Les fusées d’Houston semblaient définitivement en orbite au printemps dernier. Leader de la conférence ouest au terme de la saison régulière, seule équipe a avoir été capable de faire plier les Warriors version Kevin Durant, tout semblait supposer que les Rockets étaient entre la lune et la planète mars à l’heure d’aborder l’été 2018. Entre le talent de James Harden, celui du nouveau venu Chris Paul et une défense de fer porté par un énorme effort collectif, tout allait bien dans le meilleur des mondes. Si l’on excepte, évidemment, l’incomensurable amertume de la blessure de l’ex-Clipper alors qu’ils menaient 3-2 face à Golden State.

Puis l’été arriva…

On le savait, de nombreux noms seraient à conserver à l’été 2018. Chris Paul, Luc Mbah a Moute, Trevor Ariza, Clint Capela faisaient partis des noms à prolonger. Le montant et la durée du contrat de Chris Paul ont fait couler beaucoup d’encre : 160M/4 ans. Avec son historique de blessure, son âge, son poste, il était effectivement risqué de s’engager pour si cher et aussi longtemps. Mais la geste aurait eu du sens dans une équipe qui s’armait pour le titre à court terme, en prenant en compte le fait que la franchise a de l’argent et ne paraissait pas rechigner à la dépense. Sauf que voilà, dans la foulée de cette resignature, des ailiers au cœur du dispositif des Rockets firent leurs valises. Luc Mbah a Moute, puis Trevor Ariza. Si le départ du premier n’avait rien de dramatique dans l’optique des playoffs à venir, celle d’Ariza posait légitimement un problème. Titulaire à l’aile, défenseur féroce et intelligent, bon shooteur, il avait toutes les qualités requises pour être au centre du jeu d’Houston. Ces deux pertes n’entamèrent pas le retour de Clint Capela, mais eurent pour conséquence de déserter les ailes de 2 joueurs possédant 2 qualités indispensables de la NBA moderne : du shoot et la faculté de switcher en défense.

Le choix semble bizarre tant une équipe dans cette position pouvait se permettre de prolonger tout le monde pour tenter le tout pour le tout.

En lieu et place, ils durent composer en bricolant. Ceci aboutissant à des arrivées douteuses :  Michael Carter Williams, défenseur honorable mais poids mort en attaque, Carmelo Anthony, qui s’il eut pu être un plus offensif, n’arrive plus à suivre en défense, et en échange de Ryan Anderson : Brandon Knight, meneur potentiellement solide mais qui n’a pas foulé les parquets depuis 2 ans, ainsi que Marqueese Chriss, ailier fort au QI Basket désastreux en dépit d’un potentiel physique intéressant.

Résultat, aucun des joueurs susmentionnés n’ont trouvé leur place dans la rotation et Anthony, seul apport certain en NBA, a perdu sa place après avoir prouvé une deuxième fois cette triste réalité : ses qualités ne font plus recette dans la tendance actuelle.

Un début de saison poussif

Après 2 mois de compétition, les Rockets ne sont pas en Playoffs. Deux raisons : un début de saison mitigé (12-14, contre 22-4 l’an passé, même période) et une conférence ouest pléthorique. Mais qu’est-ce qui cloche réellement ?

Déjà comparons pour être clairs : l’an passé Houston pratiquait un jeu offensif intenable (114 d’offensive rating, 1er en NBA) derrière une efficacité dingue (59 de true shooting percentage, 2nd derrière les Warriors). Avec un jeu basé sur de l’isolation autour de deux des meilleurs créateurs NBA, et une légion de shooteurs à 3pts efficaces, tout souriait à un groupe intense, déterminé et sur la même longueur d’onde. Mike D’antoni, toujours à la tête de l’équipe avait réussi le pari de faire évoluer ensemble 2 extérieurs majeurs et tout le monde semblait profiter des espaces qu’ils créaient. Y compris le duo qui pouvait plus facilement souffler et donc jouir d’une efficacité appréciable dans un système de jeu dépendant de leur talent pour être cette meilleure attaque NBA. Par ailleurs, l’efficacité monstre de James Harden permettait à elle-seule de masquer les absences du meneur.

