27 mai 2018. Les Celtics viennent de tomber héroïquement en 7 matchs face au King et à ses Cavaliers. Dans les travées du TD Garden, la déception est de mise après une campagne qui a outrepassé toutes les attentes mais qui s’achève brutalement, au cours d’une rencontre que les Celtics avaient les moyens de gagner. Néanmoins, les promesses pour l’avenir sont immenses car sans deux de leurs trois meilleurs éléments (sur le papier), les hommes de Brad Stevens ont échoué à une marche des Finals. Les fans n’ont ainsi qu’une hâte: le début de la saison 2018-2019 et le retour de Kyrie Irving et de Gordon Hayward, pour sublimer une équipe déjà tellement séduisante pendant cette postseason.

Il faut dire qu’il y a de quoi être ambitieux. Une équipe qui vient d’arriver en finale de conférence et qui enregistre le retour de deux All-Stars peut difficilement être considérée autrement que comme un candidat au titre en puissance. Et alors quand le joueur qui domine la conférence de la tête et des épaules depuis 2011 s’en va relever un dernier défi dans la cité des Anges, c’est tout le Massachusetts qui se prend à rêver aux finales. Côté observateurs, c’est un peu le même son de cloche : sans manquer de respect aux autres prétendants, si les Celtics parviennent à faire coopérer efficacement tous les talents dont ils disposent, la route des Finals s’ouvrira à eux. À l’aube de l’exercice 2018-2019, Boston fait clairement partie des favoris et sera scruté en tant que tel tout au long de l’année.

Après 6 matchs dans cette saison, l’heure de faire un premier bilan n’est pas encore venue. Loin de là. En revanche, il peut être intéressant d’analyser les tendances qui se dégagent et de voir si celles-ci peuvent être amenées à perdurer ou non.

Une attaque fébrile

Ce qu’il y a de certain, c’est que si l’impression dégagée par les Celtics n’est pour le moment pas aussi dominante que ce à quoi on s’attendait (à plus forte raison si on compare ce début à celui des Raptors ou des Bucks), la situation pourrait aussi être plus préoccupante. Demandez aux Rockets ou au Thunder ce qu’ils en pensent. Malgré les difficultés que nous évoquerons plus loin, le bilan de Boston est de 4-2 et ne présente rien d’alarmant d’un point de vue purement comptable.

Sur le plan du contenu, c’est un peu plus discutable. La victoire inaugurale ainsi que le blowout de Detroit ne souffrent d’aucune contestation, en revanche les victoires contre New York et OKC ont eu lieu dans la douleur – on pourrait même dire qu’OKC a donné le match avec un money time foiré dans les grandes largeurs. Boston a également connu une défaite coupable à domicile face au Magic, marquée du label “ça ne sert à rien de se mettre à jouer tant qu’on est pas dos au mur”, label déjà trop souvent utilisé la saison passée. On est donc sur un début de saison laborieux, ce qui peut s’expliquer par plusieurs facteurs.

Commençons par une réalité crue : les Celtics shootent comme des peintres en bâtiment, avec tout le respect que l’on possède pour cette profession. Le basket est un sport d’adresse et quand rien ne rentre, tout devient compliqué. Les Celtics ont bâti une partie de leur succès en 2017-2018 sur une grosse réussite à 3 points (37.7%, 2e de la ligue), réussite qui les fuit aujourd’hui comme votre premier amour de collège puisqu’ils n’atteignaient même pas les 32% avant la rencontre face à Detroit. Le volume de tir pris est certes plus important pour le moment (34 contre 30.4), une baisse d’adresse est donc à attendre mais pas de là à expliquer une telle déchéance. D’autant que le problème ne se limite pas au parking puisque la réussite à 2 points est de seulement 46%, soit la 29e moyenne de la ligue au 28 octobre. Ce manque d’adresse plombe totalement Boston qui se retrouve avec la 28e attaque de la NBA au lendemain de sa victoire dans le Michigan – merci Orlando et OKC.

Le problème vient-il alors de la qualité des tirs pris ? Un tour du côté des stats NBA nous donne la réponse : non. 32.7% des tirs pris par Boston sont considérés comme ouverts, et 28.2% sont “wide open”. Ce n’est pas vraiment ce qu’on appelle des tirs forcés. Si vous prenez plus de 60% de vos tirs avec personne à moins d’un mètre vingt pour vous embêter, votre réussite doit s’en ressentir. Ce qui n’est pas du tout le cas pour Boston et son pourcentage aux tirs réel exécrable de 39.9% sur les tirs ouverts (29e moyenne de la ligue). Pourcentage exécrable mais aussi facilement améliorable puisque la qualité des tirs est bonne, il suffit donc d’attendre et d’espérer que ça finisse par rentrer un peu plus. C’est par exemple beaucoup moins préoccupant qu’une tendance où les Celtics passeraient leur temps à artiller avec un défenseur en mode collé serré devant le nez, ce qui laisserait penser que le plan de jeu est problématique.

