Cela fait depuis quelques saisons qu’une fois le mois de mai venu, la communauté angeline se désintéresse allègrement de ce qui se passe sur les parquets rivaux au profit de l’initiation au vaudou pour ensorceler les petites balles de ping pong, avant de céder à la passion du scouting en prévision de la draft. Point de lottery day pour les Lakers cette année, les comptes du trade de Steve Nash étant définitivement soldés, mais grâce à un autre échange bien mieux senti[1] Pelinka s’est doté du choix #25 pour maintenir la tradition d’enrichir notre rotation à bas coût.

Avant d’entrer dans le vif, essayons de nous glisser dans les tongs de Magic pour appréhender la méthodologie d’approche de cette draft. Malgré les signaux de fumée envoyés ici et là, il est évident que le Front Office va vouloir frapper un énorme coup à la Free Agency en vertu du plus grand cap space de la ligue qu’il a à sa disposition cet été. Cette banalité rappelée doit surtout nous faire prendre conscience que si le FO souhaite recruter deux superstars, il est donc capable d’aborder le mois de juillet avec un roster qui ne compterait que Brandon Ingram, Lonzo Ball, Josh Hart, Kyle Kuzma, Luol Deng et vraisemblablement Thomas Bryant (même si ce dernier pourrait être coupé). Difficile dans ce cas de miser sur une draft qui privilégierait le parfait accord avec nos besoins, puisque ces derniers recouvriraient quasiment tous les postes. On s’achemine logiquement vers une stratégie classique du « meilleur joueur disponible », plutôt payante lors des dernières campagnes.

Il serait aussi judicieux de présenter ma manière de percevoir cette promotion 2018. J’avoue être assez perplexe sur la profondeur de cette draft, un jugement corroboré (ou influencé) par l’incapacité des mocks à se mettre d’accord après le 13ème choix. Passé ce seuil, et ce, jusqu’au milieu du deuxième tour, le public et les commentateurs peuvent s’attendre à tous les « fall » ou « reach » possibles. À propos des joueurs que j’ai personnellement ciblés, je ne prétends, pas plus qu’un autre, avoir la science infuse et ne dispose encore moins des tuyaux en provenance d’El Segundo. Ce sont juste des profils qui, au regard de ce qu’ils ont montré en NCAA, ont attiré mon regard et dont j’estime qu’ils pourraient très bien s’intégrer dans l’environnement NBA. C’est pour cela que je ne parlerai pas d’Anfernee Simons ou de Mitchell Robinson[2], deux joueurs au demeurant intéressants, mais que je n’ai jamais vu jouer. C’est dans la même optique que je ne traiterai pas des joueurs européens, comme Dzanan Musa ou Elie Okobo[3] (dont la cote est en train d’exploser outre-Atlantique), car outre le fait que je ne maîtrise pas du tout les ligues européennes, je reste aussi sceptique sur la convertibilité des talents qu’ils peuvent déployer dans des championnats mineurs vers la « ligue des ligues ».

Deux derniers propos liminaires. Afin d’évaluer l’impact des joueurs, je me suis en partie reposé sur les indices avancés développés par Jacob Goldstein : le Player Impact Plus Minus (déclinable en Offensive-PIPM et Defensive-PIPM) dont il tire aussi une estimation des victoires générées. Le PIPM, comme son nom l’indique, est une amélioration du Plus/Minus, expurgeant ce dernier de tous les facteurs extérieurs aux joueurs, afin d’isoler au maximum leur impact réel[4]. Enfin, vous me pardonnerez, j’espère, tous les anglicismes qui vont suivre. C’est le défaut d’avoir été initié au basket par la NBA et le League Pass et de ne suivre in fine, ce sport que par le prisme de la culture anglo-saxonne. Passés ces désagréments langagiers, j’espère que vous saurez trouver quelque intérêt à ce qui va suivre.

1 – Donte DiVincenzo, Arrière, 21 ans, Redshirt Sophomore, Villanova

13,4 pts, 4,8 rbds, 3,5 asts, 29,3 minutes.

Mon chouchou. À vrai dire mon deuxième chouchou après Mikal Bridges, mais dès les premiers matchs de Villanova cette saison il a fallu se rendre à la raison que ce dernier était destiné au premier tiers du premier tour. Dans son ombre, Donte n’a cessé de grandir jusqu’à exploser lors de cette fameuse finale de NCAA où il prend feu face à Michigan. Il ne lui restait donc qu’à se tester lors du combine pour fixer sa cote. Après avoir emporté la meilleure marque en détente maximale, 42’ (1m), il s’est mis en valeur lors des scrimmages. Certain de partir au premier tour, sa valeur ne cesse de monter, et il est même probable qu’à l’approche du vingtième choix, il ne soit plus présent.

Attaque

Donte DiVincenzo est avant tout un excellent joueur offensif (3ème O-PIPM de Villanova derrière Brunson et Bridges). Le skillset de l’arrière moderne en NBA requiert les qualités suivantes : tir, passe, slash, cut. C’est dans le premier domaine que Donte excelle. En progression constante à 3pts année après année (de 17,6% à 36,5% puis 40%) avec un volume plus qu’intéressant (5,3 tentatives par match) et plus important que ses tentatives à 2 pts. Particulièrement à l’aise en spot up, il reste aussi plus que capable en sortie de dribble et fera payer quiconque passera sous l’écran. Il a une mécanique rapide et fluide, la distance (on a vu lors du combine que le NBA range ne lui posera pas problème) et le culot des « tough shots makers ». Tout n’est cependant pas rose. Son pourcentage aux lancers francs n’est pas digne des meilleurs snipers (70% depuis deux ans) ; il est irrégulier, capable de n’en tenter et réussir peu sur un match avant de complètement prendre feu la rencontre suivante. Son pull up midrange sur pick and roll ou pour faire payer un closeout trop agressif est loin d’être automatique, même si à titre personnel, cela ne me dérange pas outre mesure. À la passe, DiVincenzo est aussi très intéressant. Dynamique en transition, il trouve facilement et volontiers les partenaires démarqués (il avait une vraie relation avec Brunson par exemple), et sera un playmaker sérieux dans le secteur. Étant donné que Villanova ne jouait que peu de PnR, on ne sait pas vraiment quelles sont ses aptitudes en la matière, mais il montre une belle lecture en mouvement, notamment pour servir le backdoor cutter avec une passe au sol. S’il ne sera pas le créateur ou le gestionnaire principal de sa future équipe, il pourra être sans aucun doute un point de création ou d’accélération du jeu par sa qualité de passe (20 en Assist%). En revanche Donte n’est pas un slasher exceptionnel. Doté d’un premier pas plutôt quelconque et d’une vitesse moyenne balle en mains, il ne parvient pas toujours à déborder de manière efficace le défenseur. S’il peut toujours pallier à cela en sortant la balle au périmètre, on comprend qu’il ait du mal pour la suite. Doté d’une belle détente mais assez léger, il connaît ainsi quelques soucis à la finition, ce qui rajoute aux limitations exposées. J’avoue ne pas l’avoir beaucoup vu couper en match, mais son intelligence ainsi que sa capacité à changer brusquement de direction pourrait en faire un joueur plus que capable dans ce domaine.

