Il y a maintenant plus d’une décennie, Mike D’antoni posait ses valises en Arizona, peut être sans se rendre compte de ce qu’il s’apprêtait à faire. Alors relativement inconnu du grand public, Mike allait, armé d’une moustache et du génial Steve Nash, prouver à la NBA qu’on pouvait faire des miracles en pratiquant un basketball simple, rapide, spectaculaire et de fait en marge du jeu lent et basé sur de l’isolation qui était alors monnaie courant dans la grande ligue.

Avec cette simple idée, D’antoni allait bouleverser la grande ligue : de la transition à outrance, de l’altruisme, un penchant pour les shooteurs pour ouvrir le jeu et une tendance déjà acérée à ne pas respecter les postes des joueurs. A l’heure où ses idées percutèrent la NBA, elles firent l’effet d’une bombe. Toutefois, en dépit de nombreuses charges, d’une popularité sans borne à travers la NBA, un statut de précurseur qu’il n’était que partiellement, les Phoenix Suns sous sa coupe et celle de ses successeurs ne purent jamais passer le cap des finales de conférence pour tenter de s’arroger le titre de champion NBA.

De nombreuses variables ont pu expliquer l’échec répété de ses équipes : les blessures, des rotations courtes, le talent de grandes équipes (Spurs, Mavericks), un arbitrage parfois litigeux et quelques rencontres ratées. Pour d’autres, c’est le style de jeu rapide de Phoenix qui les disqualifiait sur la ligne de départ, tandis que pour d’autres, une meilleure défense en aurait fait de véritables prétendants. Quoi qu’il en soit, l’idée que le D’antoni-basketball n’était pas fait pour remporter des bagues a survécu à son passage, pour la simple et bonne raison que personne avant eux n’avait réussi et qu’eux-même, avec ce jeu d’attaque, n’avaient pas ramené le Graal.

D’antoni coacha d’autres équipes, sans le talent de ses Suns, d’autres comme les Lakers de 2012-2013 étaient arrivés trop tard pour devenir de véritables dangers pour la concurrence et son nom sembla commencer à tomber en désuétude à travers la ligue. Sauf qu’après quelques mois sans activité de coaching, une équipe raviva la flamme et l’espoir. Les Golden State Warriors de Steve Kerr & Stephen Curry avaient ramené le jeu rapide, basé sur du tir, de la circulation de balle sur le devant de la scène et surtout, avaient enfin démontré qu’on pouvait gagner en NBA en pratiquant cet basketball tout en montant une défense d’élite.

Le retour d’un D’antoni déterminé

Galvanisé par le succès des Warriors et leur jeu flamboyant, D’antoni va revenir sur les bancs NBA… sans sa moustache. Toujours innovant, il va d’abord transformer sa nouvelle équipe, les Houston Rockets, en transformant James Harden en meneur de jeu. Au terme d’une première saison des plus convaincantes, les Rockets de retour tout en haut de la ligue attirent Chris Paul et continuent leur transformation pour venir s’attaquer à la suprématie des mêmes Warriors ayant justifiés son retour.

Une fois encore, il va prendre la NBA à contre-pied. Alors que la plupart des équipes alignent des lineups de moins en moins « classiques » avec beaucoup plus d’arrières et d’ailiers, beaucoup moins d’intérieurs classiques, pratiquent un jeu rapide, cherchant à tout prix la circulation de balle en multipliant le nombre de créateurs, D’antoni lui décide de proposer autre chose.

Si les Rockets font appel au tir à 3pts, encore plus que les Warriors qui y avaient pourtant eu un recours sans précédent dans l’histoire de la NBA, ils pratiquent en revanche un jeu parmi les plus lents de la ligue, abusent de situation en isolation et n’hésitent pas à demander à leurs leaders, Harden en tête, de prendre des tirs qui vont à l’encontre de ce qui était prôné une décennie plus tôt à Phoenix. Là où les autres équipes multiplient les créateurs, eux centralisent tout autour de leur duo d’arrières.

Les lignes de statistiques du leader de l’équipe sont d’ailleurs sans l’ombre d’un doute ahurissante de par son talent, mais aussi de par leur aspect caricatural. Cette saison, plus encore que la précédente, la quantité de tirs à 3pts pris, le temps que la balle passe entre les mains du barbu semble irréel. Mais c’est aussi la preuve tangible de deux choses :

  • La capacité d’adaptation du coach D’antoni, qui n’hésite pas à aller à l’encontre de principe qu’il a démocratisé pour mettre en avant les qualités de ses joueurs, quitte à faire un pied de nez aux tendances.
  • La volonté nouvelle de l’homme D’antoni d’aller au bout de ses idées, de ne plus reculer devant ces dernières à cause d’une norme ou des commentaires des spécialistes.

Car s’il tire une grande fierté de son parcours avec les Suns, il n’est pas avare en réflexion sur son expérience passée. Notamment au regard de ce que les Warriors ont fait 10 ans plus tard. Selon lui, ce qui a manqué à Phoenix à l’époque, c’est d’être prêt à aller au bout de leurs idées. Shooter plus, faire confiance à Steve Nash pour apporter plus de scoring, une idée qu’il résume ainsi.

« Oh, sans aucun doute, j’ai merdé sur ce coup-là. Nash était un puriste, un meneur Hall of Famer. Il était incroyablement fort. Je pense juste qu’au lieu d’avoir des moyennes de 15 ou 16 points, il aurait pu en planter 30 par match pour nous. Avec son shoot, il en était capable, et je ne pense pas que cela aurait impacté négativement l’équipe »

Un ressenti probablement partagé avec le canadien, qui en rajoute une couche

« Ouais, j’aurais probablement dû shooter 20 fois par match. Cela aurait eu sans aucun doute plus de sens, mais à l’époque, la ligue n’était pas prête pour ça. Tout le monde nous disait qu’on ne pouvait pas gagner en tirant autant de derrière l’arc, et maintenant on se met à réaliser que nous n’avons pas assez shooté, surtout quand on jouait petit. Donc oui, je pense que Mike a raison. Je le regrette aussi. Mais ce n’était pas vraiment ma personnalité et la culture du jeu n’était pas prête pour ça. C’était comme un pont trop lointain, à l’époque. »

Ces déclarations ne sont, je pense, pas anodines.

Elles sont aussi celles qui pousseront les Rockets à aller au bout de leur basket, quitte à échouer, ils seront eux-même jusqu’au bout. Quitte à perdre un match 7 des finales de conférence avec 27 échecs consécutifs à 3pts. Quitte à voir James Harden prendre 45 tirs dont une quinzaine à 3pts. Dans ce contexte, plus rien ne doit nous étonner, pas même de savoir que + de 80% des tirs à 3pts pris par Chris Paul et le barbu sont pris suite à une isolation – chose insensée même pour le shooteur kamikaze qu’est Stephen Curry – non, il ne faut voir là, selon moi, que la volonté d’un coach et de ceux qui croient en lui de suivre son instinct jusqu’au bout.

Et cette fois, si échec il y a, il n’y aura pas de regrets. Du moins pas sur ce qui résulte de ce sur quoi son équipe et lui-même ont un contrôle.

Je termine ce bref article sur le graphique (de Kirk Goldsberry) qui a déclenché l’article, et démontre, je pense, le jusqu’au boutisme louable de ces Rockets. Que cela paraisse caricatural ou non.