Cette série est décidement pleine de rebondissements. Après avoir lutté toute la saison pour l’avantage du terrain, les Rockets le perdait dès la première rencontre. Pas prêts à lâcher l’affaire si vite, ils prenaient le second match, avant de prendre un bouillon magistral (-41 !) pour leur première soirée dans l’Oracle Arena. La gifle, brutale, pouvait inquiéter pour le reste de la série. Il n’en fut pourtant rien, Houston revient en prenant le second match dans la Baie d’Oakland, au termes d’une bataille qui a duré jusque dans les ultimes secondes et d’un effort défensif terrifiant. Hier soir, Houston porté en deux temps par le duo Harden-Paul, a repris l’avantage du terrain.

Si l’équipe n’a rien changé de son jeu offensif, toujours aussi dépendant de la faculté de son back-court à créer pour eux-même et autrui – la défense, elle, a connu un véritable changement en comparaison au reste de la série.

Deux équipes qui aiment changer

Les Rockets et les Warriors utilisent, à deux, quasiment autant de switchs que le reste de la NBA sur l’ensemble de la saison. Si vous vous demandez, un switch est l’arme défensive la plus utilisée dans le basket actuel. Lorsque l’attaque adverse pose un écran pour obtenir un avantage, la défense annule cet avantage en « switchant » de défenseur.

En jouant des rosters dont les tailles sont de plus en plus proches, les équipes ont de moins en moins de lacunes de mobilités et de tailles, rendant la possibilité de réaliser des switchs de moins en moins pénalisante. Les Warriors qui ont donc rendu cette défense de plus en plus populaire, affrontent une équipe constituée massivement d’ailiers qui ont poussé cette pratique à un niveau supérieur.

Cette séquence de switch, provoquant une perte de balle de Paul George est révélateur de ce que cela peut générer sur une équipe statique. Ici, le seul intérieur encore dans la rotation d’Houston qui switche sans se poser de question sur l’extérieur adverse. La surprise réduit les options de l’attaquant qui à le choix entre de l’isolation, ou bouger la balle.

Le problème, c’est que cette posture intensive est beaucoup plus compliquée lorsque l’équipe adverse réalise énormément de mouvement avec et sans ballon.

Cette séquence du Game 3, avec une coupe de Stephen Curry révèle un problème : les Rockets switchent, mais Ariza en pleine course n’a pas le temps de placer son corps en opposition entre Curry et le panier. Face a la polyvalence offensive des Warriors, switcher en permanence laisse trop d’occasions aux Dubs. Il fallait donc réaliser quelques modifications.

Choisir ses switchs

Les Rockets ont décidé de moins céder à cette facilité. Si on ne l’a pas dit plutôt, il faut comprendre que changer en permanence de défenseur demande une vraie discipline défensive aux Rockets, notamment en ce qui concerne la communication. Une communication qui est aussi nécessaire pour changer ses habitudes d’un match à l’autre, sans en payer les pots cassés.

Cette action révèle les bonnes résolutions des Rockets pour mieux encaisser l’attaque des Warriors. On voit effectivement des switchs, Harden qui quitte son défenseur et monte sur Durant, CP3 qui se retrouve sur Draymon Green. A l’inverse, Ariza et PJ Tucker ne vont pas lâcher leur vis-à-vis, et la défense d’Ariza sur Curry qui ne lâche pas son défenseur est très importante. Il ne cède pas à la tentation de changer de joueur une fois qu’il quitte Green pour le meneur.

Là encore, sur une action plus lisible les Rockets vont refuser le switch sur ce « slip screen » de Klay. Par slip screen, on entend l’idée que le joueur qui vient poser l’écran feint de le faire, mais s’écarte au dernier moment. Que ce soit en reculant pour s’ouvrir un tir ou en coupant vers le panier.

Ici, Eric Gordon ne lâche pas. Ariza suit Kevin Durant et laisse Gordon sur Thompson contraint de prendre un tir contesté. On note aussi l’aggressivité défensive de l’arrière, pourtant pas réputé pour sa défense.