Défense

De l’autre côté du terrain, les choses se compliquent pour Donte. Avec 0,51 en D-PIPM, Donte a un impact quasi neutre. Le plus souvent chargé de s’occuper de l’off-guard (Brunson ou Booth se chargeant du ball handler), il est de fait moins exposé que ses petits camarades, mais n’en a pas moins montré quelques lacunes sur la défense on ball. Nous l’avons dit, il n’est pas doté du premier pas le plus explosif (20ème sur le shuttle run lors du combine) et cela se ressent face à des arrières rapides qu’il n’est pas capable de contenir. À cause de son gabarit, il a aussi tendance à s’empaler dans les écrans sans être capable de rattraper son retard. Autre limite, sa petite taille, 6’4.5 (1m94) et surtout sa faible standing reach, 8’1.5 (2m48) ne lui permettent pas de contester les grands shooters sans sauter (il a par exemple dû subir Strus de DePaul tout le match sans rien pouvoir vraiment faire). Dans la défense off ball, il ne fait pas montre de la plus grande des concentrations, ce qui l’oblige parfois à s’engager de manière trop forte sur le closeout et à se faire déborder. Néanmoins, il s’en sort bien mieux dans ce secteur. Volontaire, discipliné, et disposé à faire les efforts, Donte reste un défenseur collectif sérieux qui conteste systématiquement le shooter adverse. J’aime aussi ses dispositions à batailler et à se sacrifier quand il doit permuter sur un intérieur en sortant vainqueur de ces match-up plus que ses aptitudes physiques ne le laisseraient supposer. Son athlétisme, son sens du placement pourraient aussi en faire un weak side blocker, d’autant qu’il monte au duel sans trop trembler.

Intangibles

Quoiqu’âgé, il est probable que l’on n’ait pas tout vu du potentiel de Donte. Je suis tenté de dire qu’à cet âge, on est proche du « what you see is what you get », mais pas dans son cas. Troisième ou quatrième option dans un effectif particulièrement dense et talentueux, il est certain qu’il aurait explosé tous les compteurs s’il avait été la star du programme. On peut aussi retourner les choses : en sortant souvent du banc (30 matchs sur 40), il est déjà habitué à un rôle qui lui tend les bras en NBA tout en étant passé par le coaching staff le plus formateur de la NCAA. Ajoutez à cela un mental de fer de la part d’un gamin nourri à la victoire (star champion du Delaware au lycée puis double champion universitaire), et vous avez un joueur prêt à contribuer et à s’intégrer dans n’importe quel roster.

2 – Kevin Huerter, Arrière/Ailier, 19 ans[5], Sophomore, Maryland

14,8 pts, 5 rbds, 3,4 asts, 34,4 minutes.

A l’instar de DiVincenzo, la cote de Huerter n’a fait que s’accentuer après la fin de la March Madness et a littéralement explosé après les scrimmages du combine. Les workouts n’ont fait que confirmer la tendance, et peu après son passage à El Segundo, il a annulé toutes les autres sessions auxquelles il a été invité. Il est à peu près certain qu’une franchise lui a promis de le recruter au premier tour le soir du 21 juin.

Attaque

Encore plus que DiVincenzo, le tir devrait être l’arme numéro 1 de Huerter en NBA. Avec 41,7% à 3pts et 5,5 tentatives par match, il est à peu près à l’aise dans tous les compartiments au périmètre. Létal en catch and shoot, il l’est tout autant en dégainant en sortie de dribble à un range curryesque. Sa release est extrêmement rapide, ses déplacements toujours intelligents avec des accélérations assez rapides (4ème au shuttle run lors du combine), ce qui en font un futur cauchemar pour les défenses NBA qui ne pourront pas se permettre de lui donner le moindre espace. Balle en mains, il est aussi plus que capable de dégainer à mi-distance, même si c’est loin d’être l’action qu’il affectionne le plus. À la passe, le tableau est tout aussi reluisant. Huerter devait de fait composer avec des systèmes offensifs plutôt laborieux mais aussi avec un meneur de jeu, Cowan, plus scoreur que créateur dans l’âme. En conséquence, Huerter s’est quasiment mué en premier créateur, souvent chargé de rattraper le coup quand la première séquence offensive était avortée. Pas étonnant qu’il soit donc le joueur le plus impactant de Maryland en attaque (1er au O-PIPM). Son Assist%, 20,3, déjà flatteur, est en-deçà de la réalité tant ses partenaires ont pris un malin plaisir à vendanger ses offrandes. Huerter s’est ainsi construit une solide capacité à distribuer sur le pick and roll. S’il a son schéma préférentiel (drive sur la droite, skip pass vers le côté opposé), il est capable de faire jouer sa grande taille (6’7.25 soit 2m01) pour passer au-dessus du défenseur en direction du roll man mais aussi en montrant de très jolies aptitudes sur les pocket passes au sol. À voir comment cela se traduit en NBA, mais avoir un deuxième arrière capable de créer sur PnR et sur lequel il est suicidaire de trap est effectivement alléchant. Malgré sa bonne vision, Huerter est prompte à perdre la balle (17,8 de TOV%), la faute principale à un handle pas toujours exemplaire. Son envergure faible (6’7.5 soit 2m02) comparée à sa taille l’oblige à dribbler assez haut, ce qui fait de lui une meilleure cible pour l’interception. Huerter est aussi un slasher décevant. Grand, plutôt doué balle en mains, il ne va pas, à mon goût, assez souvent au cercle. Son premier pas quelconque et sa lenteur en ligne droite rendent aussi la finition compliquée, ce qui est dommage alors qu’il aurait l’avantage physique sur un grand nombre d’arrières. Il a toutefois quelques variantes lorsqu’il ne peut finir au cercle : s’arrêter sur la ligne des LF, dégainer en midrange ou tenter un floater après une bonne feinte, voire spin et provoquer les lancers. Sans ballon, il a en revanche un vrai potentiel inexploité par l’attaque de Maryland, que ce soit sur les coupes en demi-terrain, mais aussi et surtout en transition où sa taille, sa vitesse feront certainement des ravages.

