va certainement pas changer son approche. D’une part, car ils ne savent jouer que comme ça, mais surtout car ils ont roulé sur tout le monde cette saison et qu’il n’y a aucune raison que le Jazz échappe à la sentence. Préparez vous à voir James Harden tenter des isolations en tête de raquette, du pick and roll dans tous les sens avec Clint Capela qui pourrait en profiter pour claquer quelques alley-oops bien violents, et un déluge de tirs à 3 points, marque de fabrique de l’équipe. L’armada de shooteurs est sans fin et le spacing impeccable permet à chacun de prendre sa chance quand il en a l’occasion. La défense collective d’Utah est excellente mais Quin Snyder ne dispose d’aucun joueur à même de gêner sérieusement James Harden en 1 vs 1. L’aide sera forcément sollicitée et il faudra être extrêmement rigoureux pour ne pas perdre de vue Eric Gordon ou Trevor Ariza (deux exemples parmi tant d’autres), car le barbu saura les trouver s’ils sont ouverts.  C’est déjà assez compliqué, mais si le Jazz parvient tout de même à embêter Harden, un autre problème se posera à eux : Chris Paul. La présence d’un autre créateur dans l’équipe est un atout majeur pour D’Antoni, car il peut soulager Harden de certaines de ses responsabilités si celui-ci se trouve dans la panade. S’il n’est pas aussi flippant en pénétration que son compère du backcourt, CP3 a énormément d’arguments à faire valoir dans ce registre, et d’un point de vue vista/passes laser, on peut dire que le mec est plutôt armé. Si on l’a moins vu cette année, c’est avant tout parce qu’il s’est fondu dans le moule et a laissé la majorité du playmaking à Harden. Mais si le besoin s’en fait sentir, celui qui a une chance unique de goûter aux finales de conférence saura être présent. Par ailleurs, son petit shoot mi-distance en sortie d’écran pourra être très utile afin d’apporter un peu de variation, même si ce sera évidemment effectué avec parcimonie. Bah ouais c’est Houston quoi.

Défensivement, la question n°1 des Rockets sera de savoir qui se chargera de Donovan Mitchell. Harden a montré de beaux progrès dans ce domaine, mais ne risque-t-il pas de se fatiguer en gardant le rookie ? Chris Paul est un bon défenseur mais a-t-il le physique nécessaire pour tenir sur la durée ? Heureusement pour D’Antoni, les spécialistes défensifs ne manquent pas dans l’effectif texan.  Si Mitchell se montre un peu trop en réussite, il n’est pas exclu de voir des mecs un peu plus déterminé comme PJ Tucker ou Trevor Ariza (Mbah a Moute s’il revient ?) s’occuper de son cas par séquence. Cela permettrait de mettre Harden sur Ricky Rubio ou Joe Ingles, une tâche défensive à prendre au sérieux mais nettement plus abordable. À l’intérieur, la présence de Derrick Favors pourrait s’avérer problématique. Houston ne joue qu’avec un seul intérieur « classique » (voire 0, coucou Tucker en 5), et Favors pourrait profiter d’un match-up avantageux pour jouer sur son physique et faire du dégât. Si Capela est occupé par le cas Rudy Gobert, il n’y aura pas grand monde pour s’opposer à lui.

Évidemment, c’est à double tranchant pour le Jazz. Au gré des aides et des changements en défense, Favors et même Gobert vont devoir sortir sur les artilleurs de Houston. Autant dire que ça risque d’aller vite, trop vite, et que ça pourrait être assez moche pour eux par moments. Quin Snyder devra avoir recours au small ball plus souvent qu’à l’accoutumée, et à ce petit jeu, Jae Crowder sera sérieusement mis à contribution. L’ancien des Celtics s’est montré extrêmement précieux face au Thunder, apportant le shoot et l’intensité qu’on lui connaît. Il ne serait pas étonnant de le voir défendre sur James Harden régulièrement. Avec Ricky Rubio et Donovan Mitchell, Utah dispose de défenseurs compétents pour défendre sur le barbu, mais personne dans le lot n’est capable de le tenir. L’idée sera plutôt de le gêner au maximum, en limitant les fautes car le banc du Jazz n’est pas d’une profondeur incroyable. La tâche paraît insurmontable, pourtant il faudra bien en passer par là pour faire durer le rêve. Un Harden à 35 points et 8 passes par match, c’est quasiment la défaite assurée. Pour aider ses coéquipiers dans cette tâche, Rudy Gobert devra se montrer plus intimidant que jamais en deuxième rideau, et faire comprendre au futur MVP qu’on n’entre pas dans la raquette du Jazz comme chez mamie. C’est le moment d’avoir de l’impact mon Rudy.