Dernier exemple, un nouveau slip screen posé par Kevin Durant pour Draymon Green. Durant s’écarte directement vers la ligne des 3pts. Souvent les Rockets auraient effectué le changement sans tarder. D’autant que les Warriors avaient créé un mismatch avec Eric Gordon sur l’ailier fort. Mais plutôt que de prendre le risque de laisser un espace, ils préfèrent accepter le mismatch et forcer le 1v1. Quand les Warriors perdent leur faculté à s’appuyer sur leur motion offense, ils sont moins dangereux. Particulièrement le duo Thompson/Green qui a plus le besoin du rythme créé par Curry, Durant et Iguodala.

Mike D’antoni s’adapte !

Ces derniers jours, j’entends dans des podcasts et lis souvent que Mike D’antoni ne coache pas cette série. Que le tacticien des Rockets ne pousse pas ses joueurs à mieux partager le ballon, à mettre du rythme. Penser que l’ex-coach à la moustache ne s’adapte pas dans cette série est faux. Au contraire, il réalise un travail admirable.

Offensivement, il croit en ses principes et reconnaît également les forces adverses. Toute la saison son équipe a pratiqué un jeu lent qui prenait appui particulièrement sur la faculté de création de Paul et Harden, même de Gordon dans une moindre mesure. Il est conscient par ailleurs que donner plus de rythme serait plus favorable aux Warriors qu’à ses joueurs. C’est pourquoi l’attaque continue et continuera de reposer sur ses arrières. C’est pourquoi nous continuerons à voir une équipe dont le jeu sera majoritairement construit sur de l’isolation. Ses rotations sont notamment construites pour tenir tout le match avec ce jeu. Il restera fidèle à la philosophie de jeu qu’ils mettent en place. Vous ne verrez pas Houston prendre plus de tirs à mi-distance. Il faut y être préparé.

Pour autant, son équipe s’adapte et c’est en défense qu’ils effectuent le plus gros travail. Rotation récentrée sur ses ailliers. Un Clint Capela avec un rôle plus réduit, des adaptations sur les switchs, l’acceptations de certains mismatchs. C’est le travail qu’effectue actuellement le staff des Rockets. Mettre les joueurs dans des dispositions où ils peuvent se battre et trouver les ressources pour affronter une équipe historiquement dominante dans l’histoire de la NBA est une preuve de la charge de travail effectué. Reste à prendre 2 matchs. La marche est immense mais cela n’enlèvera pas la grande saison de ces joueurs, du coach et de son staff technique quelle que soit l’issue.

Hommage au duo Ariza/Tucker

Trevor Ariza et PJ Tucker sont absolument exceptionnels dans ces finales de conférence, et plus généralement pour Houston cette saison. Le premier a déjà gagné un titre avec les Lakers et a fait sa réputation comme 3&D précieux dans la NBA moderne. Son travail cette année, et notamment pour aider son équipe en défense mérite d’être souligné. Il représente cette polyvalence défensive qui permet à son équipe de jouer un small ball poussé à l’extrême et de changer sur tous les joueurs.

Il partage ce mérite avec 2 joueurs : PJ Tucker et Luc Mbah a Moute (dont l’absence est problématique). Tucker réalise des Playoffs de haut vol et est encore plus précieux qu’on ne pouvait l’imaginer. Joueur costaud et mobile, sa défense et ses quelques tirs font beaucoup de bien. En défense, sa lecture du jeu, sa communication et ses décisions sont souvent précieuses pour les Rockets.

Cette action, par exemple, montre bien le genre d’impact qu’il peut avoir. Alors que CP3 se encaisse le travail au poste d’un joueur plus grand, il est capable de voir à quel moment lâcher son défenseur pour venir en aide et intercepter.

Leur polyvalence défensive est au coeur de l’intronisation des Rockets comme une des meilleures défense NBA. Si ce passage est court, il me semblait nécessaire de parler de leur importance.

Le Game 5 devrait voir des Warriors chercher à éviter une nouvelle déconvenue. Les Rockets ont cherché à pousser les Warriors à l’isolation, effectuant un très bon travail sur Stephen Curry. Les Dubs vont très certainement trouver des réponses, qui pourraient être décuplées par un retour d’Iguodala dont les absences sont toujours compliquées pour Golden State. Le prochain match s’annonce crucial pour déterminer le vainqueur de la série.

Par soucis de temps et d’organisation, je me suis largement appuyé sur l’article de Kevin O’Connor de The Ringer pour cet article. Notamment dans l’utilisation des clips vidéos.