Ce plan de jeu, d’ailleurs, n’a pas beaucoup évolué par rapport à l’an dernier. Les Celtics jouent lentement (20e pace de la ligue), cherchent à faire circuler le ballon pour trouver des tirs en spot-up (réception-tir à l’arrêt), se basent sur leur défense pour obtenir des séquences en transition, et utilisent le pick and roll et le jeu en isolation pour profiter des qualités de dribble des Irving, Rozier et autres Tatum. Boston joue comme avant mais est moins efficace, en témoigne la baisse de 0.13 point par possession (ppp) en isolation, de 0.30ppp sur les pick and roll où le porteur de balle est la menace, et de 0.15ppp sur les tirs en spot-up (statistiques relevées avant la victoire face à Detroit). Avec le jeu en transition, ces 3 secteurs constituent le coeur du jeu de Boston. Quand ceux-ci font moins de dégâts, c’est toute l’attaque qui en pâtit.

Manque de repères

Si le souci n’est pas à chercher du côté de la recette, il faut se tourner vers les ingrédients. L’effectif n’a pas évolué sur le papier mais en coulisses, Boston vit une petite révolution avec le retour de Gordon Hayward, propulsé dans le 5 aux côtés de Kyrie Irving, Jaylen Brown, Jayson Tatum et Al Horford. L’ajout d’un joueur d’un tel calibre demande forcément un temps d’adaptation, à la fois pour lui – inutile de vous rappeler la sévérité de sa blessure, c’est un peu plus tendu que revenir au boulot lundi après une grippe – mais aussi pour ses coéquipiers qui doivent faire en sorte de lui donner des tickets shoot.

Le 5 souffre pour l’instant de cette adaptation, présentant un offensive rating faiblard de 93.6 contre 110.5 pour le 5 Irving-Brown-Tatum-Horford-Baynes l’an dernier. L’échantillon de matchs est trop faible pour tirer de réels enseignements de ce constat, mais il faudra surveiller l’évolution des performances des titulaires avec attention. Hayward est (logiquement) encore timoré dans son jeu et pourrait, pourquoi pas, bénéficier d’une période en tant que remplaçant pour affronter les remplaçants adverses et retrouver son niveau face à moins d’adversité, laissant sa place de titulaire à un Marcus Morris déchaîné en ce début de saison. Wait and see. Ce qui est certain, c’est qu’Hayward a réalisé son meilleur match offensif face à Detroit samedi (15 pts à 6/11).

En parlant d’adaptation, il y en a une autre qu’il faudra scruter, évidemment : celle de Kyrie Irving. Le meneur a été absent bien moins longtemps que Gordon Hayward, mais il a raté les playoffs, la période la plus importante de la saison. Les Celtics ont appris à jouer mais plus encore à gagner sans lui. Irving revient 6 mois après dans une équipe où la hiérarchie a été bousculée et où des talents ont profité de son absence pour s’épanouir et prendre du volume. Son statut de franchise player n’est pas en danger pour le moment – même si tout le monde sait que le joueur le plus important de l’équipe est Al Horford – mais ce qui est certain, c’est qu’il est lui aussi en panne de repères, à commencer par son tir extérieur complètement déréglé (24.1% derrière l’arc). Comme ses coéquipiers, il traverse une crise d’adresse qui serait bien sympathique si elle avait le bon goût de ne pas s’éterniser. Physiquement, il semble être à 100% et nous a gratifié de quelques fulgurances dans la raquette, il devrait donc redevenir extrêmement dangereux dès lors que la mire sera réglée. Il faudra par contre surveiller sa cohabitation avec Jayson Tatum, qui prend de plus en plus de place dans l’organisation offensive de l’équipe.

Autre point d’attention pour Boston, Jaylen Brown et Terry Rozier. Avec Jayson Tatum, ils constituaient le symbole de cette équipe qui n’avait peur de rien et qui a pris un malin plaisir à déjouer tous les pronostics au printemps dernier. Tatum continue de montrer soir après soir l’étendue de ses talents de scoreur, mais pour ses comparses, la réalité est différente. Il faut dire que la transition est violente : Brown passe de deuxième option offensive à quatrième derrière Irving, Hayward et Tatum (voire cinquième si l’on prend en compte Al Horford), alors que Rozier doit carrément revenir à un rôle de remplaçant après avoir planté plus de 16 points par match en playoffs. Il n’y a rien de scandaleux dans cette nouvelle répartition des rôles, mais l’acceptation d’un rôle réduit pour le bien de l’équipe n’est pas chose aisée, surtout à cet âge. Là encore, il est trop tôt pour dire à quel point cela joue dans l’esprit des concernés mais le constat actuel est que Brown est en difficulté offensivement (33.9% au tir), alors que Rozier peine à avoir le même volume de jeu que l’an passé malgré une adresse stable (seulement 3 tirs à 3 points tentés en moyenne, contre 5 l’an dernier). Le récent match à 19 points de Brown peut, en revanche, être un vrai motif d’espoir pour un retour en force de l’arrière/ailier.