Défense

Malgré des chiffres positifs, Huerter est loin d’être le défenseur le plus impactant de son équipe (5ème au D-PIPM). Maryland affichait un defensive rating de 100,3 et Huerter se situe bien en-dessous avec son 102,9. Cela est probablement dû à quelques lacunes sur la défense on ball. Avec son premier pas moyen, il est facilement débordé par des arrières plus rapides. La défense de Maryland qui pratiquait volontiers le switch a pu cacher ses soucis en la matière, mais a aussi exposé ses limites face à des intérieurs qui ont exploité le mismatch physique (je pense notamment à Wagner, de Michigan, plutôt à son avantage face à lui). Ceci étant dit, son profil physique le rend très attractif pour la NBA moderne qui tend de plus en plus vers le full switch. Quand il parvient à bien coulisser face aux arrières, il est quasiment impossible pour ces derniers de finir face à lui. Avec un gros travail sur son physique (si tant est que sa morphologie le permette), il pourrait aussi être un sérieux client au poste face aux intérieurs. Je trouve qu’en NCAA les équipes adverses n’ont que peu cherché à l’attaquer, ce qui pourrait aussi indiquer une dissuasion réelle en la matière. Sur la défense off ball, j’avoue être plus conquis. Même s’il a tendance à laisser un peu de marge sur le shooteur, sa capacité à réagir rapidement, à faire jouer ses appuis lui permet de suivre à peu près tout le monde. Dès lors quand il conteste le tir adverse, ce qui arrive souvent, il est là aussi très dur pour l’adversaire de concrétiser. Même s’il faudra toujours respecter sa taille et son intelligence, son manque d’envergure et sa tendance à laisser de l’espace à son défenseur direct, n’en font pas un très grand intercepteur.

Intangibles

Déjà parfaitement pluggable dans une équipe NBA, il faut rappeler que Huerter n’aura que 20 ans lorsqu’il débutera sa saison rookie. Autant dire que l’upside, notamment physique, est bien présent. Non content d’être un des joueurs les plus impactants de Maryland dès sa deuxième saison en NCAA (2ème aux Wins Added), Huerter s’est aussi distingué en prenant ses responsabilités dans les fins de match serrés (notamment face à de gros programmes comme Michigan) : gros tirs en sortie de dribble, pénétrations gagnantes, ce gamin a une clutch attitude non négligeable. En travaillant cette confiance en soi ainsi que son aptitude à prendre feu, qui sait quel joyau la franchise qui le draftera pourra polir.

3 – Gary Trent Jr, arrière, 19 ans, freshman, Duke.

14,5 pts, 4,2 rbds, 1,4 asts, 33,8 minutes.

Si je devais vous dévoiler le fond de ma pensée et vu comment le draft process évolue, je suis quasiment certain que ni DiVincenzo ni Huerter ne seront pas présents avec le choix #25. Ce n’est pas le cas de Gary Trent Jr dont la cote fluctue entre la moitié du premier tour et le début du second tour de draft. La faute à une exposition moindre dans l’armada de Duke, mais aussi à des mesures physiques décevantes au combine. Pour autant, le freshman de Duke n’est pas dénué d’atouts.

Attaque

Encore plus que les deux susnommés, Gary Trent mérite le titre de sniper : 40,2% à 3pts sur 6,5 tentatives, corroboré par un excellent (et rare pour un freshman) 87,6% aux lancers francs. De fait, sa gestuelle est fluide et sûre, la trajectoire bien arquée, et à titre personnel, je ne l’ai jamais vu envoyer une vieille brique qui fait air ball ou rate complètement l’arceau pour s’écraser un mètre à côté sur la planche. De tous les joueurs que j’ai vus évoluer cette année en NCAA, il est le seul qui m’a transmis ce « oh oh » facteur cher à Stu Lantz[6] quand il prend son tir ouvert au périmètre. Si vous rajoutez à cela un sens du positionnement et du déplacement exceptionnel, notamment à travers les écrans, pour un joueur si jeune, et vous avez potentiellement le meilleur joueur off ball de la promotion. Il est tellement sûr de son tir qu’il n’a pas besoin d’énormément de tickets pour se mettre en rythme pendant un match. Il est de fait tout aussi capable d’enchaîner des séries (comme son début de match face à St John’s) que d’attendre plusieurs minutes avant de tenter (et rentrer) ses 3 pts. Pour pinailler, on pourrait rétorquer qu’il connaît quelques difficultés à concrétiser quand il est contesté, mais rien d’alarmant sur sa capacité à devenir un expert dans la matière à l’échelle supérieure. En revanche son midrange est plus décevant. S’il peut utiliser de jolis moves comme un step back efficace pour créer de bonnes séparations avec le défenseur, il est bien moins sûr en sortie de dribble, notamment quand le closeout est agressif et ne lui offre plus de solution derrière l’arc. Il est très difficile de savoir ce que vaut Gary Trent à la passe. Coach K l’a très tôt assigné à un rôle exclusivement off ball, devant assurer le spacing pour que Bagley notamment puisse s’exprimer totalement dans la peinture. La création a été le fait exclusif de Trevor Duval et de Grayson Allen, et Trent a passé des rencontres entières à se déplacer au périmètre en se contentant de simples passes latérales (seulement 6,8 à l’Assist%). Néanmoins on peut observer quelques flashs de ses aptitudes à faire jouer les autres. Son match référence en la matière reste contre Wake Forest où il a démontré l’étendue de son QI Basket : entry pass au sol, accélération du jeu et décalage sur une simple passe, joli drive and dish. À son image, il joue simple et privilégie l’efficacité à la créativité. En revanche, Trent est un mauvais slasher. Déjà en NCAA, son premier pas quelconque et sa lenteur manifeste l’empêchent de déborder régulièrement son défenseur. Et quand même parviendrait-il à le faire, la couverture défensive lui rend la finition quasiment impossible. Certes, il est capable de sortir une variante avec son floater, mais il doit tenter ce dernier de tellement loin que ça n’en fait pas une arme fiable sur laquelle il peut s’appuyer. Physiquement puissant, Trent est finalement plus doué pour provoquer les lancers que pour arriver tranquillement finir au cercle. À voir comment cela évolue en NBA, mais je ne suis pas particulièrement confiant. Quoique toujours aussi lent, il montre de meilleures aptitudes en transition où son handle plutôt bon lui permet de naviguer avec aise.

