Et la maisons Spurs vacilla. Trembla jusque dans ses fondations. Après 20 ans passés en haut de l’affiche, voilà que les Silver and Black pourraient tomber de leur piédestal. 

On savait que l’intersaison pouvait être folle vu le CV des différents noms destinés à animer le marché et vu la domination sans partage des Warriors sur la NBA.. mais… qui aurait dit que cela pouvait aller jusqu’à faire trembler la maison la plus solide du pays ? 

C’est donc officiel. Kawhi Leonard souhaite quitter les San Antonio Spurs. Pour rejoindre soit les Lakers (selon Adrian Wojnarowski) soit les Knicks (selon Ian Begley). Alors que le malaise semblait enfin se dissiper et que les deux camps se dirigeaient vraisemblablement vers une prolongation via la DVPE (explications ici), c’est Shams Sharania qui a lâché la première énorme bombe de l’été.

Autant on ne peut pas vraiment s’empêcher de sourire en voyant Leonard dans un des deux plus gros marchés de la NBA, autant on se doit de considérer les conséquences que sa demande peut avoir.

Rester aux Spurs, pas si impossible ?

Après tout, LaMarcus Aldridge aussi a fait cette demande il n’y a pas si longtemps. Popovich et lui ont parlé, le vieux sorcier a admis son erreur, l’ancien Blazer a sorti une campagne fantastique digne de ses plus belles années et la situation a été redressée. 

On pourrait se dire que l’affaire Kawhi pourrait se régler de la même manière.. Mais non. Tout indique que le divorce est consommé entre les deux parties. Le silence assourdissant qui a suivi les déclarations de l’entourage de Kawhi sont sans équivoques.

A mon sens, la seule chose qui pourrait faire rester le Finals MVP 2014 n’est autre.. que LeBron James en personne. Lui seul a assez d’influence pour solutionner le problème par sa seule venue. On pourrait imaginer une réunion avec Paul George, lui aussi disponible cet été, mais vu la situation ce serait déjà inespéré pour les Spurs de ne serait-ce que garder le double DPOY.

Pourquoi partir ?

En essayant de prendre un maximum de recul, je crois qu’on peut difficilement arriver à une autre conclusion que celle qui consiste à dire que Kawhi est tout simplement.. cynique.

La NBA est un business, et jusqu’ici les épisodes douloureux allaient tous dans le sens du joueur trahi par sa franchise type Isaiah Thomas et ce malgré le précédent Kevin Durant.

Partons du postulat que Kawhi est très froid dans son analyse et raisonne de manière assez cynique. Il y a deux facteurs à prendre en considération. 

Le premier c’est que le propriétaire de la franchise est en plein divorce. Si la procédure tournait mal pour lui, il pourrait perdre très très gros. Subséquemment, il lui est très compliqué de garantir plus de 200M de dollars à Leonard via la DVPE. 

Le second est que, soyons réalistes, les Spurs ne pourront jamais gagner le titre dans leur configuration actuelle. D’autant qu’à court terme, les Spurs sont littéralement plombés par leurs choix récents: donner un chèque en blanc à Gasol et une extension à Aldridge ont anéanti toute marge de manœuvre pour la franchise. Le constat est assez froid: la politique « player friendly » cultivée  par les Spurs depuis des années a fini par se retourner contre eux. 

Tout cela, Kawhi le sait très bien. Or s’il n’a ni plus d’argent ni plus de chances de gagner le titre là où il est, après tout, pourquoi resterait-il ?

J’en arrive donc à où pourrait-il aller.

Quelle destination pour Kawhi Leonard ?

On va prendre en premier lieu les destinations qui sont sorties de suite avant de parler d’éventuels partenaires de trade.

Évidemment, il n’y a pas de franchise plus à l’opposé du caractère de Leonard que les Lakers. Pour autant, il s’agit de la seule franchise qui dispose de fait de 100% de son salary cap: outre son énorme cap space, elle a les assets suffisants pour faire partir tous ses joueurs si le besoin s’en fait sentir. 

