Ils ont quitté la France et dévié leur parcours de la formation à la française pour se rapprocher de la NBA, réaliser leur rêve américain ou plus simplement pour vivre une expérience à l’étranger.
Ils sont quelques uns chaque année à rejoindre les États Unis pour évoluer en NCAA en intégrant un programme universitaire.

Qui sont-ils, quels sont leurs objectifs et à quoi ressemble leur vie d’étudiant-athlète ?

Retrouvez ici, à l’occasion de chaque article de #Students, un portrait consacré à l’un de nos frenchies expatriés au pays de l’oncle Sam.

Pour cette première entrevue, on s’intéresse à Thomas SMALLWOOD. Intérieur de 2M13 pour 110Kg formé à Pau-Lacq-Orthez, né il y a bientôt 24 ans à Roanne mais bordelais de cœur. Actuellement en année senior à UTC (University of Tennessee at Chattanooga) après 3 ans passés à UAB (University of Alabama at Birmingham).

Bonjour Thomas, comment s’est présentée l’opportunité de partir étudier aux États Unis ? Comment est né ce projet ?

Lorsque j’étais adolescent à Bordeaux, j’ai rencontré Vincent MBASSI fondateur de la Kameet Academy (1) qui avait l’ambition d’envoyer de jeunes basketteurs français aux États Unis. C’est comme ça que le projet est né. Mais par la suite, j’ai découvert que c’était difficile à concrétiser, qu’il fallait avoir un contact sur place, du réseau et que les universités étaient très exigeantes sauf à être un gros prospect évidemment. Alors, après avoir eu mon BAC à 18 ans, je jouais en « espoirs » à Pau. Durant ma deuxième année, je m’entraînais régulièrement avec l’équipe professionnelle et j’échangeais souvent avec Mo’FINLEY, meneur de l’Elan Béarnais à l’époque. Il a fait ses études à UAB et c’est donc lui qui m’a mis en contact avec ma future université. Ils sont ensuite venus me voir en France pour me scouter et ensuite je suis parti aux États Unis pour effectuer ma « Official Visit » (2) à Birmingham. A mon retour en France, le temps de régler les détails administratifs et c’était fait.

Après trois premières années dans l’Alabama avec UAB, tu achèves actuellement ton cursus universitaire dans le Tennessee à Chattanooga, pourquoi avoir choisi d’effectuer ton année senior dans une autre université ?

Lors de mon année freshman (3), l’équipe était dirigée par Jerod HAASE. Coach avec lequel nous avons été champions de saison régulière. Et puis, il a quitté UAB avec une partie du staff pour devenir head coach à Stanford. Les deux saisons qui ont suivi ça se passait super bien au sein du groupe et sur le campus mais je n’ai pas été satisfait de mon temps de jeu, je pensais pouvoir donner beaucoup plus. Alors étant désormais en Master, ce qui me permettait de ne pas à avoir un subir une année red shirt (4), j’ai souhaité changer de programme pour connaître quelques choses de différents lors de mon année senior. Avec mon nom sur la « transfert list », j’ai reçu quelques coups de fil et j’ai choisi Chattanooga pour sa proximité avec Birmingham (2 heures de voiture).

Quel diplôme prépares-tu précisément cette année ?

Je suis inscrit en Master Public Administration (MPA). C’est un cursus qui s’intéresse aux organisations à but non lucratif et aux organisations gouvernementales. Auparavant, en Licence à UAB j’étais inscrit en Communication, j’aimais beaucoup. Malheureusement mon changement d’université étant avant tout dicté par le basket, j’ai dû renoncer à ce parcours car il n’est pas proposé ici.

Comment s’est passée ton intégration à la culture américaine et plus précisément sur les deux campus que tu as fréquenté ?

Je n’ai pas la barrière de la langue car mon père est anglais donc je suis anglophone depuis toujours. Sinon, l’intégration est très facile. Je suis d’un naturel très ouvert et le fait d’être un étudiant-athlète, d’appartenir à un groupe facilite énormément les choses. Dans le sud, les gens sont en plus très accueillants et il y’a le côté « international » aussi qui plaît beaucoup.

Pour en revenir au basket, quels sont les avantages et les inconvénients d’évoluer dans le système universitaire américain selon toi ?

L’avantage numéro un à mes yeux est de pouvoir concilier sport et études de haut niveau. Toutes les conditions sont réunies ici pour pouvoir réussir dans les deux domaines. Ensuite évidemment, l’autre gros avantage est de pouvoir découvrir la culture américaine et le basket en particulier. La mentalité est vraiment différente.
Ensuite, le seul inconvénient que je vois ici réside dans la difficulté à trouver le bon endroit pour s’exprimer. Il faut pouvoir trouver le coach qui te veut, le style de jeu qui te correspond et un endroit qui te plaît. Je connais certains français qui n’ont pas aimé leur expérience ici car ces critères n’étaient pas réunis.

Au niveau collectif quels sont les objectifs qui ont été fixés en début de saison par Lamont PARIS ,votre entraîneur, et son staff ?

