La nouvelle est tombée récemment par la voix d’Adrian Wojnarowski : après discussions au sein du management des Grizzlies, Mike Conley et Marc Gasol sont officiellement disponibles pour d’éventuels transferts. A l’approche de la trade deadline, Memphis se dit donc à l’écoute des autres franchises pour toute proposition incluant l’une de ses deux stars. Un désaveu terrible pour Robert Pera, qui affirmait en début de saison que les Grizzlies visaient les 50 victoires en régulière. Désormais, c’est bien un projet de reconstruction totale qui semble se dessiner dans le Tennessee, avec de nombreuses questions qui se profilent.

Un début de saison réussi

Tout commençait pourtant bien pour Memphis, avec un début d’exercice plus que convaincant. Pendant plusieurs semaines, les Grizzlies squattaient le haut de tableau à l’Ouest, une prouesse lorsque l’on connait la compétitivité de cette conférence. Avec un Conley retrouvé depuis son retour de blessure et un Gasol précieux, Memphis surprenait son monde en proposant un jeu calqué sur son identité historique. Le retour du Grit & Grind ? En tout cas, on s’en rapprochait vraiment, avec une défense qui sortait les barbelés à chaque rencontre. Après 17 matchs, les Grizzlies affichaient un bilan de 12 victoires pour seulement 5 défaites, après un nouveau succès arraché dans les dernières secondes sur le parquet des Spurs.

Au cours de cette période, Memphis présentait le 3ème defensive rating de la ligue (103.3), et son jeu sur demi-terrain faisait des merveilles. Forteresse imprenable de leur côté, et attaque placée et organisée de l’autre, avec notamment l’un des pourcentages de passes décisives les plus élevés (62%). A contre-courant dans une NBA toujours plus rapide, la formule des Grizzlies surprenait, adaptée aux forces en présence, avec l’explosion du rookie Jaren Jackson Jr., formant avec Marc Gasol une raquette injouable. Et si les questions se posaient déjà concernant l’avenir à moyen terme de la franchise (quid du contrat de l’espagnol et de sa player option?), l’enthousiasme était de mise à Memphis.

La dégringolade

Après cette victoire à San Antonio, les Grizzlies ont enchaîné trois défaites de rang. Toujours moins de 10 points d’écart, mais les prémices d’une série qui verra la franchise récolter 6 défaites pour 3 victoires, et des signes inquiétants pour la suite. On se dit que Memphis rentre dans le rang, mais qu’ils restent dans les clous pour se positionner dans le top 8 à l’Ouest. L’axe Conley-Gasol demeure performant et primordial, et même si le talent pur manque sur certains postes, la dureté des Grizzlies leur permet toujours d’accrocher n’importe quel adversaire.

Pourtant, rien ne s’arrange, et Memphis doit essuyer 6 revers de rang. Au cœur de cette série noire, la défaite face à Detroit, au FedEx Forum, est celle de trop. Elle fait basculer le bilan des hommes de J.B. Bickerstaff en négatif, une première depuis la défaite inaugurale face à Indiana, et provoque une réunion d’équipe après le match. Lors de celle-ci, Garrett Temple et Omri Casspi échangent des politesses, dans une altercation suffisamment vigoureuse pour être relayée. Le coach et Gasol élèvent la voix dans les médias, déclarant que certaines choses devaient être dites. Malheureusement, l’effet bénéfique de cette réunion se fait toujours attendre. Trois nouvelles défaites donc, avant un sursaut face aux Spurs, pour replonger par la suite…

C’est simple, depuis le 22 novembre et la victoire à San Antonio, Memphis affiche un terrible bilan de 7 victoires seulement contre 27 défaites, soit la troisième pire marque de la NBA. Les efforts moins présents du collectif pèsent sur les performances défensives et la cohésion qui faisaient le succès de la franchise.

