Attendus de pied ferme après leur bel exercice 2016-2017, on ne peut s’empêcher d’être déçus lorsque l’on prend du recul sur la saison écoulée des Bucks de Milwaukee. Licenciement de Jason Kidd, jeu collectif pauvre, défense paresseuse (19e defensive rating de la NBA), l’aventure n’a pas été de tout repos et s’est terminée sur un bilan médiocre de 44-38 (contre 42-40 l’an passé) et une élimination en 7 matchs au premier tour contre les Celtics. Les Bucks ont stagné, malgré des promesses évidentes.

Joe Prunty, le coach intérimaire, aura eu pour mérite de valider le billet pour la postseason mais sans que les Bucks ne vendent particulièrement de rêve à chacune de leurs sorties. Il y a trop de talent pour que l’équipe soit mauvaise, mais on n’a pas eu grand chose de folichon à se mettre sous la dent.

Cela pourrait changer. Car Mike Budenholzer, en 5 saisons sur le banc des Hawks, a prouvé qu’il faisait partie du haut du panier des coachs NBA. Son plus grand fait d’armes restera bien sûr la saison 2014-2015, où Atlanta décrocha 60 victoires et la première place de la conférence Est, avec un jeu collectif léché et une défense performante – 6e offensive rating et 6e defensive rating de la ligue. Bon, ensuite ils ont servi de paillasson à LeBron et ses Cavs en finale de conf’, mais on retiendra tout de même les prouesses réalisées par cette équipe, loin d’être la plus talentueuse sur le papier. Si la présence d’Al Horford et Paul Millsap au All-Star Game n’a rien de surprenante, le fait d’y voir également Jeff Teague et Kyle Korver prouve la qualité de la performance des Hawks cette année-là, et Budenholzer n’y est pas étranger. Il a d’ailleurs reçu le trophée de Coach de l’année à cette occasion.

Un coach à même d’apporter des réponses

Assistant de Gregg Popovich de 1996 à 2013, le technicien de 48 ans est profondément marqué par la culture Spurs. Et ça commence, bien évidemment, par la défense. Sur ses 5 saisons passées en Géorgie, la franchise a terminé 3 fois dans le top 6 des meilleures défenses en terme de defensive rating, et c’était même la 2e plus féroce de la ligue en 2015-2016. Budenholzer sait inculquer une mentalité défensive, et ça tombe bien car les Bucks en ont cruellement besoin. Quand vous disposez d’athlètes hors du commun comme Giannis Antetokounmpo et Thon Maker, accompagnés d’un backcourt très sérieux en défense avec Bledsoe, Snell et la teigne Dellavedova, on peut juger relativement scandaleux de voir le niveau défensif affiché sur cet exercice 2017-2018. Avec de tels atouts, Milwaukee doit être capable de mettre en place une défense étouffante, comme on a pu l’apercevoir sur quelques fulgurances dans la série contre Boston. Si le nouveau coach parvient à mettre en place une éthique défensive semblable à celle constatée du côté d’Atlanta, on peut s’attendre à voir les Bucks faire de gros progrès de ce côté du terrain.

Du côté de l’attaque, là aussi, les motifs d’espoir sont présents. Même si son effectif était plus proche de celui d’une équipe de challenge départemental plutôt que d’une franchise NBA, les Hawks 2017-2018 pratiquaient un jeu collectif ambitieux, salué par des pointures du coaching game comme Steve Kerr et Gregg Popovich. Avec 328.7 passes par match, ils possédaient la 2e moyenne NBA dans ce domaine. En comparaison, les Bucks n’étaient que 24e, à peine au-dessus d’équipes reconnues pour la qualité absolument hors de propos de leur jeu collectif, comme les Cavs ou le Thunder. Évidemment, cette métrique ne suffit pas à elle seule à évaluer la qualité du jeu collectif d’une équipe, mais elle vient confirmer l’impression visuelle laissée par les matchs. Jeu peu inspiré, hero ball, et tout un tas d’autres défauts étaient présents dans le jeu offensif de Milwaukee, trop souvent dépendant des exploits de Giannis. Face à une défense des Celtics très organisée et tenace, les limitations ont été encore plus criantes. La venue d’un entraîneur capable de mettre en place un fond de jeu à même de propulser Teague et Korver au ASG peut-elle remédier à ces problèmes ? Vous avouerez qu’on a envie de croire que oui.