Soyons clairs: matériellement, les Lakers peuvent tout à fait faire venir Chris Paul, Kawhi Leonard, Paul George et LeBron James. Rien que ça. Si l’on présuppose que les 4 joueurs sont en contact, cela serait même une probabilité que certains y finissent ensemble. Croyez bien que même si James et Paul devraient laisser de l’argent sur la table (environ 10M) pendant un an, ce serait très loin d’être un problème vu les revenus générés par une association de stars. 

Pour autant, on va se calmer, la réunion d’un tel fab four est très hypothétique. Elle relève même plus du fantasme qu’autre chose, soyons réalistes. Autant on peut s’accorder sur le fait que les 3 autres parlent depuis des mois, autant Kawhi.. le moins qu’on puisse dire est que son caractère supposé est très éloigné de celui des 3 dont il semble être le plus proche (Chris Paul)… 

On peut supposer sans trop se mouiller que si plan il y a pour une réunion à Los Angeles, il n’est pas inclus dedans. 

Si l’on pousse un peu la spéculation, on en vient assez facilement à penser qu’il préférera faire cavalier seul. Mais où ?

Aux Lakers ?

La place pourrait être déjà prise mais si elle ne l’est pas, Magic peut offrir des jeunes et un premier tour de draft. Randle via sign and trade avec le premier tour 2019, Ingram et ledit choix, bref, on peut imaginer plein de combinaisons. Malgré tout, l’offre paraît quand même assez faiblarde pour séduire RC Buford. 

Aux Knicks ?

Eux peuvent offrir le 9e choix et Frank Ntilikina comme base. Pourquoi pas avec Coutney Lee et Lance Thomas ou même Enes Kanter s’il active son option. C’est un peu mieux que les Lakers et cela peut satisfaire les Spurs mais ce sera clairement à défaut de mieux. Tout dépend de la valeur accordée par Popovich et Buford à Frank et de ce qu’ils estiment pouvoir faire avec le 9e choix. 

Précisons que les Knicks aussi peuvent tenter la réunion de superstars: ils ont de quoi faire partir Noah grâce au 9e choix et à Frank. Ils peuvent donc eux aussi tenter d’attirer les 4 monstres.. Mais ce serait renoncer à Leonard.

Aux Celtics ?

Là on peut parler très sérieusement. Les Celtics ont des jeunes à forte valeur marchande en Rozier, Tatum et Brown. Le seul Brown sera court par rapport à l’offre des Knicks. Il faudra rajouter Rozier et un voire deux premiers tours pour être sûrs de rafler la mise.

Problème: les Celtics n’ont plus de choix de draft ultra intéressant. Explications:

Le pick des Grizzlies est lourdement protégé et peut tourner de deux façons: soit les Grizzlies redeviennent compétitifs dès l’année prochaine avec un bon choix lors de la prochaine draft et ce pick ne vaudra plus rien, soit ils entament une reconstruction et dans ce cas le choix ne sera véritablement envoyé qu’en 2021. Pas terrible. 

Le pick des Clippers suit le même scénario en étant encore plus lourdement protégé. Il ne sera vraisemblablement même pas un premier tour.

Le pick des Kings pourrait être intéressant, parce que même en ajoutant Doncic les Kings ne seront pas une équipe très compétitive.. mais ce serait compter sans le phénomène de tanking de masse à la mode en NBA.

Comparaison simple: regardez les Lakers de cette année. Pensez-vous vraiment que cette équipe ait le niveau d’une équipe à 35 victoires ? Certainement pas. Comment y sont-ils parvenus alors ?

Regardez la configuration de la NBA de cette année. Knicks, Bulls, Magic, Hawks, Grizzlies, Suns, Mavericks et Kings ont tanké. 8 équipes donc. 9 en comptant les très faibles Nets. Sur les 35 victoires des Lakers, 18 ont été acquises contre ces équipes là. Bien entendu, le bilan de toutes les équipes est gonflé artificiellement par le tanking.

Là où je veux en venir, c’est que pour les équipes de playoffs, au fond, ce n’est pas très important. En revanche, une équipe faible mais qui ne tanke pas voit la valeur de son pick grandement dépréciée par le fait qu’elle va battre les tankers. Regardez les Nets. Même  avec un effectif très faible, ils n’ont échoué qu’à la 8e place de la loterie..