Avec un offensive rating parmi les plus mauvais de la ligue (102.5, seuls les Bulls font pire) et une défense en régression – même si elle reste au-dessus de la moyenne -, difficile de remporter des matchs. Et alors que la franchise continue de pratiquer le jeu le plus lent de la ligue, la hausse des pertes de balle se paie cash. Avant le 22 novembre, Memphis se classe 6è au pourcentage de pertes de balle et 8è aux points concédés sur celles-ci. Après cette date, les Grizzlies sont aux 24è et 25è places. Bien sûr, cette statistique n’explique qu’une partie des problèmes de Memphis, mais illustre bien les difficultés auxquelles la franchise doit faire face. Pour ne rien arranger, Marc Gasol subit quelques problèmes de dos, qui, de son propre aveu, rendent compliqués tous ses mouvements, que ce soit au tir ou au rebond.

Le temps de la décision

La nouvelle défaite face à des Pelicans pourtant privés d’Anthony Davis aura donc poussé le management à envisager la fin d’une ère. Avec les départs de Tony Allen et Zach Randolph, la génération Grit and Grind avait déjà pris du plomb dans l’aile. Aujourd’hui, ce sont donc ses derniers représentants qui sont menacés.

La symbolique est forte, Conley et Gasol ayant tous deux été draftés par les Grizzlies. L’espagnol a beau dire qu’il ne demandera jamais à être transféré, et qu’il n’abandonnera pas le navire face à la tourmente, le processus de reconstruction semble déjà en marche. En incitant les autres franchises à formuler leurs offres pour ses deux joueurs majeurs, les Grizzlies lancent clairement leur projet autour de Jaren Jackson Jr. Il faut dire que l’ailier fort répond aux attentes placées en lui, et qu’il s’inscrit parfaitement dans l’identité de la franchise. Le voir associé et surtout formé par un vétéran du calibre de Marc Gasol rendait les fans enthousiastes, à juste titre ; le départ de l’espagnol pourrait être un immense regret de ce point de vue là aussi.

Reste désormais à savoir quelles seront les propositions reçues par Chris Wallace. Il ne sera pas facile d’obtenir des contreparties idéales, les contrats des deux joueurs étant peu attractifs sur le marché. Mike Conley aura encore deux années de contrat à l’issue de la saison 2018-19, pour 32 et 34 millions de dollars ; Marc Gasol dispose lui d’une player option au terme de cet exercice, à hauteur de 25,5 millions. Difficile d’imaginer le pivot renoncer à cette option, car rien ne garantit qu’une franchise lui proposera un contrat aussi attractif lors de la Free Agency. Dès lors, les négociations s’annoncent compliquées pour les Grizzlies, car même si les deux hommes font toujours partie des grands joueurs de la Ligue, ils ne sont plus tout jeunes et leurs contrats peuvent refroidir bon nombre de franchises. D’autant qu’ils semblent de plus en plus sujets aux blessures, avec une saison 2017-18 plus que délicate pour Conley par exemple.

Pour ne rien arranger, Memphis ne conservera son pick de draft 2019 que s’il est tiré parmi le top 8. Dans le cas contraire, il tombera dans les mains de Boston (on aurait pu le deviner). La nouvelle stratégie des Grizzlies saute alors aux yeux : tanker, purement et simplement. Et aller chercher les meilleures contreparties pour Conley et Gasol, tout en essayant de ne lâcher aucun pick de draft dans l’affaire. Compliqué donc lorsque l’on connait les situations contractuelles des deux hommes, mais ces derniers conservent toutefois une certaine valeur sur le marché. Les Grizzlies ont jusqu’à la trade deadline pour bricoler, le chronomètre est lancé.

Le meneur démontre encore cette année ses compétences de gestionnaire, doublées d’une capacité à scorer lorsqu’il le faut. Gasol reste lui un défenseur hors pair, et son rôle de pivot passeur habitué à s’écarter de la raquette en fait un profil recherché en NBA. Reste à savoir quelles franchises frapperont à la porte de Memphis, et quelles seront les offres formulées. Par ailleurs, même le tanking ne sera pas facile car les équipes de l’Est sont bien avancées dans cette course. Il faudra certainement de la patience et beaucoup d’intelligence pour reconstruire chez les Grizzlies. Et finalement, avant même de connaître la fin de l’histoire, c’est une immense et magnifique page qui risque de se tourner dans le Tennessee…