La sentance est tombée, Victor Oladipo va manquer tout le reste de la saison, fauché en plein élan par une rupture du tendon du quadriceps de la cuisse droite. Dire que cela constitue un coup dur pour Indiana est un euphémisme comme on en a peu vus. C’est un véritable séisme qui s’est abattu sur les fans des Pacers, eux qui marchaient sur l’eau depuis le début de saison en voyant leur équipe réaliser son meilleur départ depuis l’exercice 2013-2014, date de leur dernière apparition en finale de conférence. Le ciel bleu azur s’est vu oblitéré, en un claquement de doigts, par un orage sans précédent. Un orage qui pose pas mal de questions pour l’avenir.

Where injustice happens

Si l’on ne peut jamais souhaiter une blessure ou oser prétendre que celle-ci est méritée, le sentiment d’injustice dans le cas d’Oladipo est abominable car les Pacers sont l’une des (très) belles histoires de la NBA depuis deux ans. Car cette équipe s’est bâtie intelligemment, sans tanking. Car ce groupe soudé qui ne cherche pas à se prendre pour ce qu’il n’est pas avait réussi un début de saison à la limite de l’excellence. Et l’idée de voir cette dynamique freinée par un coup du sort est très difficile à encaisser.

À l’été 2017, la franchise semblait promise à la reconstruction après le transfert de Paul George contre Victor Oladipo et Domantas Sabonis. L’effectif était intéressant, avec un bon équilibre entre jeunes talents (Oladipo – Turner – Sabonis) et joueurs d’expérience (Bogdanovic – Young – Collison), de quoi donner un cadre intéressant. De là à voir les Pacers à la 5e place de la conférence en fin de saison ? Il ne faut peut-être pas exagérer. Et pourtant, sous la direction d’un Nate McMillan en mode “coucou mes détracteurs, vous allez bien ?”, la magie opère, avec dans le rôle principal un Victor Oladipo de gala, en route pour le trophée de MIP, une apparition dans la 1st defensive team et sa première sélection au All-Star Game (c’est ce qu’on appelle, dans le jargon, une petite saison tranquille). Une épopée dont peu de gens avaient osé rêver, qui s’acheva après un combat homérique face au King et ses sbires. Le bilan était incroyable, mais la pression pour la saison à venir l’était également. Il est difficile de surpasser les attentes placées en soi, mais il est encore plus délicat de confirmer. Passé l’effet de surprise, les Pacers étaient attendus.

Afin de renforcer l’effectif à l’intersaison, le FO a opté pour une doctrine somme toute intelligente : faire peu, mais faire bien. Pas de grands chamboulements mais un recrutement pertinent avec le renforcement du banc, enrichi par la présence de Tyreke Evans et Doug McDermott. De quoi complémenter l’ossature qui s’était dessinée au cours de l’exercice 2017-2018, et tenter de progresser encore. À ce titre, Oladipo, en tant que franchise player émergeant, était bien sûr attendu pour mener son escouade le plus haut possible.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que niveau confirmation, on partait sur des bases très élevées. Non contents de poursuivre sur leur lancée, les Pacers apparaissaient comme des candidats crédibles aux finales de conférence, ni plus ni moins. Avec un bilan de 32-15 au soir de la blessure de Victor Oladipo, les 3e de la conférence Est avaient troqué leur costume d’équipe sympathique qui dépasse les espérances pour celui de place forte en devenir. L’effectif était moins ronflant que celui des rivaux de Toronto, Philadelphie, Milwaukee ou Boston, mais une solidité défensive à toute épreuve (defensive rating de 105.1, 2e de la ligue au 25/01), un collectif huilé (6e au nombre d’assists par match) et une faculté à s’imposer quasiment systématiquement contre les petits (22-2 face aux équipes ayant un bilan inférieur à 50%) permettaient à Indiana de s’établir durablement dans le wagon de tête de la conférence.

Même s’il était moins efficace offensivement que l’an dernier (18.8 pts contre 23.1, avec un pourcentage de 42.3% au tir contre 47.7%), Oladipo était bien évidemment le leader incontesté de cette équipe. Il avait d’ailleurs su compenser une partie de sa chute d’adresse en postant sa meilleure statistique aux passes décisives en carrière, avec 5.2 caviars par match, sachant ainsi faire vivre l’attaque dans un soir délicat au niveau de l’adresse. Cette orientation accrue vers le playmaking n’altérait cependant en rien sa capacité à planter des banderilles dans les moments chauds, lui qui était encore le troisième meilleur scoreur de la ligue dans le clutch time, précédé seulement de James Harden et de Kemba Walker. Bref, c’était encore du très sérieux et on n’aurait certainement pas été scandalisé de voir Oladipo honorer une deuxième sélection consécutive au All-Star Game.

Mais le sort en a décidé autrement, laissant Indiana KO debout et dans l’obligation de réagir, d’une manière ou d’une autre, à cette nouvelle à laquelle il était impossible de se préparer. De nombreuses questions se posent quant à la manière d’appréhender le reste de la saison, voire même les saisons futures.