Défense

Voilà un cas où les statistiques avancées ne sont pas particulièrement parlantes. Avec un D-PIPM de 0,34, on pourrait croire que Trent est un facteur nul en défense. En réalité, seul deux joueurs de la rotation régulière de Duke font moins bien (Duval et O’Connell) et cela se retranscrit dans le defensive rating, puisque Trent affiche un médiocre 102,7 par rapport au 97,8 de Duke. Plusieurs versions circulent sur les raisons qui ont poussé coach K à adopter une défense en zone, et une veut que Trent, tout autant que Bagley et Carter, ait dû être protégé par ce système. Personnellement j’ai du mal à souscrire à cette théorie tant la défense en zone a exacerbé les défauts défensifs de Trent. Lent, pas vraiment concerné, ce dernier a été systématiquement en retard (ce qui est le problème de la zone) sur tout ce que proposait l’attaque adverse. Les rares fois où il s’est retrouvé en défense individuelle, il s’est fait malmener par des extérieurs rapides (Miles Bridges de MSU, Ahmed de St John’s, Lonnie Walker de Miami ou Guy de Virginia). Certes il pourrait leur donner un peu d’espace pour voir venir, mais en dépit de sa taille (6’5.75 soit 1m97) sa standing reach est assez faible (8’2 soit 2m49) et il se fait régulièrement shooter dessus à l’instar de Shamorie Ponds qui a pu tuer le match pour St John’s face à Trent. Essayons d’être un peu positifs : sans même parler de son énorme slide and block face à Lonnie Walker, il y a des motifs d’espoir. Avec un gros travail sur les fondamentaux, notamment sur la posture et le positionnement, on peut décemment espérer en une progression du joueur (qui ne peut pas faire pire, soyons honnête). Même si les chiffres ne le montrent pas forcément (1,9 en Steal%, comme DiVincenzo ou Huerter), il a un vrai potentiel d’intercepteur. Son intelligence sur les lectures, mais aussi son envergure (6’8.75 soit 2m05) lui permettent d’être efficace dans le domaine, que ce soit sur les rotations ou sur l’homme.

Intangibles

Comme DiVincenzo, Trent a été « victime » d’évoluer dans un effectif dense qui ne lui a pas permis d’exprimer toute sa palette offensive (de l’aveu même de Wendell Carter). Malgré son assignation à son rôle de spacer/shooter, Trent possède le 3ème O-PIPM derrière Allen et Bagley. Rappelons qu’il est aussi un freshman et que son potentiel est encore très grand. Au-delà de son QI Basket, son mental est aussi exemplaire. Probablement accoutumé dès le plus jeune âge (grâce à la figure paternelle) à ce qu’est l’exigence du très haut niveau, Trent montre un degré de maturité impressionnant. En parlant d’assurance, cela se ressent sur les fins de match où il n’hésite pas à prendre de gros tirs pour revenir dans les matchs ou les faire basculer. Sachant que le tir au périmètre reste une des grossses faiblesses des Lakers, avoir une telle addition ne serait évidemment pas du luxe.

4- Melvin Frazier, ailier, 21 ans[7], Junior, Tulane

15,9 pts, 5,6 rbds, 2,9 asts, 34,4 minutes.

Choix moins évident que les trois premiers et qui présente toutes les caractéristiques du « reach » auquel a pu nous habitués le Front Office des Lakers (cf Larry Nance ou Kyle Kuzma). Joueur expérimenté et de devoir d’un programme mineur (respectivement 194ème attaque et 242ème défense du pays[8]), son profil serait presque le négatif de Gary Trent Jr. Voyons néanmoins pourquoi ce choix ne serait pas décevant.

Attaque

1er aux points pour Tulane, 2ème sur les tickets shoots, Melvin Frazier n’est pas non plus le joueur le plus impactant en attaque (4ème au O-PIPM). Et pour cause, on ne peut pas vraiment dire qu’il soit l’attaquant le plus accompli de la NCAA. En regardant les chiffres, son tir est progressivement devenu une arme, puisqu’il est passé en un an de 26,4% à 38,5% sur un volume quasi équivalent quoique restreint (3 tentatives par match). Ses progrès sont corroborés par une amélioration constante aux lancers francs (51,6% en freshman, 66,7% en sophomore et 71,5% en junior). Sur l’échantillon de matchs que j’ai pu regarder, je dois avouer que je ne l’ai pas vu tirer énormément de fois au périmètre, ce que j’impute en grande partie à la grande difficulté qu’a Tulane à générer des tirs ouverts face à une opposition de qualité (Wichita State ou SMU par exemple). Il faudrait donc faire confiance aux scouting reports[9] qui en font un spot up shooter désormais respectable en dépit d’une mécanique perfectible. Il faudra donc veiller à voir s’il parvient à rapidement trouver la mire et le rythme en NBA, alors qu’il se trouvera bien plus souvent ouvert dans le corner ou en tête de raquette. Le tir en sortie de dribble n’est pas son fort non plus et je ne l’ai vu tenter qu’un seul tir en midrange sur pick and roll. Autant dire qu’il ne faut pas trop compter sur sa capacité à créer pour les autres. Quoiqu’altruiste, il se cantonne sur demi-terrain à jouer simple, conscient de ses limites. C’est déjà plus intéressant en transition où il fait montre d’une meilleure vision en ressortant parfaitement la balle au périmètre. Melvin Frazier est un slasher limité. Le drive and finish reste son arme offensive principale. S’il arrive régulièrement à aller au cercle et à finir (parfois de manière alambiquée), ses faiblesses sont les suivantes : le handle est basique ce qui ne lui permet pas de viser autre chose que la ligne droite (pas de changement de vitesse et encore moins de direction) ; il ne finit quasi-exclusivement que de la main droite, ce qui le rend prévisible. Là encore, c’est sur transition qu’il s’en sort le mieux puisqu’il peut faire jouer sa vitesse et son accélération (5ème au sprint lors du Combine) dans les espaces, voire même tenter quelques moves intéressants, comme l’embryon d’un eurostep. C’est d’ailleurs dans ce domaine que son intégration dans les Lakers sera la plus rapide en profitant de la rampe de lancement qu’est Lonzo, tout en affinant son sens du cut, un domaine dans lequel ses qualités athlétiques (40,5’ de détente, soit 1m) doivent lui permettre d’exceller.

Défense

En parlant d’excellence, c’est très surtout en défense que Frazier est intéressant. Il est de loin le joueur le plus impactant de Tulane (1er au D-PIPM), et possède la meilleure marque au defensive rating de son équipe (101,8 contre 105,4 pour Tulane). Il faut d’abord souligner ses mensurations, très bonnes pour un ailier. Il mesure 6’6 (1m98), possède une envergure de 7’1.75 (2m17) pour une standing reach de 8’9 (2m67)[10]. Il couple ses facilités physiques avec une volonté et une énergie débordante, ce qui accroît son potentiel défensif. Sur la défense individuelle, il coulisse de manière efficace face au driver et la permutation ne lui fait pas peur. Il est également plutôt performant sur les écrans en cherchant à rester au contact du ball handler.  En l’état actuel, il est tout à fait capable de défendre sur les postes 1-3, et en gagnant du muscle, nul doute qu’il pourra imposer de grosses batailles au poste face aux intérieurs. Il utilise aussi son envergure pour étouffer son opposant et n’hésite pas à aller chercher l’interception au sol. Sur la défense off ball, c’est encore plus impressionnant. Il est capable de couvrir les distances à une vitesse folle tout en changeant rapidement de direction. Alors que l’on s’oriente vers une défense du pick and roll où le défenseur sur le weak side doit couvrir deux postes, il est très facile de le projeter dans ce rôle. Si je parle de potentiel, c’est que tout n’est pas parfait non plus. Frazier doit apprendre à se discipliner. Montrer beaucoup d’envie en défense c’est très bien, mais cela le pousse par moment à ne pas se maîtriser sur les closeout, ou en oubliant certains fondamentaux sur la défense individuelle (ne pas exposer son top foot, rester parallèle au panier, lever les bras). Actif sur les lignes de passe, il est aussi prompt au gamble, ce qui ternit un peu ses bonnes stats à l’interception (3,6 de Steal%).

