Ah les Spurs. Une académie de jeu reconnue de tous, le plus grand coach de l’histoire, une longévité hors normes au plus haut niveau, une défense d’élite chaque année, un niveau plancher parmi les meilleurs de la ligue tous les ans, bref, nombreuses sont les louanges que l’on peut faire aux disciples de Gregg Popovich.

A l’heure où ces lignes sont écrites, les éperons sont à 14-14, à la 10e place de la conférence Ouest. Au delà de cela, les sbires de Gregg Popovich ont pris il y a quelques semaines trois claques retentissantes face aux Wolves (-39), aux Rockets (-31) et au Jazz (-34). Faut-il déjà tirer la sonnette d’alarme ?

Peut-être pas. Après tout l’effectif reste plutôt solide et il y a toujours le meilleur coach de l’histoire aux manettes. Malgré tout, les signes inquiétants semblent se multiplier du côté de San Antonio. De la défense d’élite d’hier, il ne reste plus grand chose aujourd’hui.

Fort Alamo en ruines

Malgré les efforts du grand gourou, la défense des Spurs est tombée à une piteuse 26e place avec 112,1 points encaissés pour 100 possessions.

Comment expliquer cela ?

Très simple : vous êtes une équipe NBA. L’été venu, vous perdez Kawhi Leonard, Danny Green et Kyle Anderson. La saison qui suit, vous perdez sur blessure Dejounte Murray, Lonnie Walker et Pau Gasol. Résultat : vous devez monter une bonne défense avec des joueurs comme Patty Mills, Marco Belinelli, Rudy Gay, DeMar DeRozan et compagnie.

Pas besoin de s’étendre sur le sujet : nul ne peut construire une forteresse avec du papier mâché, pas même Pop.

Ultime symbole de cette défense qui s’écroule : Aldridge et DeRozan sont le pire duo de toute la NBA en termes de ratio défensif (112 points encaissés pour 100 possessions, pondération à 600 minutes minimum).

Si cette mauvaise défense est problématique, elle est surtout assez symptomatique du déséquilibre de l’effectif : malgré ces camions de points encaissés, l’attaque parvient à être productive (10eme NBA, 110,2 points marqués sur 100 possessions).

Que se passera-t-il quand les 3 blessés reviendront ?

Dejounte Murray est l’un des meilleurs défenseurs extérieurs de la ligue mais un attaquant limité et un piètre shooteur. Lonnie Walker, malgré son grand potentiel défensif, a montré de cruels manques de discipline et de concentration avec Miami et ce genre de lacunes ne s’efface pas en un an, pas même avec un coach aussi réputé que Gregg Popovich.

Reste Pau Gasol, qui est probablement l’absence la plus préjudiciable à l’heure actuelle. A l’image d’un Brook Lopez, il a tout du profil parfait pour défendre en saison régulière : excellent protecteur de cercle malgré sa lenteur, toujours bien placé, sa présence est la garantie d’une défense en drop coverage relativement efficace.

Quelle est l’importance d’une telle défense dans le schéma défensif des Spurs à l’heure actuelle ? En un mot : vitale.

La raison en est simple : en l’absence d’un joueur comme Dejounte Murray (All-Defensive player pour simple rappel) et malgré les efforts de role players comme Rudy Gay, la défense extérieure est ultra perméable, ce qui fait qu’Aldridge a beaucoup moins de temps pour contenir les pénétrations, doit dépenser beaucoup plus d’énergie pour protéger l’arceau tout en étant beaucoup moins efficace. Or fatiguer Aldridge en vain, c’est bien la dernière chose que désirent les Spurs à l’heure actuelle, qui ont besoin d’une attaque productive pour survivre de l’autre côté du terrain.

Il faut bien comprendre qu’à l’heure actuelle, la marge des texans est quasi-nulle : le début de saison devait absolument être riche en victoires tant que les défenses ne sont pas en place et que les automatismes des autres équipes ne sont pas encore nés. Il fallait absolument profiter des matchs face aux mauvaises équipes pour engranger au maximum. Il n’en a rien été. 

Que va-t-il se passer quand les adversaires des Spurs seront au point ? Difficile à dire, il est vrai, mais il est indéniable que la situation de San Antonio pourrait alors devenir extrêmement périlleuse.

Quid maintenant du côté offensif ?

Une attaque bancale mais fonctionnelle

Popovich n’aime pas le tir longue distance c’est vrai, mais cette opinion doctrinale n’influence pas sa manière de coacher. Malgré son côté vieux ronchon, le grand gourou est peut-être l’entraîneur le plus ouvert d’esprit à s’être jamais assis sur un banc. S’il doit s’adapter, il s’adaptera, même si cela ne lui plaît pas.

On critique souvent les équipes qui vivent et meurent par leur adresse longue distance. A raison sans doute. Toujours est-il que mieux vaut vivre et mourir à 3 pts que mourir à mi-distance. C’est une critique récurrente que celle qui consiste à dire que les Spurs devraient lâcher la bride et envoyer à tout va derrière l’arc. Ce n’est pourtant pas faute de shooteurs : avec Mills, Belinelli, Aldridge, Gay, Forbes, Bertans, Gasol et White, les éperons disposent d’une sympathique compagnie de tireurs relativement fiables.