En défense, Houston s’imposait comme le 7eme defensive rating NBA. Preuve s’il en était qu’en reprenant la formule des Warriors, à savoir du switch quasi systématique sur les écrans et ce, avec un excellent pivot pour cette pratique, restait le meilleur moyen de défendre aujourd’hui en NBA. Cette faculté à gagner les matchs en défense permettait aux Rockets de triompher, y compris les soirs où l’attaque était en panne, et de tuer les adversaires rapidement quand celle-ci tournait à plein régime.

Conséquence, en saison régulière, les Rockets avaient le meilleur différentiel attaque/défense de la ligue avec +8,4 de net rating.

Cette saison en revanche, rien ne va plus. Les rotations de D’antoni, connues pour être courtes le sont d’autant plus que le nombre d’option s’est restreint. En outre, l’équipe est plus facilement affaiblie lorsque les blessures arrivent et jusqu’ici, il faut bien reconnaître qu’elle n’a pas été épargnée.

En conséquence, l’équipe met 3pts de moins pour 100 possessions. Les raisons sont multiples : elle a cette saison des problèmes en isolation (absences de Chris Paul et James Harden, moins d’efficacités, difficultés à prendre soin de la balle), moins de tireurs efficaces autour des deux stars (56,5 de true shooting percentage) et une star moins incisive. En effet, Chris Paul est en-dedans cette saison, avec une efficacité au tir déplorable, une difficulté à faire la différence qui n’arrange rien à la situation de l’équipe. James Harden, quant à lui, toujours capable de cartons offensifs, est en revanche moins décisif dans les dernières minutes des matchs, n’aidant pas les siens à s’imposer dans les rencontres serrées. Au rang des joueurs dont le début de saison est inquiétant, on peut aussi compter le 6eme homme de l’équipe. Eric Gordon, en grande forme depuis son arrivée dans le Texas n’est pas à son niveau réel en ce début de saison. Toutes ces déconvenues individuelles expliquent une attaque moins incisive.

Et puis une moins bonne défense rend l’attaque plus compliquée. Si l’équipe a une baisse de régime offensive, elle reste parmi l’élite en NBA (7eme offensive rating). En revanche, elle passe de la 7eme à la 27eme place en défense, ce qui représente en réalité le problème majeur à l’heure actuelle.

Tout le système défensif de la franchise s’est littéralement effondrée. L’équipe pouvait s’adapter à toutes les effectifs adverses l’an passé, notamment en raison d’un personnel capable de réagir à l’unisson, avec beaucoup d’aides intelligentes. Cette saison, l’absence de Trevor Ariza se fait énormément sentir, lui, dont l’intelligence défensive semblait cruciale dans le schéma défensif des siens. Mais c’est aussi le manque de rotations de choix qui mine l’équipe. Et si à quelques reprises, notamment face à des équipes qui jouent beaucoup au poste (exemple, Pistons), Houston a su retrouver de l’allant, c’est globalement le manque d’arrières et ailiers capables de s’adapter au schéma de jeu bien plus complexe qu’il n’y paraît des Rockets qui est en train de les miner.

Du coup, quel est le ratio entre les 2 ? Les Rockets ont un net rating de -1,1, 21eme en NBA…

Des nouveaux venus à la ramasse

Plusieurs des nouveaux venus symbolisent cette faiblesse actuelle. Pour l’exemple, James Ennis attendu comme l’homme susceptible de remplacer numériquement et donc forcément dans l’impact Trevor Ariza, laisse très perplexe. Il est un véritable poids en attaque car moins bon à tous les niveaux : tir, jeu sans ballon, volume de jeu. En effet, le joueur n’a pas la faculté à réellement peser car il manque d’intelligence de jeu. Décidé à ne pas forcer il devient automatiquement négligeable pour les adversaires qui peuvent se concentrer sur les principales menaces : Harden, Paul, Capela, Gordon voire Tucker. Défensivement, il est décevant. Si on espérait le voir faire la différence de ce côté du terrain, il est pourtant souvent dépassé sur les isolations et n’a pas la science (rare) de son prédécesseur pour aider.