Intangibles

Même s’il sort d’un programme mineur, on ne peut que respecter un joueur qui s’est imposé au bout de trois ans comme le meilleur marqueur de l’équipe et de loin son meilleur défenseur. Sa progression dans quasiment tous les secteurs offensifs (pourcentages de tir, de lancers francs, turnover ratio, Assist%) laisse deviner un profil de bosseur, de rat de gymnase qu’affectionnent tant les entraîneurs. Je vais encore insister sur la défense, mais on ne saurait sous-estimer le rôle bénéfique d’un joueur qui montre l’exemple. Les effets d’entraînement ne sont pas négligeables, notamment sur une défense comme celle des Lakers qui joue sur l’énergie collective et la solidarité. A l’heure du switch à tout va, enrichir l’aile par son profil n’est pas du tout négligeable.

5 – Omari Spellman, pivot, 20 ans[11], redshirt freshman, Villanova

10,9 pts, 8 rebds, 0,8 asts, 28,1 minutes.

Si je m’écoutais je drafterais toute la rotation de Villanova, Booth et Peschall inclus ! Blague à part, il faut que je respecte la philosophie que je me suis fixé en introduction en anticipation des non-renouvellements de l’été. Si Julius Randle et Thomas Bryant semblent aujourd’hui tenir la corde pour le poste 5, rien ne nous garantit qu’ils soient tous les deux présents lors de la reprise. Et quel meilleur candidat que le pivot titulaire de l’équipe championne en NCAA ?

Attaque

Si je devais résumer le skillset d’Omari Spellman en une phrase, j’écrirais qu’il fait à peu près tout très bien sans réellement exceller nulle part. La phrase est péremptoire mais elle colle aussi avec le rôle qui a été le sien à Villanova : essentiel sans être prépondérant. Autrement dit, Spellman n’est certainement pas le joueur le plus impactant de son équipe (5ème au Wins Added) mais si ses petits camarades ont autant brillé, c’est en partie grâce à lui. La première chose qui détonne quand on regarde Spellman, c’est son niveau d’activité en attaque (notamment lors des premières minutes lorsqu’il est frais physiquement). En mouvement permanent pour aller poser un écran, se positionner au poste, puis couper vers le périmètre, le pivot est toujours au service du collectif que ce soit pour maintenir un spacing idéal lorsque les arrières (Brunson en tête) opèrent à l’intérieur, ou lorsque ces derniers ont besoin d’un décalage au périmètre. Le rôle est d’autant plus ingrat que Spellman finalement ne voit que très peu la balle et tout bien considéré, Jay Wright ne lui consacre qu’un nombre infime de systèmes. Difficile de juger son niveau réel au poste : sa technique et son footwork ne sont pas les plus fluides qui soient, mais une fois qu’il fait jouer sa puissance (son bas de corps est plus que solide) pour se rapprocher, son hook main droite est assez fiable, et même élégant. Étant donné que Villanova ne jouait que très peu le pick and roll, et encore moins pour se servir de Spellman comme d’un roll man, j’ai du mal à cerner son potentiel. Il faudra qu’il fasse preuve d’un peu plus de roublardise pour compenser sa petite taille (6’9, soit 2m05) et sa détente moyenne (35’5 soit 0,90m) pour être un finisseur d’élite. Comme il n’était pas du tout un point de fixation, certains pourraient sous-estimer son jeu de passe (suggéré par son famélique 4,3 d’Assist%). Néanmoins, Spellman possède les qualités attendues d’un pivot : il fait des choix simples, mais pertinents et rapides. Mieux, il est capable de faire des lectures basiques (high/low, kick vers le périmètre) pour créer de belles opportunités pour ses partenaires. Evidemment, je garde le meilleur pour la fin : son tir. A 3pts, Spellman sort d’une saison à 43,3% sur 3,8 tentatives par match. Très sûr en catch and shoot (sans trop de pression défensive), il peut tout à fait récupérer les tickets shoots de Lopez, que ce soit en tant que trailer sur transition et surtout sur pick and pop (le partenaire idéal de Lonzo ou Ingram). À vrai dire, Villanova a même sous-utilisé cette aptitude, alors qu’avec du rythme et les tickets qui vont avec, Spellman est une réelle menace au périmètre (son match contre Seton Hall est une vraie référence en la matière). Enrichir sa rotation avec un tel profil ne sera jamais du luxe, qui plus est avec un choix aussi bas.

Défense

Le même constat s’applique de l’autre côté du terrain. Spellman fait tout à peu près bien, mais sans atteindre un niveau élite. La faute à ses mensurations qui le rapprochent plus du profil du 4 moderne que d’un pivot, même undersized. Ceci étant dit, il possède la deuxième marque au D-PIPM derrière Bridges, et même le meilleur defensive rating de l’équipe avec 96,7 (tandis que Villanova est à 99,1). Comme en attaque, Spellman ne rechigne jamais aux efforts et ne refuse aucun combat. Même s’il ne s’est pas vraiment distingué lors des tests physiques du combine (5ème plus mauvaise marque au Lane Agility, 7ème plus mauvaise au Shuttle Run et 3ème plus mauvaise au sprint), les apparences sont trompeuses car il est mobile et c’est là, à mon sens, sa plus grande force. Non seulement cela lui permet de permuter au périmètre et de contenir plutôt bien les arrières adverses (d’autant qu’il est un défenseur discipliné et mord rarement sur les feintes), mais on le voit sortir volontiers sur le shooter adverse, en anticipant à bon escient les mouvements de l’attaque adverse, un domaine qui relève toujours de la contre-intuition pour les pivots traditionnels. Au poste, le constat est plus mitigé. Il reste puissant et peut poser des problèmes à quiconque veut prendre position contre lui, mais s’il ne fait pas attention à cela et se laisse entraîner trop bas, il souffre régulièrement contre les intérieurs de grande taille. Cela a par exemple été le cas contre Xavier où Kanter l’a mis au supplice et a surexploité sa standing reach moyenne. Plus généralement, on se rend compte que ses limitations physiques ne lui laissent que très peu de marge d’intervention et que chaque erreur, il la paye cash. Déjà visible dans sa défense au périmètre et au poste, c’est encore plus criant sur la protection du cercle. Quand il est parfaitement dans le rythme de l’attaquant, il est capable de contres monstrueux (envergure de 7’2/2m18 tout de même), mais au moindre retard, c’est le lay-up assuré. On sent heureusement que Spellman en a conscience et cherche à compenser par sa débauche d’énergie et l’optimisation de son placement. Enfin, on ne devrait pas sous-estimer ses qualités au rebond. Très solide sur les box out, capable aussi d’aller les chercher très haut avec un vrai sens de la balle, il est candidat au double/double si les minutes suivent.