Le coach est dans sa deuxième année ici. L’an dernier, ils ont fini derniers de conférence mais lorsque que l’on reprend une équipe on ne choisit pas tous les joueurs. Cette année, c’est autre chose, l’équipe est jeune et notre conférence la SoCon (5) est très relevée. Nous devons prendre de l’expérience, trouver une identité, un rythme et surtout de la confiance pour pouvoir entamer le tournoi de conférence avec ambition.

Après 22 matchs, quel bilan fais-tu de ta saison d’un point de vue individuel ?

J’ai commencé la saison par une dizaine de match en tant que starter en attendant que Ramon VILA soit éligible suite justement à une année red shirt. Depuis, mon temps de jeu est descendu. C’est un peu frustrant mais j’ai un vrai rôle dans l’équipe et j’essaie de faire un maximum de bonnes choses lorsque j’entre sur le terrain.

A quoi ressemble une journée type d’un « Mocs » sur le campus ?

A l’inverse de ma situation à Birmingham où je vivais dans un appartement en ville, je vis ici sur le campus dans un logement avec d’autres coéquipiers. Chacun a sa chambre et nous partageons les espaces de vie. C’est plus simple pour les cours. Étant en Master, j’ai cours tous les soirs de 17H30 à 20H00. Les étudiants en Licence, eux, ont cours le matin. On se retrouve en général après le déjeuner pour l’entraînement qui dure toute l’après-midi. Nos horaires sont aménagés. Nous avons priorité sur les inscriptions aux cours chaque semestre par rapport aux autres étudiants et un membre du staff vérifie la faisabilité avec le côté sportif.

En dehors du basket, comment occupes-tu ton temps libre ?

En fait, on en a peu. En dehors des déplacements, des cours, des entraînements et des matchs, il y a des phases de repos, de visionnages vidéo et des échanges avec les coach.

A quoi ressemble votre logistique lors de vos déplacements ?

A UAB, on évoluait dans une conférence très étendue, la Conférence USA, du Texas à la côte Est. On voyageait essentiellement en avion, privé pour ne rien gâcher. Avec Chattanooga, les distances sont moins importantes. On effectue 6 à 7 heures de car pour les plus longs déplacements. On a pris une seule fois l’avion cette année pour aller affronter Michigan. Dans une période comme en ce moment où l’on joue le jeudi et le samedi soir, on avance un peu l’entraînement du mercredi pour partir ensuite et dormir dans la première ville. Après le match du jeudi, on prend directement la route pour la seconde ville et de la même façon nous rentrons chez nous après le match du samedi.

Quel est le coéquipier qui t‘impressionne ou qui t’a le plus marqué ?

A UAB, je dirais William LEE qui tente actuellement de gagner une place dans un roster NBA via la G-League et Chris COKLEY qui joue en Ukraine. Dans mon équipe actuelle, Kevin EASLEY est un très bon joueur.

De l’autre côté du terrain, quel adversaire t’a le plus marqué depuis que tu es en NCAA ?

Y en a beaucoup mais je citerai Josh JACKSON lorsqu’il était à Kansas que nous avons rencontré lors de mon année sophomore (6). Jarett ALLEN avec Texas était déjà très fort. Sinon, cette année nous avons joué Michigan et là c’est toute l’équipe qui est impressionnante.

Quelle est la salle la plus impressionnante dans laquelle tu as joué ?

On a bien rempli notre salle à plusieurs reprises avec UAB mais la salle qui m’a le plus marqué à l’extérieur est le Mariott Center de BYU où nous avons joué durant le NIT (7). Il y avait environ 20 000 personnes dont 5000 étudiants, c’était incroyable.

Qu’est-ce qui te manque le plus par rapport à la France ?

Pour être honnête pas grand chose, si ce n’est comme beaucoup d’expatriés d’aller chercher du bon pain et des croissants à la boulangerie. A vrai dire, ce sont surtout les gens qui me manquent.

Souhaites-tu partager une anecdote, un moment, une rencontre qui illustre ton expérience aux États Unis ?

Il y a deux ans, nous sommes allés jouer contre l’université de Memphis qui jouent dans la même salle que les Grizzlies au FedEx Forum et nous nous sommes retrouvés dans le même hôtel que les Warriors qui jouaient là le lendemain. On a pu rencontrer Steve KERR, Klay, Zaza PACHULIA et même KD lors d’un entraînement à la salle.
Et puis récemment, j’ai aussi eu l’occasion de saluer Morgan FREEMAN qui était présent à l’un de nos matchs.

Enfin pour terminer, où seras-tu à la fin du printemps prochain ? Quels sont tes projets ?

J’espère trouver un agent pour signer un contrat pro quelques part dans le monde pour pouvoir continuer le basket et découvrir encore d’autres choses.

(1) La Kameet Academy est une académie installée près de Bordeaux proposant des formations spécialisées aux jeunes basketteurs.
(2) Accueil d’un prospect pour 48 heures afin de lui faire visiter l’université et ses installations.
(3) Première année sur les 4 potentielles
(4) Année d’inactivité imposée en cours de cursus pour un joueur en Licence qui souhaite changer de programme
(5) Southern Conference
(6) Deuxième année sur les 4 potentielles
(7) National Invitational Tournament, tournoi organisée au Printemps par la NCAA qui y invite des équipes qui ne sont pas en course pour le titre national.