Au niveau du contexte, le changement est également brutal : les jeunes Celtics sont passés d’outsider que personne n’attend au-delà du deuxième tour à favori désigné dans la conférence Est. La relative absence de pression autour du résultat a pu aider Rozier et Brown à se sublimer par le passé, elle peut tout autant les inhiber en ce début de saison où tous les yeux sont tournés vers le Massachusetts. Une fois de plus, il est important d’attendre et de laisser les choses se mettre en place avant de tirer la sonnette d’alarme.

Des principes toujours bien présents

Prenons le contre-pied de ce qui a été dit plus haut et posons-nous la question suivante, comment fait Boston pour présenter un bilan positif avec cette attaque atroce ?

Oui d’accord, c’est évident, pas la peine de s’énerver. Première défense au nombre de points encaissés, première défense au rating, merci d’être venus, on se revoit plus tard. Avec Al Horford dans le rôle du général, des rotations précises et une grosse intensité pour sortir sur les tireurs, la muraille verte a gardé toutes ses fondations et offre de sacrées garanties à Brad Stevens. On ne va pas vous l’apprendre, quand l’attaque déraille, c’est la défense qui vous maintient à flot et les Celtics en sont l’illustration parfaite en ce début de saison avec seulement 96.3 points encaissés en moyenne. Au regard de la tendance actuelle en NBA qui consiste à courir dans tous les sens et à scorer plus que l’adversaire, la performance se doit d’être soulignée. Pour le moment, aucune autre équipe n’encaisse moins de 100 points par match. Par ailleurs, on pointe du doigt à juste titre les difficultés offensives, mais il ne faut pas pour autant croire que tout était rose l’an dernier. L’attaque carburait mieux mais ne présentait que le 18e offensive rating de la NBA. Pourtant Boston gagnait, preuve que l’attaque n’a jamais été la fondation première de l’équipe et qu’il faut donc relativiser la mauvaise passe actuelle : tant que la défense sera là, les victoires viendront en saison régulière. Pour faire tomber les meilleurs en playoffs, c’est une autre histoire, que l’on se chargera d’étudier en temps voulu.

La profondeur de l’effectif se révèle également salvatrice actuellement. On pense bien évidemment à Marcus Morris qui n’est ni plus ni moins que le deuxième scoreur pour l’instant, avec 14.3 pts et 7.2 rbds à 50% au tir dont 48% à 3 pts. Le tout en sortie de banc, excusez du peu. Daniel Theis a également su profiter de l’absence d’Aron Baynes pour se montrer à son avantage avec 17 points face à Detroit. L’effectif est trop chargé pour que tout le monde puisse avoir des minutes, il faut donc savoir saisir sa chance quand elle se présente. Cette concurrence au sein de l’effectif peut avoir un réel effet bénéfique en garantissant une implication maximale des joueurs présents sur le parquet. À condition, bien sûr, que tout cela reste sain.

Après 6 matchs, il n’y a pas de quoi s’alarmer à ce sujet. La solidité défensive aperçue en dit long sur l’état d’esprit qui anime l’équipe. On a du mal à imaginer une implication de cet acabit dans une équipe où le collectif se délite. Les Celtics sont unis, que ce soit dans la rigueur défensive ou dans le lancer briques par paquets de 30. Des frustrations passagères, comme celle évoquée par Terry Rozier dans la semaine, sont parfaitement logiques dans une équipe avec une telle profondeur et de telles ambitions. On a pu lire ça et là des prophéties du type “ça galère déjà” ou “abondance de biens n’est pas gage de stabilité”, évidemment bien trop hâtives. Il convient de ne pas sur-interpréter les rumeurs et de considérer cette équipe de Boston pour ce qu’elle est, une des 4 meilleures équipes de la NBA qui cherche à tirer le maximum de son potentiel pour chercher le Graal et qui voit bien que tout ne tourne pas rond en ce moment. On savait que la répartition des minutes et des rôles serait un vrai casse-tête pour Brad Stevens, qui se retrouve lui aussi dans une position inhabituelle où tout autre résultat que la première finale de Boston depuis 2010 serait considéré comme un échec. Le jeune coach n’a jamais été aussi attendu au tournant et ses choix seront analysés, disséqués et critiqués à la moindre occasion.

L’enrobage est craquelé mais ce qui faisait l’essence de Boston est toujours bien là. La défense, la cohésion et la versatilité qui ont porté cet effectif la saison dernière sont des valeurs qui semblent encore bien ancrées cette année et qui laissent penser qu’une amélioration prochaine est des plus envisageables. On rassure les fans de la maison verte qui pourraient être frustrés par moments, l’édifice est loin de vaciller.

Statistiques tirées de stats.nba.com, basketball-reference.com et hoopsstats.com