Intangibles

Même s’il est freshman, on doit constater que Spellman est déjà âgé (Ingram est plus jeune que lui) et que son upside, outre la maturation naturelle de son jeu, est limité. On peut cependant se demander s’il a déjà atteint son pic athlétique. Rappelons qu’en 2016, Spellman était un gros bébé de 131 kilos (pour 24% de graisse corporelle), et qu’en changeant d’hygiène de vie et en investissant la salle de muscu, il est désormais listé à 115 kilos (13,75% de graisse corporelle). Son passage chez les pros devrait donc encore décupler son explosivité, sa vitesse sans rien rogner de sa force. Cela atteste de l’éthique de travail qui est à la sienne. Couplé à l’excellent langage corporel qu’il déploie lors des matchs (le premier à relever ses camarades où à exulter quand ils accomplissent une action d’éclat), Spellman sera certainement un excellent élément du vestiaire.

6 – Jerome Robinson, arrière, 21 ans, junior, Boston College

20,7 pts, 3,6 rbds, 3,3 asts, 36 minutes

Après les intérieurs, il est un autre profil que nous n’avons pas encore abordé : les arrières à tendance point/combo guard. Si IT ne prolonge pas l’aventure à LA (et c’est probable s’il cherche le meilleur contrat possible), la rotation à l’arrière, et en particulier à la mène, est désertique. La draft serait aussi le moyen de rajouter de la qualité, d’autant que les profils intéressants ne manquent pas dans ce range. Le premier candidat se nomme Jerome Robinson.

Attaque

Avant de nous focaliser sur la production de Robinson, il serait utile de la contextualiser dans le roster de Boston College. BC a monté cette saison une équipe offensive, résolument orientée backcourt. Le trio d’arrières Robinson/Bowman/Chatman représentait ainsi 68,3% du scoring du programme. Du fait de sa plus petite taille, c’est Bowman qui occupait officiellement le poste 1, même s’il partageait le rôle de créateur avec Robinson. Il apparaît ainsi judicieux de recruter un joueur capable de naviguer entre les fonctions des deux postes, surtout s’il est capable d’assurer à la création et jouer sur les forces off ball de Lonzo, largement inexploitées cette saison. Encore faut-il posséder le skillset pour. Heureusement pour Robinson, c’est le cas. Le festival offensif commence à 3pts : 40,9% avec 5,7 tentatives par match (avec un joli 83% aux lancers francs pour appuyer sa réputation de sniper). Robinson est particulièrement létal en catch and shoot en montrant un cocktail d’assurance, de range et de quick release. Il peut être sujet à la loi des séries et avoir des trous d’air, mais globalement il fait payer le moindre espace laissé par les défenses adverses. Pour ne rien gâcher, il est aussi capable de dégainer en sortie de dribble, et sans posséder le grain de folie curryesque, il peut tirer au nez de son défenseur avec un certain culot. Après tout, Robinson mesure 6’5 (1m95) et cela lui sert face à des défenseurs globalement plus petits. Cette force en sortie de dribble se retrouve aussi sur le midrange, en particulier lorsqu’il doit créer sur le pick and roll. Souvent, la défense ne lui laissait que ce tir de disponible, et il s’en sort plutôt avec les honneurs. Robinson est tout aussi doué pour ce qui est de finir au cercle et c’est un excellent slasher. Il n’a pas participé aux tests physiques du combine, mais il ne faut pas beaucoup de le voir jouer pour noter son excellent premier pas, sa vélocité et son handle efficace qui lui permettent de déborder son adversaire sans l’aide d’un écran. Il peut pénétrer par la droite ou par la gauche tout en faisant jouer sa jolie détente pour finir avec autorité (j’en veux pour preuve son énorme drive and dunk contre NC State). Il est paré pour les luttes en isolation que l’on a vues lors des derniers PO en faisant payer le switch automatique (les intérieurs de Louisville qui ont dégusté toute la soirée peuvent en témoigner). Deux bémols néanmoins : il ne finit quasiment que de la main droite et cela lui a coûté quelques points quand l’utilisation de sa main faible s’imposait. Autre problème, son physique reste très léger, et cela lui rend la finition dans le trafic très compliquée, d’autant que son floater est assez quelconque. Il faudra veiller au spacing et donc aux line-ups qui l’incluent pour optimiser ses dons balle en main. En parlant de ses facilités on ball, Robinson est un très bon créateur. C’est un joueur assez altruiste qui privilégie la simplicité et l’efficacité. Sur pick and roll, il a démonté qu’il pouvait faire à peu près toutes les lectures : drive and dish, drive and kick ou servir le roll man. C’est quand la défense lui oppose un hard edge qu’il fait état d’une excellente patience et d’une belle vision pour retrouver le roller. Et encore, Boston College ne possédait pas d’intérieur pouvant allumer depuis le périmètre. Evidemment certains secteurs sont perfectibles, et par moments, on n’a l’impression que Robinson pénètre sans réel plan de jeu et doit alors ressortir la balle au périmètre sans aucun contrôle. Malgré tout, il reste en progression dans ce secteur puisqu’outre son 19,5 d’Assist%, il n’a un TOV% de seulement 13,9 (continuellement en baisse depuis son année freshman), ce qui est réellement bas pour un créateur. Mentionnons deux autres secteurs où il devrait être à son avantage. En transition, sa vitesse et sa vision sont de facto deux outils qui en font un danger pour les défenses. En tant que cutter, Robinson a aussi un gros potentiel où il peut utiliser son premier pas mais aussi son athlétisme pour finir avec autorité au cercle.

Défense

De l’autre côté du terrain, les statistiques avancées sont particulièrement cruelles avec lui. Il possède le 15ème ( !) D-PIPM de Boston College avec un catastrophique -3,06. Son defensive rating est abyssal (109,3) par rapport au déjà médiocre 105,2 de BC (239ème défense de la NCAA). Son Steal% (1,4) et Block% (0,4) sont aussi particulièrement faibles. En regardant ses matchs, il m’est difficile d’être aussi négatif. Certes, sa standing reach limitée (8’2, soit 2m48), sa concentration en alternance n’en font pas le meilleur défenseur off ball. Son physique assez frêle le rend très vulnérable sur les écrans, mais quand il se motive, il peut faire parler sa vitesse pour neutraliser les écrans. C’est d’ailleurs grâce à sa vitesse latérale qu’il est capable de rester face à son adversaire et à lui compliquer la vie à la finition. Si je n’attends pas qu’il soit un verrou défensif, il n’y a aucune raison pour qu’il n’améliore très fortement son rendement de ce côté du terrain.