Illustration statistique de ce paradoxe : les Spurs sont avant-derniers pour ce qui est des tentatives derrière l’arc… mais 4e au niveau de la réussite ! Bien évidemment, peut-être que s’ils en prenaient plus, la réussite baisserait, mais il n’en reste pas moins que lâcher la bride aux joueurs et monter le volume à 3 pts est une piste à étudier.

La critique suscitée se défend, mais elle a aussi ses failles.

Le principal inconvénient du tir à 3 pts est que s’il est raté, il génère souvent un rebond long, ce qui permet à l’adversaire de jouer vite et d’obtenir des paniers faciles. Vu la perméabilité actuelle de la défense, on peut donc comprendre les réticences de Popovich.

Si les Spurs jouent lentement et passent leur temps à tirer à mi-distance, ce n’est pas par pur amour du jeu old school. La raison tient au fait que d’une part la grande majorité des joueurs de l’effectif sont usés sinon en pré-retraite et que d’autre part les deux meilleurs joueurs de l’équipe sont peut-être ceux qui sont le plus friands de ce type de tir de toute la NBA.

Autre avantage : jouer lentement, c’est réduire le temps passé en défense et donc limiter les opportunités de scoring de l’adversaire. Or quand vous avez une attaque sur le fil du rasoir et une défense qui prend l’eau, réduire au maximum le nombre de possessions et miser sur la qualité d’exécution et la production d’Aldrige et DeRozan semble la meilleure (moins mauvaise ?) option.

De plus, si votre défense est vraiment mauvaise et que vous avez très exactement zéro joueur très athlétique sous la main, mieux vaut limiter au maximum les transitions. Jouer avec deux big mens sur le terrain permet ainsi de limiter la casse au niveau du rebond offensif tout en couvrant le max de terrain.

Si ce genre de principe est à la base du système de Popovich, il revêt cette année une importance assez énorme.. et on a là une partie de l’explication de l’échec rencontré jusqu’à présent.

Le hic, c’est que ces deux joueurs, quand ils sont sur le terrain, utilisent plus de la moitié des possessions (55%). Or si la qualité d’exécution est toujours là (moins de 5 balles perdues à eux deux par match), l’efficacité laisse cependant à désirer avec notamment un faible 51,2% aux tirs réels pour Aldridge. DeRozan, lui, est à 55% sur cette même statistique. C’est bien, mais pas assez pour porter toute une attaque.

Comment expliquer cette faible efficacité ? Chacun ira de sa théorie personnelle, donc plutôt que d’inventer quelque chose qui peut être une ineptie absolue, prenons un ensemble d’éléments factuels. Les Spurs disposent de deux joueurs qui en dépit d’une efficacité moyenne assurent malgré tout un volume conséquent et ce chaque soir. Cela ne vous permettra jamais d’avoir plus qu’une attaque moyenne/médiocre mais cela peut suffire, l’exemple du Thunder le prouve.

Néanmoins, il faut pour cela que les joueurs n’aient pas une pression excessive sur les épaules à chaque possession : porter une attaque en ayant à l’esprit que si ça ne rentre pas l’équipe va couler à pic, mentalement, c’est dur. Très dur. De deux choses l’une donc : soit vous avez une assise défensive suffisamment forte pour vous permettre de compenser une efficacité offensive moyenne, soit vous avez des solutions de rechange en attaque (un gros banc par exemple) pour éviter au maximum d’avoir à vous reposer sur l’adresse de ce type de joueur. Les Spurs n’ont aucun des deux. Pire encore, sur le plan individuel, l’ex star des Raptors est un véritable boulet défensif et Aldridge n’est pas du tout assez bon pour compenser.

Avec tout cela mis bout à bout, il est finalement assez logique de voir les Spurs boire la tasse.

Comment résoudre l’énigme ?

Quelles solutions ?

On l’a vu, le retour des blessés ne changera peut-être pas suffisamment la donne pour inverser la spirale négative. De plus, l’effectif ne compte aucun attaquant de valeur en dehors des deux stars. Tous les autres joueurs sont soit des attaquants médiocres soit des shooteurs relativement unidimensionnels.

Les possibilités avec cet effectif sont donc malheureusement assez limitées.

Un transfert alors ?

Certains parlent d’un échange autour d’Aldridge. Pourquoi pas, mais pour tenter de récupérer quoi ?

Aldridge est vieillissant, son contrat est lourd et son style de jeu ne colle pas avec énormément d’équipes à l’heure actuelle. On voit très difficilement qui prendrait ce risque. Le seul levier dont disposent les Spurs actuellement, ce sont leurs deux choix au premier tour de la draft 2019. Intéressant, mais pas assez pour faire venir un renfort ayant suffisamment d’impact pour équilibrer l’équation.

Que conclure de tout ce qui précède ?

Inutile de se raconter des histoires : la dynastie des Spurs, comme toutes les dynasties avant elle, touche à sa fin. La plupart des cadres de l’équipe sont assez nettement plus proches de la fin que du début et il n’y a plus Leonard pour sauver la patrie.

Dans une conférence Ouest ultra relevée, avec un effectif terriblement déséquilibrée et des blessés à la pelle, l’affaire semble assez mal embarquée pour aller en playoffs une 22e année de suite.

Popovich peut-il nous sortir un énième miracle ? On l’espère pour les fans des Spurs, qui, pour la première fois depuis qu’ils sont fans de la franchise, vont peut-être goûter aux joies de la reconstruction.