Carmelo Anthony, principale arrivée de l’été a rapidement été écarté de l’effectif. Une déconvenue terrible pour le joueur qui voit sa carrière lui échapper depuis plusieurs saisons. Pourtant, si l’ailier n’était pas une mauvaise idée en raison de son talent, sa présence est symptomatique des mauvais choix du front office. L’équipe avait besoin de joueurs capables de contribuer des deux côtés du terrain : Melo est un défenseur médiocre. L’équipe avait besoin de shooteurs : Melo en est un, mais préfère l’isolation. Or, l’équipe a déjà deux joueurs bien plus efficaces en la matière. Résultat, en sa présence la défense est mauvaise (quoi que pas pire qu’en son absence). Mais surtout, c’est l’attaque qui est moins fluide, car en dépit de ses points, la balle ne circule plus assez. Bref, un mauvais casting.

Quant aux autres, que dire ? Plutôt que d’expliquer la situation, il me semble que ces informations suffiront :

  • Michael Carter Williams : -19,7 de net rating
  • Marqueese Chriss : -22 de net rating
  • Brandon Knight : n’a toujours pas joué

Qu’espérer pour la suite ?

L’équipe va mal, mais peut indubitablement faire mieux.

Dans le pire des cas, le roster reste ainsi. On peut imaginer un retour à de meilleurs jours pour plusieurs joueurs. Gerald Green peut mieux faire. Brandon Knight, qui sait, peut contribuer, alors que le retour de Néné fait du bien. Néanmoins, ce sont surtout les cadres que l’on attend.

Eric Gordon n’est pas un tireur d’élite mais est passé de 42,9 à 37% au tir, pour un joueur dont on attend qu’il fasse la différence en sortie de banc, c’est problématique. Mais l’élément essentiel, c’est forcément Chris Paul. Les Rockets ont basé leur jeu sur l’élimination des tirs les moins rentables dans le but de soigner leur true shooting percentage. L’an passé, CP3 était fantastique avec 60,4% en la matière, le 4eme pourcentage de l’équipe. Cette année, en revanche, il est à 53,7%. Peut être subit-il l’érosion du temps, frappé de plein fouet par son petit mètre 83, alors que sa vitesse et son explosivité doivent petit à petit décliner. En dépit de cette possibilité, il est capable de faire (bien) mieux et il est indispensable qu’il retrouve son meilleur visage, tant son tandem avec James Harden est au cœur de la réussite de la franchise.

Si l’équipe arrive à monter un ou des échanges, en revanche, il va falloir trouver du renfort en défense. Avec leur début de saison désastreux, les Suns pourraient accepter de renvoyer Trevor Ariza d’où il venait, ce qui permettrait peut-être de retrouver un équilibre – même si redevenir l’équipe de l’an passé apparaît maintenant illusoire. Une rumeur fait aussi part d’un intérêt pour Kentavious Cadwell Pope. Bon défenseur sur l’homme, il n’est pas un excellent défenseur d’équipe mais apporterait une dimension physique qui manque aux Rockets. En somme, tout extérieur au contrat expirant susceptible de défendre et shooter suscitera l’intérêt des Rockets. Le front office sait avoir réalisé un été d’un très mauvais acabit et avec une équipe qui souffre, apporter du sang neuf paraît tout de même souhaitable pour reprendre leur tatut de leader à l’ouest.

Les Rockets sont frapés d’un coup d’arrêt dans leur quête du titre. La saison n’est pas perdue, mais il y a urgence de réagir. Plusieurs joueurs sont partis et les conséquences sont pour le moment pires qu’escomptées. Or ce n’est pas comme si l’horloge tournait en la faveur des Texans. La franchise n’a plus d’agent à distribuer et le poids des années commence à se faire sentir pour plusieurs vétérans. C’est désormais à tous les étages de l’organisation qu’Houston doit se mobiliser pour redevenir une place forte.