Intangibles

C’est évidemment en attaque que l’on retrouve tout l’intérêt de drafter Jerome Robinson. Il ne faut pas se leurrer, il est extrêmement rare de se dégoter un excellent two-way player avec un choix de fin de premier tour. On se consolera avec un joueur capable d’énormes coups de chauds, à l’origine des comebacks de son équipe, et de prendre une fin de match à son compte en enchaînant gros tirs sur gros tirs. Ce profil rappelle un certain IT, et ma foi, je ne serai pas mécontent de trouver autant de talent avec le #25.

7 – Landry Shamet, arrière, 21 ans, junior, Wichita State

14,9 pts, 3,2 rbds, 5,2 asts, 31,7 minutes.

Longtemps Shamet a été un de mes choix préférés tant ses performances à Wichita State n’ont cessé de m’intriguer puis de me séduire. Son âge, mais surtout ses mesures physiques au combine ont contribué à sa chute dans les mocks, si bien qu’il est même possible voire probable qu’il soit disponible. Comme j’ai décidé de ne pas lâcher l’affaire, je vais quand même défendre son cas, quoique plus brièvement.

Attaque

À l’instar de Robinson, Shamet a dû évoluer avec des arrières qui aimaient avoir la balle en mains, comme Austin Reaves et surtout Conner Frankamp, ce qui l’a poussé à développer autant ses talents off ball qu’on ball. En premier lieu, Shamet excelle à 3pts : 44,2% sur 5,9 tentatives par match, ce que confirment ses bons pourcentages aux lancers francs (82,5%). Il est aussi doué en catch and shoot qu’en sortie de dribble, même si certains observateurs craignent que sa mécanique de tir soit trop lente et ne soit pas aussi efficace en NBA face à des défenseurs plus rapides. On ne va pas taire que si le tir de Shamet disparaît en NBA, il ne restera pas grand-chose de son skillset. C’est peut-être un peu trop péremptoire, car Shamet est aussi très performant sur le midrange en sortie de pick and roll. En revanche, il n’est pas un arrière très agressif, n’attaque le cercle que rarement, même s’il est capable de se s’élever pour finir par un gros dunk. Devant souvent opérer sans ballon, il démontre un vrai instinct pour les coupes en faisant parler sa vitesse et ne rechigne pas à poser les écrans sur le weak side pour libérer un partenaire. Lors de son année junior, Shamet s’est véritablement mué en créateur pour Wichita State. Son Assist% est passé de 22,2 à 28,8, même si cela se ressent sur ses turnovers qui ont eux aussi connus une nette progression (son TOV% est passé de 10,7 à 15,5). Shamet est un gestionnaire sobre qui privilégie les passes simples (servir le shooter démarqué, entry pass pour le pivot), mais n’hésite pas à prendre ses responsabilités sur pick and roll si rien ne se passe par ailleurs, quand bien même ce n’est pas le secteur où il préfère évoluer. J’ai noté deux petits problèmes : son handle est perfectible, c’est ce qui explique qu’en ayant plus la balle en mains, ses turnovers ont progressé plus vite que ses passes décisives. Il a également tendance à utiliser son off arm pour créer une séparation avec le défenseur, ce qui pourrait être régulièrement sanctionné en NBA. Passés ces défauts, Shamet reste tout de même le joueur le plus impactant de son équipe (1er au O-PIPM et aux Wins Added) et possède un offensive rating de mammouth (130,1), même rapporté au chiffre déjà élevé de Wichita State (117,3, 7ème attaque du pays).

Défense

En défense, c’est bien plus compliqué pour Shamet. Son D-PIPM est légèrement négatif, ce que confirme son médiocre defensive rating de 106,2 par rapport aux 101,5 de Wichita State. Dans sa défense on ball, il est victime de son physique assez frêle : il meurt dans les écrans, se fait enfoncer au panier par des joueurs plus puissants et n’est pas du tout un candidat au « switch everything » pratiqué par les Lakers. Le staff de Wichita avait conscience de ce problème, puisque dès lors qu’il s’agissait de défendre une équipe qui pratiquait le pick and roll à outrance, il préférait envoyer Zach Brown sur le ball handler, en raison de sa bonne tenue sur les écrans. Un rayon de soleil : son excellente vitesse latérale qui lui permet de coulisser avec beaucoup de facilité. Je crois même que c’est lui qui m’a le plus impressionné sur sa capacité à rester devant l’attaquant, un tour de force qui rend la finition de ce dernier bien plus compliquée mais augmente ses chances d’effectuer un passage en force. Le nombre de fautes offensives provoquées par la défense de Shamet est assez conséquent. Sur la défense je me demandais pourquoi il n’était pas plus actif sur les lignes de passe. Pour tout dire, j’étais persuadé qu’il avait une envergure de 7’0 (2m13), mais le combine m’a ramené sur terre avec un plus faible 6’6.75 (2m), ce qui me donnait par la même occasion mon explication. Son implication reste donc limitée à suivre son homme, voire en faisant jouer ses appuis pour faire de bons ball denying.

Intangibles

Avec Shamet, nous sommes très proches du « what you see is what you get ». Mais comme ce que j’ai vu me plait, je suis plus que séduit à l’idée de choisir un joueur intelligent, sobre, polyvalent en attaque mais qui est aussi doté d’un gros sens des responsabilités lorsque l’équipe a besoin de tirs compliqués. Mais, au regard de ce draft process, Shamet est clairement la grosse cote des 8.

8 – Josh Okogie, arrière/ailier, 19 ans[12], sophomore, Georgia Tech.

18,2 pts, 6,3 rbds, 2,5 asts, 36,4 minutes

Pour être tout à fait honnête, je ne suis pas un grand amateur de Josh Okogie. Si son nom devait être annoncé avec le 25ème choix, je serais même un petit peu déçu. Mais plus le draft process avance, et plus sa cote se maintient, donc il me paraît tout de même important de voir quelles sont les raisons qui pousseraient le Front Office à le choisir, car elles ne manquent pas.