Le mental sera un autre point sur lequel Budenholzer sera très attendu. Cette fois, il ne dispose pas d’un joueur comme Al Horford, qui peut être un véritable relais sur le terrain, et permettre de canaliser l’équipe. Il sera en terrain inconnu, avec une équipe très jeune, et devra trouver la bonne approche pour “solidifier” le mental de ces Bucks, apparu bien friable par moments lors des playoffs. Giannis a-t-il la maturité nécessaire pour devenir le leader émotionnel de l’équipe ? Dans le cas contraire, qui pourra endosser ce rôle ? En dehors des considérations tactiques, cette mission sera l’une des plus importantes pour le nouvel entraîneur. La capacité à instaurer une winning culture a été évoquée lors de son recrutement, il faudra donc transformer ces jeunes talents fougueux en machines à gagner imperturbables.

Les axes d’amélioration sont donc nombreux, et il va falloir avancer sur ces sujets si les Bucks veulent tirer la quintessence de leur effectif.

Avec quel effectif ?

Car celui-ci, même s’il manque pour l’instant de profondeur, déborde de talent. Avec Giannis Antetokounmpo, Budenholzer dispose d’un diamant brut, et probablement le meilleur joueur qu’il n’ait jamais eu à coacher. Les deux hommes se sont d’ailleurs rencontrés à l’occasion d’un petit déjeuner – qu’ont-ils mangé ? quelle était la cuisson des pancakes ? désolé, avec cette ambiance de mariage princier, les questions BFM-esques sont de mise – histoire d’être sûr d’avancer dans la même direction et de commencer à évoquer les grandes lignes du plan de jeu à mettre en place. Cette saison, le Greek Freak s’est imposé comme un MVP en devenir, et on ne sait pas encore exactement où se trouvent les limites de son potentiel, mais ça devrait quand même être assez loin. L’arrivée d’un nouvel entraîneur l’aidera-t-elle à franchir un nouveau cap ?

À ses côtés, on retrouve Khris Middleton qui sort de sa meilleure saison en carrière (20.1 pts, 5.2 rbds, 4 ast), ponctuée par une série de possédé contre Boston à 24.7 pts à 59.8% au tir – selon la rumeur, la police aurait trouvé au domicile du joueur le contrat signé par celui-ci avec Satan. L’ailier approche de son prime et peut être un lieutenant de grande qualité pour Giannis s’il garde un rythme similaire à cette année. Sur le backcourt, Eric Bledsoe entre dans sa dernière année de contrat et aura sans doute à cœur de se racheter après des playoffs pour le moins compliqués. Malcolm Brogdon a été freiné par les blessures mais le Rookie de l’année 2016-2017 a probablement encore des choses à apporter.

Et là, vous allez dire : “Et Jabari Parker il pue des pieds ?”. On espère pour son hygiène que ce n’est pas le cas, déjà, mais surtout, on ne sait pas du tout ce que l’été va lui réserver. Maintenant que la question du coach a été réglée, le chantier n°1 de la direction sera sans doute de régler la question de la prolongation ou non de l’intérieur.

En gros, pour vous donner une idée du dilemme, vous prenez une balance. D’un côté vous posez 20.1 pts par match quand tout va bien. De l’autre, vous posez sa fâcheuse tendance à se blesser sérieusement qui lui a fait rater 145 matchs en 4 ans. Et vous regardez de quel côté ça penche. Enfin, c’est surtout de quel côté ça va pencher dans la tête du front-office de Milwaukee qui nous importe ici. Il sera restricted free agent, mais si une franchise s’amuse à lui filer un contrat max, on peut douter de la volonté des Bucks de s’aligner. Et si Milwaukee s’aligne, la situation contractuelle deviendra assez tendue, en témoigne le tableau suivant (extrait d’ESPN) :

La projection du salary cap des Bucks 2018-2019

Même sans re-signer Parker, le salary cap devrait être dépassé, donnant la possibilité aux Bucks de signer des joueurs grâce à la mid-level exception et la bi-annual exception uniquement. À moins, bien sûr, que des transferts n’aient lieu. Le banc des Bucks a été incapable de soutenir le 5 majeur cette saison, il est donc urgent de trouver des solutions pour renforcer ce secteur. Malheureusement pour la franchise, on compte assez peu de monnaies d’échange appréciables à moins d’inclure un Bledsoe/Brogdon dans le lot. Non parce que refourguer Henson/Snell et leurs 10 millions chacun, ça ne va pas se faire par l’opération du saint-esprit. Bref, la direction a globalement les mains liées.

Mais le constat est là. Avec un style de jeu largement perfectible, les Bucks sont passés près d’une apparition au deuxième tour, et pourront se nourrir de cette déception pour alimenter leur motivation la saison prochaine. Après son expérience plutôt réussie à Atlanta, Mike Budenholzer se voit confié l’un des effectifs les plus prometteurs de la ligue, et le plan de jeu qu’il voudra mettre en place sera scruté avec beaucoup d’attention. Si ses principes issus de l’école Spurs sont appliqués avec sérieux, on est en droit d’attendre une réelle progression dans le Wisconsin. Fini le temps des promesses, il est temps de s’affirmer.