Sauver les meubles ou croire en des jours meilleurs

La suite va dépendre du choix du Front Office, qui se pose selon l’alternative suivante : tenter d’aller le plus loin possible envers et contre tout, ou se focaliser sur le futur, avec le lot d’incertitudes qu’il représente.

Les ambitions d’Indiana ont pris un uppercut en pleine poire mais l’équipe n’est pas devenue un tank ambulant pour autant. Avec le nombre de victoires déjà acquises, elle ne peut de toute façon pas prétendre à un choix de draft élevé, et on imagine mal la voir dégringoler en dehors du top 8 à l’Est. Même en enlevant Oladipo, le noyau de vétérans est plus que solide et la paire Sabonis – Turner continue d’exploiter son gros potentiel. La franchise présente un bilan de 7-4 en l’absence d’Oladipo cette saison et a donc prouvé qu’elle pouvait rester largement compétitive en l’absence de son leader. En revanche, les Celtics et les 76ers devraient, selon toute vraisemblance, leur passer devant, faisant perdre à Indiana l’avantage du terrain au premier tour qui semblait s’offrir à eux il y a encore 48h. C’est injuste, mais ce sont les cartes que les Pacers ont entre leurs mains, et l’important ce ne sont pas les cartes, c’est ce que vous en faites. Une équipe avec un collectif fort, où chacun apporte sa contribution, avec des barbelés dressés en permanence, peut être un véritable calvaire à éliminer. La perte supposée de tout espoir pour cette saison pourrait faire naître un esprit “commando” chez cette escouade de vétérans, un sentiment qu’il n’y a rien à perdre et que s’il faut mourir, ce sera les armes à la main. Le genre d’état d’esprit qui peut être à l’origine d’une magnifique épopée, comme les Celtics de l’an passé ou les illustres Knicks de 1999. Cela peut aussi se finir sur un 4-1 au premier tour. En tout cas, prendre la décision de foncer tête baissée et de voir jusqu’où cet effectif peut aller relèverait d’un sacré panache, un panache qui plaît aux fans de balle orange.

L’autre option, plus sage sur le papier mais aussi plus incertaine, serait de “sacrifier” cette fin de saison pour développer des jeunes joueurs en vue des années futures. En d’autres termes, réduire le temps de jeu des Young, Joseph et autres Bogdanovic pour donner des occasions de briller à Aaron Holiday, Edmond Sumner ou TJ Leaf. Quitte à ne plus disposer de Victor Oladipo et à ne plus avoir de chance de passer le deuxième tour, autant en profiter pour faire prendre du galon à son futur supporting cast, plutôt que de gaspiller ses forces dans une quête vaine. Si le FO décidait de partir dans cette optique, la question des vétérans serait extrêmement pressante, car ceux-ci n’ont pas signé pour jouer en sortie de banc pendant que de jeunes pousses progressent en se faisant éclater. Afin d’éviter d’éventuelles tensions dans le vestiaire, la direction aurait tout intérêt à faire passer rapidement un message clair aux Thaddeus Young, Cory Joseph, Darren Collison et Bojan Bogdanovic, autant de joueurs dont le contrat expire à la fin de la saison et qui ne sont certainement pas là pour perdre du temps. Si un trade de l’un de ces joueurs d’expérience contre des assets venait à se produire dans les prochains jours, cela donnerait une indication claire de la direction choisie par le FO d’Indiana pour cette période floue en l’absence d’Oladipo.

De ces deux options, il est difficile de décider laquelle est préférable. La première est belle sur le papier mais paraît vouée à l’échec, et le noyau de vétérans de l’équipe pourrait laisser les Pacers dans une situation précaire s’il venait à quitter l’équipe à l’issue de l’exercice. La seconde impliquerait de chambouler l’effectif pour se libérer d’un ou deux vétérans avant la trade deadline. Il faudrait alors espérer une progression suffisante pour redevenir compétitifs la saison prochaine, mais cela nécessite, d’une part, qu’Oladipo revienne à 100% de ses moyens, et que son entourage ait suffisamment grandi pour continuer de jouer les premiers rôles à l’Est. Rien n’est moins sûr. Dans tous les cas, l’incertitude plane sur l’avenir d’Indiana.

La « bonne » nouvelle pour les Pacers, c’est que le calendrier jusqu’au All-Star break les verra affronter les Wizards, le Magic, le Heat, les Hornets, les Cavs et Bucks. Un joli florilège qui permettra à l’équipe de se jauger face à sa conférence, et qui donnera peut-être des éléments de réflexion supplémentaires au FO pour statuer de la suite du parcours. Cependant, quelle que soit la tournure que prendront les événements, cette blessure chamboule durablement l’avenir d’une franchise qui avait pourtant fait beaucoup de choses pour embellir celui-ci, et ce constat est aussi implacable que désagréable.