Attaque

Première option offensive et de loin le meilleur talent de Georgia Tech, Okogie possède logiquement les meilleures marques statistiques : 1er au O-PIPM et un excellent 112,3 à l’offensive rating tandis que Georgia Tech atteint péniblement 98,4 (305ème attaque en NCAA). Dans ces conditions, son 38% à 3pts en 4,2 tentatives par match est plutôt un accomplissement tant il ne pouvait s’appuyer sur personne pour lui procurer des tirs de qualité. Sous réserve de vérification des chiffres (auxquels je n’ai pas accès), j’ai même l’impression qu’il doit plus prendre de tirs en sortie de dribble qu’en catch and shoot. Le voir donc en rentrer régulièrement, quand bien même sa mécanique n’est pas la plus belle, le fait rentrer dans la catégorie des « tough shot makers » à défaut de celle des tireurs d’élite. S’il ne dispose pas non plus du handle le plus serré qui soit, il peut s’appuyer sur sa standing reach importante (8’6 soit 2m59) pour tirer sur la tête des arrières adverses. Ces qualités sont encore plus visibles sur le midrange, une zone où il semble plus à l’aise. Dans le secteur de la passe, Okogie n’est pas le plus grand créateur comme l’atteste son 15,6 à l’Assist%. A défaut de briller dans ce rôle, il n’en reste pas moins altruiste et peut effectuer des lectures simples comme l’extra passe pour un partenaire démarqué, ou un drive and kick. Difficile de lui trouver un potentiel démentiel dans ce domaine sans un gros travail sur son handle. Ce manque de contrôle balle en mains se retrouve dans d’autres secteurs du jeu où il pourrait être efficace, comme la transition ou le slash. Il faut ici rappeler qu’Okogie a sorti de belles prestations lors du combine, notamment sur le shuttle run (8ème) ou sur le sprint (1er). En l’état de son développement, l’arme principale d’Okogie reste le slash. Son premier pas me semble plus rapide que la moyenne, et il est aussi capable de puissants changements de direction pour déséquilibrer son vis-à-vis. Mais c’est surtout sa force brute qui en font un taureau difficile à arrêter une fois lancé. Et pour cause, Okogie n’a pas son égal pour provoquer les fautes et aller sur la ligne des lancers (6,8 lancers par match, 1ère marque de sa conférence). Malgré ses qualités, notamment athlétiques, Okogie n’est pas exempt de défauts. Il est puissant et supposé être doté d’une grosse détente (meilleure marque du combine avec DiVincenzo), et pourtant il me semble qu’il a du mal à s’élever sur ses pénétrations. Il est aussi extrêmement dépendant de sa main droite ce qui le rend prévisible pour la défense adverse. Son premier pas est intéressant, mais sa vitesse balle en mains est décevante et il a beaucoup de mal à déborder son adversaire. Sur pick and roll, un simple hard edge de l’intérieur est suffisant pour le neutraliser puisqu’il ne peut ni le déborder ni s’appuyer sur sa vision moyenne pour servir le roll man. En situation de 1 contre 1, il suffit aussi que le défenseur soit un tantinet doué pour ce qui est de coulisser pour annihiler son drive. Ce fut par exemple le cas de De’Andre Hunter de Virginia qui l’a littéralement éteint. On peut donc raisonnablement se demander ce qu’il va rester de ses talents de slasher une fois arrivé en NBA.

Défense

En défense, la situation est bien moins reluisante, et cette saison il n’a pas montré grand-chose dans le domaine. Cela se ressent sur sa production statistique puisqu’il est en négatif sur le D-PIPM (10ème marque de Georgia Tech). Ses problèmes sont les suivants. Comme nous l’avons relevé pour ses pénétrations, Okogie n’est pas très rapide et n’a pas le luxe de se relâcher face à ses adversaires. Et pourtant il est loin d’être exemplaire dans l’attitude défensive. Pas toujours dans la bonne posture (défend debout), pas combattif sur les écrans, pas le défenseur le plus orgueilleux qui soit, le chantier est entier. C’est d’autant plus dommage (ou encourageant, cela dépend de la perspective que l’on adopte) car Okogie est supposé avoir les armes, notamment physiques, pour être un défenseur correct. De fait, quand il se motive et reste face à l’attaquant, son envergure (7’0, soit 2m13) et sa force rendent la finition quasiment impossible. Relativement quelconque sur les interceptions (alors qu’il devrait autrement plus fort), il est par contre plus intéressant sur le contre, que ce soit sur l’aide ou en tant que chaser sur le repli défensif (2,8 au Block%).

Intangibles

Si Josh Okogie est aujourd’hui un prospect intéressant, ce n’est pas tant pour ce qu’il a montré au sein de Georgia Tech, encore que sa production est plus que respectable, mais plutôt pour tout ce qu’il n’a pas encore exploité, ou insuffisamment. Potentiel, potentiel, potentiel, tout se résume à cela avec lui. Mélange d’athlétisme, d’atouts physiques, il a normalement tous les outils pour être un arrière complet en attaque et polyvalent en défense pouvant défendre des postes 1 à 4. Alors qu’il n’aura que 20 ans quand il débutera sa première saison NBA, il n’y a pas de raison pour que ce ne soit pas le cas…à condition d’énormément travailler.

Si vous lisez ces quelques lignes, permettez-moi de vous féliciter pour avoir preuve d’autant d’abnégation. Ne soyez pas forcément déçu ou surpris si aucun de ces joueurs n’est sélectionné par les Lakers le 21 juin. Non seulement ma nullité dans les pronostics est légendaire, mais surtout le scouting département des Lakers a prouvé qu’il était plus que compétent pour trouver de la valeur à la fin du premier tour pour que l’on n’approuve pas la décision qui sera le leur. Autant interpréter l’exercice comme une tentative d’appréhension des talents de très jeunes joueurs à l’aune des besoins actuels et recherchés par les franchises NBA. Si vous avez trouvé la démarche stimulante ou si vous avez pu y trouver des pistes pour votre propre réflexion, vous m’en voyez comblé. Bonne draft à tous et big up à la Lakers Nation !

Article par Adrien Battini – Equipe @LALakersFR

 

[1] https://www.qibasket.net/2018/02/10/faites-place-une-trade-deadline-chez-les-lakers/

[2] https://www.thestepien.com/2018/01/26/mitchell-robinson-nba-youngboy/

[3] https://www.silverscreenandroll.com/2018/6/4/17411476/2018-nba-draft-elie-okobo-la-lakers

[4] Pour avoir une idée précise de la philosophie et la méthodologie de cet indice, https://fansided.com/2018/01/11/nylon-calculus-introducing-player-impact-plus-minus/

[5] 20 ans le 27 août prochain.

[6] Analyste des Lakers pour Time Warner Cable, il a pour coutume de lâcher un « oh oh » avant que Curry, Thompson ou Lillard prennent un 3 pts (et souvent le mettent).

[7] 22 ans le 30 août prochain

[8] Sur 351 programmes engagés en NCAA.

[9] https://www.youtube.com/watch?v=uBje1tZTWUs

[10] A titre de comparaison, c’est celle de Julius Randle.

[11] 21 ans le 21 juillet prochain.

[12] 20 ans le 1er Septembre prochain.