Où situer les Kings 2019 ? 

Avec un 5 Fox-Doncic-Bogdanovic-Labissiere(ou Z-Bo)-Cauley-Stein et un banc pas inintéressant avec les Frank Mason, Buddy Hield, Justin Jackson and co, le tout bien coaché, on peut tabler sur une équipe qui sera, grâce au tanking, entre 30 et 40 victoires, quand bien même son niveau serait à peine celui d’une équipe à 25-30 victoires. 

Prenons large: 30-40 victoires. Le pick serait donc compris entre 10 et 14. En prime, ce pick est protégé en 1. Le risque de « nightmare scenario », bien que faible, existe quand même et diminue encore un peu la valeur dudit pick. Sachant qu’il y a aussi un risque lié à l’aléa autour du niveau de Doncic (voire de sa simple sélection) et des Kings dans leur ensemble, on en arrive à la conclusion que finalement, ce choix des Kings n’a pas une valeur immense.. 

De plus, Boston n’a pas intérêt à trop affaiblir son effectif pour obtenir Kawhi. Sacrifier Tatum serait une bien trop grosse perte, même s’il est évident que si négociations il y a, RC Buford le demandera. 

On en arrive à une sorte de point de tension des négociations: pour que ce soit rentable, Boston ne doit pas lâcher Tatum et doit inclure le plus possible d’assets qui n’affectent pas la qualité de son effectif, à savoir les choix de draft. Une offre constituée de Brown, Rozier, les choix des Kings, des Grizzlies et des Celtics eux-mêmes pourrait rafler la mise.. donc, grossièrement, d’un choix entre 10 et 14 l’année prochaine, d’un choix aux alentours de la 20e place l’année prochaine ou à une place totalement inconnue en 2021 et du 27e choix de cette année. Pas mal quand même.

Une dernière possibilité concernant les Celtics consiste à inclure Gordon Hayward dans la transaction. Deux possibilités donc: soit il revient à 100%, soit c’est un fantôme qui revient sur les parquets. Dans le premier cas ce serait stupide de la part des Celtics de le lâcher. Dans le second, les Spurs n’en voudront jamais. Encore moins avec le précédent Isaiah Thomas. Logique: dans un tel cas il aurait une valeur archi négative vu ses émoluments. D’où il suit que cette hypothèse n’est pas fondée.

Aux Sixers ?

Philadelphie a pour atout d’être propriétaire des choix 10 et 26 de la draft… Mais c’est tout. 

Suite au changement de direction intervenu récemment, il paraît envisageable qu’aucun des membres du quatuor de jeunes ne sera échangé. 

Restent donc Robert Covington et éventuellement des joueurs de rotation comme Luwawu et McConnell.. Ce qui est dérisoire en comparaison du joueur qui sera récupéré de l’autre côté. Affaire classée.

Aux Clippers ?

A première vue, on voit mal comment cela pourrait se ficeler… Et pourtant.

Je commence par le rappel de la règle numéro 1 quand on parle transferts en NBA: Ne sous-estimez jamais Jerry West. 

Revenons au factuel. Les choix 12 et 13 de la prochaine draft sont intéressants mais pas assez hauts placés pour récupérer un joueur du premier tier de cette draft. 

Récupérer un Gallinari cassé de partout et bientôt trentenaire ? Pas vraiment dans l’intérêt des Spurs.

Un package Lou Williams-Patrick Beverley-Milos Teodosic (qui prendra vraisemblablement son option) et Avery Bradley (via sign and trade) en plus des deux lottery picks ? Un des (le ?) meilleurs 6e homme de la ligue, deux lottery picks, deux défenseurs élite, un meneur que Gregg Popovich admire.. Ah oui.. là on peut causer. Cette piste n’est peut-être pas la plus probable, mais elle est tout sauf à sous-estimer. 

Je termine cette analyse avec les dégâts causés par cette demande de transfert.

Qui y perd le plus ?