En lévitation sur le premier tour, Donovan Mitchell sera une nouvelle fois l’atout numéro 1 du Jazz pour faire souffrir Houston en défense. La palette offensive du rookie est sans limite et aucune opposition ne semble en mesure de contrer sa volonté d’impressionner la planète basket tout entière. Quand l’enjeu se fait sentir, quand il faut mettre les paniers qui comptent, Mitchell est là et semble se nourrir de la pression comme certains de ses illustres aînés. En soutien de ce dernier, Utah pourra compter sur un fond de jeu léché permettant à cette franchise d’être bien meilleure que la somme de ses individualités. Pour ralentir le rythme au maximum et égrener des secondes sur l’horloge des 24, sans tomber dans la caricature de l’isolation en tête de raquette, le collectif devra être irréprochable. Cela permettra d’éviter deux des pires dangers face aux Rockets : les pertes de balle et les mauvais tirs en début de possession, prétextes parfaits pour une contre-attaque éclair et un trois points ouvert dans le coin (aussi appelé the D’Antoni lay-up). En faisant bien tourner la balle, le Jazz pourra justement se procurer des occasions dans le corner, que Joe Ingles et Jae Crowder savent concrétiser de la meilleure des manières. Ricky Rubio s’est révélé offensivement sous ses nouvelles couleurs, et un nouveau coup de chaud sur un match n’est pas à exclure (tout du moins à son retour, vers le Game 4). Il faudra pour cela que la blessure contractée au dernier match lui permette de revenir en pleine forme. En-dessous, Snyder pourrait solliciter les qualités de Derrick Favors au poste bas pour casser le rythme et profiter d’un match-up avantageux. Les prises à deux qui naîtront de ces situations devront être bien lues par l’intérieur afin de trouver le tireur ouvert. Vous l’aurez compris, le Jazz dispose lui aussi de nombreuses options pour faire parler la poudre.

Pronostic

Rockets 4 – Jazz 1

À la mi-janvier, Utah était 10e de conférence et l’idée de voir la franchise au deuxième tour des playoffs était à une distance à peu près équivalente à celle qui sépare Kevin Durant de sa dignité. Impossible donc de rester insensible devant le retour en force de cette équipe, qui n’est pas la plus talentueuse sur le papier mais qui renverse l’adversité grâce à une cohésion collective à toute épreuve. Malheureusement, l’adversaire qui se présente sur son chemin fait partie de l’élite de la ligue et constitue un obstacle trop élevé. Houston arrive en favori et même si les rencontres en saison régulière ne sont pas un indicateur absolu, les 116 points de moyenne encaissés par le Jazz lors de la quadruple confrontation de cette saison laissent penser que la défense de Salt Lake City aura bien du mal à ralentir la tornade texane. S’ils veulent répondre au scoring, ils devront compter sur un Mitchell possédé et des renforts au diapason. C’est possible sur un match, voire deux, mais certainement pas sur une série. Quoi qu’il en soit, le Jazz n’aura rien à perdre, sa saison étant déjà une sacrée réussite. On peut donc s’attendre à les voir jeter toutes leurs forces dans la bataille et à offrir une opposition digne.

Porté par l’élan de sa saison de MVP, James Harden devrait une nouvelle fois éclabousser la série de son talent. Dans son sillage, Houston devra se montrer appliqué et ne pas prendre le Jazz de haut, mais on peut compter sur Mike D’Antoni pour faire passer le message. Ses hommes sont en mission et rêvent d’affronter les Warriors en finale de conférence pour montrer de quoi ils sont faits, il est donc peu probable d’assister à des sautes de concentration durables. Cela fait bientôt un an que les Rockets entendent parler de leur craquage au match 6 face aux Spurs, il est temps de mettre fin aux provocations et de s’affirmer une bonne fois pour toutes.

 

Calendrier :

Dimanche 29/04, @Houston, 21h30