Précisons d’entrée que Kawhi n’a en apparence pas du tout la main sur son avenir puisqu’il ne dispose pas d’une no-trade clause et son intérêt pour un échange est élevé: déjà qu’il va laisser une somme pharaonique sur la table en partant (explications plus bas), s’il partait en agent libre ce serait encore plus d’argent perdu, et en cela la direction des Spurs a en apparence la situation bien en main par rapport à l’entourage du joueur.

En mettant de côté le problème du divorce du propriétaire des Spurs, la seule chose certaine dans cette affaire est que Kawhi Leonard ne sera plus éligible à la DVPE car il aura été échangé après le terme de son contrat rookie.

Vous me répondrez qu’il pourrait prendre l’extension et être échangé par la suite j’imagine.

Une fois encore, cela n’est pas possible, car un joueur qui a bénéficié d’une DVPE ne peut pas être échangé pendant un an. Leonard perdra donc quoi qu’il arrive environ 70M de dollars: la 5e année à environ 45M + environ 6M par an de différence entre la DVPE et le contrat auquel il pourra prétendre l’été prochain. A décharge: à 30 ans s’il est encore en bonne forme il pourra tout à fait prétendre à un dernier gros contrat.

On peut penser à une alternative qui consisterait pour lui à attendre d’avoir atteint les 10 ans d’expérience mais quand on y regarde de plus près, il a plus intérêt à sécuriser un gros contrat sur 4 ans. Outre la sécurité qu’offre ce type de contrat par rapport au risque de blessure, le jeu de l’augmentation annuelle fait qu’attendre 2 ans lui ferait gagner moins d’argent.

Problème: si Leonard part en agent libre, il y perd certes, mais moins que les Spurs. Son pouvoir sur les négociations est donc très étendu: il lui suffit de dire à l’équipe qui voudrait le recruter qu’il ne resignera pas et le deal envisagé capotera. La pression est donc en réalité sur le front office des Silver & Black, qui devra au moins trouver un compromis avec le joueur et son encombrant entourage.

Ce point résolu, prenons des données objectives: un joueur, certes candidat MVP, double DPOY et top 5 NBA, n’a pas joué de l’année. Il se met à faire des caprices de star. Son agent est visiblement quelqu’un qui considère que la fin justifie les moyens. Personne ne le connaît vraiment, pas même ses coéquipiers (Duncan lui-même plaisantait sur ce sujet, c’est dire…). Comment être sûr qu’il reviendra à son meilleur niveau ? Comment prévoir ses réactions ? 

Cela ne poserait pas de problème s’il était agent libre, puisqu’après tout, même en partant sur un contrat max, le risque serait certes existant mais tout à fait acceptable pour la franchise acquéreuse.

Dans le cas d’espèce, il faudra convaincre les Spurs. Donc sacrifier des assets. Et donc, pour certaines équipes, mettre en péril leur avenir si jamais l’affaire tournait mal. Bien évidemment on ne parle pas de n’importe qui, c’est quand même Kawhi Leonard.. Mais il n’en reste pas moins que le risque pris par le futur acquéreur sera tout sauf négligeable.

Attention également à l’effet domino. Si Kawhi part.. quid de LaMarcus Aldridge ?

La bonne décision pour les Spurs pourrait être de tenter de l’échanger, pourquoi pas en compagnie de Leonard, pour récupérer de gros assets. Mais là encore les mauvaises décisions des Spurs dans le passé récent risquent de leur coûter cher: qui voudra lâcher des assets pour récupérer un joueur de 32 ans qui coûtera 1/4 du salary cap pendant 3 ans ? Pas grand monde.

Pour terminer.. je me dois de poser LA question. La question qui fait froid dans le dos de tous les fans de NBA.

Quid de Popovich ?

Oui, oui et cent fois oui la question est un véritable crève coeur mais.. elle se doit d’être posée. Qui pense une seconde que Gregg Popovich sera intéressé, à 70 ans, par coacher une équipe en reconstruction ? Ce serait une bien triste fin pour le plus grand coach de l’histoire mais.. le risque est bel et bien réel.

Courage aux fans des Spurs, ils en auront bien besoin en ces heures sombres.